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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 22:14

 

 

La procédure de destitution du président Clinton

Les États-Unis dérivent-ils vers la guerre civile ?

 

Par le bureau de rédaction


Le 30 décembre 1998

 

Au lendemain du vote de destitution à l'endroit du président Bill Clinton, il est soudainement devenu clair que les États-Unis sont plongés dans une crise politique d'une ampleur historique. Même les médias, qui ont couvert pendant toute l'année l'effervescence à Washington comme s'il s'agissait d'une bonne blague, commencent à réaliser que ce qui se passe est très sérieux, et pourrait avoir des conséquences fatales.

Le débat qui a précédé le vote de destitution était remarquable par sa furie. Pour trouver des précédents historiques à l'amertume qui caractérise la lutte politique actuelle, il faudrait remonter, non seulement à la dernière destitution d'un président en 1868, mais encore plus loin, aux années qui ont précédé l'éruption de la guerre civile en 1861. Après le vote, le député Richard Gephardt, leader de la minorité démocrate, a averti que la politique américaine s'approchait du seuil de la violence.

Il ne semble pas y avoir d'explication évidente pour la férocité de la lutte politique qui oppose les Démocrates aux Républicains. C'est selon les « experts », une période de prospérité sans précédent, où les États-Unis, ayant « gagné » la Guerre froide, exercent un pouvoir incontesté en tant que seule super-puissance dans le monde. Pourquoi alors, dans ces conditions supposément idylliques, le système politique du pays est-il si proche de l'effondrement ?

Il serait absurde d'en chercher la cause dans les ébats du président Clinton avec Monica Lewinsky et le fait qu'il ait ensuite nié avoir eu une relation avec elle. S'il est vrai que le sexe et le mensonge ont vraiment causé cette crise, il faudrait conclure que le système américain de gouvernement n'était tout simplement pas viable. Le génie des « pères fondateurs » de la république américaine ne reviendrait pas à grand chose si le bon fonctionnement du gouvernement dépendait du bon vouloir des présidents à dire la vérité sur leurs vies sexuelles.

La crise actuelle doit avoir des causes beaucoup plus fondamentales. La bataille à Washington doit réfléter en dernière analyse des conflits profondément ancrés dans la société américaine en son entier.

Dans aucun autre pays capitaliste avancé, le débat politique n'est-il si limité qu'aux États-Unis. Selon l'establishment politique, il n'y a pas de lutte de classe aux États-Unis. En fait, l'idéologie officielle nie l'existence même de classes sociales antagoniques.

Mais il n'en demeure pas moins qu'elles existent. Justement parce qu'il n'y a quasiment aucune mécanisme au sein du système politique pour l'expression ouverte et directe des contradictions de classe, celles-ci ont tendance à se manifester d'abord sous des formes étranges et même bizarres.

La crise à Washington découle d'une complexe interaction entre des processus politiques, sociaux et économiques. La démocratie bourgeoise est en train de s'écrouler sous le poids accumulé de contradictions de plus en plus insolubles. Les processus économiques et technologiques associés à la mondialisation de l'économie ont miné les conditions sociales et les rapports de classe sur lesquels reposait pendant longtemps la stabilité politique des États-Unis.

L'aspect le plus significatif de cette érosion est la prolétarisation de vastes couches de la société américaine, le déclin en taille et en influence économique des classes moyennes traditionnelles, et la croissance de l'inégalité sociale, reflétée dans une immense disparité au niveau de la distribution des richesses et des revenus. L'inégalité est plus grande aux États-Unis que dans n'importe quelle autre nation industrialisée, avec un fossé beaucoup plus large entre l'élite financière et le reste de la population qu'il y a 25, ou même 50 ans.

Bien que ces processus étaient apparents quasiment tout au long du vingtième siècle, ils ont connu une croissance accélérée depuis 1975. Le pourcentage de la population qui travaille à salaire a augmenté de façon régulière; des millions de cols blancs, de professionnels et de gestionnaires moyens, touchés par le « downsizing » et la restructuration, ont vu leurs salaires, leurs avantages sociaux et leur sécurité d'emploi fondre comme la neige.

Les classes moyennes traditionnelles (petits hommes d'affaires, fermiers, gestionnaires moyens, professionnels indépendants) ont subi un rapide déclin au niveau de leur stabilité économique et de leur signification sociale, comme en témoignent les taux records de faillites enregistrés tant pour les individus que les petites entreprises. Ces couches intermédiaires contrôlent aujourd'hui une part beaucoup plus petite des ressources économiques et financières de la société américaine qu'à n'importe quelle autre période de notre siècle.

Le degré sans précédent d'inégalité sociale introduit d'énormes tensions dans la société. Un vaste fossé sépare les riches de la majorité travailleuse, et c'est à peine s'il reste une classe moyenne pour faire le pont. Les couches intermédiaires qui servaient autrefois de tampon social, et de point d'appui à la démocratie bourgeoise, ne peuvent plus jouer ce rôle.

La transformation des vieux partis

Les deux partis de la grande entreprise réflètent chacun à leur manière l'impact de ces changements économiques au sein de l'élite dirigeante. Dans une tentative de cultiver et de maintenir une base populaire pour son assaut sur la classe ouvrière et sur l'héritage du libéralisme social du « New Deal », la haute finance s'est de plus en plus tournée vers l'extrême-droite pour la défense politique de ses intérêts. Le parti républicain, jadis le représentant ouvert de Wall Street, est devenu l'organe d'éléments quasi-fascistes, personnifiés par des fondamentalistes chrétiens comme James Dobson et Pat Robertson.

La force du parti républicain se résume à ceci : il représente, d'une manière plus conséquente et plus impitoyable que toute autre faction politique bourgeoise, les intérêts économiques de l'élite financière américaine. La droite radicale sait ce qu'elle veut et est prête à faire fi de l'opinion publique pour arriver à ses fins. Les Républicains se foutent entièrement des règles constitutionnelles normales, alors que les Démocrates se tournent les pouces comme des spectateurs passifs et désespérés.

Si les Républicains expriment la brutalité des rapports de classe aux États-Unis, leurs opposants bourgeois du parti démocrate incarnent quant à eux un libéralisme mou et démoralisé, dont la timide perspective de réformes a été entièrement mise au rancart par la classe dirigeante.

La base sociale du parti démocrate a été ébranlée par les mêmes processus économiques et sociaux qui ont poussé le parti républicain vers la droite. Ses partisans et ses activistes viennent d'un milieu particulier composé de riches hommes d'affaires et professionnels, d'une couche de la petite-bourgeoisie noire qui vit en large mesure des paiements corporatifs et gouvernementaux, et de la bureaucratie syndicale. Ces couches sont en faveur de réformes, mais d'une manière passive, tant que cela ne requiert aucune lutte réelle et n'affecte pas leur portefeuille à la bourse. Ces éléments sont tout aussi éloignés de la classe ouvrière que leurs confrères républicains.

Clinton a cherché à apaiser la meute républicaine dans la Chambre des représentants, d'abord par des excuses à plat ventre, puis par des raids aériens contre l'Irak. Il va maintenant chercher à se concilier les Républicains du sénat. Sa totale impuissance face à la campagne de destitution n'est pas tant un phénomène personnel que politique. S'il se décidait à dénoncer les députés républicains et à faire honnêtement appel au public, les élus démocrates l'abandonneraient en masse, ce qui signifierait une défaite certaine à son procès au sénat.

Le parti démocrate est incapable de se défendre, car pour mener une lutte sérieuse contre la destitution, il faudrait exposer la signification politique de la campagne de déstabilisation menée par la droite républicaine contre l'administration Clinton, identifier les forces sociales qui se cachent derrière cette campagne, et soulever un mouvement populaire d'opposition parmi les travailleurs. En tant que parti bourgeois qui défend le système de profit, le parti démocrate ne peut pas lancer un tel appel.

La tempête politique à venir

Les processus socio-économiques du dernier quart de siècle ont en fait transformé les États-Unis en deux pays distincts qui, comme en témoignent les récents événements, ne parlent pas le même langage politique. Il y a les Américains qui se lèvent tous les jours pour aller travailler, la grande majorité, qui doit mener une lutte continuelle contre la destruction des emplois et l'érosion de son niveau de vie; et il y a l'élite financière, les capitalistes et les couches enrichies de la classe moyenne, qui monopolise les richesses et contrôle le système politique.

Jusqu'à présent, le conflit à Washington est resté limité à l'élite des milieux politiques et des médias, laquelle a soit ignoré, soit mal jugé, ou, dans le cas du vote de destitution, directement défié l'opinion publique. Mais sous la surface de cette frénétique bataille, d'énormes forces sociales sont en ébullition. Peu importe les conséquences immédiates de la crise, ces contradictions sociales doivent se manifester sous la forme d'un immense conflit social.

L'effondrement du boum financier des années 90 va fournir un grand élan à la montée des tensions sociales et au développement d'une conscience politique anti-capitaliste parmi les travailleurs. La hausse constante de la bourse a maintenu les illusions dans le système de profit et permis à Clinton et aux Républicains de déguiser le caractère réactionnaire de mesures comme l'abolition de l'aide sociale. Mais le démantèlement des programmes sociaux signifie qu'un ralentissement économique, voire une véritable récession ou une panique financière, va rapidement plonger des millions dans la pauvreté.

Le Financial Times britannique a lancé la semaine dernière un avertissement quant à la fragilité d'une économie américaine basée sur des valeurs boursières gonflées de façon fantastique. Le marché boursier américain surévalué est tout ce qui reste entre le capitalisme mondial et une récession globale dévastatrice, a fait savoir le journal. Il va sans dire que la bourgeoisie américaine, déchirée par la lutte politique interne à Washington, n'est nullement en mesure d'organiser une réponse globale à la prochaine série de crises financières et monétaires.

Quelques voix plus sérieuses dans la presse américaine ont commencé à exprimer leurs craintes quant aux répercussions politiques de la crise actuelle. Un croniqueur du New York Times écrivait récemment: « Si nos institutions civiques n'arrivent pas à juger et résoudre de profondes divisions nationales d'une manière juste, légale et transparente, les Américains pourraient être tentés de régler leurs comptes dans les rues ».

Un éditorial dans le Los Angeles Times avait pour titre: « Attention à la colère ». Il lançait l'avertissement suivant: « Un Capitole si éloigné du peuple qu'il prétend représenter, et qui peut être si facilement accaparé par une coterie vocale quoique peu nombreuse d'extrémistes, est un plus grand danger pour la république que tous les mensonges égoïstes de Bill Clinton. La Chambre devrait prendre à coeur l'avertissement au ton presque biblique qu'a lancé plus tôt cette année le député John Lewis (démocrate-Géorgie): « Le peuple américain observe. Attention à la colère du peuple américain ... Attention ».

Aucune autre classe dirigeante n'a eu autant de succès à bloquer un mouvement social de la classe ouvrière que la classe dirigeante américaine. Utilisant le système des deux partis pour manipuler l'opinion publique, penchant maintenant vers la gauche, ensuite vers la droite, selon les circonstances, le capitalisme américain a pu empêcher l'émergence d'un mouvement politique indépendant parmi la grande masse des travailleurs. Un rôle particulièrement important a été joué par les mass-médias, qui condamnent et qualifient de non-légitime, toute opinion politique qui se place en dehors du consensus de droite qui règne à Washington.

Ces méthodes ont cependant leurs limites. Même les médias les plus serviles et les politiciens les plus corrompus ne peuvent pas rendre plus attrayant pour les grandes masses le programme consistant à enrichir davantage les riches. La politique américaine a été pendant longtemps restreinte à un cercle étroit de caractère conservateur ou ultra-conservateur, où le socialisme était banni et le libéralisme lui-même avait perdu toute crédibilité. Cette période tire à sa fin. Le coup d'état politique de la droite radicale a déjà commencé à provoquer une réponse politique par en bas.

Il y a trois caractéristiques d'une situation révolutionnaire naissante. L'ancienne classe dirigeante ne peut plus diriger de la vieille façon. Les masses opprimées ne peuvent plus vivre de la vieille façon. Et les masses sont devenues conscientes de la nécessité de mener une lutte politique et prendre entre leurs mains le sort de la société. Les deux premières conditions existent déjà aux États-Unis, mais la troisième n'a pas encore mûri. C'est la tâche à laquelle doivent s'atteler les socialistes.

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans BUSH-AFFAIRE CLINTON
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