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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 10:14

 

 

Un abîme entre l'establishment politique et la population

 

par Guy Charron


30 août 2000

 

La campagne électorale américaine de l'an 2000 est marquée, comme jamais elle ne le fut au vingtième siècle, par le peu de différence entre le Parti démocrate et le Parti républicain.

Les deux partis célèbrent les « nouveaux sommets de prospérité, de paix et de progrès ». Les deux se tournent vers les mêmes couches sociales qui se sont incroyablement enrichies au cours des dernières années et les grandes entreprises qui les ont littéralement inondés de donations. Gore et Bush ont soigneusement évité la question la plus cruciale pour le peuple américain : la très grande croissance de l'inégalité sociale, exacerbée par le boum boursier et la frénésie des fusions.

L'impossibilité dans laquelle se trouve le système bipartite de la grande entreprise de discuter des questions sociales qui préoccupent la grande majorité de la population américaine donne un aspect irréel à la campagne présidentielle. Les médias se concentrent sur les aspects les plus futiles de la campagne, gonflant les incidents mineurs et les scandales mesquins, tout en ignorant le fait incontournable que la nation américaine est divisée en deux.

La réalité aux États-Unis en l'an 2000 n'est jamais mentionnée : alors que quelques millions de personnes ont pu accéder au club des millionnaires grâce à la Bourse, et que les investissements des biens nantis ont rapporté des profits stratosphériques, des dizaines de millions d'autres peuvent à peine garder la tête hors de l'eau en travaillant toujours plus longtemps et en s'endettant encore plus. Les problèmes sociaux se sont exacerbés, comme en témoignent les 45 millions d'Américains sans assurance santé, la détérioration du système public de l'éducation et la croissance de la faim et du nombre des sans-abri.

Le peu de différences entre Gore et Bush n'est qu'une autre manifestation d'un vaste virage vers la droite du système politique bipartite des États-Unis au cours des vingt dernières années qui ont vu le Parti démocrate abandonner toutes ses politiques libérales de réforme. Cette ruée à droite des démocrates a atteint sa vitesse de croisière avec l'administration Clinton. Sous son égide, les différences entre les deux partis en ce qui a trait aux politiques sociales se résument à une question de virgules.

Et tout au long de sa campagne électorale, Gore a voulu bien établir qu'il continuerait sur cette voie. Par exemple, il a déclaré qu'il maintiendrait un budget équilibré même dans le cas d'une récession importante en diminuant les dépenses du gouvernement fédéral.

Lors des primaires américaines, tous les candidats à la présidence ont endossé les banalités de la religion et de l'anticommunisme. Après que Bush eut déclaré que Jésus Christ était son philosophe politique préféré, les autres prétendants républicains déclarèrent que l'évangélisme était une condition d'admissibilité à la présidence. Gore a lui aussi cherché l'appui des fondamentalistes religieux.

Gore et Bush ont tous deux appuyé la décision des cours de ne pas rapatrier le jeune Cubain de six ans à Cuba, où l'attendait son père, cédant à l'hystérie anticommuniste des exilés cubains du sud de la Floride. Les républicains ont invoqué la liberté des États pour refuser de condamner le fait que le drapeau des confédérés flotte sur le Capitole de Columbia, de peur de se mettre à dos les racistes du sud des États-Unis. Les démocrates ont invoqué eux aussi la liberté des États pour refuser de condamner la décision du Kansas de limiter l'enseignement de l'évolution dans les écoles publiques pour ne pas déplaire aux fondamentalistes religieux.

Les deux candidats à la présidence des États-Unis, et leurs colistiers vices-présidentiels, personnifient la domination de la société américaine par une aristocratie de la richesse et du privilège qu'un gouffre social infranchissable sépare des masses de la classe ouvrière. Gore et Bush sont tous les deux des enfants de l'élite dirigeante : Al Gore, le candidat présidentiel des démocrates est le fils d'un sénateur, alors que Georges W. Bush, candidat pour les républicains est le fils d'un président.

Bush vient d'être catapulté à la tête du Parti républicain, lui qui selon les normes habituelles de la politique américaine, a une feuille de route bien mince. Après cinq années et demie comme gouverneur du Texas, virtuellement aucune expérience de la politique nationale et encore moins de connaissance de la politique mondiale, ne lisant pas et sans intérêt intellectuel particulier, il a quand même de bonnes chances d'habiter la Maison blanche.

Alors que les deux partis avaient toujours un appui important dans la population, le vice-président était choisi pour donner l'apparence d'une certaine diversité de la réalité politique et géographique et voulant réconcilier les différentes factions. Mais le choix des vices-présidents est une manifestation que la base sur laquelle repose toute la superstructure politique américaine devient de plus en plus étroite.

Richard Cheney, millionnaire de l'industrie pétrolière du Texas comme Bush, sera son colistier à la vice-présidence. Il connaît bien les corridors du pouvoir, ayant été sénateur et secrétaire à la Défense sous Bush lors de la guerre du Golfe. Après l'élection de Clinton, il a fait des millions en tant que CEO d'une pétrolière du Texas. Il est connu pour s'être opposé à toutes les réformes sociales depuis trente ans : l'aide fédérale à l'éducation, l'avortement, les droits à l'égalité pour les femmes.

En choisissant le sénateur Joseph Lieberman comme colistier à la vice-présidence, Al Gore semble avoir été dicté surtout par deux considérations : premièrement, choisir un vice-président dont les prises de position sur les politiques sociales et économiques se trouvent à l'extrême droite du spectre politique des démocrates ; deuxièmement, contrer les conspirateurs du Parti républicain et de la droite chrétienne qui ont organisé pendant plus d'un an une campagne pour faire tomber l'administration Clinton.

Étonnamment, par rapport à l'importance immense qu'il a eue dans la vie politique américaine, le procès en destitution de Clinton est un sujet tabou dans la campagne présidentielle.

Dans leurs discours d'acceptation, Bush et Cheney n'en ont pas soufflé mot, à cause de la très grande hostilité du public américain à la tentative des républicains de forcer Clinton à démissionner pour avoir menti sur la nature de ses relations avec Monica Lewinsky.

Le choix de Lieberman n'en devient que plus significatif du gouffre qui sépare l'élite dirigeante de la population. Lieberman s'est surtout fait connaître en devenant le premier démocrate à condamner publiquement Clinton dans l'affaire Monica Lewinsky alors que l'enquête de Kenneth Starr atteignait son apogée, contribuant à lui donner de la crédibilité.

Au cours de ses deux mandats au Sénat, Lieberman a appuyé plusieurs projets républicains, y compris la privatisation partielle de la sécurité sociale et la prière à l'école. Membre du comité sénatorial sur les forces armées, il a appuyé l'invasion américaine du Panama, a participé à l'écriture de la déclaration de guerre contre l'Irak et fut l'un des rares démocrates à voter pour l'invasion américaine.

Les congrès de nomination des deux partis avaient plus l'air de publireportages que d'un rassemblement politique, au cours desquels les médias jugèrent de la performance des candidats par l'habileté de leur organisation à suivre un scénario détaillé.

On a à peine tenté de cacher le fait que les congrès sont en fait complètement financés par des dons des grandes entreprises. Chaque congrès a eu sa ligne aérienne attitrée (US Airways pour les républicains, United pour les démocrates), un partenaire officiel pour les transports (GM dans les deux cas) et une myriade d'autres liens avec le monde des affaires. En tout, les républicains ont eu dix donateurs de la catégorie « platine », c'est-à-dire qui ont donné un million ou plus, les démocrates en ont onze.

Alors que sur la scène principale se succédaient des orateurs livrant leurs discours soigneusement vidés de tout contenu réel par des conseillers en communication, dans les fêtes ou derrière les portes closes l'influence politique était négociée et marchandée.

Au cours du congrès du Parti démocrate, Gore a abandonné sa stratégie électorale qui jusqu'alors avait consisté à occasionnellement lancer un slogan populiste et le plus souvent en appeler aux classes les plus aisées en leur promettant que la politique des diminutions d'impôts adoptée par Clinton continuerait. Il a plutôt adopté un ton résolument populiste, se présentant comme le champion des travailleurs et un opposant « des forces puissantes et des intérêts puissants. »

Tout en prenant bien garde de ne pas effrayer l'élite financière en affirmant qu'il ne dévierait pas du cap du conservatisme fiscal, Gore a dirigé ses appels à ce qu'il appelle les « familles travaillantes ».

Bien que plusieurs commentateurs aient prédit que le risque populiste de Gore ne lui rapportera pas, notant que la prospérité et la satisfaction sociale reléguaient aux oubliettes les appels à la lutte sociale, les sondages ont plutôt démontré que Gore touchait une corde sensible en parlant d'une lutte contre le pouvoir et les privilèges.

Malgré qu'il ne soit qu'une hypocrisie, le populisme de Gore représente un changement important de la stratégie de ce dernier dont les conséquences pourraient bien dépasser les calculs électoraux à court terme. Une fois que l'indignation profonde et le sentiment d'oppression des masses sont articulés, même si c'est de façon cynique par Gore, il s'enclenche un processus qui a sa propre logique et sa propre dynamique. Et l'appareil ossifié du Parti démocrate, qui a beaucoup changé depuis les derniers vingt ans où il a imposé les politiques de droite économiques et sociales de la grande entreprise, sera beaucoup moins capable de contenir la lutte de classe que le Parti démocrate d'autrefois.

Même en la comparant avec la façon traditionnelle de faire de la politique aux États-Unis, la campagne actuelle est une manifestation de l'abîme qui sépare l'establishment politique et la population. La plus longue période de croissance économique de l'histoire a mené à une immense polarisation de la société. Cette polarisation se reflète dans la campagne électorale américaine où les aspirations et les intérêts de l'immense majorité de la population n'ont aucune façon de s'exprimer.

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

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Published by Adriana Evangelizt - dans MISERE USA-AILLEURS
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