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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 09:23

 

 

La « thérapie de choc » du FMI et la recolonisation des Balkans

 

Par Nick Beams

 
Le 17 avril 1999

 

Lors des guerres balkaniques de 1912-13, Léon Trotsky écrivit : « Tant en politique que dans notre vie personnelle, il n'y a rien de plus mesquin ­ ni de plus vain ­ que de moraliser. Plusieurs y trouvent néanmoins leur satisfaction car cela leur permet d'ignorer le mécanisme objectif des événements ».

Dans les tonnes de matériel imprimé et les millions d'heures de programmation télévisée consacrées à la crise des Balkans depuis le démembrement de la fédération yougoslave en 1991, il y a eu peu de couverture, et encore moins d'analyse sur les causes sous-jacentes à cette crise.

Il n'est pas difficile de trouver les raisons de ce silence. Une telle analyse révélerait en effet que derrière l'écran de fumée de la propagande à propos des préoccupations « humanitaires » pour le sort des réfugiés et des victimes du « nettoyage ethnique », se cachent de puissants processus économiques qui alimentent l'escalade de l'intervention militariste des puissances impérialistes.

Dans son analyse de l'accord de Dayton effectuée en novembre 1995 sur la Bosnie-Herzégovine, l'auteur canadien Michel Chussodovsky écrivait : « L'éclatement de la fédération yougoslave est directement relié au programme de restructuration macro-économique imposé au gouvernement de Belgrade par ses créanciers de l'extérieur. Adopté en plusieurs étapes depuis 1980, ce programme a contribué à déclencher l'effondrement de l'économie nationale qui a mené à la désintégration du secteur industriel et au démantèlement graduel de l'État providence. Les tendances séparatistes alimentées par les divisions sociales et ethniques ont justement pris leur élan pendant une période d'appauvrissement brutal de la population yougoslave. » [1]

Dans son étude de 1995 sur la crise des Balkans effectuée pour le compte du Brookings Institute, Susan Woodward conteste le scénario de Washington selon lequel des « États indésirables » sont apparus dans le monde de l'après-guerre froide avec à leur tête de « nouveaux Hitlers » tels Saddam Hussein en Iraq et Slobodan Milosevic, qui défient toutes les normes du comportement civilisé et devant être punis pour protéger ces dernières et les innocents. » [2] Elle insiste sur le fait que l'éclatement de la Yougoslavie n'est aucunement le résultat de la résurrection des tensions et des conflits ethniques tenus comme en état d'« hibernation » pendant 40 ans. Les véritables origines de l'effondrement de l'ordre civil et politique découlent en effet du déclin économique, principalement causé par le programme de remboursement de la dette qui a été imposé par le Fonds monétaire international (FMI) et autres institutions financières internationales.

« Plus d'une décennie d'austérité et de chute du niveau de vie a érodé le tissu social, les droits et les biens sur lesquels les individus et les familles se fiaient. Les conflits politiques normaux pour le partage des ressources économiques entre les gouvernements central et régionaux et à propos des réformes économiques et politiques sur le remboursement se sont transformés en conflit constitutionnel et ont entraîné une crise étatique opposant des politiciens décidés à n'accepter aucun compromis. » [3]

Le lien causal entre le programme pour le remboursement de la dette imposé par le FMI et l'éclatement de la Yougoslavie a également été le sujet d'un récent article publié sur le site Web de Polyconomics Inc. (www.polyconomics.com) et écrit par la directrice du site, Jude Wanniski, ancienne rédactrice adjointe au Wall Street Journal. Wanniski a envoyé une note à la secrétaire d'État des États-Unis, Madeleine Albright, consistant en un rapport préparé par Criton Zoakos, alors à l'emploi de Polyconomics en mai 1993.

« En 1987, écrit Zoakos, la vieille Yougoslavie, malgré tous ses échecs tragiques, constituait néanmoins un État fonctionnel. C'est alors que le fonds monétaire international a pris en charge sa politique économique en appliquant plusieurs thérapies de choc bien connues : dévaluation, gel des salaires, libéralisation des prix inspirée des principes que l'on retrouve dans les ouvrages économiques de Harvard et du MIT et qui ont pour effet d'abaisser le taux salarial à un niveau où il peut être compétitif mondialement. Alors que l'économie se contracte sous l'effet de la thérapie de choc, les revenus du gouvernement central baissent également, ce qui amène le FMI à exercer des pressions pour que les taxes soient augmentés afin d'équilibrer le budget...

« Ces forces centrifuges ont commencé à déchirer la fédération, les provinces les plus riches (Croatie et Slovénie) se plaignant de se faire drainer des ressources par les provinces les plus pauvres. Alors que l'URSS se fractionnait du fait que le FMI rudoyait le gouvernement Gorbachev en lui imposant une dévaluation du rouble, la Yougoslavie éclatait elle aussi en miettes et les rivalités ethniques et religieuses étaient réaffirmées dans une tentative de contrôler une réserve de ressources qui décroissait rapidement...

« Lorsque la thérapie de choc du FMI frappa la Yougoslavie, le désordre social qui prit forme initialement ne prit pas le visage des frictions ethniques, mais bien celui des grèves massives et répétées accompagnées d'actions de la classe ouvrière. C'est ainsi qu'à la fin de 1988, un journaliste d'affaires américain employé à Belgrade avait de la difficulté à trouver quelque passion ethnique que ce soit et rapportait : « je me ferais Serbe, Bosniaque, qu'importe, même Ouzbèque, je me ferais même brider les yeux si j'avais de l'argent » lui déclara Zoran, chauffeur de taxi belgradois s'étirant les paupières pour accentuer ses propos. Les gens ordinaires se transforment en monstres ethniques seulement lorsque toutes les options pour une vie économique normale ont été détruites. La « purification ethnique » est apparue seulement après que la « thérapie de choc » a fait son travail. » Par conséquent, comme le fait remarquer si justement Woodward dans son étude : « expliquer la crise yougoslave comme le résultat de la haine ethnique, c'est tout confondre et commencer par la fin. » [4]

Les origines de l '« ajustement structurel » du FMI

Pour commencer par le début et révéler les intérêts économiques des principales puissances capitalistes qui alimentent la crise des Balkans, il faut remonter jusqu'à l'effondrement du boum économique de l'après-guerre.

Avec l'effondrement du système monétaire de Bretton Woods entre 1971 et 1973, période où le président américain Nixon mit fin à la convertibilité du dollar US en or, enclenchant ainsi le flottement des taux de changes des principales devises, le capitalisme mondial fut frappé par une série de chocs économiques. D'abord, le prix du pétrole quadrupla en 1973-74, entraînant des déséquilibres majeurs au sein du système financier mondial alors que les pays importateurs de pétrole faisaient face à d'importants problèmes dans leur balance des paiements. Le boum éphémère des prix des produits de base au cours des mêmes années fut aussitôt suivi par la récession mondiale de 1974-75, alors la pire à survenir depuis les années 30.

Pour les classes dominantes des puissances impérialistes, ces problèmes économiques croissants étaient aggravés par la radicalisation du mouvement ouvrier ­ la grève des mineurs en Grande-Bretagne, la révolution des illets au Portugal et la lutte pour l'augmentation des salaires aux États-Unis pour ne citer que quelques exemples ­ combinée par toute une série de luttes anti-impérialistes dans les pays semi-coloniaux qui culmina avec la défaite des États-Unis au Vietnam en 1975.

Par conséquent, la bourgeoisie poursuivit une stratégie sur deux fronts. Dans les principaux pays capitalistes, elle se fia beaucoup sur les appareils social-démocrates et staliniens des partis socialistes et communistes pour contrôler le soulèvement de la clase ouvrière tout en poursuivant une politique keynésienne de dépenses dans les programmes sociaux pour atténuer le coup de la récession. La bourgeoisie organisa parallèlement le « recyclage » des pétrodollars dans le système financier international sous la forme de prêts peu coûteux accordés aux pays dépendants des importations de pétrole.

Toutefois, aucune de ces politiques ne parvint à résoudre les problèmes sous-jacents de la crise économique ; elles ne permettaient que de gagner du temps. La récession de 1974-75 terminée, les conditions du boum de l'après-guerre ne revinrent pas. La crise économique assuma alors une nouvelle forme appelée « stagflation », soit la persistance d'un chômage élevé combinée à un taux d'inflation supérieur à 10 p. 100.

Cette situation allait très tôt mener à une crise du système financier international. Avec l'inflation atteignant des niveaux records, les pays recevant des « prêts à conditions de faveur » profitaient en fait de taux d'intérêts négatifs. D'un autre côté, les stocks de capitaux des banques s'érodaient. Une nouvelle politique devenait donc nécessaire. Cette dernière vint avec l'arrivée de Paul Volcker à la présidence de la banque centrale américaine, le Federal Reserve Board, en 1979. Après avoir réécrit le budget annuel de l'administration Carter, Volcker appliqua une politique de taux d'intérêts élevés pour « éliminer l'inflation » du système. Avec ce programme, les taux d'intérêts grimpèrent jusqu'à 20 p. 100, ce qui représentait en fait un transfert massif de richesses entre les mains des banques et des principales institutions financières.

Alors qu'au milieu des années 70 la bourgeoisie avait cherché à gagner du temps, au début des années 80, elle sentit que les conditions s'étaient suffisamment stabilisées pour entreprendre une nouvelle initiative. C'est alors que fut déclenchée l'offensive contre les conditions sociales de la classe ouvrière dans tous les principaux pays capitalistes, combinée à un programme d'appauvrissement des pays endettés. Les pays ayant fortement emprunté pour payer les importations de pétrole furent attaqués sur deux fronts. D'un côté, les taux d'intérêts réels sur les prêts grimpèrent rapidement, alors que de l'autre, les prix des produits de base, sources de devises utilisées pour rembourser la dette, chutaient rapidement avec l'arrivée de la récession de 1981-82.

Le resserrement de cet étau entraîna la crise de l'endettement mexicaine de 1982 qui fut suivie par l'entrée en vigueur des Programmes d'ajustement structurels (PAS) du FMI. Dorénavant, les pays endettés ne pourraient recevoir de nouveaux prêts qu'à la condition d'entreprendre une « restructuration » en profondeur de l'ensemble de leur économie basée sur la destruction des mesures sociales et des projets de développement nationaux financés par le secteur public. L'objectif était d'ouvrir ainsi le monde entier à la domination des plus grandes entreprises industrielles et institutions financières de la planète.

Évaluant les effets de ces politiques en 1992, un ancien responsable de la Banque interaméricaine de développement, Jerome I. Levinson, écrivait : « Pour le Trésor américain... la crise de l'endettement a offert une possibilité sans précédent pour parvenir à imposer aux pays endettés les réformes structurelles favorisées par l'administration Reagan. Au coeur de ces reformes, il y avait l'engagement des pays endettés de réduire l'importance de leur secteur public en tant que véhicule de développement économique et social et de dorénavant faire jouer ce rôle aux forces du marché et à l'entreprise privée tant nationale qu'étrangère. » [5]

Ces programmes ont eu un impact dévastateur. Ainsi, entre 1984 et 1990, les pays « en voie de développement » participant aux PAS ont transféré 178 milliards $US dans les coffres des banques occidentales, ce qui a fait dire à un ancien responsable de la Banque mondiale : « le monde n'a pas assisté à un tel transfert de richesses dans ce sens depuis le pillage de l'Amérique latine effectué par les conquistadores. » [6]

La dévastation économique en Yougoslavie

Les effets sur la Yougoslavie ont été tout aussi désastreux. La dette extérieure yougoslave qui était de 2 milliards $US en 1970 passait à 6 milliards $US dès 1975. En 1980, elle était rendue à 20 milliards $US, soit plus du quart du revenu national yougoslave, et le service de la dette engouffrant à lui seul quelque 20 p. 100 des recettes d'exportation.

Le fardeau du service de la dette et du remboursement entraînèrent une fracturation accrue de la république fédérale. La plupart des zones industrielles développées étaient au nord du pays, en Croatie et en Slovénie, tandis que le sud fournissait les matières premières. Alors que le prix relatif de ces dernières chutait, les inégalités économiques entre les diverses républiques s'intensifièrent, sources de tensions accrues et de demandes des républiques septentrionales pour plus d'autonomie.

Tandis que le gouvernement fédéral subissait les pressions du FMI et des autres institutions financières pour qu'il réduise sa dette extérieure en augmentant ses exportations, le détournement de la production qui en résulta affecta la consommation intérieure en entraînant une réduction constante du niveau de vie tout au long des années 80. Entre 1979 et 1985, le revenu réel des travailleurs du « secteur social » chuta de 25 p. 100 et en 1989, on évaluait à 60 p. 100 le nombre de travailleurs yougoslaves vivant au niveau minimal garanti par l'État, sinon en dessous. Enfin, le niveau de vie chuta de 40 p. 100 entre 1982 et 1989.

Cette contraction forcée de la consommation intérieure provoqua une chute du déficit de la balance commerciale qui passa de 7,2 milliards à 0,6 milliard $US entre 1979 et 1988. Mais le rééchelonnement de la dette signifiait qu'elle n'avait diminué que de 1 milliard $US. Aussi, dès 1987, elle passa à nouveau au-dessus de la barre des 20 milliards $.

Décrivant les opérations de surplace de ce tapis roulant économique, l'économiste britannique Michael Barratt Brown écrivait : « Il semblait n'y avoir aucun espoir, et en fait, il n'y en avait pas. La même médecine avait été administrée à tous les pays endettés du Tiers monde et au monde communiste pareillement. « Exportez plus et payez vos dettes ! », tel était le refrain préféré de la Banque mondiale et du FMI ; et plus les pays endettés exportaient les mêmes produits, souvent du secteur primaire, et plus leur prix baissait sur le marché mondial, alors qu'en revanche, le prix à l'exportation des produits des pays industrialisés et leur taux d'intérêts continuaient de grimper. » [7]

Avec la désintégration des régimes staliniens d'Europe de l'Est en 1989, le programme de restructuration du FMI s'accéléra. Les objectifs de base tant en Europe de l'Est qu'en Yougoslavie avaient déjà été formulés dans une directive de décision sur la sécurité nationale des États-Unis en 1982 appelant à « de plus grands efforts pour promouvoir une « révolution tranquille » qui renversera les gouvernements et les partis communistes » et à l'intégration de l'Europe de l'Est dans l'économie de marché. [8]

L'impact du diktat du FMI sur la Yougoslavie apparaît clairement à la lumière des chiffres suivants. De 1966 à 1979, l'augmentation de la production industrielle s'élevait en moyenne à 7,1 p. 100 annuellement. Après la première phase de réformes macro-économiques, elle chuta à 2,8 p. 100 de 1980 à 1987, puis à zéro en 1987-1988, pour enfin devenir négative et régresser de 10,6 p. 100 de plus en 1990. Mais des mesures encore plus dures devaient encore venir. Ainsi, en janvier 1990, un accord signé avec le FMI exigeait des compressions de dépenses équivalentes à 5 p. 100 du produit intérieur brut.

Chussodovsky relate ce processus en détail dont les résultats ont été rien de moins que catastrophiques :

« Alors que les revenus avaient été érodés par l'inflation, le FMI ordonna le gel des salaires aux niveaux atteints à la mi-novembre 1989. Malgré la stabilisation du dinar face au deutschmark, les prix continuèrent de monter aussi vite. Les salaires réels chutèrent de 41 p. 100 au cours des six premiers mois de 1990. Cette année-là, l'inflation dépassa les 70 p. 100. Puis en janvier 1991, une nouvelle dévaluation de 30 p. 100 du dinar fut effectuée, enclenchant ainsi un nouveau cycle d'augmentation des prix. L'inflation fut de 140 p. 100 en 1991, puis de 937 p. 100 en 1992, et enfin de 1 134 p. 100 en 1993.

« Le programme économique de janvier 1990 comprenait également la pleine convertibilité du dinar, la libéralisation des taux d'intérêts et de nouvelles réductions des contingents d'importation. Les créanciers avaient maintenant le plein contrôle de la politique monétaire yougoslave : l'accord signé avec le FMI privait le gouvernement fédéral du crédit de sa propre banque centrale (Banque nationale de Yougoslavie). Cette condition paralysait littéralement le processus budgétaire et réduisait en miette la capacité de l'État fédéral de financer ses programmes économiques et sociaux. De plus, la déréglementation du crédit commercial combinée aux reformes bancaires allait entraîner un nouvel effondrement des investissements dans les entreprises étatisées.

« Le gel de tous les paiements de transfert aux républiques créa une situation de sécession « de facto ». L'application de ces conditions (contenues dans l'accord conclu avec le FMI) faisait également partie des arrangements de rééchelonnement de la dette qui avaient été conclus aux clubs de Paris et de Londres [les grandes institutions financières occidentales]. La crise budgétaire produite par le FMI entraîna l'effondrement de la structure fiscale fédérale. D'une certaine façon, cette situation présentait la sécession un peu comme un fait accompli, avant même les déclarations d'indépendance formelles de la Croatie et de la Slovénie en juin 1991. Les pressions politiques de la Communauté européenne sur Belgrade combinée aux aspirations de l'Allemagne d'entraîner les Balkans dans son orbite géopolitique ont également encouragé le processus de sécession. Les conditions économiques et sociales de l'éclatement de la fédération résultant de dix années d'« ajustements structurels » étaient déjà fermement implantés. » [9]

L'une des demandes importantes du FMI étaient que le gouvernement fédéral et les autorités financières mettent fin au financement des entreprises « déficitaires ». En 1989, quelques 248 entreprises furent ainsi liquidées et 89 400 travailleurs perdirent leur emploi. Mais cela ne faisait que commencer. Au cours des neuf premiers mois de 1990, 889 autres entreprises employant 525 000 travailleurs étaient mises en faillite, la plupart en Serbie, en Bosnie-Herzégovine, en Macédoine et au Kosovo.

En septembre 1990, sur les 7 531 entreprises restantes en Yougoslavie, la Banque mondiale estimait à 2 435 celles qui étaient « déficitaires ». Ces dernières employaient une force de travail de 1,3 million de travailleurs. Comme le fait remarquer Chussodovsky : « En prenant les 600 000 travailleurs déjà licenciés avant septembre 1990 lors de la fermeture des entreprises déficitaires, quelques 1,9 million de travailleurs (sur un total de 2,7 millions) ont donc été classés comme « excédentaires ». Les installations « non solvables » concentrées dans les secteurs énergétique, de l'industrie lourde, de la transformation des métaux, de la foresterie et du textile comptaient parmi les plus grandes entreprises industrielles du pays, représentant (en septembre1990) 49,7 p. 100 du total (restante et employée) de la force de travail industrielle. » [10]

Vers une nouvelle colonisation

Ces statistiques économiques mettent en relief le fait que l'intervention actuelle des puissances de l'OTAN n'est que la poursuite par d'autres moyens, c'est-à-dire par la guerre, d'un plan appliqué lors de la période précédente : la destruction de tout développement économique et social en Yougoslavie et la transformation de la région environnante en une espèce de semi-colonie soumise aux grandes puissances capitalistes.

Ce processus apparaît plus clairement que n'importe où ailleurs en Bosnie-Herzégovine. Avec l'accord de Dayton en novembre 1995, ces objectifs ont été couchés sur le papier dans la constitution même de la nouvelle « république ». Le soi-disant haut représentant choisi conjointement par les États-Unis et l'Union européenne détient en effet tous les pouvoirs exécutifs et l'autorité lui permettant de chapeauter tant les gouvernements de la Fédération bosniaque que de la République serbe de Srpska. La politique économique est placée entre les mains des grandes institutions financières internationales. La constitution stipule d'ailleurs clairement que le premier gouverneur de la Banque centrale de Bosnie-Herzégovine doit être nommé par le FMI et « ne peut être citoyen de la Bosnie-Herzégovine ou d'un État limitrophe... »

Par ailleurs, la Banque centrale n'a pas le droit de poursuivre une politique économique indépendante et, pour les six premières années, « ne peut accorder de crédit en émettant de la monnaie, et doit ne servir que de réserve de devises. » Cela signifie donc qu'elle ne peut émettre de papier monnaie que si les sommes émises sont entièrement endossées par des réserves en devises étrangères. Des prêts internationaux destinés à financer la reconstruction économique ont ainsi été refusés mais d'autres ont en revanche été accordés pour financer le déploiement militaire convenu dans l'accord de Dayton, de même lorsqu'est venu le temps de rembourser des dettes contractées auprès de créanciers internationaux. [11]

Ayant assuré la recolonisation de la Bosnie-Herzégovine dans les faits, les puissances impérialistes, États-Unis en tête, s'appliquent maintenant à étendre ce processus au reste de la Yougoslavie. Comme la publication de l'Accord de Rambouillet l'a bien montré, l'intervention militaire de l'OTAN n'a jamais eu comme objectif de se limiter au Kosovo. C'est bien l'occupation de l'ensemble de la Yougoslavie qui est envisagé. Bref, derrière le barrage de propagande, le « mécanisme objectif des événements » n'est rien de plus que la poussée pour la recolonisation de la région en entier.

Notes :

1. Michel Chussodovsky, The Globalisation of Poverty, pp. 243-244

2 . Susan Woodward, Balkan Tragedy, p. 7

3. op. cit., p.15

4. Woodward, op. cit., p.18

5. Extrait de Doug Henwood, Wall Street, pp. 294-295

6. Extrait de Asad Ismi, « Plunder With a Human Face », Z magazine, Février 1998

7. Michael Barratt Brown, « The War in Yugoslavia and the Debt Burden », extrait de Capital and Class no 50, 1993

8. Chussodovsky op. cit., p. 244

9. Chussodovsky op. cit., pp. 246-247

10. Chussodovsky op. cit., p. 251

11. Chussodovsky op. cit., p. 256

 

Sources WSWS 

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans BALKANS-KOSOVO
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