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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 08:59

 

Après la boucherie : leçons politiques de la guerre des Balkans 

 

 

Par David North

Le 14 juin 1999


2ème partie

 

1ère partie

 

 

 

La guerre des Balkans et l'opinion publique américaine

 

Malgré tous les efforts des médias pour fabriquer un soutien en faveur de la guerre, la réponse de la classe ouvrière américaine, c'est-à-dire la grande majorité de la population, a été visiblement réservée. Il n'y a certes pas eu de manifestations importantes d'opposition à la guerre. Mais il n'y a pas eu non plus d'étalage substantiel d'appui populaire à l'assaut contre la Yougoslavie. Contrairement à l'enthousiasme guerrier sans retenue affiché par les personnalités des médias, les sentiments généralement exprimés par les travailleurs ordinaires ont été la confusion et l'inquiétude. La guerre n'a pas été un sujet populaire de conversation. Quant on leur demande ce qu'ils pensent de la guerre, les travailleurs répondent en général qu'ils ne comprennent pas vraiment ce qu'il en est réellement. Naturellement, ils n'aiment pas ce qu'ils ont entendu à propos de la «  purification ethnique ». Mais les travailleurs sentent également que les causes des combats au Kosovo et à travers l'ancienne Yougoslavie sont plus compliquées que les médias leur ont fait croire. Loin de générer la ferveur patriotique, le caractère ouvertement inégal du conflit et l'impact des bombes américaines ont contribué au sentiment général de malaise dans le grand public. Cette évaluation est confirmée par les mesures prises par les médias pour restreindre autant que posssible la diffusion de nouvelles à propos des morts et des ravages causés par les bombardements américains. La décision de bombarder la principale station de télévision yougoslave à Belgrade a été prise après que celle-ci ait rapporté les premiers incidents majeurs des bombardements de l'OTAN ayant causé de sérieuses pertes en vies humaines. Dans les semaines qui ont suivi cet événement sanglant, la couverture en direct par des correspondants américains de l'impact du bombardement intensifié de la Yougoslavie a cessé à toutes fins pratiques. Les reportages télévisés de Brent Sadler, peut-être le dernier correspondant de CNN ayant conservé une certaine dose d'intégrité personnelle, ont été stoppés. L'administration Clinton ne voulait clairement pas que le public soit trop informé de son utilisation des bombes à fragmentation et d'autres vraies «  armes de destruction massive » contre le peuple serbe.

 

Indicateur encore plus important de son estimation du sentiment populaire, l'administration Clinton pensait clairement que le public s'opposerait profondément à toute mesure qui mettrait en péril des vies américaines en Yougoslavie. Il n'y a certainement rien de particulièrement édifiant à propos de l'état d'une conscience populaire prête à accepter que les gens d'un autre pays soient tués tant que cela ne coûte pas de vies américaines. Toutefois, une guerre pour laquelle les gens ne sont pas prêts à accepter le moindre sacrifice n'est pas une guerre qui peut être qualifiée de véritablement populaire par le gouvernement. Il vaut la peine de rappeler que plus de 25.000 soldats américains avaient déjà été tués au Vietnam, et des centaines de milliers blessés, avant que l'opinion publique ne se retourne résolument contre cette guerre.

 

Rien n'est plus vide d'un point de vue intellectuel et superficiel d'un point de vue politique que le type de pseudo-radicalisme qui confond le jargon avec l'analyse et insiste pour interpréter un phénomène aussi complexe et contradictoire que l'opinion populaire de masse en des termes naïvement «  révolutionnaires ». Ce serait se méprendre et se tromper soi-même que d'assimiler l'absence relative d'un sentiment en faveur de la guerre (c'est-à-dire le sentiment de passive approbation qui a prévalu durant toute la campagne de bombardements) à une opposition politiquement consciente à l'assaut impérialiste sur la Yougoslavie. Il serait cependant tout aussi incorrect de tirer des conclusions pessimistes de la confusion qui règne actuellement dans la conscience populaire et d'écarter le véritable potentiel d'un changement dans l'orientation politique de la classe ouvrière. Au lieu d'un pessimisme ou d'un optimisme superficiels, il faut étudier l'état objectif des rapports de classe qui a conditionné la réponse de différentes couches sociales à la guerre des Balkans.

 

Le boum financier et les nouveaux adeptes de l'impérialisme

 

L'une des caractéristiques absolument remarquables de la guerre contre la Yougoslavie est le rôle clé joué par des individus qui autrefois se sont opposés à la guerre du Vietnam ou ont participé à des mouvements de protestation anti-impérialistes. Hormis Tony Blair, premier ministre de la Grande-Bretagne qui n'avait pratiquement aucun passé politique avant que Rupert Murdoch ne le choisisse comme dirigeant du Parti Travailliste, tous les dirigeants importants engagés dans la guerre de l'OTAN avaient autrefois prétendu être opposés à l'impérialisme. Le Président Clinton, comme chacun le sait, a évité la conscription, fumé du cannabis et proclamé publiquement sa haine de l'armée américaine. Javier Solana, le social-démocrate qui s'est opposé à ce que l'Espagne devienne membre de l'OTAN, est aujourd'hui secrétaire général de l'alliance militaire. Le chancelier de l'Allemagne, Gerhard Schroeder, saupoudrait ses discours de phrases marxistes lorsqu'il dirigeait l'aile jeunesse du Parti Social-Démocrate et il s'est opposé au déploiement des missiles Pershing il y a 15 ans seulement. Joschka Fisher, son ministre des Affaires étrangères, était à la tête d'un groupe prétendant être des combattants de rue révolutionnaires dans les années 70, et plus tard, en tant que chef des verts, il a proclamé son indéfectible engagement au pacifisme. Le New York Times dressait récemment un portrait de lui : «  Joschka Fisher défend avec véhémence les politiques même qu'il dénonçait autrefois, ce qui suscite la colère des fondamentalistes de son parti, les verts. » Pour sa part, Massimo D'Alema, premier ministre italien, dirigeait le Parti Communiste avant que celui-ci ne devienne le Parti Démocratique de la Gauche. Le parcours politique de ces individus n'est pas simplement une confirmation de l'adage français : «  avant 30 ans révolutionnaire, après canaille ». Il brosse en fait l'évolution de toute une couche de la société bourgeoise actuelle.

 

La grande augmentation de valeur des actions en bourses depuis le début des années 80 est venue profondément chambarder la structure sociale et les rapports entre les classes de tous les pays capitalistes importants. La valeur toujours croissante des actions, plus spécialement leur explosion depuis 1995, a permis à une section significative de la classe moyenne, surtout son élite professionnelle, d'accéder à une richesse dépassant toutes ses attentes. Seul un faible pourcentage de la population s'est enrichi.

 

Toutefois, ces «  nouveaux riches » représentent une couche sociale politiquement puissante et significative quant à son nombre absolu. Les gouvernements capitalistes consacrent la plus grande part de leurs énergies à satisfaire ses appétits grandissants et ses goûts toujours plus exotiques. Avec son budget personnel libéré des contraintes habituelles, le nouveau riche a toujours de l'argent de disponible et jouit quotidiennement d'un niveau d'opulence que la presque totalité de la population ne connaît autrement que par la télévision, le cinéma ou les revues.

 

Le New York Times publiait récemment une étude intéressante sur une nouvelle tendance du marché immobilier américain : «  Les manoirs d'un million de dollars (ou de plusieurs millions dans certaines villes) deviennent le symbole de réussite de notre fin de décennie plaquée or, non seulement dans les régions traditionnellement connues pour leur richesse, mais même dans les villes typiquement de classe moyenne comme Memphis, où de telles maisons étaient plutôt rares. »

 

Ces manoirs, note le Times, «  sont le symbole de la division économique : la richesse générée par le boum boursier qui a commencé vers la fin de 1995, bien qu'elle ait bénéficié à plusieurs, a fini dans sa presque totalité entre les mains de 5 p. 100 des ménages du pays. Ces derniers ont en effet empoché le plus gros du gain en valeur du marché boursier, ce qui a créé des milliers de multimillionnaires du jour au lendemain. De façon un peu indécente, une grande partie de leurs gains est consacrée à l'acquisition d'un manoir. »

 

Citant une étude de Edward N. Wolff, économiste de l'Université de New York, le Times poursuit : «  Rarement dans l'histoire y a-t-il eu une création aussi rapide de riches... Alors que le nombre des ménages américains augmentait de 3 p. 100 en trois ans, le nombre des manoirs d'un million augmentait de 36,6 p. 100. De 190.000 qu'ils étaient en 1995, les ménages de plus de 10 millions de dollars sont passés à 275.000 en 1998, soit une augmentation de 44,7 p. 100 ».

 

Le processus même à l'origine de cet enrichissement provoque simultanément la détérioration économique chez la majorité écrasante de la population des États-Unis. Le Times continue : «  En analysant des données publiées par la Réserve fédérale, M. Wolff a pu tirer une autre conclusion : alors que les 10 p. 100 les plus riches des ménages voyaient leur valeur nette augmentée, les 90 p. 100 qui restent voyaient la leur diminuée » [7].

 

Ce compte-rendu n'est qu'un aspect des inégalités sociales que l'on retrouve aux États-Unis aujourd'hui. Le schisme social de la société américaine de cesse de croître. Les États-Unis approchent rapidement d'un point (si ce n'est déjà fait) où il sera même impossible de prétendre qu'il existe un consensus social général enraciné dans les valeurs démocratiques. Mais ce n'est pas seulement parce qu'il existe cette immense différence de revenu moyen entre le 10 p. 100 de la population la plus riche et les autres. Le caractère particulier du processus qui engendre toute cette nouvelle richesse, l'augmentation de la valeur des actions boursières, développe de façon organique un ensemble d'attitudes sociales et politiques qui ont un caractère fondamentalement anti-ouvrier et procapitaliste. Les politiques qui ont permis l'augmentation explosive des valeurs boursières, telles que la pression constante sur les salaires, les appels incessants pour une plus grande productivité, les compressions sauvages dans les dépenses sociales, la diminution constante des effectifs pour maintenir un niveau de profitabilité élevé dans les entreprises, ont toutes miné la position sociale de la classe ouvrière américaine.

 

Les politiques qui ont propulsé à des sommets inégalés l'indice Dow Jones et le NASDAQ ont eu des conséquences internationales tragiques sur la grande majorité de la population des pays les moins développés. La déflation (ou la désinflation selon le cas) entraînent des diminutions constantes des prix des matières premières et constitue le moteur principal du développement et du maintien du boum boursier. La diminution des prix des matières premières n'est pas simplement le résultat de processus économiques objectifs, mais plutôt de politiques impitoyables adoptées par les grandes puissances impérialistes pour empêcher les producteurs du Tiers Monde d'augmenter leurs prix. L'exemple le plus frappant du rapport entre l'accumulation de la richesse des pays impérialistes et l'augmentation de l'exploitation des pays moins développés, est sans aucun doute l'échec du cartel de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) à imposer ses prix, une situation dans laquelle la guerre du Golfe de 1990-91 a joué un grand rôle. Ce processus a bénéficié directement à ceux qui se sont enrichis avec l'augmentation du cours des actions. Évidemment, ce ne sont pas tous les investisseurs à la bourse qui appuient les politiques impérialistes. Mais on ne peut nier les vastes implications sociales et politiques de ces processus économiques objectifs.

 

En pleine Première Guerre mondiale, Lénine a souligné la relation entre le surprofit extrait des colonies par l'impérialisme et la corruption politique d'une section des classes moyennes et de la bureaucratie ouvrière. Bien que les conditions économiques et les relations internationales de 1999 ne soient pas celles de 1916, le même processus social est à l'oeuvre aujourd'hui. Le mode d'opération du long boum boursier et les implications sociales qui en découlent ont permis à l'impérialisme de se recruter une cohorte dévouée au sein de la classe moyenne aisée. L'atmosphère intellectuelle réactionnaire, conformiste et cynique qui prévaut aux États-Unis comme en Europe, encouragée par les médias et adoptée par la communauté universitaire en grande partie corrompue et servile, reflète le point de vue social d'une couche très privilégiée de la population qui veut éviter à tout prix un examen critique des bases économiques et politiques de la source de son nouvel enrichissement.

 

L'état du mouvement ouvrier américain et international

 

L'écart grandissant entre la couche privilégiée au sein de laquelle se trouve l'élite dirigeante du capitalisme, et la très grande masse des travailleurs dénote des tensions sociales en fait très importantes entre les classes. Cela peut sembler contredit par le très faible militantisme ouvrier aux États-Unis, mais le fait qu'il y ait peu de grèves ou d'autres protestations sociales populaires n'indique en rien l'absence d'instabilité sociale. Le fait qu'il y ait eu si peu de conflits ouverts entre les classes au cours de la dernière décennie, en dépit du grand développement des inégalités sociales, signale plutôt que les institutions sociales et politiques des États-Unis ne répondent plus au mécontentement croissant de la classe ouvrière. Les organismes sociaux traditionnels tels les syndicats n'expriment plus, même de façon limitée, le mécontentement populaire. Les partis républicain et démocrate n'ont à toutes fins pratiques aucun contact avec les masses populaires. Ces partis ne semblent ni avoir ni même pouvoir proposer quelque solution que ce soit aux problèmes essentiels de l'existence des travailleurs. Plus le mécontentement de la classe ouvrière est ignoré et réprimé, et plus il va devenir explosif. La tension sociale, à mesure qu'elle approche de sa «  masse critique », doit nécessairement faire éruption à la surface de la société.

 

Le long déclin et l'effondrement constant du mouvement syndical américain représente un changement majeur de la vie sociale des États-Unis au cours des deux dernières décennies. Il n'y a pas si longtemps encore, dans les années 60, le gouvernement Johnson ne pouvait conduire sa guerre au Vietnam sans constamment tenir compte de l'impact de ses politiques sur la classe ouvrière. Le Président Lyndon Johnson avait en effet alors dû s'opposer à la Réserve fédérale et aux représentants de la grande entreprise qui proposaient de défrayer les coûts croissants de la guerre en diminuant les dépenses sociales. Johnson craignait que l'introduction de politiques d'austérité intensifieraient encore plus les énormes conflits entre classes et les importants désordres sociaux. En 1971, le gouvernement Nixon créa un conseil des salaires et imposa une limite de 5,5 p. 100 aux augmentations salariales pour tenter de résister aux travailleurs en lutte pour améliorer leur niveau de vie. Pour donner une idée du climat social de l'époque, même George Meany, président septuagénaire de l'AFL-CIO ayant la réputation d'être le plus à droite de tout le mouvement ouvrier américain, a dénoncé la tentative de Nixon de contrôler les salaires en la qualifiant de «  premier pas vers le fascisme ». Mais la rhétorique n'a pas empêché Meany de vouloir collaborer avec le conseil des salaires. L'immense opposition populaire et la vague croissante de grève ont forcé Meany à quitter le conseil des salaires et réduit en miettes le plan de Nixon pour contrôler les salaires.

 

Toutefois, dans les années 70, un ensemble de changements économiques et politiques est venu modifier fondamentalement tout le contexte international et intérieur à l'avantage de la classe dirigeante américaine. D'abord, les grandes récessions mondiales de 1973-75 et de 1979-81 ont mis fin au long boum économique d'après-guerre. Sur un arrière-plan de chômage en pleine croissance provoqué par les augmentations des taux d'intérêt du gouvernement qui ont atteint des niveaux jamais vus, les entreprises lançaient une attaque soutenue contre les syndicats. La charge a été sonnée en août 1981 par le président Reagan qui congédia 11.000 contrôleurs aériens en grève. Malgré un immense appui populaire pour les contrôleurs qui permit la mobilisation de 500.000 travailleurs lors d'une manifestation à Washington contre Reagan en septembre 1981, l'AFL-CIO n'a rien entrepris pour que les contrôleurs soient réembauchés. Ainsi fut établie une pratique qui se perpétua tout au long des années 80 et 90. La bureaucratie syndicale sentait depuis longtemps que sa position privilégiée était menacée par le militantisme syndical. Elle a vu dans ces trahisons l'occasion de développer une collaboration directe avec les employeurs. Vers la fin des années 80, après une suite ininterrompue de défaites dans l'ensemble des secteurs industriels, les syndicats ont cessé de fonctionner dans le sens réel du terme comme de véritables organes de défense de la classe ouvrière. Les grèves, une caractéristique persistante et explosive de la vie sociale américaine jusqu'au milieu des années 80, ont diminué en nombre année après année, pour atteindre des planchers inégalés. Les diminutions de salaires et les congédiements en masse, qui ont toujours rencontré une résistance féroce, sont devenus une norme pour l'industrie américaine.

 

Il est hors de tout doute que le mouvement ouvrier américain présentait une faiblesse historique le rendant particulièrement vulnérable à de telles attaques. Par exemple, il n'y a pas d'organe politique indépendant de la classe ouvrière aux États-Unis ; il n'y a pas non plus de tendance socialiste importante ; la classe ouvrière est peu consciente de la division de la société en classes ; et enfin, la bureaucratie syndicale est infectée par la corruption et le banditisme. Toutefois, l'effondrement des syndicats aux États-Unis s'inscrit dans un vaste phénomène international. À travers le monde, les anciens partis politiques et les syndicats de la classe ouvrière sont entrés dans leur phase terminale depuis le milieu des années 80. Mais quelle pourrait être la cause fondamentale de ce déclin à travers le monde ?

 

L'apparition des entreprises transnationales

 

Les récessions mondiales des années 70 et du début des années 80 ont entraîné un changement fondamental au niveau des formes de base de la production capitaliste. Bien que le commerce entre les nations se soit immensément développé après la Deuxième Guerre mondiale, les processus de production eux-mêmes se réalisaient de façon fondamentale dans le cadre de la nation. Certes les multinationales brassaient des affaires dans plusieurs pays, mais la production se faisait dans un cadre essentiellement national. Par exemple, une entreprise américaine, comme Ford ou General Motors, avait des usines dans différents pays. Mais ces usines produisaient principalement pour le pays où elles étaient.

 

Ce sont des développements révolutionnaires dans le domaine des transports et des technologies de communication qui ont changé la façon historique d'organiser la production capitaliste et ses techniques. Des multinationales sont nées les transnationales. La signification essentielle de ce changement réside dans la possibilité nouvelle d'organiser et de coordonner directement au niveau international la production industrielle et les services. Quotidiennement alimentées par des mouvements importants de capitaux et d'information, les entreprises transnationales ont pu pour la première fois établir des systèmes de production mondiaux. C'est ce qui leur a permis de court-circuiter les organisations ouvrières dans «  leur » patrie respective et d'exploiter au mieux les différences régionales et continentales de salaires et de bénéfices sociaux.

 

Aucune des organisations de masse de la classe ouvrière n'était prête, ou même capable, de développer une réponse efficace aux progrès révolutionnaires de la technologie et à ses impacts profonds sur le mode de production capitaliste. Qu'elles s'attribuent l'étiquette de socialiste, de communiste, d'ouvrière, ou bien, comme aux États-Unis, qu'elles clament à tous vents leur loyauté envers le capitalisme et les partis politiques de la grande entreprise, toutes les vieilles organisations se basent sur l'État-nation comme cadre immuable de la production. Partant du principe que les entreprises dépendraient jusqu'à la fin des temps des forces ouvrières directement disponibles au sein de la nation, les syndicats ont pensé que leurs positions étaient imprenables. Dans la mesure où ils contrôlaient l'approvisionnement national en travail, ils croyaient avoir pour toujours la possibilité de forcer les employeurs à céder à leurs revendications. Toute l'idéologie réformiste du mouvement ouvrier était basée sur cette perspective nationaliste complaisante.

 

Ce programme réformiste et nationaliste était en dernière analyse basé sur les intérêts matériels de la bureaucratie. Aussi, bien que les conditions objectives permettant à ce programme de se réaliser n'existent plus, rien au monde ne viendrait altérer la loyauté et la soumission de la bureaucratie envers le capitalisme. La bureaucratie a plutôt consacré ses énergies à préserver ses privilèges au sein de l'État-nation en forçant la classe ouvrière à accepter une diminution de son niveau de vie.

 

L'effondrement de l'URSS

 

La désintégration du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) et l'effondrement de l'URSS étaient la manifestation la plus extrême et la plus explosive de l'éclatement des vieux partis bureaucratiques et réformistes de la classe ouvrière. L'Union soviétique représentait bien sûr un accomplissement historique de la classe ouvrière internationale de loin supérieur aux syndicats de l'Europe occidentale et des États-Unis. Le PCUS a détenu le pouvoir et gouverné sur la base des formes de propriété nationalisée créées au lendemain de la révolution d'Octobre 1917. Mais en dépit de cette différence significative, la bureaucratie stalinienne régnante, qui avait depuis longtemps usurpé le pouvoir politique de la classe ouvrière et exterminé la génération de marxistes ayant mené la révolution socialiste, partageait essentiellement, à deux niveaux fondamentaux, le programme et l'idéologie des bureaucraties ouvrières des pays capitalistes avancés.

 

Premièrement, la doctrine soviétique officielle de la «  coexistence pacifique » était la version moscovite de la collaboration de classe pratiquée par les bureaucraties ouvrières à l'Ouest. Contrairement à la propagande hystérique des médias américains, le marxisme n'a joué absolument aucun rôle dans les mesures prises par les dirigeants staliniens de l'URSS. L'attitude du bureaucrate soviétique typique envers la possibilité même de soulèvements révolutionnaires, tant au sein qu'à l'extérieur des frontières de l'URSS, était une combinaison de crainte personnelle et de révulsion politique. Ne désirant rien de plus que la jouissance paisible des privilèges auxquels leur position dans la bureaucratie donnait droit, les dirigeants staliniens n'ont pas cherché à renverser l'impérialisme mondial mais à s'y accomoder.

 

Deuxièmement, le programme économique et social implanté par la bureaucratie était une version particulière du nationalisme pratiqué par leurs homologues réformistes de l'Europe occidentale. Le soi-disant «  socialisme » embrassé par le régime du Kremlin était largement basé sur les ressources disponibles au sein de l'URSS. La bureaucratie stalinienne n'aspirait à rien de plus ambitieux qu'une version soviétique d'un état-providence national. La faille essentielle de ce programme était que le développement de l'économie soviétique dépendait en dernière analyse des ressources de l'économie mondiale et de la division internationale du travail. Il n'était pas possible de maintenir sur la base de l'auto-suffisance nationale un état-providence viable, sans parler d'une société socialiste avancée. L'introduction de la production intégrée à l'échelle mondiale a élargi le fossé séparant les pays capitalistes avancés et l'Union soviétique. Le problème n'était pas seulement de nature technologique : il n'y avait tout simplement pas de place dans le système stalinien pour des formes transnationales de production. Les rapports économiques sont restés, même entre l'URSS et les régimes staliniens d'Europe de l'Est, à un niveau extrêmement primitif. Élevé au pouvoir en 1985, Michaël Gorbatchev n'avait de meilleure réponse au défi posé par la mondialisation de la production capitaliste que ses homologues dans les bureaucraties des mouvements ouvriers américains et ouest-européens. Ses efforts désespérés pour improviser une solution aux brûlants problèmes socio-politiques n'ont rimé à rien. La catastrophique expérience stalinienne du «  socialisme dans un seul pays », qui représentait dès le début une répudiation des principes de l'internationalisme socialiste qui avait animé la révolution d'Octobre, a connu une fin désastreuse avec la dissolution de l'Union soviétique en décembre 1991.

 

Une crise de leadership et de perspective

 

La désorientation politique actuelle de la classe ouvrière est beaucoup plus compréhensible lorsqu'elle est considérée dans le contexte des transformations économiques globales, catastrophes politiques et effondrements organisationnels des deux dernières décennies. Imaginons une armée de soldats entourés de tous côtés par de puissants ennemis. En pleine bataille, les chefs s'enfuient, emmenant avec eux armes et provisions. La classe ouvrière se retrouve dans une situation analogue. Elle a été trahie par les partis et les organisations auxquels elle avait donné son soutien et sur lesquels elle comptait. Pour compliquer les choses, la nullité des vieux partis et leaders n'est pas une simple question d'erreurs subjectives et de corruption personnelle. Mais elle est profondément enracinée dans les processus économiques objectifs qui ont bouleversé le mode de production et les rappors de classe. Ce qu'il faut par conséquent à la classe ouvrière, ce n'est pas un simple afflux de nouvelles têtes au sein des vieilles organisations, ou plus précisément ce qu'il en reste. Il n'y a pas de «  baiser de vie » qui puisse ressusciter les moribondes et réactionnaires organisations bureaucratiques syndicales et politiques d'autrefois. Plus vite elles sont mises de côté, mieux c'est. Ce qu'il faut maintenant à la classe ouvrière c'est une nouvelle organisation révolutionnaire internationale, dont la stratégie, la perspective et le programme correspondent aux tendances objectives de l'économie mondiale et de l'évolution historique.

 

Il ne manque pas, nous en sommes très conscients, de pessimistes qui sont convaincus qu'il n'existe pas la moindre possibilité de bâtir un tel mouvement révolutionnaire international. On pourrait noter que les plus incorrigibles de ces pessimistes se retrouvent précisément parmi ceux qui accordaient, il n'y a pas si longtemps, leur pleine confiance aux syndicats et croyaient profondément à la permanence de l'URSS. Hier, ils étaient convaincus que le réformisme administré de façon bureaucratique durerait pour toujours. Aujourd'hui, ils croient avec autant de conviction dans le triomphe éternel de la réaction capitaliste. Mais sous l'optimisme ennivrant d'hier et le pessimisme démoralisé d'aujourd'hui se cache un certain type de superficialité intellectuelle et politique, caractérisé par le refus et l'incapacité de considérer les événements dans le contexte historique nécessaire, et un penchant à ignorer les contradictions qui sous-tendent la trompeuse apparence externe de stabilité sociale. D'autres caractéristiques, particulièrement observables chez ceux qui reçoivent leurs chèques de paye des fonds universitaires, renforcent et aggravent ces faiblesses intellectuelles, à savoir un certain manque de courage personnel, d'intégrité et de simple honnêteté.

 

La confiance dans le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière et la possibilité objective du socialisme n'est pas une question de foi, mais d'assimilation théorique des lois objectives de l'évolution capitaliste et de connaissance de l'histoire, particulièrement celle du vingtième siècle. Les 99 dernières années et demie n'ont pas manqué de luttes révolutionnaires de la classe ouvrière, qu'elle soit russe, allemande, espagnole, portuguaise, grecque, chinoise, chilienne, argentine, vietnamienne, hongroise, autrichienne, sud-africaine, ceylannaise, et oui, américaine. Cette courte liste est loin d'être complète.

 

Quelle est donc la base objective d'une résurgence de luttes révolutionnaires de la classe ouvrière alors que nous entrons dans le XXIe siècle? Paradoxalement, les changements mêmes dans les processus objectifs du capitalisme mondial qui ont contribué à la désorientation et à l'affaiblissement de la classe ouvrière au cours des deux dernières décennies ont jeté les bases d'une reprise de la lutte de classe ouverte, mais à une échelle beaucoup plus large qu'il n'était possible auparavant. La principale faiblesse des formes précédentes de lutte de class réside dans leur insularité nationale. Même lorsque l'unité internationale du prolétariat était proclamée et célébrée, les conditions objectives travaillaient contre le développement de la lutte de classe en tant que processus international unifié. Mais la possibilité de dépasser cette limitation se présente au sein même du processus de production globalement intégrée. Ce développement du capitalisme met non seulement la classe ouvrière devant la nécessité de mener ses luttes sur une échelle internationale; les transformations économiques ont également créé les moyens objectifs pour réalister une telle unité internationale. Premièrement, les activités des entreprises transnationales et la fluidité du capital global ont entraîné une immense croissance de la classe ouvrière à l'échelle internationale. À l'intérieur de pays et de régions où, il y a 30 ans à peine, n'existait qu'un embryon de classe ouvrière, le prolétariat est entre-temps devenu une force de masse. Le prolétariat de l'Asie de l'Est, qui ne formait qu'une fraction de la population de la région il y a seulement une génération, se mesure maintenant en dizaines de millions. Deuxièmement, la technologie des communications qui sous-tend la production transnationale va inévitablement faciliter la coordination de la lutte de classe à l'échelle globale, tant au niveau de la stratégie que de la logistique.

 

Internationalisme et nationalisme

 

Les obstacles à la mondialisation de la lutte des classes et à l'unification internationale de la classe ouvrière relèvent moins du caractère technique que politique et idéologique. La crise prolongée du mouvement ouvrier international trouve indéniablement son reflet politique le plus réactionnaire dans la forte poussée du nationalisme. La perte de confiance politique dans les capacités révolutionnaires de la classe ouvrière et les perspectives de la révolution socialiste ont contribué à la résurgence des programmes et de l'idéologie nationalistes. Dans bien des cas, la caractère historique rétrograde de cette tendance s'est vu maquillé par la démagogie pseudo-gauche de l' «  autodétermination nationale » et de la «  libération nationale ». Au lieu de s'atteler à la difficile tâche qu'est celle de combattre contre toutes les formes de chauvinisme (qu'il soit basé sur la langue, la religion ou l'origine ethnique) et d' oeuvrer à unir toutes les sections de la classe ouvrière au sein de pays dont la population est hétérogène, d'innombrables tendances petites-bourgeoises ont choisi de se baser sur une collectivité nationale ou une autre. L'usage cynique et souvent ignorant d'un jargon marxiste ne change rien au fait que le contenu essentiel de leur politique a été d'élever l'identité nationale ou ethnique au-dessus de la conscience de classe, subordonnant ainsi du même coup les intérêts objectifs de la classe ouvrière aux intérêts politiques et financiers de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie nationales.

 

Il y a des raisons de croire que la crête de la résurgence nationaliste a déjà été atteinte. En effet, l'impact des événements en Yougoslavie contribue à affaiblir le prestige du nationalisme et la crédibilité politique de la demande de l'autodétermination. Les horreurs des conflits inter-ethniques qui ont ravagé les Balkans ont démontré les implications réactionnaires du nationalisme. Qu'est-ce qui a été accompli après la dissolution de la Yougoslavie ? Les sordides machinations de Milosevic en Serbie, de Tudjman en Croatie, de Kucan en Slovénie et d'Izetbegovic en Bosnie ont coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes, et tout ça pourquoi ? Le niveau culturel et économique des Balkans a baissé de façon effroyable. La Bosnie «  indépendante » n'est qu'un misérable protectorat impérialiste et la Croatie survit avec les miettes que les impérialistes daignent bien lui jeter. Pour ce qui est du Kosovo, il a été divisé en plusieurs zones d'occupation. Son «  mouvement de libération nationale », l'UCK, n'a aucun avenir sauf celui de gendarme désigné des États-Unis. Toutes les collectivités nationales et religieuses ont souffert des guerres civiles. Toute la chaîne des événements entourant la dissolution de la Yougoslavie est une acerbe condamnation du nationalisme.

 

Il y a un autre aspect de l'expérience yougoslave de laquelle la classe ouvrière internationale doit tirer une leçon. Le caractère à sens unique du conflit militaire ne peut qu'affaiblir le grand mythe entourant la perspective des guerres de libération nationale, selon lequel la défaite de l'impérialisme doit se faire principalement sur la base de la lutte armée plutôt que par le biais de la révolution socialiste mondiale. Les romantiques radicaux petits-bourgeois se sont saoulés de la perspective guevariste du «  un, deux, trois Vietnam ». Cette désillusion s'est aujourd'hui transformée en «  un, deux, trois Irak ». Et qu'en est-il du Vietnam ? Malgré tous les sacrifices héroïques des masses vietnamiennes et leurs guerres de libération nationales successives qui ont duré 30 ans, elles ne sont toujours pas libérées de la domination impérialiste. Près de 25 ans après la chute de Saigon, le FMI est en en effet beaucoup plus en mesure d'exercer une influence sur les politiques de Hanoi que Nixon et Kissinger n'ont jamais pu le faire avec tous les bombardiers B-52 américains.

 

Tant que l'impérialisme subsistera, il y aura des luttes armées conduites par des nations opprimées. Mais la forme essentielle et décisive de la lutte contre l'impérialisme, c'est la lutte politique révolutionnaire de la classe ouvrière. Dans ce cadre, mettre l'accent sur l'immense importance historique de la lutte de classes dans les pays capitalistes avancés, et avant tout aux Etats-Unis, ne constitue aucunement une marque d'arrogance ou de dédain envers les travailleurs et les masses opprimés des pays les moins développés. Une telle position découle plutôt d'une évaluation réaliste de l'équilibre international des forces de classe et de la compréhension du caractère explosif des contradictions sociales dans les centres impérialistes. Ceux qui nient la possibilité d'une révolution socialiste aux États-Unis ne font pas que dénigrer, d'un point de vue pratique, la possibilité du socialisme tout court. Ils abandonnent en fait tout espoir pour l'avenir de l'humanité. Malgré toute la complexité de l'interaction des luttes mondiales et l'imprévisibilité de la séquence exacte des événements, il ne fait aucun doute que le résultat final sera influencé de façon décisive par le développement de la lutte des classes aux États-Unis.

 

Pour le moment, c'est un fait social indéniable que le niveau de conscience politique au sein de la classe ouvrière américaine est très bas. Nous pouvons néanmoins avancer que cette réalité ne touche pas que les travailleurs. La conscience est influencée par les événements, non seulement pour le pire, mais également pour le mieux. Les contradictions sous-jacentes de la société américaine vont, en dernière analyse, résulter en de changements profonds, et inattendus pour beaucoup, dans la conscience de masse. Nulle part il n'est écrit que les tensions sociales profondément enfouies dans la structure des rapports de classes aux États-Unis ne peuvent s'exprimer que sous des formes aussi tragiques et démentes que la fusillade à l'école secondaire Columbine High School. Ces tensions peuvent être exprimées sous des formes plus humaines, démocratiques et révolutionnaires, et elles le seront.

 

Le rôle du World Socialist Web Site

 

L'avènement de la production intégrée mondialement a, comme nous l'avons déjà expliqué, créé non seulement les conditions objectives pour l'unification politique internationale de la classe ouvrière, mais également les moyens de la réaliser. Les extraordinaires avancées dans le domaine de la technologie des communications informatisées, et plus particulièrement la création sur la base de celles-ci du World Wide Web, revêtent des implications historiques d'une incidence des plus profondes pour le développement de la lutte des classes. D'une façon et à une vitesse difficilement imaginables même au début de cette décennie, les innombrables obstacles qui ont limité les communications entre les tendances politiques socialistes et progressistes parmi les intellectuels, les étudiants et les travailleurs ont été balayés. Le monopole des médias capitalistes sur la distribution des informations a été grandement affaibli. La possibilité de rejoindre une audience de masse est maintenant à portée de la main. La guerre en Yougoslavie a révélé l'énorme potentiel et l'importance politique de l'Internet. Même après que les installations de télédiffusion yougoslaves furent bombardées, les informations sur l'impact des attaques de l'OTAN continuèrent d'être accessibles à une audience internationale par le biais de l'Internet. Beaucoup d'informations essentielles telle l'annexe secrète de l'accord de Rambouillet ont été rendues accessibles à une audience internationale grâce à cette remarquable technologie de télécommunication.

 

En février 1998, le Comité International de la Quatrième Internationale a fondé le World Socialist Web Site (www.wsws.org). Nous avons vu dans cette technologie le potentiel pour présenter à une vaste audience internationale, sur une base quotidienne, une analyse marxiste des événements mondiaux. Nous étions convaincus que le WSWS pouvait jouer un rôle décisif dans le développement de ce qui manquait depuis tant de décennies : une véritable culture politique marxiste internationale. Ce qui manquait, pensions-nous, ce n'était pas des slogans et un jargon simplistes, mais une étude sérieuse des événements. La longue histoire de notre tendance, dont les origines remontent à la lutte menée par Léon Trotsky contre la perversion stalinienne du marxisme et la trahison de la Révolution d'Octobre, assurait la substance intellectuelle nécessaire pour soutenir un flux quotidien de commentaires. Confiant dans la force de nos idées, nous étions impatients d'entrer en dialogue avec des lecteurs reflétant une vaste gamme de points de vue. Nous continuons de penser qu'une telle discussion facilitera l'union des socialistes dans le monde entier autour d'un véritable programme révolutionnaire internationaliste.

 

Les expériences de l'année qui vient de s'écouler ont démontré à des milliers de lecteurs de douzaines de pays différents l'importance du travail entrepris par le World Socialist Web Site. Au lendemain de la guerre en Yougoslavie, la nécessité d'organiser des discussions politiques et d'apporter une clarification théorique est plus grande et plus urgente que jamais. Le comité de rédaction du WSWS lance par conséquent un appel à ses lecteurs pour qu'ils participent à cette discussion et font tout ce qui est en leur pouvoir pour étendre l'influence du World Socialist Web Site, et ce cette façon, ériger les fondations pour la croissance du parti mondial de la révolution socialiste.

 

Notes :

 

1. « ;  Nations, States and War », extrait de The South Slav Conflict, publié par Raju G.C., Thomas and H. Richard Friman (New York et Londres, 1996), p. 225.
2. New York Times, 28 mars 1999.
3. The Future of War: Power, Technology & American World Dominance in the 21st Century (New York, Crown Publishers, 1996), p. ix.
4. Ibid., p. x.
5. Ibid., p. 1.
6. Ibid., p. 4.
7. New York Times, 6 juin 1999.

 

Sources WSWS

 

Posté par AdrianEvangelizt

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans BALKANS-KOSOVO
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