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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 15:11

 

 

Comment l'Occident a organisé la chute de Milosevic

 

Par Chris Marsden


13 octobre 2000

 

Les médias occidentaux ont tous décrit le renversement du président yougoslave Slobodan Milosevic comme le résultat d'une révolution populaire démocratique spontanée. Des preuves irréfutables que le contraire est vrai montrent aussi que cette tentative de décrire les événements à Belgrade comme un exemple du « pouvoir du peuple » était une tentative de tromper le public.

Le but des médias était de légitimiser ce qu'ils savaient être un coup organisé par les USA et les puissances européennes pour assurer leur contrôle total des Balkans, en s'alliant avec une section de l'élite dirigeante serbe dont la politique ne diffère en aucun sens fondamental de celle de Milosevic.

Un exemple de ce genre de commentaire est l'article écrit par Neal Ascherson dans le numéro du 8 octobre du journal Observer. Sans rougir il a proclamé que les évènements du 5 octobre n'avaient « Aucun chef, aucun dirigeant rusé, même pas de héros. Une révolution, une vraie, est toujours telle que le monde a vu à Belgrade ».

Il y avait en fait des chefs et des dirigeants rusés en abondance, fait que l'Observer sait très bien. En consultant les documents sur l'histoire récente de la Yougoslavie, on voit immédiatement que les USA et les pays européens ont fourni des millions de dollars, des conseillers haut placés et des centaines de techniciens pour la campagne électorale de l'Opposition Démocratique de la Serbie (ODS). L'ancien diplomate américain William Montgomery, qui a dirigé ce que le New York Times a appellé « l'ambassade yougoslave en exil » à Budapest, a coordonné beaucoup de cette campagne lui-même.

L'argent et l'expertise ont été fournis, soit directement par des agences gouvernementales, soit par des ONGs telle que la Fondation Friedrich Ebert allemande ou le « Freedom House » (Maison de la Liberté) américain, dont les noms apparaissaient sur la liste des principaux donateurs au réseau médiatique de l'opposition.

Le Fondation Friedrich Ebert est un des principaux véhicules par lesquels l'impérialisme allemand avance ses intérêts à l'échelle internationale. (Le World Socialist Web Site a écrit sur ses activités dans un article récent,« Zimbabwe: Promotion of the MDC by middle class radicals politically disarms the working class. »)

Le « Freedom House » rassemble des démocrates, des républicains, des chefs d'entreprise, et des dirigeants syndicaux en vue dans le but de promouvoir des mouvements pro-capitalistes favorables aux USA. La Fondation Nationale pour la Démocracie, une organisation semi-officielle qui reçoit des fonds de différentes agences gouvernementales américaines et du Centre International pour la Libre Entreprise, lui donne des fonds. Elle est fière de promouvoir des « professionels américains » volontaires et de former des « membres de partis politiques serbes ».

L'objectif que les puissances occidentales se sont mis en tête était de galvaniser le mécontentement social et politique créé par le régime Milosevic et de l'utiliser pour installer au pouvoir leurs candidats choisis. Pour ce faire, un réseau électoral et de propagande sophistiqué et bien financé ne suffisait pas, vu que le peuple serbe voyait avec une très grande méfiance l'Opposition Démocratique de la Serbie (ODS), qui était largement considérée comme étant un pion des puissances de l'OTAN ayant récemment bombardé Belgrade. Les USA et l'Europe ont développé une initiative sur deux fronts, d'abord en créant une certaine base sociale dans des zones déjà contrôlées par l'ODS, et ensuite en obtenant la coopération de certains éléments bien placés dans les forces de sécurité, la police, et l'armée.

Le magazine allemand Spiegel a présenté une description détaillée de l'ancienne stratégie cette semaine. Le magazine avoue le rôle prépondérant joué par les USA dans la campagne de l'ODS pour renverser Milosevic, mais se concentre sur la contribution importante du gouvernement allemand.

« Pendant des mois le gouvernement fédéral [allemand] a discrètement et sciemment prêté soutien à l'opposition serbe de Milosevic », commence l'article.

« Un soutien matériel et politique de Berlin, ainsi que des autres capitales occidentales, a contribué au fait que les groupes et partis d'opposition ont pu développer la puissance nécessaire pour forcer Milosevic à se rendre et pour établir leur propre gouvernement ».

Sur la genèse du challenge électoral de l'ODS, Der Spiegel écrit que « Le 17 décembre de l'année dernière [le ministre des affaires étrangères allemand] Fischer et [la secrétaire d'état américaine] Albright ont rencontré les hommes politiques serbes d'opposition les plus connus dans une salle sans fenêtres de l'hôtel Interconti sur Budapest Strasse à Berlin autour d'une réunion du G8. Zoran Djindjic et Vuk Draskovic ont participé aux procédés, deux adversaires de Milosevic qui avaient été jusque là totalement incapables de s'unir. Un participant à cette réunion a dit ajourd'hui : "A ce moment l'opposition s'est fait engueuler ." »

« Les adversaires de Milosevic qui voulaient vraiment coopérer se sont mis d'accord sur Kostunica, un homme relativement obscur, comme candidat à la présidence. La discussion s'est terminée sans avoir obtenu le soutien du populiste et imprévisible Draskovic ».

« Environ $30 millions, surtout d'Amérique, ont été dirigés vers le pays via un bureau à Budapest, pour équiper l'opposition pour une campagne électorale avec des ordinateurs, des téléphones et le nécessaire pour des bureaux. Des centaines d'aides électoraux ont été préparés à l'étranger pour leur mission », dit le magazine. Ainsi « le jour de l'élection, l'opposition était si bien équipée et organisée qu'elle pouvait mieux contrôler le résultat de l'élection que Milosevic. Des aides électoraux ont surveillé le triage des votes dans 180 d'environ 9 200 stations et ont envoyé les résultats via leur propre réseau radio au bureau central de l'opposition ».

Le gouvernement allemand a aussi donné des fonds et du matériel (environ 4 millions de marks) pour établir les journaux, stations de radio et stations de télévision de l'opposition, tandis que Deutsche Welle, le télédiffuseur international allemand, a investi environ 10 millions de marks rien qu'en 1999.

La campagne pour assurer une base électorale à l'opposition a pris un nouveau caractère avec la décision d'encourager les sentiments anti-Milosevic dans les provinces yougoslaves. Les hommes politiques, les organisations, et les partis dans les villes qui s'étaient opposé à Milosevic dans les élections de 1996 et 1997 ont reçu une aide financière massive. L'Allemagne y est parvenue en « jumelant » ses propres villes avec celles en Yougoslavie destinées à recevoir de l'aide financière. « Ainsi, environ 45 millions de marks sont arrivés directement dans 40 villes où l'opposition gouverne. Les grandes opérations soutenues par l'Occident ont été surnommées 'l'énergie pour la paix,' 'l'éducation pour la paix', et 'le bitume [servant à bâtir des routes] pour la paix' ».

L'opération, dirigée par l'ancien parlementaire social-démocrate Josef Vosen, comprenait 16 villes allemandes, 41 municipalités europénnes et 4 municipalités en Ohio aux USA. « Les jumelages de villes n'étaient certainement qu'un truc pour cacher le fait que l'Allemagne, comme les autres états, avaient pris le contrôle de l'opposition », conclut Der Spiegel. « Les 16.951.800 marks envoyés en liquide allemand pour les jumelages provenaient vraiment de fonds du ministère des affaires étrangères pour le Pacte de Stabilité. Beaucoup de municipalités allemandes, une fois qu'elles étaient convaincues des mérites du projet, ont même donné quelque chose de plus de leurs fonds municipaux ».

La position de l'opposition s'est vue renforcée par la politique classique du bâton et de la carotte. Le choix présenté au peuple serbe était clair : se tourner vers Kostunica et avoir en l'Occident une source d'argent, ou prêter soutien à Milosevic et faire face à d'autres sanctions et la possibilité d'une nouvelle guerre ».

Le deuxième front de la campagne des puissances occidentales était de s'assurer qu'une section de la police secrète et des forces armées soutiendrait les remplaçants possibles de Milosevic. L'efficacité de cette stratégie est révélée par les rapports détaillant ce qui s'est vraiment passé le 5 octobre.

Le 9 octobre, le journal Guardian a publié un article basé sur un interview avec Zivan Markovic, un ancien soldat des Forces Spéciales de la 63ème brigade d'élite des parachuteurs. Markovic a affirmé que la prise de l'Assemblée Fédérale et des bureaux de la télévision d'état (RTS) était en fait dirigée par plus de 100 soldats anciens et actifs qui l'ont fait en liaison avec des policiers sympathisants qui devaient garder les bâtiments.

« Des forces spéciales anti-terroristes de la police et des groupes d'intervention policière ont participé », a-t-il dit, refusant de commenter des rapports de la presse yougoslave que 10.000 hommes portaient des armes.

Les dires de Markovic sont corroborés par des reportages du New York Times et de la chaîne britannique Channel 4 sur le rôle essentiel joué dans la prise de l'Assemblée Fédérale par la ville de Cacak, distante d'environ 100 kilomètres de Belgrade.

Le maire de la ville, Velig Ilic, est un ancien membre dirigeant du Mouvement de Renouveau Serbe d'opposition dirigé par Vuk Draskovic, et dirige maintenant le Parti de la Nouvelle Serbie. Il a dit aux médias qu'il avait conçu et organisé la prise de l'Assemblée Fédérale en collaboration avec quatre membres haut placés de la force policière d'élite du Ministère de l'Intérieur. Sous leur direction, Ilic a commencé à organiser une équipe de base qui est allée à la capitale au moins un mois avant le 5 octobre.

« Nous avons établi une équipe de jeunes professionels, de parachutistes de l'armée yougoslave, et de jeunes policiers, et nous avons coordonné ceci avec les unités d'élite de la Police du Ministère de l'Intérieur à Belgrade. Nous avons obtenu la participation d'experts en arts martiaux et de boxeurs professionels. Nous avions même des policiers en civil qui assuraient la liaison avec les villes proches », a confié Ilic au New York Times.

Tôt le matin du 5 octobre, 10.000 personnes ont quitté Cacak en convoi ­ filmées par une équipe de Channel 4 ­ et ont joué un rôle clé à Belgrade. Ilic a dit que la prise de l'Assemblée Fédérale elle-même a été préparée avec ses contacts dans la police secrète, qui ont fait de manière que la prise coïncide avec une défection en masse de la police qui devait garder le bâtiment entre 15h00 et 15h30.

Que cet évènement singulier qui caractérisait le mouvement contre Milosevic ait été planifié et coördonné par les puissances impérialistes et la police secrète serbe est révélateur. Loin d'être une démonstration du « pouvoir du peuple », la chute de Milosevic était le produit d'intrigues politiques menées par l'Occident qui ont culminé en l'équivalent moderne d'une révolution de palais, plutôt qu'une révolution démocratique.

Il a été donné à un éditorial de Robert D. Kaplan dans le New York Times du 6 octobre de fournir l'explication la plus directe de la raison pour laquelle les médias occidentaux se sont réjouis le 5 octobre : il s'est vanté du fait que les événements à Belgrade étaient une confirmation du pouvoir des USA.

« L'OTAN est vraiment devenu un seigneur impérial en ancienne Yougoslavie, vu que la puissance historique de la Russie aux Balkans est en déclin Le président Clinton et la secrétaire d'état Madeleine Albright méritent nos félicitations pour avoir appliqué le principe réaliste qu'il faut projeter la puissance pour pouvoir disséminer ses valeurs. Dans les années 30, c'était les nazis qui appliquaient une pression militaire et qui soutenaient les partis politiques locaux des Balkans en fournissant argent, renseignements, presses et autres. On ne doit pas donc être surpris si des idéaux fascistes dominaient ».

Kaplan ajoute que « Nous ne devons pas nous faire d'illusions et penser que la création de sociétés ouvertes dans les Balkans et ailleurs soit forcément un processus naturel : c'est plutôt le résultat direct de l'expansion de l'autorité impériale américaine ­ bien qu'elle soit douce et non proclamée ouvertement ­ et du fait que les peuples locaux comprennent qu'il y va de leurs intérêts de s'y accomoder ».

L'Occident a pu manipuler les évènements politiques en Yougoslavie à un tel degré seulement grâce au caractère profondément réactionnaire du régime Milosevic. Avec les autres dirigeants ethno-nationalistes qui sont arrivés au pouvoir dans les années 80, son chauvinisme serbe a préparé la division de la Yougoslavie selon l'ethnicité, la pénétration économique du capital occidental, et les conflits sanglants qui ont suivi entre les différents groupes ethniques des Balkans.

Même si le régime de Milosevic méritait pleinement de périr, la manière par laquelle il est tombé n'est pas un détail sans importance. Un vrai renouveau démocratique et social aux Balkans ne peut pas avoir lieu sous la tutelle politique des puissances occidentales et de leurs collaborateurs sur place. Il nécessite une mobilisation unifiée et indépendante de la classe ouvrière à travers toute la région. Si un tel mouvement populaire vraiment démocratique naissait, il ne rencontrerait que de l'hostilité de tous ceux dans les médias qui ont applaudi le 5 octobre.

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans BALKANS-KOSOVO
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