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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 06:16

 

Après la boucherie : leçons politiques de la guerre des Balkans 

 

Par David North

Le 14 juin 1999


1ère partie

 

 


 

Au tournant d'un nouveau siècle

La capitulation de la Serbie face à l'assaut des États-Unis et de l'OTAN clôt la dernière grande expérience stratégique du XXe siècle. La conclusion sanglante de cette dernière donne au siècle une certaine symétrie tragique. Ce siècle a en effet commencé par la suppression brutale du soulèvement anticolonialiste des boxers en Chine pour se terminer avec une guerre qui complète la réduction des Balkans au statut de protectorat néocolonial des principales puissances impérialistes.

Il est encore trop tôt pour évaluer toute l'étendue de la dévastation infligée à la Serbie et au Kosovo par les missiles et les bombes des États-Unis. Chez les militaires serbes, le nombre de morts est évalué à 5.000, le nombre de blessés étant probablement deux fois plus nombreux. Au moins 1.500 civils ont été tués. Au cours de près de 35.000 sorties, l'aviation américaine, secondée par ses complices européens, a pulvérisé une vaste partie des infrastructures industrielles et sociales de la Yougoslavie. L'OTAN estime que 57 p. 100 des réserves pétrolières du pays ont été atteintes ou détruites. Presque toutes les grandes routes ont été bombardées intensément. Les centrales et les relais de distribution électriques, de même que les usines de filtration des eaux dont dépendent les centres urbains modernes ne fonctionnent qu'à une fraction de leur capacité d'avant les bombardements. Plusieurs centaines de milliers de travailleurs ont perdu leur gagne-pain suite à la destruction de leurs usines et de leurs lieux de travail. Plusieurs grands hôpitaux ont fortement été endommagés lors des bombardements. Les écoles fréquentées par 100.000 enfants ont été endommagées ou détruites.

Le coût évalué de la reconstruction des infrastructures détruites par l'OTAN varie selon les diverses évaluations entre 50 et 150 milliards $US. Même le chiffre le plus bas dépasse de loin les ressources disponibles de la Yougoslavie. De plus, le produit intérieur brut du pays devrait chuter de 30 p. 100 cette année. Au cours des deux derniers mois, les dépenses à la consommation ont diminué de près des deux tiers. Les économistes ont déjà calculé que sans assistance extérieure, la Yougoslavie aurait besoin de 45 ans avant même de pouvoir revenir au maigre niveau de prospérité économique qu'elle connaissait en 1989 !

Le bombardement de la Yougoslavie a dévoilé les véritables rapports qui existent entre l'impérialisme et les petites nations. Les grandes accusations contre l'impérialisme écrites au début du XXe siècle par Hobson, Lénine, Luxemburg et Hilferding, font toujours figure de documents modernes. Économiquement, les petits pays sont toujours à la merci des institutions de crédit et institutions financières des principales puissances impérialistes. Dans le domaine de la politique, toute tentative de faire valoir leurs intérêts propres s'accompagne de la menace de représailles militaires dévastatrices. De plus en plus fréquemment, les petits États se voient privés de leur souveraineté nationale, contraints d'accepter l'occupation militaire étrangère, et soumises à des formes de domination qui restent, malgré tout ce qui peut être dit, essentiellement de caractère colonialiste. À la lumière des événements actuels, le démantèlement des vieux empires coloniaux dans les années 40, 50 et 60 semble de plus en plus n'avoir été qu'un épisode temporaire de l'histoire de l'impérialisme.

L'assaut sur la Yougoslavie peut être défini de façon plus appropriée comme un massacre plutôt que comme une guerre. Car pour parler de guerre, il faut en effet qu'il y ait des combats au cours desquels les deux côtés sont au minimum exposés à un niveau de risque significatif. Or, il n'y a jamais eu dans l'histoire un conflit militaire avec un déséquilibre aussi énorme entre les forces en présence. Même les attaques écrasantes de Hitler lancées contre la Pologne, les Pays-Bas et la Norvège exposaient les forces allemandes à un niveau de danger quantifiable. Or, un tel élément de risque a été tout à fait inexistant pour les États-Unis tout au long de ce conflit. Sans même subir la moindre perte de vie, pas même à cause d'une balle perdue, les pilotes et les opérateurs de lance-missiles informatisés de l'OTAN ont ravagé la majeure partie de la Yougoslavie.

Ce déséquilibre des ressources militaires disponibles pour les belligérants caractérise cette guerre. En cette fin du XXe siècle, les ressources économiques commandées par les puissances impérialistes leur garantissent la suprématie technologique qui, en retour, se traduit par un avantage militaire écrasant. Dans ce cadre international, les États-Unis sont apparus comme le principal État agresseur impérialiste, utilisant sa suprématie technologique dans le domaine des armes de précision pour brutaliser, terroriser, et selon son bon vouloir, pulvériser des États plus petits et moins développés, virtuellement sans défense et qui se sont retrouvés, pour une raison ou une autre, en travers de leur chemin.

D'un point de vue militaire, la campagne de bombardement a une fois de plus démontré les capacités meurtrières de la machine de guerre des États-Unis. Les entrepreneurs actifs dans l'industrie de la défense se félicitent et se lèchent les lèvres en pensant aux revenus qui vont découler des commandes d'achat lorsque le Pentagone va regarnir son arsenal. Mais la capitulation de la Serbie est une victoire désastreuse. Les États-Unis ont certes atteint leurs objectifs à court terme dans les Balkans, mais à un coût politique énorme à long terme. Malgré la campagne de propagande pour présenter la destruction de la Yougoslavie comme un exercice humanitaire, l'image internationale des États-Unis a subi un dommage irrémédiable. Dans l'atmosphère de confusion politique qui entoure la chute de l'Union Soviétique, les États-Unis se sont élevés à des sommets sans précédents depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, époque où abondaient les illusions quant au rôle «  démocratique » et «  humanitaire » des États-Unis.

Beaucoup de choses ont changé au cours de la dernière décennie. La série interminable d'attaques effectuées avec des missiles de croisière contre un ennemi sasn défense après l'autre a provoqué un sentiment de répulsion parmi de vastes couches de la population. Dans le monde entier, les États-Unis sont perçus comme une brute rude et dangereuse qui n'arrête devant rien pour défendre ses intérêts. La rage qui a éclaté dans les rues de Beijing suite au bombardement de l'ambassade de Chine n'était pas seulement le produit de la propagande du régime stalinien et de l'incitation chauvine, mais découlait aussi de la compréhension par nombre de personnes que ce qui s'est passé à Belgrade peut très bien se passer à Beijing dans quelques années. Les représentants les plus astucieux de l'impérialisme américain craignent que la détérioration de l'image internationale de leur pays ne s'accompagne d'un lourd prix politique. Lors d'une table ronde à l'émission Nightline du réseau télévisé ABC suite à l'annonce que Milosevic avait accepté les termes de l'OTAN, l'ancien secrétaire d'État Lawrence Eagleburger reconnaissait : «  Nous avons présenté au reste du monde une image de brute de quartier, le doigt sur un bouton, occupé à tuer des gens sans rien à d'autre à payer que le prix d'un missile... voilà une image qui va hanter nos rapports avec le reste du monde pour les années à venir. »

Même parmi leurs alliés de l'OTAN, la nervosité se fait sentir à propos de l'appétit international des États-Unis et de leur volonté à utiliser tous les moyens pour arriver à leurs fins. En public, les présidents et premiers ministres européens s'inclinent respectueusement devant les États-Unis en proclamant leur amitié éternelle. Mais en privé, entre eux, dans des pièces «  sures » où ils espèrent être à l'abri des systèmes d'écoute de la CIA, ils débattent pour savoir contre qui ou à quel endroit les États-Unis porteront le prochain coup. Qu'arriverait-il si les intérêts de l'Europe étaient opposés directement à ceux des États-Unis ? L'an passé, des fiches de signalement à l'image de Saddam Hussein ornaient les pages couvertures du Time et de Newsweek. Cette année, c'est au tour de Slobodan Milosevic. À qui le tour l'an prochain ? Qui sera proclamé le dernier criminel international par CNN, le premier «  Hitler » du nouveau siècle ?

Le jour même de la capitulation de la Yougoslavie, les dirigeants des 15 pays européens annonçaient que l'Union européenne serait transformée en puissance militaire indépendante. Cette déclaration est beaucoup plus importante que les proclamations de solidarité de l'OTAN. «  L'union, ont-ils déclaré dans un communiqué officiel, doit avoir la capacité d'agir de façon autonome, elle doit être appuyée par des forces militaires crédibles, pouvoir décider quand utiliser ces dernières et de façon à réagir aux crises internationales sans porter préjudice aux actions de l'OTAN. » Derrière cette déclaration se cache la conviction des leaders européens selon laquelle la capacité du capitalisme européen de concurrencer avec les États-Unis à l'échelle mondiale, ­ bref de survivre, ­ dépend d'une force militaire crédible capable d'assurer et de défendre ses propres intérêts internationaux. Pour la bourgeoisie européenne, il est intolérable que seul les États-Unis aient la capacité de déployer une force militaire pour la poursuite de ses avantages stratégiques géopolitiques et de ses intérêts économiques. Ainsi, la compétition parmi les principales puissances impérialistes est maintenant prête à assumer directement, au lendemain même de la destruction infligée à la Yougoslavie, une coloration ouvertement militariste.

Loin de représenter une rupture avec un passé humaniste, la guerre des Balkans de 1999 annonce la résurgence virulente des caractéristiques des plus malignes de l'époque impérialiste: la légitimation de l'usage brutal d'une puissance militaire écrasante contre de petits États afin de poursuivre les intérêts stratégiques des «  grandes puissances », la violation cynique du principe de la souveraineté nationale, le rétablissement de facto des formes colonialistes d'assujettissement, et la résurrection des antagonismes interimpérialistes porteurs des germes d'une nouvelle guerre mondiale. Loin d'avoir été exorcisés par la bourgeoisie internationale, les démons de l'impérialisme qui se sont réveillés pour la première fois au début du XXe siècle hantent toujours l'humanité à l'aube du XXIe siècle.


Les médias et la guerre en Yougoslavie


La propagande occupe un rôle essentiel dans toutes les guerres. «  La presse est le grand clavier sur lequel le gouvernement joue » disait le chef de la propagande nazie Joseph Goebbels. Mais la taille, la sophistication technologique et l'impact de la propagande moderne dépassent tout ce qui a pu être imaginé même à l'époque de la Seconde Guerre mondiale. Toutes les techniques d'abrutissement employées par les industries de la publicité et du divertissement trouvent leur pleine expression dans le «  marketing » de la guerre pour un auditoire de masse. La réussite de toute une entreprise sordide dépend de l'usage efficace d'une seule expression chargée d'émotion utilisée pour désorienter le public. Ainsi, lors de la campagne de bombardement de 1998-99 contre l'Iraq, l'expression était «  armes de destruction massive ». Pour mobiliser l'opinion publique derrière l'attaque contre la Yougoslavie, toutes les contradictions, les complexités et les ambiguïtés des Balkans ont été dissoutes dans une expression, martelée jour après jour : «  purification ethnique ». Le public américain et international a été bombardé sans cesse avec le même message : «  la guerre est menée pour faire cesser un massacre collectif ». Les extraits vidéos des réfugiés albanais quittant le Kosovo ont été diffusés à longueur de journée tout en laissant les auditeurs dans le noir en ce qui a trait au contexte historique et politique de ces événements. Le fait que, jusqu'à ce que les bombardements commencent, les pertes de vies aient été relativement peu nombreuses au Kosovo, du moins par rapport aux autres conflits ethniques qui sévissent ailleurs dans le monde, a été simplement passé sous silence. Pour ce qui est du nombre actuel de Kosovars albanais tués directement par les forces serbes militaires et paramilitaires, les déclarations grotesques du gouvernement américain et des porte-parole de l'OTAN qui ont avancé des chiffres qui varient entre 100.000 et 250.000 morts, se sont avérés tout à fait insoutenables et n'ont aucun rapport avec la réalité.

Les comparaisons effectuées régulièrement entre le conflit au Kosovo et l'holocauste sont obscènes. Et celles entre la Serbie et l'Allemagne nazie tout simplement absurdes. Lorsque le tribunal international a finalement rendu public, pour des raisons strictement politiques, un chef d'accusation contre Milosevic, le nombre de morts pour lesquelles il était directement tenu responsable s'élevait à 391. Personne ne serait assez idiot pour présenter Milosevic comme un humaniste, mais il y a bien des gens qui sont responsables de beaucoup plus de morts que lui, dont notamment l'Américain Henry Kissinger, qui a reçu le prix Nobel de la paix. Toute la campagne de propagande semblait d'ailleurs fréquemment se déformer sous son propre poids de mensonges et d'inepties. Pourtant, le fait qu'il n'existait aucune autre raison pour légitimer la guerre que les motifs officiels humanitaires avancés par l'administration Clinton, n'a jamais été reconnu par les mass media américains, même par ceux qui, dans les termes les plus timides, ont soulevé des interrogations quant à la décision de bombarder la Yougoslavie.

Les médias n'ont fait aucun effort pour examiner l'arrière-plan historique du conflit. Les questions essentielles telles que la relation entre les politiques économiques imposées à la Yougoslavie par le Fonds monétaire international et la réapparition des tensions ethniques n'ont jamais été discutées publiquement. Aucune étude en profondeur n'a été effectuée quant au rôle désastreux des politiques allemande et américaine du début des années 90 - plus particulièrement les reconnaissances de l'indépendance de la Slovénie, de la Croatie et de la Bosnie - dans le déclenchement de la guerre civile dans les Balkans. Le fait même que les Serbes puissent avoir la moindre raison légitime d'être insatisfaits des conséquences politiques et économiques de la dissolution soudaine de la Yougoslavie, un État qui existait depuis 1918, n'a pas même été mentionné.  Aucune déclaration n'a été faite par les États-Unis et les puissances d'Europe de l'Ouest pour expliquer le contraste frappant de leur attitude envers les revendications territoriales et les politiques ethniques de la Croatie, de la Slovénie et de la Bosnie d'un côté, et celles de la Serbie de l'autre. Pourquoi par exemple, est-ce que les États-Unis ont activement soutenu en 1995 la «  purification ethnique » infligée aux 250.000 Serbes vivant dans la province de Krajina ? Aucune réponse n'a été donnée à cela.

Comme d'habitude, les médias ont supprimé toute information donnant la moindre légitimité aux actions du gouvernement serbe. L'exemple le plus flagrant de falsification délibérée a été le traitement des discussions à Rambouillet. D'abord, les médias ont constamment fait référence au rejet par les Serbes de l'accord de Rambouillet, bien que tous ceux qui sont familiers avec les discussions savent très bien qu'il n'y a eu aucune négociation et aucun accord à Rambouillet. Ce que les Serbes ont rejeté était en fait un ultimatum non négociable.

Geste encore plus malhonnête, les médias américains et d'Europe de l'Ouest ont retenu des informations essentielles qui auraient pu nuire à l'appui de l'opinion publique pour l'attaque contre la Yougoslavie. Les médias n'ont tout simplement pas rapporté que l' «  accord » comprenait en annexe l'exigence que les Serbes devaient accepter que les forces de l'OTAN puissent pénétrer sans avertissement non seulement au Kosovo mais également dans toutes les régions de la Yougoslavie. Le sens de cette clause est évident : les États-Unis ont délibérément confronté Milosevic avec un ultimatum qu'ils savaient inacceptable. Même après que cette information se soit néanmoins répandue sur l'Internet, elle fut généralement encore passée sous silence dans les mass médias. Ce n'est que dans l'édition du 5 juin du New York Times, soit après la capitulation de la Serbie, qu'elle a enfin été rendue publique et la clause cruciale même citée. Il a même été reconnu que le retrait de cette clause dans les conditions posées par Tchernomyrdine et Ahtisaari a constitué un facteur décisif pour persuader Milosevic à accepter le retrait des troupes serbes du Kosovo.

L'impérialisme et les Balkans

Dans la mesure où les médias se concentrent de façon maniaque sur le thème de la purification ethnique, ils découragent l'examen des raisons plus substantielles et profondes ayant poussé l'administration Clinton à lancer son assaut contre la Yougoslavie. Malheureusement, hormis quelques exceptions honorables, les universitaires américains experts en politique internationale et en histoire des Balkans ont montré peu d'intérêt à défier publiquement la campagne de propagande. En fait, ils ont accordé un niveau de crédibilité intellectuelle aux poses humanitaires du gouvernement américain en rejetant la suggestion même qu'il puisse y avoir un quelconque grand intérêt matériel en jeu dans les Balkans.

Pourtant, comme le révèle même une étude superficielle de la région, c'est tout ce qu'il y a de plus faux. Le Kosovo est riche en ressources pouvant être mises en marché. Brisant finalement son long silence à ce sujet, le New York Times, véritable pilier du département d'État américain, publiait un article le 2 juin 1999 intitulé «  Le prix : le contrôle des riches mines du Kosovo ». L'article débutait ainsi : «  Plusieurs plan de partition non officiels ont été préparés pour le Kosovo, tous soulevant la question suivante : qui contrôlera l'important bassin minier septentrional ? les bombardements ont rendu difficile la mise à jour de la production de cette région. Mais les experts disent que les ressources incluent d'immenses dépôts de houille, de même que du nickel, du plomb, du zinc et d'autres minéraux ».

Bien entendu, la présence de telles ressources ne peut en elle-même fournir une explication adéquate de la guerre. Ce serait trop simplifier les variables stratégiques complexes que de réduire la décision de déclencher une guerre simplement à la présence de certaines matières premières dans le pays ciblé. Cependant, le concept des intérêts matériels embrasse plus que les gains financiers immédiats d'une industrie ou d'un conglomérat. Les élites financières et industrielles des pays impérialistes déterminent leurs intérêts matériels dans le cadre des calculs géopolitiques internationaux. Il y a des cas où une bande stérile de terre revêt une valeur nulle en termes de ressources exploitables, mais est perçue, peut-être du fait de son emplacement géographique ou des caprices des rapports et des engagements politiques internationaux, comme un endroit stratégique inestimable. Gibraltar, qui n'est essentiellement qu'un gros rocher, est l'un de ces endroits. Il y a d'autres régions qui possèdent une réelle valeur intrinsèque, notamment le golfe Persique, et pour lesquelles les puissances impérialistes ne reculeront devant rien pour s'en assurer le contrôle.

Les Balkans ne flottent pas sur une mer de pétrole, ni ne sont une terre inculte et stérile. Mais son importance stratégique a été un facteur constamment présent dans les politiques des puissances impérialistes. Que ce soit simplement à cause son emplacement géographique, ou de sa position en tant que point de transit critique de l'Ouest vers l'Est de l'Europe, ou encore à titre de zone tampon contre l'expansion de la Russie (et plus tard de l'URSS) vers le sud, les Balkans ont toujours joué un rôle critique dans l'équilibre international du pouvoir. Les événements dans les Balkans ont mené à la Première Guerre mondiale parce que l'ultimatum lancé à la Serbie par l'Autriche-Hongrie en juillet 1914 (dont l'ombre se prolonge sur l'ultimatum États-Unis-OTAN 85 ans plus tard) menaçait de déstabiliser l'équilibre précaire entre les principaux États européens.

Tout au long du XXe siècle, l'attitude des États-Unis envers les Balkans a été déterminée par de vastes considérations internationales. Lors de la Première guerre mondiale, la décision du président Woodrow Wilson de se faire le champion du droit à l'autodétermination a été partiellement motivée par le désir d'utiliser les aspirations nationales des peuples balkaniques contre l'Empire austro-hongrois. L'un des célèbres «  Quatorze points » formulés par Wilson comme base pour mettre fin à la guerre mondiale avait justement rapport aux droits de la Serbie, y compris d'avoir un accès à la mer (droit aujourd'hui menacé par les États-Unis qui encouragent le séparatisme monténégrin). Après la conclusion de la Seconde Guerre mondiale, la confrontation croissante avec l'Union Soviétique a été le facteur décisif qui a déterminé la politique américaine envers le nouveau régime du maréchal Tito à Belgrade. L'éruption en 1948 d'un conflit acerbe entre Staline et Tito a eu un immense impact sur l'évaluation faite par Washington du rôle de la Yougoslavie dans les affaires internationales. Voyant le régime de Tito comme un obstacle à l'expansion soviétique vers la Méditerranée par le biais de la mer Adriatique (et par conséquent vers l'Europe méridionale et le Moyen-Orient), les États-Unis se sont alors transformé en défenseurs déterminés de l'unité et de l'intégrité territoriale de la Yougoslavie.

La dissolution de l'URSS a changé la nature des liens entre Washington et Belgrade. Ne craignant plus d'expansion de l'URSS, les États-Unis ne voyaient plus pourquoi il fallait continuer à défendre l'unité de la Yougoslavie. Les politiques américaines réfletaient les nouvelles préoccupations qu'engendrait la nécessité de rapidement réorganiser les économies de l'ex-URSS et des anciens régimes staliniens de l'Europe de l'Est sur la base des lois du marché. Après quelques hésitations au début, les façonneurs des politiques américaines se sont convaincus que la privatisation de l'économie et la pénétration du capital occidental seraient facilitées par la destruction des vieilles structures d'État centralisées qui avaient joué le rôle qu'on leur connaît dans les économies de type soviétique dirigées de façon bureaucratique. Les États-Unis et ses alliés européens ont alors entrepris de préparer le démantèlement de la Fédération yougoslave alors unifiée. Le but fut atteint, très simplement, avec la reconnaissance officielle des républiques de l'ex-Fédération, tout d'abord la Slovénie et la Croatie et puis ensuite la Bosnie, comme états souverains et indépendants. Les résultats de ces politiques ont un nom: désastre. Voici ce que le professeur Raju G.C. Thomas, spécialiste reconnu des Balkans, en dit:

 

«  Il n'y a pas eu de tueries de masse en Yougoslavie avant que la Slovénie et la Croatie ne déclarent unilatéralement leurs indépendances, qui ont été reconnues tout d'abord par l'Allemagne et le Vatican, suivis des États-Unis et du reste de l'Europe.

Il n'y a pas eu de tueries de masse non plus en Bosnie avant qu'elle ne soit reconnue officiellement. Peut-être que le moindre de tous les maux aurait été de laisser intact l'ancien État yougoslave. Les problèmes sont apparus en même temps que la reconnaissance ou les pressions pour faire reconnaître l'indépendance des républiques. L'ancienne Yougoslavie n'a pas agressé ses voisins. Par contre, la véritable agression en Yougoslavie commence avec la reconnaissance de la Croatie et de la Slovénie par les pays occidentaux. L'intégrité territoriale d'un État créé sur une base volontaire en décembre 1918, a été niée. En 1991, la politique de reconnaissance des nouveaux États a permis de détruire des États indépendants qui existaient depuis longtemps. Lorsque plusieurs États riches et puissants décident de déchirer un État souverain à l'aide d'une politique de reconnaissance, comment celui-ci doit-il se défendre ? Il n'existe pas de forteresse, pas de défense contre cette forme internationale de destruction. En réalité, l'occident, avec en tête l'Allemagne et ensuite les États-Unis, a démembré la Yougoslavie avec la politique de reconnaissance des États. » [1]

Les implications stratégiques internationales de la dissolution de l'URSS donnaient aux États-Unis et à l'OTAN une autre raison pour promouvoir le démantèlement de l'ancienne Fédération yougoslave. Les États-Unis étaient pressés d'exploiter le vide du pouvoir qu'avait laissé l'effondrement de l'Union Soviétique. Ils voulaient étendre rapidement vers l'Est leur zone d'influence et consolider leur contrôle sur les énormes réserves de pétrole et de gaz naturel encore inexploitées des républiques nouvellement indépendantes en Asie Centrale, républiques anciennement membres de l'URSS. Dans ce nouvel arrangement géopolitique, les Balkans occupent une position stratégique exceptionnelle, pouvant servir de tête de pont aux puissances impérialistes, en particulier les États-Unis, pour le contrôle de l'Asie centrale. C'est là, en dernière analyse, la cause du conflit entre les États-Unis et le régime de Milosevic. Il est tout à fait certain que Milosevic ne s'oppose pas à l'établissement d'une économie de marché en Yougoslavie, ni, non plus, au développement des relations avec les principales puissances impérialistes. Mais le démembrement de la Fédération yougoslave, contrairement à ce à quoi s'attendait Milosevic, s'est fait au détriment de la Serbie.  

Il ne faut pas de parti pris pour Milosevic pour constater que les politiques impérialistes aux Balkans étaient entièrement biaisées au détriment de la Serbie et qu'elles ont mis en danger l'ensemble des communautés serbes dans les différentes régions de l'ex-Yougoslavie. Les actions entreprises par les forces militaires croates et les forces militaires musulmanes bosniaques, même celles qui donnèrent naissance au terme maintenant consacré de «  purification ethnique », ont été généralement considérées comme de l'autodéfense nationale tout à fait légitime, alors que les actions entreprises par les Serbes étaient dénoncées comme un viol de l'ordre international qu'on ne pourrait tolérer. La dynamique du démembrement de la Yougoslavie exigeait que soient criminalisées toutes les mesures que prenait la Serbie pour défendre ses intérêts nationaux au sein du nouveau système d'États. La reconnaissance de la Slovénie, celle de la Croatie et celle de la Bosnie ont transformé l'armée yougoslave, aux yeux de la «  communauté internationale » impérialiste, en agresseurs qui menaçaient l'indépendance et la souveraineté des nouveaux États. Les actes des minorités serbes hors des frontières de ce qui restait de l'ancienne fédération étaient le plus souvent considérés comme des exemples d'agression yougoslave. Dans la mesure où l'insatisfaction des Serbes face au partage des Balkans a entravé les buts à long terme de l'impérialisme américain, elle a attisé la colère de Washington, qui a décidé de donner aux Serbes une leçon qu'ils n'oublieraient pas.  

 

L'éruption de l'impérialisme américain et le deuxième «  siècle américain »

 

Les différentes forces de l'OTAN se sont unies pour frapper la Yougoslavie. Toutefois, aussi bien la planification que l'exécution de l'attaque porte le sceau des États-Unis. Même pas l'imitation plutôt tragi-comique de Margaret Tatcher par le Premier Ministre Tony Blair ne peut masquer le fait que ce sont les États-Unis qui décidaient de tout dans cette guerre. Le 24 mars, jour où les premiers missiles de croisière étaient lancés sur la Yougoslavie, c'était le quatrième pays que bombardait les États-Unis en moins d'un an. Plus tôt, en 1999, à la recherche des légendaires «  armes de destruction massive » de Saddam Hussein, le gouvernement Clinton a mis en branle une campagne féroce de bombardements contre l'Irak. En fait, le bombardement de l'Irak apparaît maintenant comme un fait permanent et courant de la politique étrangère des États-Unis. Un compte-rendu de l'activité militaire des États-Unis depuis 10 ans, s'il était mené en toute objectivité, ne pourrait provoquer qu'étonnement et horreur. Un pays qui n'arrête de clamer son amour de la paix, a été presque continuellement impliqué, d'une façon ou d'une autre, dans une entreprise guerrière contre un pays étranger. Pas moins de six missions importantes ont impliqué soit une attaque au sol, soit des bombardements : le Panama, en 1989; le Golfe Persique, en 1990-91; la Somalie en 1992-93; la Bosnie, en 1995; le Golfe Persique encore, en 1999; et le Kosovo et la Yougoslavie maintenant. En plus, il y a eu les occupations: Haiti, en 1994; la Bosnie, en 1995; et la Macédoine, aussi en 1995. Les vies humaines sacrifiées directement ou indirectement lors d'actions militaires américaines se comptent par centaines de milliers. Évidemment, le gouvernement américain, et les médias, ont présenté chacun de ces épisodes comme une oeuvre humanitaire. Dans les faits, ils sont des manifestations objectives du caractère de plus en plus militariste de l'impérialisme américain.

Il existe un lien indéniable et évident entre l'effondrement de l'Union Soviétique et l'arrogance et la brutalité avec lesquelles les États-Unis réalisent leur agenda international dans les années 90. Des sections entières de l'élite dirigeante américaine sont arrivées à la conviction que l'absence d'adversaire international capable de résister aux États-Unis offre à ces derniers, pour la première fois dans l'histoire, la chance de dominer le monde sans partage par le moyen de leur puissance militaire. Contrairement aux rêves de «  siècle américain » contemplés au lendemain de la Deuxième Guerre, rêves ratatinés par la contrainte qu'imposait l'existence de l'URSS aux ambitions mondiales des États-Unis, les décideurs politiques à Washington et les «  experts » américains défendent l'idée que leur supériorité militaire écrasante donnera le XXIe aux États-Unis. Personne ne pouvant les en empêcher de l'extérieur et sans opposition significative à l'intérieur, les États-Unis visent à faire disparaître ce qui pourrait entraver sa réorganisation de l'économie mondiale sur la base des lois du marché, qu'interprètent et exploitent à leur profit les entreprises transnationales américaines.  

Il suffit seulement pour les États-Unis, soutiennent-ils, de se libérer de toute inhibition qu'ils pourraient avoir à utiliser la puissance de leur armée. Comme l'a écrit Thomas Friedman, du New York Times, peu après le début de la guerre en Yougoslavie: «  La main invisible du marché ne peut rien sans un poing invisible; McDonald ne peut se développer sans McDonnell Douglas et ses F-15. Le poing invisible qui garantit la sécurité de la technologie de la Silicon Valley à travers le monde porte comme nom: armée de l'air, marine, armée de terre et bataillon de marines des États-Unis d'Amérique... »[2]  

 

L'avenir de la guerre et le culte des armes de précision

 

Cette perspective est élaborée d'une façon particulièrement crue et détaillée dans un livre récemment publié sous le titre : L'avenir de la guerre, par George et Meredith Friedman. L'argument central des Friedman, tous deux des spécialistes en espionnage des affaires, est que l'arsenal américain d'armes de précision lui donne un degré de supériorité militaire qui va lui assurer une domination du monde pendant des décennies, sinon des siècles, à venir. Ils écrivent :

«  Alors que la conduite de la guerre va continuer à dominer et à définir le système international, la manière dont elle est menée subit une profonde transformation, qui va beaucoup renforcer la puissance américaine. En fait, le 21me siècle sera défini par l'écrasante et persistente puissance des États-Unis. Notre thèse est que la montée de la puissance américaine n'est pas simplement une autre phase dans l'évolution d'un système global vieux de cinq cents ans, mais représente en fait le début d'un système global complètement nouveau. Nous sommes dans une époque fondamentalement nouvelle, où le monde qui tournait autour de l'Europe est en train d'être remplacé par un monde tournant autour de l'Amérique du Nord » [3] (souligné par nous).  

Selon les Friedman, ce changement historique dans le foyer de la puissance mondiale a été annoncé par la guerre du Golfe de 1991. «  Il est arrivé quelque chose d'extraordinaire durant l'opération Tempête du désert », proclament-ils. «  Le caractère entièrement à sens unique de la victoire, la destruction de l'armée irakienne comparée à des pertes minimales du côté américain, tout cela indique un changement qualitatif dans la puissance militaire ». L'écrasante victoire américaine aurait été rendue possible par le déploiement d'armes de précision, les premières dont la trajectoire n'est pas contrôlée par les lois de la gravité et de la ballistique. Dotées de la capacité de corriger leur propre parcours et de suivre leurs cibles, «  les armes de précision ont transformé les fondements statistiques de la guerre, et par là, la mathématique de la puissance politique et militaire. » Les Friedman affirment que l'introduction d'armes de précision est une innovation qui «  rivalise avec l'introduction de l'arme à feu, de la phalange, et du chariot en tant que jalons de l'histoire de l'humanité ». Si l'Europe «  a conquis le monde à l'aide du pistolet », l'apparition des armes de précision marque le début d'une nouvelle époque de l'histoire sous domination américaine [4]. Les Friedman concluent ainsi :  

«  Le XXIe siècle sera le siècle américain. Cela peut sembler étrange à dire, le XXe siècle étant communément considéré comme étant le siècle américain, dont la fin devrait également mettre un point final à l'hégémonie américaine. Mais la période qui va de l'intervention déterminante des États-Unis dans la première guerre mondiale à aujourd'hui n'était qu'un prologue. Seules les grandes lignes de la puissance américaine sont devenues visibles au cours des 100 dernières années, et celle-ci ne s'est pas entièrement affirmée, étant toujours à moitié cachée par des problèmes transitoires et des challengers insignifiants : Spoutnik, Vietnam, Iran, Japon. Avec le recul, il sera clair que les maladresses et les échecs américains n'étaient rien de plus que les trébuchements de l'adolescence, c'est-à-dire d'un caractère passager et sans importance » [5].  

Si l'on met de côté pour l'instant la validité des arguments avancés par les Friedman et leur estimation des implications historiques des armes de précision, le fait que leur point de vue réflète la façon de penser d'une couche substantielle de l'élite politique américaine a en soi une profonde signification objective. Rien n'est plus dangereux qu'une mauvaise idée dont le temps est venu. Comme en témoigne déjà la décision de poser un ultimatum à la Yougoslavie («  capitulez ou vous serez anéantis »), les stratégistes de l'impérialisme américain se sont convaincus que les armes de précision ont fait de la guerre une option efficace, viable et peu risquée.  

L'idée que la force militaire est le facteur décisif en histoire est loin d'être une idée neuve. Mais si on l'examine d'un point de vue théorique, elle exprime une conception vulgaire et simpliste des véritables rapports de cause à effet qui déterminent l'évolution historique. La politique de la guerre et la technologie militaire ne sont pas les facteurs essentiels de l'histoire. En réalité, elles doivent toutes deux leur apparition et leur développement à des facteurs socio-économiques qui s'avèrent en fin de compte plus essentiels. L'introduction d'un nouveau système d'armements peut certainement influencer le résultat de telle ou telle bataille, ou même d'une guerre, selon les circonstances. Mais dans la longue marche de l'histoire, c'est un facteur subordonné et contingent. Les États-Unis jouissent actuellement d'un «  avantage compétitif » dans l'industrie des armements. Mais ni cet avantage ni les produits de cette industrie ne peuvent garantir une domination mondiale. A côté des armes les plus sophistiquées, le fondement financier-industriel du rôle dominant des États-Unis dans les affaires du capitalisme mondial est beaucoup moins substantiel qu'il ne l'était il y a 50 ans. Sa part de la production mondiale a chuté. Son déficit commercial international augmente tous les mois à coups de milliards de dollars. La conception qui sous-tend le culte des armes de précision, l'idée que la maîtrise de la technologie des armements peut effacer ces indices économiques plus fondamentaux de la force nationale, est une dangereuse folie. De plus, malgré toute leur force explosive, le financement, la production et le déploiement de missiles de croisière et autres bombes «  intelligentes » sont sujets aux lois du marché capitaliste et sont à la merci de ses contradictions. La production de ces armes requiert d'extraordinaires dépenses; et, il faudrait se rappeler, leur utilisation n'implique pas la création, mais la destruction, de richesse. Pour des années à venir, la richesse générée par le travail productif servira à rembourser les dettes qui ont été accumulées afin de financer la fabrication de bombes qu'on a fait exploser dans les Balkans.  

Il est douteux que Madame Albright ne s'intéresse à de telles subtilités. En fait, l'obsession pour les «  merveilles » de la technologie des armements et les «  miracles » qu'ils promettent, s'observe le plus souvent chez les élites dirigeantes qui sont arrivées, qu'elles le savent ou non, à une impasse historique. Confondues par un ensemble complexe de contradictions socio-économiques à l'échelle nationale et internationale, qu'elles comprennent à peine et pour lesquelles il n'existe pas de solution conventionnelle, elles se rabattent sur les armes et la guerre dans le vain espoir de pouvoir écarter les problèmes à coups de missiles.  

Considérée du point de vue des rapports politiques pratiques, la foi persistante dans les armes de précision semble dangereuse et téméraire. Aucune période historique n'a vu un développement aussi rapide de la technologie. Chaque progrès, aussi spectaculaire soit-il, ne fait que préparer son dépassement par des innovations encore plus extraordinaires au niveau de la conception et de la performance. Les progrès révolutionnaires dans le domaine de la technologie des communications et de l'information garantissent la diffusion plus ou moins rapide des connaissances et de l'expertise nécessaires à la fabrication des armes de précision. Le monopole américain sur la puissance nucléaire, qu'avaient espéré utiliser le président Truman et ses associés en 1945 en tant que fondement militaire du «  siècle américain » promis à la fin de la Deuxième guerre mondiale, aura duré moins de cinq ans. Rien ne porte à croire que la technologie des nouveaux armements restera la propriété exclusive des États-Unis. Même si les États-Unis parvenaient à maintenir leur leadership dans le développement des armes de précision, cela ne garantirait pas que les guerres de la prochaine décennie seraient aussi peu coûteuses en vies humaines pour les Américains que celles des années 90. Les horreurs commises par les États-Unis augmentent nécessairement la pression sur les nations qui se considèrent menacées et les poussent à préparer une riposte de taille. Même dans les cas où les coûts de développement ou d'achat de la technologie des armes de précision s'avèrent trop élevés, des alternatives plus abordables mais très fatales seront adoptées, qu'elles soient chimiques, biologiques, ou, faut-il ajouter, nucléaires. La Russie possède déjà en abondance toutes ces alternatives. La Chine, l'Inde, le Pakistan, et bien sûr Israël, possèdent également un arsenal substantiel d'armes destructrices.  

Si les ressources de pays économiquement arriérés ne sont pas suffisantes pour rivaliser avec les États-Unis dans le domaine de l'armement de pointe, celles de l'Europe et du Japon le sont. Bien qu'ils prennent soin de formuler leurs déclarations en des termes qui ne montrent pas d'hostilité envers les États-Unis, de nombreux analystes européens soulignent la nécessité d'augmenter sérieusement les dépenses militaires européennnes. «  La dépendance de l'Europe envers les États-Unis », écrivait le Financial Times britannique dans son édition du 5 juin, «  a été mise à nu de façon embarassante ». Soulignant «  l'urgence » des plans de l'Union européenne pour le développement de son propre programme militaire, le Financial Times ajoutait : «  Ce n'est pas que l'Europe devrait viser à égaler les États-Unis missile pour missile et chasseur pour chasseur. Mais elle devrait avoir la technologie, la base industrielle et l'expertise militaire professionnelle pour pouvoir au moins agir sur un pied égal avec les États-Unis au lieu d'en être le parent pauvre » (souligné par nous).  

 

Retour vers le futur : l'impérialisme au XXIe siècle

 

La première moitié du vingtième siècle a vu le plus terrible gaspillage de vies humaines de l'histoire. On estime à plus de 100 millions le nombre de gens tués au cours de la première (1914-18) et de la deuxième (1939-45) guerre mondiale. Ces guerres, comme l'ont expliqué les grands révolutionnaires marxistes de l'époque, avaient leurs origines dans les contradictions fondamentales du capitalisme mondial : la contradiction entre le caractère essentiellement anarchique d'une économie de marché basée sur la propriété privée des moyens de production et le caractère objectif social du processus de production; la contradiction entre le développement d'une économie mondiale très intégrée et le système d'états nationaux au sein duquel l'ordre de classe bourgeois est historiquement enraciné. Les guerres mondiales ont été directement précipitées par des conflits entre classes dirigeantes de différents pays impérialistes à propos de marchés, de matières premières et d'intérêts stratégiques associés. Les États-Unis sont sortis de la deuxième guerre mondiale en tant que puissance capitaliste dominante. L'Allemagne, l'Italie et le Japon avaient été vaincus. L'Angleterre et la France avaient été dévastées par la guerre. Les vieux antagonismes inter-impérialistes n'avaient pas disparu, mais ils avaient été tenus en échec par la guerre froide entre les États-Unis et l'Union soviétique.

L'effondrement de l'URSS en 1991 a enlevé toute contrainte politique aux conflits inter-impérialistes. Les ambitions rivales des États-Unis, de l'Europe et du Japon ne peuvent être conciliées de façon pacifique pour toujours. Le monde des affaires est un monde de compétition implacable et féroce. Des entreprises qui, pour une raison ou une autre, jugent nécessaire de collaborer sur un projet aujourd'hui, peuvent, selon les circonstances, se retrouver demain à la gorge l'une de l'autre. L'implacable compétition entre compagnies sur une échelle mondiale, l'éternelle omnium contra omnes (guerre de tous contre tous), trouve en fin de compte son expression la plus développée et la plus fatale dans les conflits militaires ouverts. L'intégration globale des processus de production ne diminue pas les conflits entre puissances impérialistes, mais, paradoxalement, les rend plus intenses. Comme l'écrivent les Friedman, avec justesse pour une fois : «  La coopération économique nourrit l'interdépendance économique. L'interdépendance nourrit les frictions. La recherche d'un avantage économique est un jeu acharné qui pousse les nations à prendre des mesures extrêmes, fait qui peut être démontré par l'histoire » [6].  

La fréquence croissante d'explosions militaires au cours des années 90 est un symptôme objectif de la conflagration internationale qui approche. Tant la première que la deuxième guerre mondiale ont été précédées par une série de conflits locaux et régionaux. Les grandes puissances impérialistes cherchant à étendre leur influence à des régions ouvertes à la pénétration capitaliste par l'effondrement de l'URSS, la probabilité de conflits entre celles-ci augmente. L'enjeu en cas de conflits majeurs, comme ceux qui vont inévitablement se développer autour de la division du butin que constitue le pétrôle des régions caspiennes et caucasiennes, sera les questions de vie et de mort de la domination mondiale. De telles questions, de par leur nature même, ne se prêtent pas à des solutions pacifiques. La tendance fondamentale de l'impérialisme pointe inexorablement dans la direction d'une nouvelle guerre mondiale.  

Notes :  

1. « ;  Nations, States and War », extrait de The South Slav Conflict, publié par Raju G.C., Thomas and H. Richard Friman (New York et Londres, 1996), p. 225.
2. New York Times, 28 mars 1999.
3. The Future of War: Power, Technology & American World Dominance in the 21st Century (New York, Crown Publishers, 1996), p. ix.
4. Ibid., p. x.
5. Ibid., p. 1.
6. Ibid., p. 4.
7. New York Times, 6 juin 1999.

Sources WSWS

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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 00:00

 

 

La lutte pour le pétrole de la mer Caspienne,

la crise en Russie et l'éclatement

de la Communauté des États Indépendants

 

1er juillet 1999

Par Patrick Richter


 

Pendant que les troupes de l'OTAN occupent le Kosovo et que les médias s'affairent à justifier le bombardement de la Yougoslavie, de nouvelles luttes prennent forme loin du front qui pourraient bien mener à des conflagrations militaires encore bien plus importantes. Ces conflits ont lieu sur le territoire de l'ex-Union Soviétique, source des plus grandes réserves encore inexploitées de pétrole et de gaz au monde, une région où l'influence russe a énormément diminué.

Suite à la dissolution de l'Union Soviétique le 8 décembre 1991, la Communauté des États Indépendants (CEI) a été fondée. Elle comprenait à l'origine la Russie, le Bélarus et l'Ukraine. Le 21 décembre suivant, huit autres ex-républiques soviétiques devenaient membres à leur tour de la CEI, soit l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, la Moldavie, le Tadjikistan, le Turkménistan et l'Ouzbékistan. La Communauté a été créée à Alma Ata, l'ancienne capitale du Kazakhstan. En 1993, la république caucasienne de la Géorgie adhérait à son tour à l'union.

Le pouvoir russe était alors le ciment qui tenait l'édifice de la CEI. Mais depuis, l'affaiblissement économique, politique et militaire de la Russie a déchaîné les mêmes forces centrifuges qui avaient auparavant entraîné la dissolution de l'Union Soviétique et qui ont marqué la CEI dès sa création. Deux événements ont accéléré ce processus : la crise financière en Russie d'août 1998 et l'humiliation politique de la Russie par l'OTAN lors de la guerre contre la Yougoslavie.

Grâce à son puissant appareil militaire, la Russie était encore en mesure au début des années 90 d'exercer son influence dans les divers conflits politiques qui survenaient dans les anciennes républiques soviétiques. En dépêchant des troupes, la Russie avait alors réussi notamment à assurer un statu quo temporaire entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan lors du conflit à propos du Nagorno-Karabakh ; en Géorgie, la Russie a soutenu le mouvement séparatiste abkhaze ; au Tadjikistan, elle a maintenu en place le faible gouvernement fantoche pro-moscovite d'Imomali Rachmonov contre l'opposition islamiste (UTO) ; en Moldavie, elle a secondé la république séparatiste russe de Transnistrie.

La poigne militaire de Moscou sur ces républiques s'est encore affaiblie récemment, pendant que de nouveaux conflits se préparent et que les anciens réapparaissaient. Ces développements sont liés au déclin de la Russie et au fait que les régions d'Asie centrale et du Caucase développent maintenant des relations dans d'autres directions.

Depuis 1991, l'ensemble du commerce intérieur entre les divers États de la CEI a diminué des deux tiers. Leur part du commerce extérieur qui représentait 78 p. 100 en 1991 est passée à 24 p. 100 aujourd'hui. Le commerce russe avec le Bélarus, l'Ukraine, la Moldavie et le Kazakhstan a baissé de 40 à 60 p. 100 selon le pays ; les échanges entre la Russie et les républiques caucasiennes de Géorgie, d'Arménie et d'Azerbaïdjan ont baissé en moyenne de 23 p. 100 ; entre la Russie et le reste des républiques de l'Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan, Kyrgyzstan et Tadjikistan) de 13 p. 100 en moyenne. Alors que l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie s'efforcent de développer des rapports étroits avec l'Union européenne, les républiques d'Asie centrale et d'Azerbaïdjan cherchent à développer des liens avec la Turquie, l'Iran et la Chine.

Ce processus s'est considérablement intensifié depuis la crise financière russe de l'an dernier. Jusqu'à il y a peu, la Russie était l'économie la plus stable de la CEI et pouvait artificiellement maintenir des liens avec les diverses républiques en achetant des produits non concurrentiels sur le marché mondial, en plus d'offrir des crédits non remboursables.

Mais tout a changé depuis la crise d'août. Selon Yuri Shishkov, vice-président de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales de l'Académie russe des sciences, la Russie « s'est transformée du centre de gravité qu'elle était en une source de secousses économiques. La principale préoccupation de tous ses anciens partenaires est maintenant de prendre leurs distances par rapport à elle. Tous les programmes d'intégration imaginés dans le cadre de la CEI sont maintenant choses du passé », écrivait-il dans l'hebdomadaire Obshaya Gazeta du 13 au 19 mai 1999.

L'atmosphère entre la Russie et ses « partenaires » s'est en effet considérablement refroidie. Alors qu'un courant d'« espoir et d'optimisme » avait accompagné la fondation de la CEI, cette dernière est maintenant perçue comme une organisation vide dont l'autorité n'est prise au sérieux par aucun des pays membres. C'est ainsi que le Kyrgyzstan a récemment rejoint les rangs de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui constitue pourtant une violation directe des règlements douaniers décidés par les cinq pays membres de la CEI. Le Turkménistan, qui ne pouvait auparavant acheminer son gaz jusqu'au marché mondial que par le biais des pipelines et des subsides russes, achemine maintenant sa ressource par l'Iran et abandonne peu à peu ses relations avec la Russie. Les correspondances ferroviaires et les déplacements sans visa entre Moscou et Achkhabad, capitale du Turkménistan, sont maintenant éliminés.

La plus importante organisation à émerger en défi à l'influence russe est le GUAM, formé en 1998 par la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Moldavie. En avril 1999, l'union s'agrandissait en accueillant l'Ouzbékistan (événement qui vit l'organisation rebaptisée en GOUAM). Dès sa création, l'alliance a proclamé que son objectif était de ressussciter la « route de la soie ».

Ce but a été fixé en premier par Édouard Chevardnadze, président de la Géorgie et ancien ministre des Affaires étrangères de l'Union Soviétique sous Gorbatchev. Lors du forum de l'Organisation de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) de 1994, il avait en effet déjà proposé l'intégration de l'Asie centrale et du Caucase dans le marché mondial en incorporant la région dans un système de communication trans-européen Caucase-Pacifique.

Au centre de ce système se trouve justement la voie de transport du pétrole azéri qui contourne la Russie et sa sphère d'influence. Dans ce plan, les États transcaucasiens d'Azerbaïdjan et de Géorgie deviendraient les éléments essentiels d'un système de transport reliant l'Asie à l'Europe et contrôleraient le passage des produits par route et par rail. Ce système serait extrêmement intéressant pour les investisseurs. Les premiers travaux de ce projet, tel que la construction d'une autoroute partant de la ville industrielle de Samsun au nord de la Turquie jusqu'au port géorgien de Batumi, sont déjà commencés ou, comme c'est le cas pour l'oléoduc qui relie Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, au port de Supsa sur la mer Noire, déjà terminés.

L'Union européenne a financé en partie ce projet et est également intéressée à tracer une voie d'acheminement pour le pétrole entre Poti et Ilytshovsk, assurant ainsi le passage direct du pétrole azéri en toute indépendance de la Russie jusqu'aux États de l'ouest et du sud-est de l'Europe. Plutôt que d'emprunter la route actuelle qui va de Grozny à Novorossik en Russie, le pétrole serait transporté par rail de Bakou jusqu'au port géorgien de Poti, pour être ensuite acheminé par bateau jusqu'au port ukrainien d'Odessa Ilytshovsk.

L'Ukraine et la Moldavie voisine permettent déjà l'accès à leur oléoduc à la République Tchèque, la Slovaquie et la Roumanie, accédant ainsi à l'Europe de l'Ouest et aux Balkans. Ce faisant, elles se libèrent des intérêts pétroliers russes et mettent ainsi la main sur une part du marché. Des discussions ont également lieu avec le Turkménistan à propos du passage d'oléoducs et de gazoducs qui iraient de la mer Caspienne jusqu'à Bakou, pour ensuite aboutir en Turquie en passant par la Géorgie.

La présence de conflits ethniques constitue néanmoins un grand problème dans ces pays. Jusqu'à présent, ces antagonismes ont été utilisés par la Russie pour maintenir son contrôle et entraver les efforts de ces États pour se libérer de l'emprise de Moscou. Mais avec le déclin de la Russie, les États du GOUAM s'opposent de plus en plus ouvertement à Moscou et cherchent le soutien actif des États-Unis pour faire valoir leurs intérêts.

L'entrée de l'Ouzbékistan dans l'alliance du GOUAM a eu lieu à Washington lors des festivités qui marquaient le cinquantième anniversaire de l'OTAN, un événement boycotté par la Russie pour protester contre le bombardement de la Yougoslavie. À ce sujet en revanche, les présidents des États du GOUAM ont exprimé clairement leur appui pur et simple aux actions des États-Unis et de l'OTAN.

En outre, depuis le début de l'année, des manoeuvres militaires conjointes menées par l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Géorgie ont eu lieu pour la première fois sans la participation de la Russie. Ces manoeuvres ont été conduites comme des exercices de défense des nouvelles voies d'acheminement du pétrole. Immédiatement après le sommet de la CEI à Moscou en avril, les états du GOUAM ont indiqué leur retrait de facto du traité de Tachkent conclu en 1992 entre les États de la CEI et dont l'objectif était de créer un « cadre de défense combiné ».

Les États-Unis ont chaleureusement approuvé les buts du GOUAM. Dès 1997, le Congrès des États-Unis adoptait une résolution déclarant la région de la mer Caspienne et du Caucase « zone d'intérêts américains vitaux ». À la fin d'avril dernier, l'envoyé spécial en matière d'énergie de Clinton, R. Morningstar résumait les intérêts américains dans cette région en quelques points :

1) indépendance, souveraineté et bien-être de ces pays devant être assurés par l'imposition de réformes économiques et politiques,

2) réduction du danger d'un conflit régional par l'engagement des États au sein d'une collaboration économique internationale,

3) renforcement de la sécurité énergétique des États-Unis et de ses alliés avec l'aide des États de la région de la mer Caspienne et enfin,

4) développement des occasions d'affaires pour les entreprises américaines.

Pays riche en pétrole où les intérêts pétroliers américains représentent plus de 50 p. 100 des investissements dans le secteur pétrolier, l'Azerbaïdjan joue un rôle particulièrement agressif. Son président, Heydar Aliyev, a sans cesse répété que « les grandes possibilités pour l'approfondissement et l'élargissement de la collaboration économique et militaire avec les États-Unis et l'OTAN ont été pleinement exploitées ». Des efforts intenses ont été faits pour établir une base militaire américaine, turque ou de l'OTAN pour faire contrepoids à l'Arménie (soutenue par la Russie) sur le terrain de l'ancienne base aérienne soviétique « Nasosnaya » située à 45 kilomètres au nord de Bakou.

Prêts à imposer leurs intérêts dans la région en recourant à la force militaire, les États-Unis ont envoyé un groupe de travail d'officiers sous le commandement du général Charles Box en mission spéciale dans la région. Selon l'hebdomadaire russe Vyek (Le siècle), le groupe aurait examiné les possibilités de stationner des troupes de l'OTAN « pour le renforcement de la sécurité et de la stabilité dans le Caucase ».

Ce n'était pas que des paroles en l'air lorsque le ministre de la Défense azéri Safar Abiyev réclama une « intervention pacifique de l'OTAN » à propos de la reprise des combats au Nagorno-Karabakh. Il a en effet déjà offert à l'OTAN la possibilité d'utiliser les installations ariennes azéries pour les opérations de l'alliance en Yougoslavie.

L'Europe est également bien consciente de l'importance de la région. Le secrétaire-général de l'OTAN Javier Solanas qui a visité la région deux fois au cours des deux dernières années, a déclaré : « l'Europe ne peut être entièrement en sécurité tant que les États du Caucase sont à l'extérieur de la sécurité européenne ».

L'influence russe et la stabilité de la CEI sont également menacées par l'intégrisme islamiste. Du fait du déclin de l'autorité de Moscou, le président Rachmonov du Tadjikistan a été forcé de faire de nouvelles concessions à l'Opposition Unie Tadjik islamiste (UTO), qui contrôle depuis 1997 la moitié du pays en ruines, après cinq années de guerre civile. L'opposition entretient d'étroites relations avec les milices afghanes des talibans, et lors du dernier conflit, le leader de l'opposition Nuri a reçu quatre postes ministériels supplémentaires dans le gouvernement de coalition qui a été formé après la guerre civile.

L'Ouzbékistan, pays où un tiers de la population appartient à la minorité ethnique tadjik, craint pour son avenir du fait des pressions croissantes du Tadjikistan et de l'augmentation des incidents sur sa courte frontière avec l'Afghanistan. Si la Russie venait à abandonner le Tadjikistan voisin et ce dernier à tomber entre les mains des islamistes, l'Ouzbékistan serait difficilement en position pour défendre ses frontières. C'est pourquoi le président ouzbek Karimov cherche à raffermir son pouvoir avec l'aide des États-Unis et du GOUAM.

Le seul État de la CEI nourrissant une loyauté indéfectible à la Russie est le Bélarus, dont l'économie a atteint un bas fond. Pendant l'ère soviétique, le Bélarus était étroitement intégré à l'économie russe à tel point qu'on la qualifiait d'« atelier » de la Russie. Mais son économie est maintenant tout à fait non concurrentielle sur le marché mondial et sa production a baissé à moins de 30 p. 100 de ce qu'elle était en 1989.

Ceux qui cherchent à déterminer la source des conflits militaires à venir devraient suivre le parcours du pétrole et de l'or. Les conflits ethniques qu'ils croiseront sur leur route pourraient bien en effet déclencher de nouvelles interventions de l'OTAN.

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

 

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 03:45

Dans cet article, nous trouvons pourquoi la guerre en Yougoslavie a eu lieu. L'accaparement des pays de l'Est par les Etats-Unis et l'Europe ne vise qu'à s'emparer, à plus ou moins long terme, des richesses de la Russie...   

 

 

Pourquoi l'OTAN est-il en guerre contre la Yougoslavie ?

Domination mondiale, pétrole et or

 

Déclaration du comité de rédaction du World Socialist Web Site

 

Le 24 mai 1999


Depuis le 24 mars dernier, les forces militaires de l'OTAN dirigées par les États-Unis ont fait subir un bombardement dévastateur à la Yougoslavie. Effectuant plus de 15 000 sorties, l'OTAN a pilonné les villes et les villages de ce pays, détruisant les usines, les hôpitaux, les écoles, les ponts, les dépôts de carburant et les édifices gouvernementaux. Des milliers de personnes ont été tuées ou blessées, y compris des passagers de trains de banlieue et d'autobus, des employés de télévision et d'installations de retransmission. Des quartiers populaires ont également été touchés tant en Serbie qu'au Kosovo.

Ceux qui ont planifié et déclenché cette guerre disent bien peu de choses quant aux conséquences à long terme pour la Yougoslavie, les Balkans et l'ensemble de l'Europe de l'Est. Ainsi, la majeure partie de l'infrastructure industrielle et sociale développée par la Yougoslavie depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale est en ruines. En outre, le Danube, artère économique vitale pour la plus grande partie de l'Europe centrale, n'est maintenant plus navigable. Enfin, en Serbie, les besoins essentiels de toute civilisation moderne (l'électricité, l'eau, les égouts) ont été frappés à répétition. Tout comme en Irak, la véritable envergure des ravages causés par les bombes américaines, britanniques et françaises n'apparaîtra clairement que lorsque la guerre sera terminée et que des rapports commenceront à apparaître à propos de taux de mortalité anormalement élevés, notamment parmi les enfants.

La prétention du génocide

L'assaut sur la Yougoslavie a été justifié par l'OTAN et les médias comme un effort humanitaire pour mettre fin à la répression des Kosovars d'origine albanaise.

Le caractère cruel et cynique de la campagne de propagande qui a accompagné le bombardement reflète à sa façon les contradictions flagrantes dans la défense de la légitimité de la guerre par l'OTAN. Ainsi, la démonisation grossière du président yougoslave Milosevic, les témoignages très divergents à propos de massacres perpétrés par les Serbes contre les Albanais du Kosovo, la prétention constante de «   génocide »  et le barrage d'images télévisées de réfugiés souffrants ne sont pas utilisés tant pour convaincre par la force des arguments que pour briser la résistance du public, l'aguerrir et l'intimider. Ce que les politiciens de l'establishment et les spécialistes des médias prétendent, c'est que «   l'opposition à l'OTAN équivaut à soutenir l'expulsion forcée et le meurtre de masse des Albanais » .

Dans sa mobilisation de l'opinion publique pour bombarder l'Irak, l'administration Clinton a répété à saturation l'expression «   armes de destruction massive » . Selon elle, ce n'est qu'en pilonnant l'Irak jour après jour que le monde peut être sauvé de l'arsenal invisible de gaz, d'armes bactériologiques et chimiques mortelles accumulé par Saddam Hussein. Dans le cas de la guerre contre la Yougoslavie, l'expression «  armes de destruction massive »  a été remplacée par l'invocation hautement plus forte et évocatrice de la «  purification ethnique » . Le principal avantage de cette expression est qu'elle fait directement allusion à l'Allemagne nazie. Selon l'OTAN, la «  purification ethnique » au Kosovo, c'est l'holocauste des années 90.

La comparaison est tellement tordue et biaisée historiquement qu'elle en devient obscène. Lors de l'holocauste, des millions de juifs ont été rassemblés dans toute l'Europe occupée par les nazis pour être ensuite déportés vers des camps de la mort qui n'étaient essentiellement que des usines de meurtre massif fonctionnant selon le principe du travail à la chaîne. Six millions de juifs sans défense ont ainsi été tués par les nazis, en comparaison de 2 000 personnes au Kosovo l'an dernier, selon les chiffres mêmes du Département d'État des États-Unis. (Les derniers chiffres faisant état de 250 000 morts ne sont que des fabrications funestes maintes fois démenties même par des observateurs sur le terrain qui travaillant pour des quotidiens occidentaux).

Même si le nombre de personnes tuées au Kosovo était deux fois plus grand qu'il ne l'est actuellement, les pertes de vies seraient toujours moindres, même en tenant compte des différences de population, que celles qui surviennent dans plusieurs conflits du même type ailleurs dans le monde (par exemple au Sri Lanka ou en Turquie). La comparaison n'est certes pas un argument pour se montrer indifférent aux souffrances qui ont lieu au Kosovo, mais elle révèle en revanche le caractère grossièrement mensonger des déclarations de l'OTAN utilisées pour justifier son bombardement à grande échelle de la Yougoslavie. Un autre point doit être signalé quant au contexte de la violence au Kosovo. La violence a commencé en 1998 lors de l'éclatement de la guerre civile entre les nationalistes albanais et l'Armée de libération du Kosovo (UCK en albanais) séparatiste d'un côté, et le gouvernement yougoslave qui cherche à garder le contrôle de la province de l'autre.

Le Comité International de la Quatrième Internationale s'oppose à toutes les formes de chauvinisme national. Nous ne défendons pas le nationalisme réactionnaire du régime de Belgrade. Toutefois, ce serait une falsification flagrante de la réalité politique que de prétendre que l'année de violence sectaire qui a précédé l'offensive de l'OTAN n'est l'oeuvre que des Serbes. L'UCK (financée par l'argent de la drogue et jouissant du soutien en arrière-scène des conseillers de la CIA) a elle-même mené sa propre campagne de terreur contre les civils serbes.

L'OTAN fait preuve de bien d'hypocrisie en prétendant défendre la minorité albanaise ethnique de la répression serbe. On n'a qu'à regarder la fiche des alliés et des membres de l'OTAN dans ce conflit qui ont soutenu et même mené des campagnes de «  purification ethnique »  bien plus importantes encore. Ainsi, 200 000 Serbes ont été expulsés de Croatie en 1995 avec le soutien des États-Unis. La Croatie est devenue depuis un allié des États-Unis et est l'un des États frontaliers avec des troupes de l'OTAN stationnées sur son territoire sur un pied de guerre et prêtes à fondre sur la Serbie. Par ailleurs, au cours des quinze dernières années, plus d'un million de Kurdes ont été chassés de leurs villages en Turquie, non seulement grâce au soutien des États-Unis, mais également à l'aide de matériel militaire américain. Or, la Turquie est toujours membre de l'OTAN et elle participe d'ailleurs au bombardement de la Yougoslavie. Enfin, dans ses représailles infligées contre la population albanaise, la Serbie fait figure de piètre amateur, loin derrière les sauvageries perpétrées par les Français en Algérie et les États-Unis au Vietnam.

Si les conditions politiques leurs auraient été dictées, les médias américains auraient pu présenter la suppression de l'intifada de 1987 à 1991, ou encore les massacres survenus à Beyrouth en 1982 et effectués par l'État israélien, en termes tout aussi incendiaires que ceux utilisés lors des événements de l'an dernier au Kosovo. En évaluant l'expression «  purification ethnique » , il faut se rappeler que les grandes puissances mondiales ont, à plus d'une occasion, évoqué les conflits ethniques pour justifier leurs interventions impérialistes et préparer la scène pour un désastre. Rappelons-nous que l'un des épisodes les plus horribles du XXe siècle est survenu en 1947 lorsque la Grande-Bretagne a évoqué les conflits entre Hindous et Musulmans en Inde pour comploter la création d'un État séparé au Pakistan. La violence qui a suivi la partition a alors entraîné un million de morts et douze millions de réfugiés. Tout comme en Yougoslavie, l'intervention impérialiste a eu comme résultat objectif d'accentuer l'importance de la violence communale et d'accroître la possibilité de l'expansion impérialiste aux pays avoisinants.

Qui est responsable de l'exode au Kosovo ?

L'OTAN affirme que l'un des objectifs premiers de son offensive est de permettre le retour (selon les estimations) de 800 000 réfugiés albanais dans leur foyer au Kosovo. Ici, le cynisme de l'OTAN atteint de nouveaux sommets.

L'examen honnête de la séquence des événements qui ont mené à la crise des réfugiés réfute les prétentions de l'OTAN. L'exode massif a en effet commencé après et non avant le 24 mars. Ce jour-là, dans son discours où il livre la raison officielle de cette guerre, Clinton ne parle pratiquement que de l'intention d'empêcher un exode. Il soulignait en fait le danger que si l'OTAN n'intervenait pas, le nombre de réfugiés pourrait atteindre les «  dizaines de milliers » . Or, que s'est-il passé exactement ? Les bombardements ont détruit une bonne partie du Kosovo et terrorisé ses habitants, en plus d'accentuer les combats entre les forces de Belgrade et de l'UCK. Ce ne sont pas des dizaines, mais bien des centaines de milliers de personnes qui sont devenues des réfugiés.

Toutes ces conséquences n'ont pas été accidentelles. Les puissances de l'OTAN espéraient que l'offensive aérienne permettrait à l'UCK de repousser les forces serbes, de la même façon que les frappes aériennes de 1995 ont permis aux forces croates et musulmanes de reprendre l'offensive en Bosnie et d'expulser les Serbes.

Quant aux réfugiés, ils sont utilisés avec cynisme. Dès que les Albanais du Kosovo ont été déplacés immédiatement après les premiers bombardements, l'OTAN a en effet exploité leur sort pour attiser le support de l'opinion publique pour la guerre, tout en fournissant l'aide la plus minimale possible pour leurs camps de fortune où les conditions sont devenues si horribles que des émeutes ont éclaté. Même alors, seule une poignée de réfugiés a été acceptée dans les pays occidentaux. Certains officiers supérieurs de l'OTAN ont reconnu (bien que leurs déclarations aient été très peu rapportées dans les médias) que la dépopulation du Kosovo était à leur avantage, leur laissant les mains libres pour tapisser de bombes la province et en préparer l'invasion.

Concernant le retour des réfugiés, la question logique à poser est la suivante : retourner vers quoi ? Quelle partie des habitations, des lieux de travail, des routes, des ponts, des voies navigables du Kosovo n'a pas été bombardée par l'OTAN ?

L'objectif politique de la propagande

«  Le but du propagandiste, écrivait Aldous Huxley en 1937, est de faire oublier à une partie de l'humanité que les autres parties ne sont pas humaines » . Dans la guerre actuelle, la démonisation des Serbes est nécessaire à cause de la violence stupéfiante des actes de l'OTAN contre le peuple yougoslave.

Dès le début de l'été, le nombre de morts causé par l'OTAN aura surpassé celui causé par le gouvernement serbe et l'UCK avant l'intervention de l'alliance au Kosovo. Avant le 24 mars en effet, la plupart des observateurs évaluaient le nombre total de tués au Kosovo à environ 2 000 en un an de guerre civile. Or, depuis le 24 mars dernier, le nombre de Serbes et d'Albanais tués par l'OTAN dépasse déjà le millier.

Bien entendu, l'OTAN ne commet que des «  erreurs »  alors que la Serbie commet des «  atrocités » . Plus généralement, chaque nouvelle accusation de pillage ou de meurtre dirigée contre les Serbes par l'OTAN survient rapidement dès l'apparition de nouvelles preuves de morts de civils innocents causée par les bombes de l'OTAN. Dès que quelqu'un ose suggérer que le remède de l'OTAN est en fait pire que le mal, le ton du porte-parole de l'alliance devient encore plus strident : Aurait-on oublié ici qui est l'ennemi ? » 

Question intéressante. Il semblerait en effet que l' «  ennemi »  prend rapidement de l'expansion. Au début, les souffrances et les morts des Albanais ne relevaient que du régime Milosevic. Or, depuis quelques jours, un ton plus venimeux est apparu dans la guerre de propagande : la population serbe en entier est à blâmer. Selon cette nouvelle ligne, le peuple serbe est devenu corrompu, foncièrement indifférent aux souffrances des Kosovars albanais et obsédé par un sens quasi incompréhensible des représailles. Selon bien des propagandistes de l'OTAN, la guérison de ce malaise passe par une invasion terrestre, la conquête de Belgrade et une occupation prolongée. Le tout est décrit comme une mission «  civilisatrice » , ravivant ainsi la terminologie colonialiste du XIXe siècle.

Une guerre impérialiste

La propagande passe par la simplification. Elle nécessite que les complexités des immenses conflits politiques soient mises de côté et que l'opinion publique soit confrontée avec une question piégée ne laissant qu'une seule possibilité de réponse. Dans la guerre actuelle, cette question est : «  Doit-on faire cesser la purification ethnique ? » .

Cette simplification permet aux médias de dépeindre la Yougoslavie comme l'agresseur plutôt que l'OTAN. L'alliance, dans une inversion totale de la réalité, est présentée comme conduisant une guerre essentiellement défensive au nom des Albanais du Kosovo.

Pour déterminer la nature d'une guerre, son caractère progressiste ou réactionnaire, il ne faut pas se borner à examiner des atrocités sélectives, présentes d'ailleurs dans toutes les guerres, mais plutôt effectuer une analyse des structures de classes, de ses fondements économiques et du rôle international est États qui y participent. De ce point de vue décisif, la guerre actuelle menée par l'OTAN est une guerre d'agression impérialiste contre la Yougoslavie.

Les puissances américaines et européennes qui forment le noyau de l'OTAN comprennent les puissances capitalistes les plus avancées au monde. Dans chacun de ces pays, la politique d'État exprime les intérêts du capital financier, basé sur les grandes entreprises transnationales et les institutions financières. L'existence continue de la classe dominante dans ces pays est liée à l'expansion du capitalisme dans le monde.

Pris dans son sens scientifique, le terme «  impérialisme »  correspond à une étape historique précise du développement du capitalisme en tant que système économique mondial. Il dénote les tendances objectives fondamentales du capitalisme telles qu'elles se sont développées au tournant du siècle. Les plus importantes de ces tendances sont : la suppression de la libre concurrence par le développement d'entreprises monopolistiques énormes ; la domination croissante des institutions bancaires gigantesques (Capital financier) sur le marché mondial ; l'impulsion du Capital monopolistique et financier dans les pays où le capitalisme s'est développé le plus fortement (Europe, Amérique du Nord et Japon) pour s'étendre au-delà des frontières nationales et gagner l'accès aux marchés, matières premières et nouvelles sources de main-d'oeuvre dans le monde.

L'impérialisme entretient une relation prédatrice et parasitaire avec les pays les moins développés. De par sa position d'hégémonie financière et au moyen d'institutions financières massives tels le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, l'impérialisme est en position pour dicter ses politiques aux États plus petits qui dépendent de son crédit. Par leur domination du marché mondial, les puissances impérialistes gardent bas les prix des matières premières, appauvrissant ainsi les petits États. Plus ces derniers empruntent, plus misérables et dépendants ils deviennent.

Enfin, au-dessus des États les plus faibles plane en permanence la menace des bombardements aériens. Que ces États soient applaudis en tant que «  jeune démocratie »  ou démonisés en tant qu' «  État criminel »  ne dépend en dernière analyse que de l'endroit où ils se retrouvent dans les plans stratégiques déployés par l'impérialisme mondial. C'est ainsi que l'Irak, appuyé par les États-Unis dans sa guerre contre l'Iran durant les années 80, est devenu l'objet d'attaques dès qu'elle a nui aux plans des États-Unis pour renforcer leur poigne sur les réserves de pétrole du Moyen-Orient.

La même situation s'applique à la Serbie. Dans les années 80, Washington favorisait Slobodan Milosevic dans la mesure où il introduisait des politiques de marché et démantelait l'industrie d'État en Yougoslavie. Dans les années 90, les règles du jeu ont changé et la Serbie est devenue une épine au pied des intérêts impérialistes. Milosevic a maintenant rejoint Saddam Hussein sur la liste des «  criminels les plus recherchés » . Le jugement de l'impérialisme à propos de n'importe quel pays ou dirigeant peut changer abruptement car, comme disait le premier ministre Palmerston de l'Empire britannique, l'impérialisme n'a pas d'alliés permanents, ni d'ennemis permanents, mais seulement des intérêts permanents.

La Yougoslavie n'est pas une puissance impérialiste. C'est un petit État, relativement en retard du point de vue économique, et qui a vu sa superficie réduite dans les années 90 suite à la sécession de quatre des six ex-républiques. Il est indéniable que le rôle de Milosevic dans ce processus est totalement réactionnaire. Son exploitation du nationalisme serbe peut difficilement être opposée aux politiques chauvines de Tudjman en Croatie, d'Izetbegovic en Bosnie, et de Kucan en Slovénie. Milosevic n'a toutefois jamais été l'instigateur de ce processus. Il s'est bien plutôt adapté (comme une bonne partie des ex-staliniens d'Europe de l'Est) aux tendances sociales centrifuges déclenchées par la restauration de l'économie de marché. C'est là que les puissances impérialistes ont joué le rôle principal, exigeant la destruction des industries nationalisées et l'imposition de politiques d'austérité exacerbées qui ont réchauffé les tensions ethniques. La pression économique exercée sur la Yougoslavie a créé les fondements objectifs pour la dissolution de l'État yougoslave unifié. Depuis 1991, l'éclatement de la Yougoslavie a été assuré par l'intervention politique des grandes puissances. Bien qu'il avait été prédit que la dissolution de la Yougoslavie serait violente, le démembrement a néanmoins été encouragé par l'Allemagne, qui a abruptement reconnu l'indépendance de la Croatie et de la Slovénie en 1991, et les États-Unis qui ont approuvé encore plus témérairement l'indépendance de la Bosnie en 1992.

En outre, la Yougoslavie n'est pas un État capitaliste même de stature régionale. Elle ne possède aucun conglomérat transnational. Le capital financier yougoslave ne joue aucun rôle significatif en dehors des frontières du pays. Dans la mesure que l'on puisse parler de bourgeoisie serbe, elle ne fait qu'émerger des strates entourant Milosevic qui s'enrichissent en pillant la propriété d'État qui accompagne le processus de démantèlement de la Yougoslavie.

Les comparaisons de la Serbie à l'Allemagne nazie et de Milosevic avec Hitler sont une combinaison d'ignorance et de tromperies. L'analyse scientifique politique ne consiste pas à lancer des épithètes. La transformation d'un petit caporal autrichien gueulard et arborant une moustache à la Charlie Chaplin en la personnification la plus monstrueuse de la réaction mondiale dépend de certains prérequis objectifs, à savoir : les immenses ressources de l'industrie allemande. Hitler était le dirigeant d'une puissance impérialiste agressive cherchant à établir l'hégémonie du capitalisme allemand sur toute l'Europe. Avant que l'offensive sanglante de Hitler fut stoppée, la domination allemande s'étendait de la Manche au Caucase, englobant les Balkans, y compris la Yougoslavie. Les ambitions militaires de Hitler reflétaient l'appétit économique de Siemens, Krupp, I. G. Farben, Daimler-Benz, Deutsche Bank et des autres grands conglomérats allemands.

Ne serait-ce les conséquences tragiques associées avec cette distorsion de la réalité historique, la comparaison de la Serbie avec l'Allemagne nazie et de Milosevic avec Hitler aurait été risible. La Serbie, pour commencer, ne cherche pas à conquérir des terres étrangères, mais bien à conserver un territoire contenu à l'intérieur de ses frontières reconnues mondialement. Quant à Milosevic, la principale préoccupation de cet «  Hitler »  a été de s'accrocher à tout ce qu'il pouvait des restes d'une fédération dont les frontières rapetissaient année après année.

En résumé : cette guerre est une guerre menée par une coalition de grandes puissances impérialistes contre un petit pays semi-retardataire au niveau économique. Cette guerre a un caractère néocolonialiste, foulant aux pieds la souveraineté yougoslave. Son objectif est de créer un type de protectorat de l'OTAN sur le Kosovo, qui doit ressembler au régime OTAN-FMI qui dirige aujourd'hui la Bosnie.

Au-delà de la propagande : pourquoi cette guerre est-elle menée ?

Une fois les déclarations frauduleuses des porte-parole de l'OTAN et les falsifications des médias repoussées à propos de cette guerre, que reste-t-il ?

Une agression pure et simple menée par de puissants pays impérialistes contre une petite fédération,les raisons officielles données pour l'attaque ne sont qu'un écran de fumée. Sans toute la propagande délirante et hystérique, il serait en fait beaucoup plus difficile d'empêcher le public de s'interroger sur les véritables raisons qui poussent les puissances impérialistes à prendre la voie du bombardement.

Au début du siècle, Rosa Luxemburg écrivait que le capitalisme était le premier mode de production à disposer de la propagande de masse comme arme. L' «  humanisme »  était, à l'époque de ce commentaire comme aujourd'hui, une couverture pour prendre de force aux pays les plus faibles ce qui est convoité. Les «  missions civilisatrices »  des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Belgique et des Pays-Bas avaient comme but en fait de s'emparer des matières premières, des marchés et de l'avantage géopolitique sur leurs principaux rivaux. De la même façon, l'attaque sur la Yougoslavie vise à garder les intérêts matériels des puissances impérialistes.

Pour commencer, les puissances occidentales se positionnent pour exploiter les abondantes réserves minérales du Kosovo qui incluent les dépôts substantiels de plomb, de zinc, de cadmium, d'argent et d'or. Le Kosovo possède également 17 milliards de tonnes de charbon en réserve selon les estimations. Mais tout cela n'est que la «  petite monnaie »  des calculs impérialistes. Les gains matériaux immédiats qui peuvent être pillés du Kosovo sont minimes comparés aux plus grand potentiel d'enrichissement qui miroite dans les régions plus à l'est pour lesquelles les puissances de l'OTAN ont développé d'immenses intérêts au cours des cinq dernières années. Il est étonnant que si peu d'attention ait d'ailleurs été accordée à ce lien avec cette guerre et les ambitions stratégiques mondiales des États-Unis et des autres puissances de l'OTAN.

L'OTAN et la chute de l'URSS

Exactement comme la fin du siècle dernier a été le témoin du développement de l'impérialisme et des efforts des grandes puissances pour se départager le monde, le démantèlement de l'URSS a créé une absence de pouvoir en Europe de l'Est, en Russie et en Asie centrale qui rend une nouvelle division du monde inévitable. La signification principale des événements en Yougoslavie dans les circonstances critiques actuelles, c'est qu'elle est à la périphérie occidentale d'une bande massive de territoires dans lesquels les grandes puissances cherchent à prendre de l'expansion. Il est impossible pour les États-Unis, l'Allemagne, le Japon, la France, la Grande-Bretagne et les autres puissances de simplement regarder passivement l'ouverture de cette zone. Une lutte pour l'accès à cette région et le contrôle des matières premières, de la main d'oeuvre et des marchés qu'elle renferme est en train de se développer qui surpassera de loin la «  ruée vers l'Afrique »  du siècle dernier.

Ce processus exprime les besoins les plus profonds du système de profit. Les transnationales d'aujourd'hui mesurent leurs succès en termes globaux. Aucun marché dans le monde ne peut être ignoré par General Motors, Toyota, Lockheed Martin, Airbus ou même Coca-Cola. Ces immenses sociétés se concurrencent sur tous les continents pour dominer le marché. Pour elles, la pénétration du sixième de la planète nouvellement ouvert à l'exploitation capitaliste est une question de vie ou de mort.

L'intégration de cette région au système mondial de production et d'échange capitaliste est la tâche la plus critique à laquelle fait face bourgeoisie internationale actuellement. Il est essentiel pour la survie du capitalisme au XXIe siècle. Si au début du XXe siècle, il était nécessaire pour le capitalisme de diviser et d'organiser le monde, qu'en est-il maintenant que toutes les grandes entreprises sont mondiales ?

Les États-Unis exploitent le démantèlement de l'URSS plus agressivement. Cela s'explique en partie par les limites historiques que l'Union soviétique a imposées aux États-Unis. Le capitalisme américain est devenu prééminent assez tard, lors de la Première guerre mondiale. L'année même (1917) où ce pays entrait en guerre, la victoire de la Révolution d'Octobre en Russie jetait les bases pour la création de l'Union soviétique. Pendant 70 ans, la conséquence objective de l'existence de l'URSS fut qu'une vaste portion de la planète fut interdite à l'exploitation directe du capitalisme américain.

La requête du Capital américain de prendre possession de ce territoire, des matières premières et de la force de travail humaine qu'il contient, bref de s'emparer de ce dont il a été privé, constitue l'essentiel de la politique de la Guerre froide de Washington. Débarrassée de ses exagérations et de ses falsifications, la lutte contre «  l'expansion communiste »  n'était en fait que le reflet de l'ambition implacable pour étendre l'influence des banques et des sociétés américaines en Europe de l'Est et en Russie afin d'en extraire des profits. Les événements de 1989 à 1991 ont finalement délié les mains du capitalisme américain dans cette région du monde.

La réintégration du territoire de l'ex-URSS au sein du capitalisme mondial s'accompagne de l'absorption par les gigantesques transnationales occidentales de milliards de dollars en matières premières vitales aux puissances impérialistes. Les plus importantes réserves de pétrole inexploitées au monde sont situées dans les anciennes républiques soviétiques qui bordent la mer Caspienne (Azerbaïdjan, Kazakhstan, Turkménistan). Ces ressources sont maintenant divisées entre les grands pays capitalistes. Voilà le carburant qui alimente le militarisme ressuscité et qui doit mener à de nouvelles guerres de conquêtes par les puissances impérialistes contre leurs opposants régionaux et à des conflits toujours plus importants qui opposeront les impérialistes entre eux.

Voilà la clé pour comprendre l'agressivité de la politique étrangère américaine de la dernière décennie. Le bombardement de la Yougoslavie n'est que le dernier acte belliqueux de toute une série de guerres d'agression qui sont survenues partout sur la planète. Bien qu'elles aient certaines motivations régionales, ces guerres sont la réponse des États-Unis aux occasions et défis ouverts par la chute de l'URSS. Washington voit sa puissance militaire comme un atout qui peut être utilisé pour l'emporter sur ses rivaux dans la lutte à venir pour s'emparer des ressources.

Le pétrole de la mer Caspienne et le débat de la nouvelle politique étrangère

«  La région de la mer Caspienne est l'une des dernières grandes sources potentielles de gaz et de pétrole au monde encore non exploitées » expliquait l'un des exécutif d'Exxon en 1998, ajoutant que la région pourrait très probablement produire jusqu'à 6 millions de barils de pétrole par jour en 2020. Il estime qu'entre temps, l'industrie pétrolière pourrait bien investir entre 300 et 500 milliards de dollars pour exploiter les réserves. Il estime y trouver 163 milliards de barils de pétrole et 337 billions de pieds cubes de gaz naturel. Si ces prévisions s'avèrent exactes, la région va devenir un producteur pétrolier comparable à l'Iran et à l'Irak.

Tous les principaux pays capitalistes et certaines puissances régionales en développement ont des visées sur les ressources de ces régions. Les puissances capitalistes sont très conscientes de l'existence d'impératifs objectifs pour intervenir, étendre leur influence et assurer leurs intérêts au détriment de leurs rivaux. Ces besoins pour intervenir s'articulent de plus en plus nettement dans les pages des journaux politiques, les audiences gouvernementales et dans les éditoriaux.

C'est aux États-Unis que ce débat est le plus significatif et le plus alarmant. Depuis 1991, il y a parmi les stratèges de renom aux États-Unis, une franche discussion sur la nouvelle place du pays dans les affaires mondiales. En l'absence de l'Union soviétique, plusieurs d'entre eux ont tiré la conclusion que les États-Unis sont désormais les nouveaux maîtres d'un monde « unipolaire » , dans lequel, à l'heure actuelle, ils jouissent d'une position dominante inégalable. Ces stratèges ne se demandent pas si, mais comment, cet avantage peut être exploité.

À cet égard, l'article de Zbigniew Brzezinski, ancien chef de la sécurité nationale sous la présidence de Carter, publié dans le numéro de septembre-octobre de la publication Foreign Affairs, est très significatif. Il est titré : «  Une géostratégie pour l'Asie. » 

«  Il est très peu probable que le statut de première puissance mondiale des États-Unis puisse être menacé par quelque puissance que ce soit, pour plus d'une génération encore » , écrit Brzezinski. «  Aucun état ne pourra vraisemblablement égaler les États-Unis dans ce qui constitue les quatre dimensions du pouvoir (militaire, économique, technologique et culturel) qui confèrent le poids et l'influence politique globale. » 

Ayant consolidé son pouvoir dans sa base de l'hémisphère occidental, les États-Unis doivent maintenant, explique Brzezinski, déployer les efforts nécessaires pour pénétrer les deux continents de l'Europe et de l'Asie. » 

«  L'émergence des États-Unis à titre de superpuissance globale, rend impératif le développement d'une stratégie intégrale et complète pour l'Eurasie. » 

Après les États-Unis, écrit Brzezinski, les six plus puissantes économies, ayant les budgets militaires les plus importants sont dans cette région, de même que toutes, sauf une, des puissances nucléaires déclarées ainsi que toutes, sauf une, des puissances nucléaires non déclarées. L'Eurasie compte pour 75 % de la population mondiale, 60 % de son produit national brut, et 75 % des ressources énergétiques. Collectivement, la puissance potentielle de l'Eurasie surpasse même les États-Unis.

«  L'Eurasie est le super continent formant l'axe mondial. La puissance qui domine l'Eurasie exercerait une influence décisive sur deux des trois régions du monde les plus productives économiquement, l'Europe de l'Ouest et l'Asie de l'Est. Un coup d'oeuil sur la carte suggère aussi que le pays dominant en l'Eurasie contrôlerait presque automatiquement le Moyen Orient et l'Afrique.

«  Avec l'Eurasie comme échiquier géopolitique principal, il n'est plus suffisant aujourd'hui d'élaborer une politique pour l'Europe et une autre pour l'Asie. La distribution du pouvoir à venir sur le territoire de l'Eurasie va être d'une importance décisive pour la primauté de la domination mondiale des États-Unis et de son héritage historique. » 

Comme il ne pense pas qu'ils puissent dominer l'Eurasie seuls, Brzezinski voit les intérêts des États-Unis pouvant être les mieux servis en s'assurant un rôle dirigeant, tout en créant un rapport de force favorable aux puissances pro-américaines. Il fait entrer une importante condition : dans une Eurasie volatile, la tâche immédiate est de s'assurer qu'aucun état ou aucune combinaison d'états n'acquiert la capacité d'expulser les États-Unis ou d'en diminuer le rôle décisif » . Il qualifie cette situation d' «  hégémonie américaine bénigne » .

Brzezinski voit l'OTAN comme étant le meilleur véhicule pour atteindre ces objectifs. « Contrairement à ses liens avec le Japon, l'OTAN étend l'influence politique et la puissance militaire des États-Unis au coeur de l'Eurasie. Alors que les nations européennes alliées sont toujours très dépendantes de la protection militaire des États-Unis, toute expansion de la perspective politique de l'Europe devient automatiquement une expansion de l'influence des États-Unis. De même, la capacité des États-Unis de projeter influence et puissance dépend de ses relations transatlantiques étroites.

«  Une Europe plus étendue et un OTAN élargi servirait les intérêts politiques à cours et à long terme des États-Unis. Une Europe plus étendue va entraîner la sphère d'influence américaine sans simultanément créer une Europe si intégrée politiquement permettant de défier les États-Unis sur des questions géopolitiques d'importance, particulièrement au Moyen Orient. » 

Comme ses lignes le suggèrent, le rôle de l'OTAN en Yougoslavie, où il a pour la première fois depuis sa création, initié une offensive militaire, est clairement vu dans par les cercles dirigeants des États-Unis comme un pas renforçant la position mondiale américaine. Au même moment, l'expansion de l'OTAN en Pologne, en Hongrie et dans la République tchèque représente effectivement une expansion de l'influence américaine en Europe et dans le monde.

La perspective particulière de Brzezinski sur cette région n'est pas entièrement nouvelle. Il a ressuscité, en l'adaptant aux besoins actuels des États-Unis, la stratégie géopolitique traditionnelle de l'impérialisme britannique, qui a longtemps chercher à protéger ses intérêts en Europe en exacerbant les conflits entre nations rivales sur le continent.

La première «  stratégie eurasienne »  moderne pour la domination du monde a été élaborée en Angleterre. Le stratège impérial Halford Mackinder, dans un écrit en 1904, «Le Pivot Géopolitique de l'Histoire »  maintenait que les territoires de l'Eurasie et de l'Afrique, qu'ensemble il avait baptisé «  l'ìle du monde » , étaient d'une importance décisive pour qui veut dominer le monde. Selon Mackinder, les barrières qui ont empêché la formation d'empires mondiaux, surtout les limites dans le transport, ont été largement surmontées au début du XXe siècle, créant les conditions pour une lutte entre les grandes puissances pour l'établissement d'une dominion mondiale. La clé, croit Mackinder, réside dans le contrôle du «  coeur central »  du territoire de la région eurasienne, délimité grossièrement par la Volga, le Yangtze, l'Artique et les Himalayas. Il résume sa stratégie de la façon suivante : «  Celui qui gouverne l'Europe de l'Est, gouverne le coeur central de l'Eurasie ; celui qui gouverne le coeur central, gouverne l'île du monde ; celui qui gouverne l'île du monde gouverne le monde. » 

Indépendamment du fait que ces positions aient été critiquées par les commentateurs bourgeois, les écrits de Mackinder, comme ceux de Brzezinski aujourd'hui, ont été attentivement lus par les principaux hommes d'état de son temps et ont exercé une profonde influence dans les conflits entre les grandes puissances qui ont modelé la première moitié de ce siècle.

Pour des raisons de stratégie mondiale et de contrôle sur les ressources naturelles, les États-Unis sont déterminés à s'assurer une position dominante dans l'ancienne sphère d'influence de l'Union soviétique. S'il y avait un adversaire, ou une combinaison d'adversaires, qui effectivement menaçait la suprématie des États-Unis dans cette région, cela remettrait en question la position hégémonique des États-Unis dans les affaires du monde. Cela, la classe politique américaine en est très consciente.

Les plans de Washington pour la domination de l'Asie Centrale

Le Comité de la Chambre des représentants des États-Unis sur les Relations Internationales a débuté des audiences sur l'importance stratégique de la région caspienne. Lors d'une réunion en février 1998, Doug Bereuter, le président du comité, a ouvert en rappelant les conflits entre les grandes puissances pour le contrôle de l'Asie Centrale au cours du XIXe siècle, surnommé alors «  la grande joute » .

Dans la course pour les empires, notait Bereuter, la Russie et la Grande Bretagne s'étaient engagées dans une longue lutte pour le pouvoir et l'influence. Il continua en disant que «  cent ans plus tard, la chute de l'URSS a relancé une nouvelle grande joute, dans laquelle les intérêts de la East India Trading Company ont été remplacés par ceux d'Unocal et de Total, et de plusieurs autres organisations et firmes. » 

«  Les buts politiques déclarés des États-Unis concernant les ressources énergétiques de la région » , continue-t-il, «  comprennent la nécessité de nourrir la dépendance des états et leurs liens avec l'Ouest, de briser le monopole russe sur le transport du pétrole et du gaz naturel, d'assurer la sécurité de l'Ouest en énergie en diversifiant les fournisseurs, d'encourager la construction de pipelines est-ouest qui ne transigeront pas via l'Iran, et de soutirer à l'Iran son influence dangereuse sur les économies de l'Asie Centrale. » 

Comme les commentaires de Bereuter l'indiquent, Washington entrevoit des conflits substantiels avec les puissances de la région dans la poursuite de ses intérêts. Si des frictions considérables ont initialement accompagné l'accès au pétrole caspien, des conflits encore plus importants ont éclaté autour de son acheminement vers les marchés de l'Ouest.

Bien que des contrats de dizaines de milliards de dollars aient déjà été signés par les compagnies pétrolières de l'Ouest, il reste à décider par quelle route les pipelines vont passer. Pour les raisons invoquées par Bereuter, les États-Unis tiennent absolument à une route est-ouest, qui éviterait l'Iran et la Russie.

C'est une question qui préoccupe au plus haut niveau le gouvernement américain. L'automne dernier, le secrétaire à l'Énergie, Bill Richardson, a dit à Stephen Kinzer du New York Times : «  Nous tentons de diriger ces nouveaux pays indépendants vers l'Ouest. Nous aimerions les voir s'appuyer sur les intérêts commerciaux et politiques de l'Ouest plutôt que de les voir aller d'une autre manière. Nous avons investi une somme politique substantielle dans la région caspienne et c'est très important pour nous que la carte du réseau de pipelines et de nos politiques donne de bons résultats. » 

De nombreux stratèges étaient en faveur d'une politique plus agressive pour la région. L'un d'eux, Mortimer Zuckerman, l'éditeur du US News & World Report, avait écrit dans un article paru en mai 1999 que les ressources de l'Asie Centrale pourraient bien retourner sous le contrôle de la Russie ou d'une alliance dirigée par la Russie, un résultat qu'il qualifiait de « situation cauchemardesque » . Il écrivait : «  Nous devons nous secouer face au danger, sinon les certitudes sur lesquelles nous fondons notre prospérité ne seront plus que des certitudes, et rien d'autre. » 

«  La région dominée par la Russie, le pont entre l'Asie et l'Europe à l'est de la Turquie, contient une quantité potentielle si élevée de pétrole et de gaz de la Mer caspienne, évaluée à près de 4 milliards de dollars, que cela pourrait redonner à la Russie sa santé et des opportunités stratégiques. » 

Zuckerman suggère que le nouveau conflit soit appelé, «  la plus grande joute » . Ce superlatif est plus approprié pour aujourd'hui, alors que les conflits «  ont des conséquences mondiales, pas seulement régionales. La Russie, avec sa force nucléaire pourrait bien jouer un rôle de protecteur dans un nouveau consortium pétrolier incluant l'Irak et l'Iran, et pourrait bien faire grimper les prix suffisamment pour renforcer les producteurs et menacer l'Ouest, la Turquie, Israël et l'Arabie Saoudite. Pour reprendre les termes utilisés par Paul Michael Wihbey, dans une excellente analyse pour l'Institute for Advanced Strategic and Political Studies, le «  scénario de cauchemar du milieu des années 1970 va réapparaître avec un bras vengeur. » 

En 1998, Frederick Starr, dirigeant du Central Asian-Caucasus Institute à l'Université Johns Hopkins, faisait remarquer que la moitié des nations membres de l'OTAN avait des intérêts commerciaux majeurs dans la région caspienne. Il ajoute ensuite que «  les gains économiques potentiels de l'énergie caspienne vont entraîner dans leur sillage les armées de l'Ouest pour assurer la protection des investissements nécessaires » .

La perspective d'un conflit militaire ente un ou plusieurs des membres de l'OTAN et la Russie n'est pas simplement une question spéculative. Starr écrit : «  Il n'y a pas de pays plus avide d'avoir le statut de membre de l'OTAN que l'Azerbaïdjan, très riche en énergie, et nulle part ailleurs, le risque de conflit avec la Russie au sujet de l'exportation des ressources de l'Azerbaïdjan, n'est plus élevé. »  En 1998 le pays a participé dans tous les 144 exercices de «  partenariat pour la paix »  de l'OTAN.

Les raisons offertes pour justifier la présente campagne contre la Yougoslavie pourraient facilement être appliquées par les dirigeants américains s'ils décidaient d'intervenir militairement en Asie Centrale. Il y a des conflits ethniques dans presque tous les pays de la région. Les trois pays à travers lesquels les États-Unis aimeraient voir passer le pipeline, sont des cas exemplaires à cet égard. En Azerbaïdjan, un conflit militaire fait rage contre la population arménienne depuis plus de dix ans. Le voisin, la Géorgie a des guerres intestines sporadiques entre le gouvernement et le mouvement séparatiste en Abkhazie. Finalement, la Turquie, qui est l'hôte de la station terminale du pipeline, mène une campagne de répression contre la minorité kurde, dont la population est majoritaire dans la région du sud-est, précisément là où les États-Unis veulent faire passer le pipeline.

Ce point n'est pas oublié par l'actuelle administration des États-Unis. Dans un discours prononcé pour les journaux américains le mois passé, Bill Clinton a déclaré que les chambardements ethniques yougoslaves étaient loin d'être uniques. «  Presque toute l'ancienne Union soviétique est confrontée au même défi » , a-t-il dit, «  y compris l'Ukraine et la Moldavie, la Russie du Sud, la nation caucasienne de la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et les nouvelles nations de l'Asie Centrale. »  Avec l'ouverture de ces régions, notait-il, «  le potentiel pour les conflits ethniques devient peut-être la plus grande menace de nos intérêts les plus critiques: la transition des anciens pays communistes vers la stabilité, la prospérité et la liberté. » 

Une série de guerres à venir

Mais l'attitude agressive des États-Unis envers l'intervention en Yougoslavie et la perspective de futures percées américaines dans la région caspienne ne seront pas reçues avec indifférence à travers le monde.

Le potentiel d'un conflit avec la Russie a augmenté au cours des dix dernières années. Il en est de même pour la possibilité d'un conflit majeur entre les États-Unis et une ou plusieurs puissances européennes. La bourgeoisie européenne ne va pas se contenter à jamais d'un statut subordonné par rapport aux États-Unis. Sa position serait continuellement érodée à mesure que les États-Unis cherchent à renforcer leur avantage. Il est inévitable que des conflits naissent à propos du partage du butin en Asie centrale et en Europe de l'Est entre les États-Unis, l'Allemagne, la France, l'Angleterre et l'Italie.

Des éditorialistes et des politiciens européens ont récemment protesté contre l'implication grandissante des États-Unis dans les affaires concernant la sécurité de l'Europe et la pression américaine pour une expansion de l'OTAN. Que doivent-ils penser des plans américains, comme ceux tracés par Brzezinski, prévoyant une massive extension de la puissance américaine en Europe et en Asie ?

Les tensions sont déjà visibles. L'intervention militaire en Yougoslavie se déroule au cours d'une année qui a vu une hausse des conflits commerciaux transatlantiques. De plus, les puissances européennes cherchent depuis longtemps le moyen de saper l'hégémonie américaine dans le commerce mondial, établissant une union monétaire et créant l'euro pour rivaliser avec le dollar en tant que monnaie de réserve mondiale. La principale puissance dans l'union monétaire européenne, l'Allemagne, possède en outre des intérêts commerciaux substantiels en Europe de l'Est et en Russie. La perspective d'un conflit américano-russe et d'une instabilité croissante à Moscou met sa position en péril.

De nouveaux conflits entre les États-Unis et le Japon vont également surgir. La nation insulaire, grand importateur de pétrole, a ses propres intérêts dans la région caspienne et est engagée dans toute une série de conflits commerciaux avec les États-Unis. Dans la mesure où les États-Unis voient le renforcement de leur rôle militaire comme la clé de leur succès en Asie centrale, il faut s'attendre à ce que certains cercles dirigeants du Japon réclament la fin des restrictions d'après-guerre sur la taille et la capacité d'intervention de son armée.

Un conflit ouvert entre les États-Unis et la Chine est inévitable. La Chine, un pays historiquement opprimé et non une puissance impérialiste, a cependant fait des pas de géant vers la restauration du capitalisme et aspire au rôle de puissance économique régionale.

Comme en témoigne l'actuelle hystérie anti-chinoise dans la presse américaine, une section importante de l'élite dirigeante américaine s'oppose énergiquement à un tel développement. L'expansion de l'influence américaine en Asie centrale pose une menace directe et immédiate à la Chine, entre autres parce que l'expansion de l'économie chinoise dépend directement de son accès au pétrole. Ses besoins en pétrole pourraient doubler d'ici 2010, ce qui forcera le pays à recourir à l'importation pour couvrir 40 pour cent de ses besoins, comparativement à 20 pour cent en 1995.

Pour cette raison, la Chine a déjà exprimé son intérêt dans la construction d'un pipeline qui transporterait le pétrole caspien en direction de l'est et a signé en 1997 une entente de $4,3 milliards pour s'assurer une part de 60 pour cent dans une entreprise de pétrole de Kazakh. Les États-Unis vont certainement chercher à miner ses activités dans cette région.

À travers le monde, les gouvernements craignent de bien pouvoir devenir la prochaine cible d'actions militaires, s'ils devaient résister aux demandes américaines. Une telle appréhension n'est pas du tout limitée aux pays moins développés qui figurent sur la liste noire américaine. On peut être certain que Paris et Berlin sont très inquiets des intentions américaines en Europe et que le Pentagone a des plans de guerre avec la France et l'Allemagne qui peuvent être rapidement tirés des étagères.

Ces deux pays sont pris en exemple pour attirer l'attention sur un autre point important. Il est loin d'être assuré que tout prochain conflit impliquant les États-Unis sera aussi à sens unique que le conflit actuel. Washington va se retrouver avant longtemps en guerre contre un adversaire qui n'est pas complètement sans défense.

La région de l'Asie centrale, vitale d'un point de vue stratégique et riche en ressources naturelles, ne saurait être divisée de façon pacifique entre les grandes puissances impérialistes mondiales alors qu'elle est réintégrée à la structure du capitalisme mondial. Comme Lénine devait écrire en 1915, en parlant du partage des pays coloniaux entre les puissances impériales : «  La seule méthode concevable de partage, sous le capitalisme, des sphères d'influence, des intérêts, des colonies, etc., repose sur une évaluation de la force des pays participants, au niveau économique, financier, militaire, etc. Et la force des participants au partage ne change pas de façon égale, car le développement uniforme des différentes entreprises, branches d'industrie ou nations est impossible sous le capitalisme. Il y a un demi-siècle, l'Allemagne était un pays insignifiant comparé à l'Angleterre de l'époque ; tout comme le Japon, comparé à la Russie. Est-il 'concevable' que dans dix ou vingt ans, la force relative des puissances impérialistes n'aura pas changé ? Ceci est hors de question. » 

La mise à jour de l'évaluation de Lénine en substituant les grandes puissances de l'heure à celles de 1915 soulève la question : est-ce que les États-Unis, l'Europe et le Japon vont finir par s'arranger à l'amiable et trouver un terrain d'entente sur des questions aussi explosives que l'élaboration d'accords commerciaux, l'établissement de pactes militaires et l'octroi de contrats de pétrole et de construction valant des trillions de dollars ? Aucune réponse affirmative n'est possible.

Les grandes puissances vont également chercher à profiter des conflits locaux. Ceux-ci vont augmenter, non diminuer, alors que l'Asie centrale est intégrée au système global de production et d'échanges. À mesure que croît le financement occidental des projets de pétrole, les enjeux des conflits régionaux ethniques grossissent. Lorsque le contrôle d'un territoire rapporte des milliards en exportation de pétrole, les batailles deviennent plus féroces.

Déjà, les conflits qui ont éclaté dans la région abkhazienne de la Géorgie ont stoppé la construction des pipelines plus d'une fois. En outre, la pénétration du capital occidental a été accompagnée de mesures d'austérité dictées par le FMI. Ces changements ont appauvri davantage la vaste majorité des peuples de l'Asie centrale, tout en enrichissant une minorité. Comme la Russie, les républiques caspienne et caucasienne ont vu la création d'une couche extrêmement riche, mais mince, de «  nouveaux Kazakhiens » , «  nouveaux Azériens » , etc., alors que le niveau global de la production et des revenus a chuté depuis 1991.

Ces développements sont porteurs d'un nouveau partage du monde, qui sera décidé par les principales puissances impérialistes, appuyées sur leurs armées. Les conflits militaires à venir vont prendre place dans une région du monde encore plus explosive que les Balkans. Tous les grands protagonistes possèdent des armes nucléaires, ce qui soulève le danger d'un nouveau conflit impérialiste majeur, le troisième en l'espace d'un siècle, dont le potentiel dévastateur, au niveau matériel et humain, serait de loin supérieur aux deux premiers combinés.

Les implications du bombardement de la Yougoslavie

C'est la signific

ation de l'action militaire actuelle contre la Yougoslavie et la croissance du militarisme en général. Le Kosovo est le banc d'essai de guerres à venir dans l'ancienne région soviétique.

La guerre est au même moment l'expression d'immenses contradictions au sein des pays impérialistes eux-mêmes. Ces tensions sociales sous-jacentes seront exacerbées par la guerre. Tout le XXe siècle a montré que les périodes de voracité impérialiste sont nécessairement accompagnées d'une intensification des conflits sociaux dans les centres métropolitains de l'impérialisme.

Les structures sociales internes des États-Unis et des états de l'Europe de l'Ouest sont ébranlées par d'intenses contradictions de classe. Les deux dernières décennies ont vu une profonde polarisation matérielle dans ces pays. Une mince couche a atteint un niveau de richesse jamais vu dans l'histoire. Le reste de la population vit à divers degrés dans l'anxiété et même le désarroi économiques et une couche substantielle fait face à la misère. Tous les indices laissent voir une continuation, et même une accélération, de cette tendance de base.

Les conflits sociaux ont pris une forme maligne dans la mesure où ils sont restés politiquement inarticulés. L'Amérique quant à elle donne l'impression d'une société qui se trouve au bord de la dépression nerveuse. La vie publique est ponctuée d'éruptions de violence par des enfants d'école qui ont laissé le pays dans un état de semi-choc. Aucune explication, en dehors des plus banales, n'a été offerte par les autorités ou les experts sur ces explosions de violence antisociale. Elles attestent cependant à leur manière la brutalité de la vie contemporaine américaine et les antagonismes étouffés qui sommeillent juste sous la surface.

Ce point suggère un autre motif du bombardement de la Yougoslavie. Le père de l'élaboration d'une politique impérialiste à la fin du siècle dernier, Cecil Rhodes, a noté les avantages sociaux-psychologiques d'un militarisme agressif en tant que soupape pour alléger les pressions sociales accumulées au sein même des pays impérialistes. Mis à part ses intérêts économiques directs et indirects dans le conflit actuel, la bourgeoisie américaine voit là une occasion de détourner les frustrations et le désarroi accumulés vers une cible extérieure.

Elle reconnaît au même moment les limites de telles diversions et s'apprête déjà à remodeler sa politique interne selon ses ambitions impérialistes. Le pays va continuer sur la voie d'une garnison de haute technologie, où le gros des dépenses publiques est consacré à des visées militaires à l'étranger. Les programmes sociaux se verront remplacés au fur et à mesure par la répression interne crue. Cette approche fondamentale sera suivie dans les autres grands états impérialistes.

Quant aux droits démocratiques, ils sont loin d'être garantis. La véritable attitude de l'élite dirigeante sur cette question a été révélée de façon beaucoup plus claire dans sa conduite de la guerre actuelle que dans toutes ses garanties légales officielles et ses déclarations publiques : n'a-t-elle pas fait bombarder des stations de télévision serbes et menacé de fermer l'Internet ?

Au grand dam des autorités gouvernementales, de la cabale militaire et des médias, la majorité des peuples des pays de l'OTAN ne sont pas saisis de la fièvre guerrière. Celle-ci est largement confinée à l'establishment politique. Dans le grand public, on est plutôt perplexe et inquiet. Dans la mesure où ce sentiment ne s'est pas développé en opposition organisée à la guerre, il est en large mesure le résultat du processus d'abandon politique des masses par les organisations auxquelles elles avaient autrefois donné leur allégeance.

La guerre a mis à nu la faillite complète des partis politiques établis qui se présentaient comme les défenseurs de la classe ouvrière et du socialisme. Des partis social-démocrates, travaillistes et staliniens, ont été recrutés non seulement les partisans mais aussi les dirigeants de la guerre actuelle. C'est loin d'être une surprise pour des observateurs plus expérimentés. De telles organisations ont démontré pendant longtemps leur soumission politique aux marchés et à la grande entreprise, et elles ont été intégrées à l'appareil de l'impérialisme. La guerre n'a fait que révéler le nouveau stade de ce déclin politique, à savoir que c'est un processus complété. Alors qu'ils représentaient autrefois un obstacle aux demandes politiques et économiques du capital, sans représenter toutefois une alternative socialiste viable à l'impérialisme, ils ne sont aujourd'hui rien de plus que des partis bourgeois de droite.

La guerre a mis en relief une autre caractéristique, peut-être mieux décrite comme un «  vide » , du paysage politique : l'absence d'une intelligentsia vouée à la critique sociale et prête aux sacrifices. Dans les rangs universitaires, quasiment aucune voix ne s'est élevée pour critiquer les arguments et les hypothèses qui ont servi à justifier la guerre. Dans la mesure où l'on a pu entendre des voix dissidentes, elles viennent en général de la droite, réclamant une politique plus agressive. Il faut croire disparues, même des mémoires, les journées fébriles faites de protestations, de «  teach-ins »  sur les campus, et d'examens à la loupe des affirmations de l'état.

D'où vient une telle situation ? Il y a beaucoup à apprendre d'une transformation politique similaire qui a pris place dans la première partie du XXe siècle. L'éclatement de la guerre en 1914 a vu toute une couche de la bureaucratie ouvrière et de la social-démocratie apporter son soutien politique à la bourgeoisie dans chacun des pays impliqués. Des partis et des leaders politiques qui avaient officiellement adopté une politique d'opposition à la guerre impérialiste ont abandonné leurs principes proclamés, voté pour les crédits de guerre et appelé la classe ouvrière à défendre l'état. Les conséquences catastrophiques de leur décision, qui ont eu l'impact le plus lourd sur les travailleurs européens, sont bien connues.

Lénine a cherché une explication matérielle à ce phénomène dans le processus de corruption d'une section des chefs syndicaux et social-démocrates par l'impérialisme. La féroce exploitation des colonies et le pillage de leurs ressources ont permis à la bourgeoisie européenne de partager assez de miettes avec les dirigeants ouvriers officiels pour obtenir leur soumission aux diktats de l'impérialisme.

Un phénomène analogue s'est produit dans la récente période. Toute une couche des éléments qui avaient été radicalisés par l'expérience du Vietnam, les événements de mai-juin 1968 en France, et les conflits ouvriers militants fin 1960 et début 1970, a abandonné au cours des deux dernières décennies toute opposition à l'impérialisme et est retournée à la vie de la classe moyenne. Plusieurs de ces ex-radicaux ont vu leurs fortunes monter en flèche avec l'envol des marchés boursiers dans les années 1990. Ceci a produit un réajustement dramatique de leur politique. Certains des plus fervents promoteurs de la guerre actuelle viennent de cette couche.

Le processus d'enrichissement ne se limite pas bien sûr à ceux qui ont un passé de politique radicale. Comme il a été noté plus haut, une mince couche, en termes de pourcentage, est devenue riche, mais elle compte un nombre important d'individus. Un pour cent de la population des États-Unis possède quarante pour cent de ses richesses. Ceci explique le niveau de vie faramineux dont jouissent plus de deux millions et demi de gens. Juste en dessous, de dix à vingt pour cent de la population ont vu leurs avoirs grossir énormément au cours des vingt dernières années. Des chiffres similaires pourraient être cités pour les autres grands pays capitalistes.

C'est de cette couche enrichie que viennent les leaders de tous les partis officiels, les médias, ainsi qu'un nombre important d'universitaires. L'accumulation de biens a fourni à l'élite dirigeante le ciment politique pour faire bloc en faveur de la guerre; elle a aussi encouragé une section à réclamer une expansion de celle-ci.

Le boum à Wall Street a été cependant un processus à deux faces. La course pour les valeurs boursières a requis l'adoption d'un nouveau régime d'austérité, de «  flexibilité au travail »  (c'est-à-dire insécurité de l'emploi) et d'exploitation accrue de la population travailleuse dans les centres impérialistes et partout à travers le monde. Si la formation des nouveaux riches dans les années 1980 et 1990 a fourni un nouveau point d'appui à l'impérialisme, elle a aussi créé un auditoire beaucoup plus large pour un mouvement anti-capitaliste et anti-impérialiste parmi la classe ouvrière internationale. La croissance du prolétariat mondial; la réduction du niveau de vie pour la majorité dans les pays avancés; l'appauvrissement de la majeure partie de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique latine, et les sombres perspectives d'avenir des jeunes : autant de processus qui mènent objectivement à un mouvement de changements sociaux révolutionnaires.

Le terrain a été préparé pour la transformation de ce potentiel objectif en force politique consciente. Ce qui est nécessaire avant tout aujourd'hui, c'est la lutte pour le socialisme parmi les travailleurs, les intellectuels et les jeunes qui formeront le noyau d'un tel mouvement révolutionnaire. La confusion du marxisme avec son antithèse réactionnaire, le stalinisme, doit être effacée par un processus d'éducation politique. Il faut lancer la lutte contre toutes les idéologies qui servent directement ou indirectement à perpétuer le système actuel. Ces efforts doivent trouver leur plus haute expression dans la construction d'un parti politique socialiste unifié de la classe ouvrière internationale.

C'est la tâche à laquelle se consacre le World Socialist Web Site, la voix du Comité International de la Quatrième Internationale.

Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans RUSSIE-USA
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20 septembre 2006 3 20 /09 /septembre /2006 14:40

 

 

 

Derrière la guerre des Balkans

Réplique à un partisan des bombardements des États-Unis et de l'OTAN contre la Serbie

Par David North
Le 8 avril 1999

 

Nous publions ci-dessous une lettre ouverte préparée par David North, président du comité de rédaction du World Socialist Web Site, en réponse à une lettre envoyée au WSWS par P. Harris, supporter des bombardements des États-Unis et de l'OTAN contre la Serbie. Pour ceux qui désireraient lire la lettre de P. Harris (en anglais) en entier, un hyperlien a été ajouté à la fin de cette réplique.

M. Harris,

Avant de commencer à répondre aux divers points spécifiques que vous avez soulevé dans votre attaque contre notre opposition à la guerre menée par les États-Unis contre la Serbie, je pense que certaines remarques préalables tant sur Ie climat politique qui prévaut actuellement que sur les expériences historiques pertinentes au sujet doivent être présentées afin de pouvoir répondre à des arguments militaristes provenant d'un ancien opposant à la guerre du Viêt-Nam.

En effet, le soutien direct et enthousiaste des bombardements effectués par les États-Unis et l'OTAN contre la Serbie par d'anciens opposants à l'intervention américaine au Viêt-Nam comme vous constitue l'un des phénomènes politiques les plus révélateurs à propos de la guerre actuelle. Presque tous les leaders politiques d'Europe et des États-Unis responsables de la poursuite de la guerre contre la Serbie ont participé, à un moment donné ou un autre de leur vie à des manifestations et des démonstrations politiques anti-impérialistes. Clinton lui même ne se distingue de vous que par le simple fait que son opposition au militarisme a duré tant et aussi longtemps qu'il était personnellement exposé à la menace de la conscription. D'autres, tels le chancelier Schroeder, le ministre des Affaires étrangères Fischer et le ministre de la Défense Scharping en Allemagne, ou encore le secrétaire-général de l'OTAN, le général Solana, ont continué de débiter des slogans marxistes et «  anti-impérialistes » jusque dans les années 80.

L'évolution de tous ces messieurs est clairement l'expression d'un processus politique beaucoup plus vaste. E.J. Dionne du Washington Post déclarait justement que la réaction des protestataires des années 60 contre la guerre du Viêt-Nam face au bombardement de la Serbie marquait la fin absolue du «  syndrome de la guerre du Viêt-Nam » . Maintenant que le Président Clinton «  a embrassé l'idée que la puissance américaine peut être utilisée au nom de la démocratie, des droits de l'homme et des intérêts nationaux légitimes » , les conditions sont devenues mures pour permettre la réconciliation complète des anciens opposants à la guerre du Viêt-Nam avec l'appareil militaire des États-Unis. «  Nous sommes dans une situation où les colombes de l'époque du Viêt-Nam se sont débarrassés de leur ambivalence pour endosser l'usage de la force. »

Parmi ceux qui se sont débarrassés de leur «  ambivalence » , on retrouve Walter Shapiro, chroniqueur au USA Today qui se décrie comme une «  ancienne colombe » maintenant «  en train de voler avec les faucons » . Rappelant avec un soupçon de nostalgie sa participation aux protestations contre la guerre du Viêt-Nam organisées sur les campus universitaires il y a 30 ans, Shapiro écrit : «  je me retrouve maintenant dans une position inconfortable en tentant de justifier mon soutien aux frappes aériennes de l'OTAN contre Slobodan Milosevic. » Et qu'est ce qui motive selon M. Shapiro cette transformation en défenseur de plus récente campagne de bombardement des États-Unis ? Toutes ces «  scènes d'innombrables atrocités » au Kosovo, avec «  ces 100 000 réfugiés paniqués qui fuient du pays à chaque semaine... » .

Shapiro assure ses lecteurs que son soutien à la guerre n'est déterminé que par un impératif moral : «  Les États-Unis sont les seuls à posséder les ressources et la volonté leur permettant d'adopter une position ferme face aux barbares qui sont aux portes de la civilisation. »

Voilà bien des mots qui trahissent une absence incroyable de conscience historique ! M. Shapiro s'est peut-être convaincu seul que le bombardement de la Serbie marque l'aube d'une nouvelle politique étrangère altruiste de la part des États-Unis, sa rhétorique n'en rappelle pas moins de façon effrayante le langage utilisé par les responsables des premières aventures impérialistes des États-Unis il y a un siècle. «  Dieu, déclarait le sénateur Beveridge de l'Indiana en janvier 1900, a fait de nous les maîtres organisateurs pour établir un système dans un monde où le chaos règne. Il nous a insufflé l'esprit du progrès pour renverser les forces de la réaction sur toute la Terre. Il a fait de nous les adeptes du gouvernement que nous devons administrer sur les peuples sauvages et séniles. Sans cette force, le monde sombrerait à nouveau dans la barbarie et l'obscurantisme. » [1]

Parmi les caractéristiques les plus particulières et tenaces de l'impérialisme américain, il y a toujours cette même façon d'utiliser la rhétorique de l'altruisme démocratique pour justifier ses ambitions mondiales. C'est pendant l'administration de Woodrow Wilson que ce type d'hypocrisie est devenue la façon de faire internationale particulière aux États-Unis. Les dirigeants américains ont toujours soutenu que, contrairement aux grandes puissances européennes, les États-Unis ne font la guerre que pour assurer une paix durable et qu'ils ne tuent que pour libérer. C'est ainsi qu'avec une émouvante rhétorique idéaliste, le président Wilson justifia l'entrée en guerre des États-Unis dans la grande lutte pour les marchés que l'on a appelée Première Guerre mondiale :

«  Dans cette guerre, notre objectif, déclarait-il lors de son allocution au congrès des États-Unis en avril 1917, est de venger les principes de la paix et de la justice tant dans la vie du monde que face à l'égoïsme et au pouvoir autocratique. Le droit est plus précieux que la paix et nous devons lutter pour les choses que nous avons toujours chéries ­ la démocratie, le droit de ceux soumis à l'autorité de faire entendre leur voix dans leur propre gouvernement, les droits et libertés des petites nations, et pour un dominion universel de droit dans un concert de peuples libres devant amener la paix et la sécurité pour toutes les nations et enfin rendre le monde libre... Le monde doit être rassurer pour la démocratie. » [2]

Plus récemment, au début de la dernière grande guerre menée au nom des idées libérales, un raisonnement identique était utilisé pour justifier l'envoi de forces militaires américaines outre-mer. C'est ainsi qu'en décembre 1961, le président John F. Kennedy décrivait l'engagement des États-Unis au Sud-Viêt-Nam comme étant la lutte pour la défense de la démocratie et de l'indépendance nationale face à la tyrannie et à l'agression. Dans une lettre au président sud-viêtnamien Ngo Dinh Diem (dont l'assassinat allait être autorisé deux ans plus tard par les États-Unis), Kennedy écrit :

«  J'ai reçu votre récente lettre dans laquelle vous décrivez avec tant de force les dangereuses conditions provoquées par les efforts du Nord Viêt-nam pour s'emparer de votre pays. Le peuple américain et moi même connaissons bien la situation qui prévaut chez vous et sommes très préoccupés par l'assaut mené contre votre pays. Notre indignation a été soulevée au fur et à mesure que la sauvagerie délibérée du programme communiste d'assassinat, de kidnapping et de violence gratuite s'est manifestée.

«  Votre lettre ne fait que mettre en relief ce que nos propres informations nous ont démontré de façon convaincante ­ que la campagne de force et de terreur est maintenant menée contre votre peuple et que l'appareil gouvernemental est en fait soutenu et dirigé de l'extérieur par les autorités de Hanoi...

«  Les États-Unis... restent engagés dans la cause de la paix et notre premier objectif est d'aider votre peuple à préserver son indépendance » . [3]

Désolé de cette leçon d'histoire, mais il semble que beaucoup parmi ceux dont l'éducation politique débute avec les années 60 sont en train d'oublier, si ce n'est déjà fait, les amères leçons qu'ils avaient appris il y a 30 ans sur le caractère criminel de l'impérialisme américain. À en juger par votre lettre, il semble que vous êtes également affecté par cette vaste épidémie d'amnésie politique.

Faisant appel à une métaphore impropre, vous soutenez qu'en s'opposant aux bombardements des États-Unis et de l'OTAN contre la Serbie, le World Socialist Web Site a «  jeté le bébé avec l'eau du bain. » . Mais c'est pourtant précisément ce que vous faites. Dans votre outrage face aux mauvais traitements infligés aux Kosovars, vous avez choisi d'ignorer tous les problèmes essentiels qui découlent du contexte historique, politique, social et économique dans lequel cette guerre se déroule. Il en résulte une réaction tout à fait simpliste et impressionniste aux événements qui vous livre à la merci des énormes et puissants mécanismes de propagande des médias américains.

La banqueroute intellectuelle sous-jacente de votre approche est trahie par le passage suivant :

«  Il est bien sur vrai que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France sont des États impérialistes. Et il est tout aussi exact qu'il y a plein d'hypocrisie et de fausse piété dans presque toutes les questions de politiques étrangères que vous pouvez imaginer, qu'il s'agisse des Kurdes ou des habitants du Timor, de l'Iraq ou d'Israël, de la Grenade ou du Panama. Mais cela n'empêche pas le fait qu'ils font sûrement ce qu'il faut en attaquant (enfin) la Serbie de Milosevic pour arrêter les crimes contre l'humanité perpétrés par son régime et les Serbes au Kosovo » (emphase ajoutée).

Vous écrivez comme si le terme «  impérialiste » ne serait qu'un adjectif, une façon en quelque sorte dramatique et sophistiquée de dénoncer le comportement indécent d'un État ou d'un autre. Dans le langage de l'économie politique cependant, ce mot revêt une signification beaucoup plus profonde. L'impérialisme est un terme scientifique utilisé pour décrire le stade particulier du développement historique de l'économie mondiale dominée par le capital financier. Les tendances politiques associées à l'impérialisme, telles que le militarisme et la guerre, ne sont que les sous-produits nécessaires d'un processus économique objectif réunissant la monopolisation, l'émergence d'entreprises transnationales, le pouvoir immense des marchés financiers mondialisés, la dépendance économique des États plus petits et moins développés face aux puissantes agences créancières internationales, etc. On ne détermine pas si un pays est impérialiste ou non en examinant cas par cas ses bonnes et mauvaises actions, mais bien en analysant son rôle objectif et la place qu'il occupe dans le système économique mondial. Partant de ce point de vue essentiel, il y a une différence qualitative entre les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne d'un côté, et la Serbie et l'Iraq de l'autre.

Ce qui manque complètement dans votre attitude envers la guerre, c'est la considération de ce fondement politique et économique objectif de la politique internationale. Vous professez plutôt une approche éclectique des événements qui empêche toute possibilité d'analyse cohérente et intégrée. Les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne sont, vous le reconnaissez volontiers, des puissances impérialistes. Vous allez même plus loin en déclarant que leur attitude envers presque tous les peuples exploités et oppressés du monde est «  pleine d'hypocrisie et de fausse piété » . Mais n'est-il pas exact que cette attitude «  pleine d'hypocrisie et de fausse piété » des puissances impérialistes est enracinée dans la subordination brutale des principes démocratiques qu'elles ont autrefois épousé aux impératifs et intérêts d'un ordre économique mondial dominé par les élites financières et industrielles ? Et si ces intérêts et impératifs aboutissent à l'approbation et à la participation directe de l'oppression des peuples Kurdes, Palestiniens, Timors, Iraqiens, Grenadiens et Panaméens, pourquoi les puissances impérialistes feraient maintenant «  sûrement ce qu'il faut » dans les Balkans ? Comment peut-on expliquer un écart aussi extraordinaire de la norme habituelle ? N'est-il pas plus plausible de penser que c'est vous, sous la pression d'une campagne de propagande qui exploite habilement la détresse des Kosovars, qui vous êtes écarté de vos principes habituels plutôt qu'eux ?

Vous consacrez plusieurs paragraphes à passer en revue les événements qui ont entraîné le déclenchement de la guerre. Dans votre compte rendu, qui ne diffère d'ailleurs fondamentalement en rien de ce qui est présenté dans les mass médias, toute la violence de la dernière décennie est le produit des seules politiques menées par Milosevic, l'homme qui a su s'inspirer du «  nationalisme mystique et fanatique » des Serbes. Jamais vous ne mentionnez le rôle joué par les nationalismes slovène, croate, et bosniaque-musulman. Mais ce qui est selon moi encore plus grave, c'est votre attitude apparemment dénuée de toute critique face au démembrement de la fédération yougoslave et au rôle joué par les impérialismes américain et européens dans ce processus. Même si nous acceptions le fait que Milosevic surpasse tous les autres nationalistes des Balkans dans ses atrocités ­ ce qui serait bien difficile à croire compte tenu de la compétition qu'il a chez ses homologues croate Tudjman, slovène Kucan et bosniaque Izetbegovic ­ il nous resterait encore à trouver la perspicacité nécessaire pour comprendre les forces profondes en action qui ont pu amener la désintégration de la Yougoslavie.

Bien avant que Milosevic n'entre en scène, les pressions économiques exercées sur la Yougoslavie dans les années 70 et 80 par les politiques austères exigées par le Fonds Monétaire International étaient déjà en train de saper les fondements économiques qui maintenaient la viabilité de la fédération. La vague de faillites industrielles, la croissance rapide du chômage, l'inflation, le déclin du salaire réel et l'érosion de l'infrastructure sociale ont ravivé les vieilles rivalités nationales et ethniques que le régime titiste avait tenté d'éliminer. Incidemment, la subordination de l'économie yougoslave à la discipline des principes du marché exigée par le FMI est loin d'avoir joué un rôle de seconde importance dans l'ascension de Slobodan Milosevic. Bien que vous exprimiez de l'étonnement à propos des puissances de l'OTAN qui ont pu «  croire stupidement » que Milosevic aurait pu servir leurs intérêts, cette évaluation ne manque pas de fondements sérieux. Milosevic a en effet atteint un niveau de crédibilité auprès des banques et des gouvernements occidentaux justement du fait de son enthousiasme évident pour la réorganisation de l'économie yougoslave selon un modèle capitaliste. Comme l'explique Susan L. Woodward du Brookings Institute :

«  ...Milosevic était partisan du libéralisme économique (et conservateur en politique). Directeur d'une grande banque de Belgrade de 78 à 82, il était réformateur économique même lorsqu'il était chef du parti à Belgrade de 84 à 86. Les propositions politiques de la «  Commission Milosevic » de mai 88 ont été rédigées par des économistes libéraux et auraient très bien pu sortir tout droit du livre du FMI. Il était alors commun (et cela jusque dans les années 90) pour les occidentaux et les banques de choisir comme premier critère de soutien aux dirigeants d'Europe de l'Est et Soviétiques qu'ils se déclarent «  partisan des réformes économiques » (comme c'est le cas pour beaucoup de leaders des pays en voie de développement également) et d'ignorer les conséquences que leurs idées de réformes économiques pouvaient avoir sur le développement démocratique. C'est ainsi que l'homme qui remplaça János Kádár en tant que leader en Hongrie en mai 1988, Károly Grósz, a également été accepté en affichant ce même profil de libéralisme économique et de conservatisme politique, ce qu'on appelait à l'époque le ''modèle Pinochet''. » [4]

Vous omettez également d'évaluer le rôle joué par les États-Unis et l'Europe qui ont encouragé la dissolution de la fédération yougoslave en 1991-92. Il est difficile de juger si c'est la malice ou la stupidité qui a joué le plus grand rôle dans les événements qui ont mené à l'éruption de la guerre civile dans les Balkans. Mais peu importe la réponse, ce qui est certain, c'est que les actions entreprises par les puissances impérialistes ont plus encouragé que restreint les tensions entre les républiques yougoslaves. Il était prévisible (et en fait certains l'ont vu) que toute tentative d'internationaliser les frontières internes des républiques yougoslaves allait avoir des résultats catastrophiques. Il n'est pas étonnant que les frontières établies entre les républiques dans le cadre de la Yougoslavie unifiée n'aient plus été viables dès la disparition de la fédération. Les minorités ethniques des différentes républiques ­ les Serbes en Croatie, les Croates en Serbie et les Croates, les Serbes et les musulmans en Bosnie ­ voyaient dans l'État fédéral le garant ultime de leurs droits civiques. Dans le cadre établi au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, il a été possible pour Tito d'organiser des compromis entre les diverses nationalités balkaniques constituant la nouvelle nation «  yougoslave » . D'ailleurs, la république bosniaque a été conçue par Tito pour servir de tampon afin d'amoindrir les antagonismes traditionnels entre Serbes et Croates.

Ainsi, la demande allemande pour une reconnaissance internationale rapide de l'indépendance de la Croatie en 1991 ­ sans même aucune négociation préalable des frontières pour tenter de les rendre acceptables aux populations des républiques de l'ex-Yougoslavie ­ a rendu la catastrophe inévitable. Ne croyez pas ici qu'il s'agisse d'une évaluation «  après-coup » d'un opposant marxiste à l'impérialisme. Dans une lettre écrite au ministre des Affaires étrangères allemand Genscher demandant au gouvernement allemand d'attendre avant de reconnaître la Croatie comme un État indépendant, Lord Carrington faisait cette mise ne garde :

«  Il y a un danger bien réel, sinon même une probabilité, que la Bosnie-Herzégovine demande également son indépendance et veuille être reconnue, ce qui serait tout à fait inacceptable pour les Serbes de cette république comptant près de 100 000 soldats de la JNA (Armée populaire yougoslave), dont certains sont déjà partis pour la Croatie. Milosevic a fait allusion à la possibilité d'une intervention militaire si la Croatie et la Slovénie étaient reconnues indépendantes. Ce pourrait en effet bien être l'étincelle qui embraserait la Bosnie-Herzégovine. » [5]

Une autre lettre écrite au Président du conseil des ministres des Affaires étrangères du Conseil de la CE, Hans van den Broek par le Secrétaire général des Nations Unies d'alors, Javier Perez de Cuellar, exprimait les mêmes craintes :

«  Je suis très préoccupé qu'une reconnaissance rapide et discriminatoire puisse étendre le conflit actuel et alimenter les situations explosives qui prévalent en Bosnie-Herzégovine et en Macédoine, ce qui pourrait avoir de sérieuses conséquences pour toute la région des Balkans. » [6]

Pour ce qui est du rôle des États-Unis, Lord David Owen de Grande-Bretagne, qui a joué un rôle central dans les événements entourant l'éclatement de la Yougoslavie, offre une évaluation qui peut difficilement être qualifiée de flatteuse :

«  ...l'erreur faite par la CE de reconnaître la Croatie aurait pu être réparée si elle n'avait pas été forcée d'aller encore plus loin en reconnaissant la Bosnie-Herzégovine sans tenir compte des conséquences. Les États-Unis qui s'étaient opposés à la reconnaissance de la Croatie en décembre 1991, ont été par la suite très actifs lorsque est venu le temps de reconnaître la Bosnie-Herzégovine au printemps de 1992. Il ne faudrait pas penser que la reconnaissance de la Bosnie-Herzégovine était inévitable, ni même qu'il était logique de la reconnaître, une république interne de la Yougoslavie contenant trois grands peuples constitutifs partageant chacun leur propre position quant à indépendance. »

Ainsi, selon Owen, la décision d'aller de l'avant pour reconnaître la Bosnie était «  imprudent au plus haut point » . [7]

Le résultat de ces sordides intrigues diplomatiques qui se sont toutes déroulées dans le contexte de la destruction des anciennes industries nationalisées et de l'établissement de la suprématie du marché capitaliste ­ c'est la «  rebalkanisation » des Balkans.

Vous évitez d'étudier sérieusement ce problème politique et la responsabilité des puissances impérialistes pour la violence des dix dernières années en vous bornant de prétendre que «  la répugnance que nous inspire l'hypocrisie, la vénalité et tous les autres défauts des États-Unis et autres grands pays impérialistes ne peuvent contrebalancer notre préoccupation pour le sort du peuple albanais oppressé du Kosovo. »

Mais quelle formule incroyable ! Les conséquences de ce que vous appelez l'«  hypocrisie, la vénalité » et «  autres défauts » ont causé une catastrophe qui a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes en ex-Yougoslavie. Or selon vous, tout cela devrait être oublié, ou du moins mis de côté. Nous devrions maintenant nous aligner sans réfléchir derrière la machine de guerre de ceux qui précipitent les Balkans dans l'abysse et applaudir alors qu'ils réduisent les Serbes en miettes !

Dans votre version des événements, toutes les souffrances de la dernière décennie sont le résultat du nationalisme serbe. Jamais vous n'expliquez clairement en quoi ce nationalisme est pire que les autres qui font rage parmi les divers chauvins des Balkans, y compris la xénophobie albanaise professée par l'Armée de libération du Kosovo. En fait, vous semblez même suggérer que les Serbes sont un peuple qui mérite le sort qui leur est infligé par les bombardiers des États-Unis et de l'OTAN. «  Aucun argument, dites-vous, selon lequel le peuple serbe ignore ce que fait Milosevic, ne peut nier le fait que ces actes sont tout de même perpétrés en leur nom, par les maris, les fils et les frères de ce peuple » .

En quoi cette accusation généralisatrice des Serbes diffère t-elle en principe du type de stéréotypes chauvins employés par les diverses cliques nationalistes des Balkans pour légitimer leurs politiques réactionnaires ? Dans la mesure où les politiques des responsables de pogroms ­ qu'ils soient en Croatie, en Serbie ou en Bosnie ­obtiennent un soutien populaire, cela reflète l'incapacité des masses de voir une alternative au cadre sectaire dans lequel les politiques des Balkans sont actuellement confinées. Mais plutôt que de combattre ce poison réactionnaire, vous choisissez de le fortifier en en rajoutant.

Je n'ose penser aux politiques que vous appliqueriez si vous habitiez dans les Balkans ; car tout comme ceux que vous dénoncez, votre évaluation de la situation politique découle entièrement du cadre national qui prévaut. Pour vous, tout se résume à simplement opposer un nationalisme bon (albanais) à un nationalisme mauvais (serbe). Cette façon de voir les choses transparaît de la façon la plus claire dans votre appui enthousiaste à l'UCK, dont les politiques représentent, selon vous, «  la seule voie vers la liberté » pour le peuple kosovar.

Permettez moi de ne pas être de votre avis : les politiques de l'UCK ne représentent aucunement «  la seule voie vers la liberté » , mais bien la voie de nouvelles défaites, du désespoir et des désastres à venir pour le peuple kosovar. Par manque d'espace, je ne passerai pas en revue les détails gênants de l'histoire de l'UCK ­ ses origines politiques et idéologiques issues du mélange réactionnaire de xénophobie albanaise et de stalinisme professé par Enver Hoxha, ses rapports étroits avec le crime organisé dans toute l'Europe et son alliance totalement corrompue avec la CIA. Et même si l'UCK ne traînait pas derrière elle toute cette puanteur, sa perspective centrale ­ la création d'un Kosovo indépendant ­ est fondamentalement réactionnaire et vouée à l'échec. Car quel type d'«  indépendance » est possible pour le Kosovo ? Dès la première heure de son existence, cet État ne serait rien de plus qu'un protectorat impotent des impérialismes américain et européens. Et quels types de progrès économique, social et culturel seraient possibles dans cette enclave minuscule et appauvrie ? Les rares matières premières qu'on y retrouve tel que le charbon, le zinc, le manganèse, le cuivre et la bauxite ­ seraient rapidement intégrés dans les portefeuilles des grands conglomérats transnationaux.

Pour avoir une idée de ce que serait un Kosovo «  indépendant » , il suffit de regarder ce qui est advenu de la Bosnie, aujourd'hui gouvernée par une administration de type colonial. Dès sa création, le pouvoir politique réel était entre les mains du haut-représentant des États-Unis et de l'Union européenne, Carl Bildt, un monétariste fanatique qui était autrefois à la tête d'un gouvernement de droite en Suède. Les décisions des gouvernements de la fédération bosniaque et de la république de Srpska qui n'avait de gouvernement que le nom, ne dépendaient que de l'approbation de Bildt. La banque centrale bosniaque est dirigée par un gouverneur nommé par le FMI et n'a pas même le droit d'émettre sa propre monnaie sans en recevoir une autorisation préalable de l'étranger. Le résultat des accords de Dayton a été passé brièvement en revue par le professeur Michel Chossudovsky de l'Université d'Ottawa :

«  Alors que l'Occident prétend soutenir la démocratie, le pouvoir politique actuel repose entre les mains d'un «  État » bosniaque parallèle dont les postes de commande sont occupés par des étrangers. Les créanciers occidentaux ont garantis leurs intérêts dans une constitution rédigée à la hâte et en leur nom, le tout sans la moindre assemblée constituante et consultation des organisations représentatives des citoyens bosniaques. Leur plan pour la reconstruction de la Bosnie semble plus être fait pour plaire aux créanciers que pour satisfaire aux besoins les plus élémentaires des Bosniaques. » [8]

Pour ce qui est des perpectives à long terme de paix et de sécurité, les Kosovars, étant entourés de conflits régionaux continuels dans lesquels s'opposent divers États balkaniques politiquement instables et économiquement ravagés, seraient rapidement à nouveau plongés dans une nouvelle vague de violence.

Comment donc les Serbes et les Kosovars peuvent-ils s'extirper du cauchemar qu'ils vivent actuellement ? La première chose à dire, et sans aucune équivoque, c'est que rien de positif ne peut être construit avec des bombes américaines. Si, comme vous le suggérez, la cause de la «  civilisation » est représentée par le Pentagone et son arsenal de «  MGP » (munitions à guidage de précision), alors l'humanité est sûrement désespérée. Le slogan approprié pour tous ceux qui sont véritablement préoccupés par le sort des Kosovars et des Serbes doit être : «  États-Unis hors des Balkans !

Ce slogan n'aura qu'une valeur limitée s'il ne s'inscrit pas dans une perspective plus vaste élaborée à partir de l'expérience historique et orientée vers la seule force sociale qui a le potentiel de lutter pour la réalisation d'une solution progressiste à la crise qui afflige les Balkans : la classe ouvrière.

Il est bien connu que la première guerre impérialiste a été provoquée par la confrontation entre les principales puissances européennes qui a éclaté dans les Balkans. Ce qui est moins connu cependant, c'est que dans les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale, les contradictions des Balkans étaient étudiées avec un intense intérêt et préoccupation par les plus brillants esprits du socialisme européen, dont Léon Trotsky. C'est avec une certaine stupéfaction que l'on constate toute la perspicacité de ces articles écrits il y a près de 90 ans et qui sont encore extraordinairement très pertinents. Permettez-moi de vous citer un passage d'un article écrit en 1910 et intitulé «  La question balkanique et la social-démocratie » . Bien entendu, certains termes ont vieillis. Les dynasties qui gouvernaient autrefois les Balkans ont été balayées depuis par les guerres et les révolutions. Mais le lecteur réfléchi n'aura pas beaucoup de difficulté à faire les corrections mentales nécessaires.

«  Les frontières entre les États minuscules de la péninsule balkanique ont été tracées non pas conformément aux conditions ou aux demandes nationales, mais suite aux guerres, aux intrigues diplomatiques et aux intérêts dynastiques. Les grandes puissances ont toujours eu un intérêt direct à dresser les peuples et les États des Balkans l'un contre l'autre, pour ensuite les subjuguer à leur influence économique et politique une fois qu'ils étaient épuisés. Les dynasties insignifiantes [de Milosevic en Serbie et de Tudjman en Croatie] qui règnent sur ces «  pièces éclatées » de la péninsule balkanique ont servi et servent encore de leviers pour les intrigues diplomatiques européennes [et américaines]. » [9]

Dans les écrits de Trotsky, ennemi implacable de toutes les formes de nationalisme, se trouve une profonde évaluation de l'interaction complexe des influences internationales et régionales et des facteurs socio-économiques en action dans les Balkans. Le salut des peuples balkaniques, insiste Trotsky, dépend de la transcendance des particularismes nationaux et ethniques :

«  La seule façon de s'extirper du chaos national et étatique et de la confusion sanglante des Balkans passe par l'union de tous les peuples de la péninsule dans une entité politique et économique unique basée sur l'autonomie nationale des parties constituantes. »

Trotsky poursuit :

«  L'unité étatique de la péninsule balkanique ne peut être accomplie que de deux façons : soit par en haut, par l'expansion de l'État balkanique qui se montrera le plus fort au détriment des plus faibles ­ c'est la voie de l'extermination et de l'oppression des nations faibles... ou soit par le bas, par l'union des peuples , c'est la voie de la révolution... » . [10]

À la lecture de ces mots, on est stupéfait de constater combien notre civilisation reste empêtrée dans les problèmes non résolus du XXe siècle. La grande question est de savoir si la classe ouvrière apprendra des leçons du passé de façon à ce que les problèmes que nous a légué ce siècle puissent enfin être résolus dans celui que nous nous apprêtons à entrer.

Sincères salutations

David North

Texte de la lettre envoyée par P. Harris

 

Notes :
1. Extrait de Merle Curti, The Growth of American Thought (New Brunswick, 1991), p. 657.
2. Ibid., p. 661.
3. Department of State Bulletin, 1er janvier 1962
4. Balkan Tragedy: Chaos and Dissolution After the Cold War (Washington, D.C., 1995), pp. 106-07.
5. Extrait de David Owen, Balkan Odyssey (New York, 1995), p. 343.
6. Ibid., p. 343.
7. Ibid., p. 344.
8. «  Dismantling Yugoslavia; Colonizing Bosnia, » Covert Action, no 56, printemps 1996.
9. The Balkan Wars 1912-13 [New York, 1980], p. 39.
10 Ibid., pp. 39-40.

 

Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

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19 septembre 2006 2 19 /09 /septembre /2006 14:34

 

 

Les troupes au sol vont-elles suivre ?


Les bombes américaines tombent sur la capitale yougoslave

 

Par le comité de rédaction
Le 3 avril 1999

 

Depuis le déclenchement de la guerre aérienne contre la Yougoslavie dix jours auparavant, les missiles de croisières américains et les avions de combat de l'OTAN ont frappé Belgrade tôt samedi matin (vendredi soir en Amérique) lors des premières attaques directes sur la capitale yougoslave qui compte un million d'habitants.

La télévision serbe a rapporté de violentes explosions aux bureaux des ministères de l'Intérieur et de la Défense, deux des plus gros bâtiments au centre-ville. La police a isolé le secteur qui était recouvert de débris suite aux explosions. Des témoins ont dit que les explosions ont été entendues et vues dans toute la ville.

C'est la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale qu'une capitale européenne est victime de bombardement aérien. Le vice-premier ministre serbe Vuk Draskovic a dénoncé l'assaut américain en mentionnant que la dernière fois que Belgrade avait été bombardée un vendredi saint, ce fut par les nazis en 1941, au début de leur invasion qui fut suivie par l'occupation de la Yougoslavie ­ pays ayant souffert des actions hitlériennes plus que tous les autres à l'exception de l'Union Soviétique.

L'initiative de cette attaque criminelle sur un centre urbain densément peuplé revient au gouvernement des États-Unis qui ne cesse de faire pression sur ses alliés de l'OTAN pour augmenter les attaques militaires contre le régime du président yougoslave Slobodan Milosevic. Les chiffres rendus publics par l'OTAN vendredi dernier démontrent combien le qualificatif «  conjointe » est bien mal choisi pour décrire l'opération aérienne des États-Unis et de l'OTAN. Les avions de combat et les missiles de croisière américains représentent en effet près de 90 p. 100 du tonnage d'explosifs largué sur la Yougoslavie depuis que l'assaut a été déclenché le 24 mars dernier.

Le Pentagone ne cesse d'envoyer de nouvelles forces militaires dans la région : déploiement d'un groupe de combat naval ayant à sa tête le porte-avions Theodore Roosevelt, nouveaux escadrons de chasseurs furtifs F-117A , bombardiers B-1B basés en Grande-Bretagne et aéronefs spécialisés de guerre électronique et antichars.

Nombreuses discussions quant à la possibilité d'un assaut terrestre

L'échec évident des efforts de l'administration Clinton pour soumettre la Serbie par ses bombardements a provoqué une cascade de déclarations des spécialistes des médias et des initiés de Washington affirmant tous que l'intervention des forces terrestre américaines et de l'OTAN représentent la seule «  solution » à la crise dans les Balkans.

Les quotidiens les plus influents font en effet ouvertement campagne pour que la Maison Blanche renverse son engagement à ne pas ordonner d'assaut terrestre contre la Serbie ou suggèrent que le temps de prendre une telle décision approche rapidement.

Principal organe de presse de la capitale américaine, le Washington Post a publié toute une série d'éditoriaux réclamant une action militaire plus forte et où est critiqué Clinton pour avoir repoussé l'utilisation de troupes terrestres dès le début du conflit avec le président yougoslave Milosevic.

La page en regard de l'éditorial du journal n'a cessé de publier colonne après colonne des lettres de démocrates et de républicains, de libéraux et de conservateurs exigeant tous le déploiement de troupes terrestres et une offensive militaire pour renverser Milosevic.

C'est ainsi que le 31 mars, dans une colonne signée par le sénateur républicain Chuck Hagel du Nebraska, on pouvait lire cette mise en garde : «  C'est une guerre. Tourner autour du pot et ne pas appeler un chat un chat travestit et amoindrit la réalité et le sérieux de l'effort nécessaire. La seule stratégie acceptable pour sortir de cette situation, c'est la victoire... Nous devons être prêts à faire tout ce qu'il faut pour atteindre nos objectifs et s'assurer de la victoire, y compris l'envoi de troupes au sol. »

Le même jour, une autre colonne signée par l'ancien conseiller en matière de sécurité nationale de l'administration Carter, Zbigniew Brzezinski, faisait pression pour que la présidence se prépare à envoyer des troupes de l'OTAN au Kosovo et commence à présenter «  l'éventualité politique d'une telle intervention » auprès du public.

Le lendemain, un autre sénateur républicain, Richard Lugar de l'Indiana, écrivait toujours dans le Post : «  il faut entreprendre la mobilisation immédiate et au grand jour de troupes terrestres de l'OTAN suffisamment nombreuses pour enrayer l'offensive serbe, stabiliser la situation au Kosovo et au besoin, repousser tout élément des forces armées serbes qui résisterait. »

Porte-parole républicain en politique étrangère depuis longtemps, et deuxième membre en importance à siéger au Comité des relations extérieures, Lugar poursuivait : «  le Président Clinton aurait dû appeler le Président Milosevic pour lui dire que s'il attaquait le Kosovo, les États-Unis allaient mettre fin à son régime en Serbie. »

Des porte-parole libéraux ont conseillé la même chose à Clinton. Dans une colonne en date du 2 avril signée conjointement par l'historien Robert Dallek et l'ancien représentant démocrate au Congres Stephen Solarz, on pouvait lire : «  la tâche à laquelle les Américains font maintenant face est de se défaire de l'idée que tout déploiement de troupes au sol, comme ce fut le cas au Vietnam, est presque toujours mauvaise. Il arrive que des objectifs stratégiques et humanitaires importants rendent incontournables une telle possibilité. »

Le chroniqueur libéral Richard Cohen a écrit que Clinton devrait renoncer à sa position selon laquelle l'OTAN n'enverra pas de troupes au sol et commencer le regroupement de ses troupes en Macédoine, tout en ajournant toute décision finale quant à l'invasion. «  Aucune possibilité ne doit être écartée » a-t-il déclaré.

De son côté, le Wall Street Journal, comme toujours le quotidien le plus sanguinaire des grands journaux américains, s'en est également pris à Clinton pour avoir repoussé l'idée de déployer des troupes terrestres : «  la leçon à tirer de la guerre, c'est que si l'on est obligé d'utiliser la force, il faut l'utiliser au maximum. »

Citant le golfe Persique en exemple comme preuve que l'utilisation de la force «  donne des résultats » , le journal conclut que la même tactique fonctionnerait aussi dans les Balkans en autant que Clinton fixe des objectifs de guerre agressifs aux États-Unis : «  Après tout ce gâchis, la seule chose qui peut compenser, c'est le renversement de Milosevic. L'étape cruciale est de déclarer son renversement comme objectif à atteindre. »

Le New York Times s'est montré plus prudent, bien que son éditorial du 2 avril appelait à l'intensification des bombardements et considérait l'option d'une «  invasion limitée au déploiement de 30 000 soldats » pour créer des camps de réfugiés au Kosovo même, ou encore l'utilisation de 200 000 soldats pour mener une guerre totale contre les Serbes.

Le même jour, dans une analyse publiée en première page, le Los Angeles Times publiait : «  il est maintenant clair, tout aussi désagréable et difficile que cela puisse paraître, que les options s'offrant au Président Clinton pour éviter l'inimaginable débâcle d'une défaite de l'OTAN ne se réduisent plus qu'à une seule : l'engagement de troupes au sol. »

Le journal note que «  dans les corridors du Pentagone, le sujet des troupes terrestres est déjà sur toutes les lèvres, alors qu'au quartier général de l'OTAN à Bruxelles, les responsables parlent ouvertement de l'inévitabilité d'un déploiement de forces terrestres dans la région. »

Glissement dans le débat officiel

Cela vaut la peine de s'arrêter pour examiner la vitesse à laquelle les termes utilisés par les responsables de Washington pour débattre de la situation politique dans les Balkans ont changés. Il y a deux semaines seulement, les mesures militaires les plus radicales envisagées étaient le plan de Clinton d'envoyer, avec l'accord de la Serbie, 4 000 soldats américains dans le cadre d'une force de OTAN pour faire respecter un cessez-le-feu au Kosovo. Or, même cette proposition fut alors considérée trop risquée par plusieurs membres républicains du Congrès et ne fut finalement approuvée que de justesse par un vote serré de 58 contre 41 au Sénat. Mais maintenant, on parle ouvertement de la possibilité d'une invasion américaine en Serbie qui nécessiterait le déploiement d'un quart de million d'hommes.

Les médias américains serviles attribuent ce changement d'attitude à Washington à l'outrage ressenti face aux atrocités commises par les forces serbes contres les Kosovars d'origine albanaise. Hormis la précision douteuse des rapports provenant du Kosovo, il reste à expliquer pourquoi des atrocités similaires ou plus importantes encore ­ au Kurdistan turc, en Tchétchénie, au Sierra Leone, au Sri Lanka et dans une douzaine d'autres pays ­ n'ont pas entraîné les mêmes réactions au Congres, à la Maison Blanche et au Pentagone.

L'explication la plus plausible est que Washington est en fait outrée que ses propres plans d'intervention au Kosovo aient entraîné un tel désastre. L'administration Clinton croyait évidemment que la combinaison des frappes aériennes de l'OTAN et des opérations terrestres de l'Armée de libération du Kosovo appuyée par les États-Unis allait créer les conditions pour forcer les Serbes à battre en retraite. Mais comme le Post rapportait en première page le 1er avril, les responsables du Pentagone et de la CIA pensent maintenant en fait que l'offensive militaire serbe a écrasé l'UCK.

Le plan pour imposer un accord dicté par les États-Unis ayant échoué, les membres du Congrès et les spécialistes des médias demandent maintenant que les militaires américains et de l'OTAN fassent «  tout ce qui est en leur pouvoir » pour battre et renverser le régime de Milosevic. Qu'est-ce que cela signifie exactement ? L'invasion du Kosovo ? L'occupation de la Serbie ? L'utilisation d'armes nucléaires ?

Deux questions doivent être posées aux généraux bien assis dans leurs fauteuils : D'abord, combien de centaines de milliers de Serbes sont-ils prêts à tuer pour conquérir un pays qui a autrefois paralysé la Wehrmacht hitlérienne ? Et ensuite, combien de milliers de vies américaines sont-ils prêts à sacrifier à cette fin ?

(Ou encore, selon la variante courageusement proposée par le sénateur républicain du Texas, Kay Bailey Hutchison, qui a proposé une force terrestre composée uniquement de troupes européennes, combien de vies françaises, allemandes, britanniques, italiennes et autres doivent être sacrifiées ?)

Au début, les porte-paroles de l'administration Clinton ont déclaré que l'objectif des frappes aériennes était d'empêcher le régime Milosevic d'intensifier sa répression contre les Kosovars d'origine albanaise et un afflux de réfugiés qui déstabiliserait la région. Or le résultat obtenu a été un assaut massif contre les Albanais et la pire crise de réfugiés à survenir depuis la période la plus sombre de la guerre civile en Bosnie.

L'une des trois conclusions suivantes doit être tirée pour expliquer l'écart entre la présentation initiale effectuée par la Maison blanche et les résultats obtenus après plus de dix jours de guerre :

(1) Le gouvernement américain a délibérément dissimulé ses intentions à long terme afin d'obtenir l'appui du public pour le déclenchement d'une attaque militaire. La prétention de Clinton selon laquelle l'attaque ne se limitera qu'à des bombardements et sa négation de l'existence d'un quelconque plan pour l'envoi de troupes relèveraient par conséquent du mensonge le plus éhonté.

(2) Le gouvernement américain a surestimé grossièrement ce qui pouvait être obtenus par les bombardements et propose maintenant des mesures plus drastiques pour cacher son échec. Mais pourquoi croirait-on les affirmations de personnes qui ont si mal évalué la situation en premier lieu ?

(3) La débâcle yougoslave est le fruit des deux possibilités, soit un mélange de mensonges et de mauvaises évaluations de la situation, avec une bonne part d'aveuglement. Cela semble être le scénario le plus plausible. La performance de la Maison Blanche et du Pentagone font déjà penser en effet à la stratégie de l'escalade au Vietnam, ponctuée de constantes affirmations selon lesquelles on pourrait «  voir la lumière au bout du tunnel » si seulement plus de troupes étaient engagées et plus de bombardements effectués.

La logique de l'intervention impérialiste

Indépendamment des motifs conscients de Clinton et de ses généraux, l'intervention militaire dans les Balkans a sa propre logique ; une logique qui renferme des implications des plus menaçantes.  L'impérialisme américain se dirige tout droit vers une guerre de conquête contre la Yougoslavie, une guerre qui mettra au premier plan les pires éléments de la société américaine.

Examinons à titre d'exemple la colonne publiée dans le Wall Street Journal du 2 avril dernier intitulée «  Take Belgrade » (Prendre Belgrade) et signée par le général William E. Odom, ancien directeur de l'agence de sécurité nationale. Odom réclame que des efforts soient entrepris pour «  amener cette guerre à sa conclusion victorieuse, non pas en libérant simplement le Kosovo de la tyrannie de M. Milosevic, mais également en détruisant M. Milosevic personnellement, de même que son régime. »

En plus de réclamer l'assassinat du président yougoslave et de renverser un État souverain, Odom déclare, «  nous devons être prêts à maintenir une force de l'OTAN en place pendant des décennies s'il le faut pour écraser toute espoir des politiciens locaux d'attendre la fin de l'occupation » . Il demande autrement dit la création d'un protectorat américain permanent dans les Balkans.

Que signifie une guerre de ce type pour le peuple américain ? D'abord, une guerre terrestre dans les Balkans ne peut être menée sans une énorme augmentation des dépenses militaires et la mobilisation de forces militaires à une échelle comme à l'époque des guerres du Vietnam et du golfe Persique. Ensuite, dans l'éventualité très plausible que la guerre s'éternise ou se transforme en guerre de guérilla prolongée, il serait impossible de maintenir un engagement militaire américain sans restaurer la conscription.

Il est intéressant de constater que le Général Odom, lors de la mise au point des tactiques militaires à employer pour mener une guerre au sol en Yougoslavie, soit arrivé à la conclusion suivante :

«  Une invasion terrestre ne doit pas se limiter au Kosovo. En fait, l'option d'un assaut depuis la Hongrie ­ maintenant alliée de l'OTAN ­ dans la région serbe de la Vojvodine, suivie d'une poussée directe jusqu'à Belgrade, serait effectué dans un pays plat qui invite à la tenue d'un assaut blindé à grande vitesse. L'armée allemande avait justement déferlé par ce même corridor lors de la seconde Guerre mondiale et s'était emparée de la Yougoslavie en quelques semaines. Les forces actuelles de l'OTAN disposent aujourd'hui d'une supériorité qualitative sans doute encore plus grande sur les Serbes que ce que la Wehrmacht disposait alors. »

Aujourd'hui, les stratèges de l'impérialisme américain contemplent les options militaires qui s'offrent à eux et sont amenés à suivre l'exemple d'Adolf Hitler. Ce fait seul devrait faire réfléchir l'opinion publique, tant en Amérique qu'en Europe.

Sources WSWS

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18 septembre 2006 1 18 /09 /septembre /2006 09:35

 

Pourquoi l'Europe bombarde la Serbie ?

 

Par Steve James
Le 6 avril 1999


 

La prétention à l'indépendance des puissances européennes face à la force de frappe américaine est l'une des victime de l'action militaire de l'OTAN au Kosovo. La rivalité économique croissante entre l'Europe et les États-Unis, intensifiée par le lancement de l'euro et une série de conflits commerciaux, a provoqué des appels pour que l'Europe se dote d'une capacité militaire qui corresponde à son poids économique.

Gardées à l'ombre pendant des années par la force militaire de l'Union soviétique et des États-Unis, les puissances européennes ont pris la guerre du Golfe de 1991 comme le signal pour un retour en force sur la scène de nombreuses vieilles guerres impériales et réaffirmer sa présence par les méthodes traditionnelles de la conspiration, des armées mercenaires, de la guerres par intermédiaires, et de la pure intimidation.

Durant les années 90, les puissances européennes ont de plus en plus cherché à faire valoir leurs propres intérêts contre leurs rivales et à forger une certaine cohésion militaire comme contrepoids à la force prépondérante américaine. Les guerres balkaniques des années 90 ont cependant vu l'Europe chercher à maintes reprises à utiliser ses propres troupes pour contrôler la région pour se voir ensuite déloger par les bombardiers et les intrigues diplomatiques de Washington. L'accord de Dayton était lui-même humiliant pour les puissances européennes dans ce qu'elles considèrent être leur propre cour arrière. L'un des premiers actes du gouvernement travailliste de Blair a été de lancer une révision de la politique de défense afin de permettre une utilisation de la force de frappe britannique indépendante des États-Unis.

L'attaque actuelle sur la Serbie est certainement une guerre menée par les États-Unis ; elle est aussi une nouvelle manifestation du militarisme résurgent de l'élite dirigeante à travers l'Europe. Pour la première fois dans l'histoire, des bombardiers allemands, britanniques, italiens et français, dirigés par des gouvernements social-démocrates, déversent collectivement des tonnes d'explosifs, non pas sur les populations civiles de l'autre, mais sur celles d'un autre pays.

Les raids aériens contre la Serbie arrivent après une série de manoeuvres politiques et militaires en Europe : La signature d'un pacte militaire anglo-français, conclu l'an dernier, le rapprochement politiques entre les gouvernements Blair (Angleterre) et Schröder (Allemagne), et la décision de la France d'intégrer encore plus ses considérables forces armées à l'OTAN. Bien que l'Angleterre en particulier utilise l'influence américaine pour se tailler une place au sein de l'Europe, ces changements expriment l'intégration économique croissante de l'Europe, et reflètent la rationalisation sur une échelle continentale de l'industrie de la défense européenne, industrie de plusieurs milliards et seul véritable challenger global des États-Unis pour le moment.

Il y a quelques jours à peine, le Scotsman a émis l'opinion suivante : « Si on remonte en 1991, lorsque l'ancienne Yougoslavie commençait à se désintégrer, les leaders européens ont souligné que c'était une occasion pour l'Union européenne de prendre contrôle de son propre destin. Comme l'a déclaré Jacques Poos, ministre des affaires extérieures du Luxembourg : « C'est l'heure de l'Europe, et non celle des Américains ». À peine quelques années plus tard, considérant la misère qui règne en Croatie et en Bosnie, un ancien ministre des affaires extérieures de la Belgique voisine résumait l'ampleur de l'échec européen dans les Balkans : « L'Europe, disait-il, est un géant économique, un nain politique et un ver militaire. Il se fait tard, la guerre actuelle est peut-être l'une des dernières occasions pour les puissances européennes de se bâtir une certaine crédibilité. Elle ne doit pas être gaspillée. »

Le Scotsman a ensuite noté l'échec probable des bombardements, exigé l'envoi de troupes sur le terrain, et appelé l'OTAN à poursuivre la guerre peu importe les conséquences. L'expérience de l'Europe, et en particulier de l'Angleterre, au cours des dernières années, a été qu'une fois les bombardiers américains de retour chez eux, les armées d'occupation balkaniques peuvent arborer un drapeau de l'ONU et se composées en large mesure de troupes britanniques et françaises.

C'était probablement ce qu'espéraient les puissances européennes lorsqu'elles ont répondu aux appels américains pour le lancement de frappes aériennes. Partageant l'opinion de Washington que le gouvernement Milosevic, devant une ferme démonstration de la force de frappe supérieure de l'OTAN, accepterait rapidement une autonomie du Kosovo selon les termes fixés à Rambouillet, elles n'avaient pas le moindre doute que les intérêts européens dans la région pourraient ensuite être facilement sauvegardés par l'insertion de leurs propres bataillons, entraînés et aguerris à Belfast et en Bosnie.

Mais après une semaine, la stratégie militaire de l'OTAN n'avait pas produit la rapide capitulation qui avait été prédite. Entre-temps, la débandade de l'armée de libération du Kosovo et les pressions croissances des États-Unis pour l'envoi d'une force massive d'invasion, les puissances européennes sont mises face à face avec les conséquences de leurs propres faiblesses et divisions.

Les premières frappes aériennes du 24 mars ont mis à nu le déséquilibre militaire. Selon le site web Jane's Defence Information, l'aviation américaine a engagé dans les premiers assauts de la guerre deux escadrons de F-16, quatre escadrons de F-15, douze chasseurs furtifs F-117, dix chasseurs EA6, un escadron de A-10, deux bombardiers furtifs B2 et de nombreux avions ravitailleurs et de reconnaissance. Les renforts ultérieurs comprenaient treize autres F-117 et un escadron de bombardiers B-1.

En comparaison, les puissances européennes les mieux armées, l'Angleterre et la France, ont respectivement engagé huit (maintenant seize) Harriers, et une quarantaine d'avions d'attaque, ainsi que des avions de soutien. L'Allemagne a envoyé quatorze Tornadoes, tandis que les Italiens ont déployé une quarantaine d'avions.

Joe Rogaly a cyniquement noté dans l'édition du 3 avril du Financial Times : « Supposons qu'il y ait un arrangement, disons, quelque chose de franco-allemand. Assumons que l'Angleterre et l'Italie s'y joignent, suivies par presque tout le reste de l'Union européenne. Le résultait resterait fragile, et pas assez puissant. Il ne pourrait faire le poids face aux chasseurs furtifs, à la puissance de bombardement de flottilles de B52, au lancement massif de missiles Cruise que nous avons vus au cours des dix derniers jours. L'Europe n'a pas assez de force de volonté pour accumuler les fonds et l'expertise nécessaires pour égaler la puissance militaire américaine. »

Les discussions sur la nature d'une invasion massive du Kosovo ont dévoilé encore plus l'impotence militaire européenne. Les médias sont généralement d'avis qu'il faudrait un minimum de 150 000 à 200 000 hommes pour prendre d'assaut un Kosovo défendu par l'armée serbe. Tous les commentateurs s'accordent pour dire que l'Europe n'a tout simplement pas les moyens de transporter et de soutenir un tel nombre de soldats, sans parler d'encaisser des pertes estimées par un analyste à un soldat de l'OTAN par dix soldats serbes.

Seuls les États-Unis ont assez d'hommes (il reste encore 100 000 soldats américains en Europe seulement) et de volonté pour passer à l'action. Par contraste, des généraux britanniques se plaignent déjà que l'armée est sur-sollicitée et que le niveau actuel d'engagements outre-mer ne peut être maintenu.

Pour la bourgeoisie européenne, l'implacable stratégie militaire menée contre la Serbie comporte d'immenses dangers. Si elle garde ses distances envers l'assaut OTAN-ÉU présentement engagé dans les Balkans, elle risque d'être exclue du nouveau découpage global orchestré par Washington. Si elle se joint aux États-Unis, elle risque d'être entraînée dans une guerre qui peut rapidement échapper à tout contrôle et enflammer toute la région. Dans les deux cas, la mise à nu des faiblesses de l'Europe va nécessairement provoquer de nouvelles demandes militaires à Londres, Berlin et Paris pour un accroissement des dépenses militaires afin de bâtir une force crédible qui puisse en dernière analyse défier l'hégémonie militaire américaine.

Sources WSWS

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17 septembre 2006 7 17 /09 /septembre /2006 05:08

 

 

L'Armée américaine et son culte de la cruauté

 

L'adoption d’un credo du « guerrier » encourage à commettre des atrocités

par Robert Fisk

 
Le 16 septembre 2006


 

Dans la semaine où Bush s'est pris à rêver que sa « guerre contre le terrorisme », dégoulinante de sang, conduirait le 21ème siècle dans un « âge resplendissant de liberté des hommes », j'ai trouvé dans mon courrier une lettre effrayante, qui m'était adressée par un ancien combattant américain dont le fils sert en tant que lieutenant-colonel et médecin dans les forces étasuniennes à Bagdad. Pour simplifier, mon ami américain pense que le changement du credo militaire sous l'administration Bush - passant de celui de « soldat » à celui de « guerrier » - encourage les soldats américains à commettre des atrocités.

 

D'Abou Ghraïb à Guantanamo en passant par Bagram, jusqu'aux champs de bataille en Irak et aux prisons « noires » de la CIA, l'humiliation, les coups, les viols, le viol anal et les meurtres sont désormais devenus tellement communs que chaque nouveau scandale se traîne au fin fond des  pages intérieures de nos journaux. Depuis août 2002, mes cahiers de reportage sont remplis de plaintes de tortures et de raclées, subies par des Afghans et des Irakiens. Comment ceci a-t-il pu arriver, n'ai-je cessé de me demander ? Il est évident que la piste conduit tout en haut. Mais où ce culte de la cruauté a-t-il commencé ?

 

Pour commencer, voici donc l'officiel « credo du soldat » de l'armée US, élaboré à l'origine pour empêcher d'autres atrocités au Vietnam :

« Je suis un soldat américain.

Je suis membre de l'armée des États-Unis - protectrice de la plus grande nation sur terre. Parce que je suis fier de l'uniforme que je porte, j'agirai toujours de façon honorable au service militaire et à la nation que nous avons jurée de protéger...

Quelle que soit la situation dans laquelle je me trouve, je ne ferai jamais rien pour le plaisir, le profit ou ma sécurité personnelle, qui déshonorera mon uniforme, mon unité ou mon pays.

J'utiliserai tous les moyens dont je dispose, même au-delà de la ligne de devoir, pour empêcher mes compagnons d'arme de commettre des actions qui seraient déshonorantes pour eux et pour l'uniforme.

Je suis fier de mon pays et de son drapeau.

J'essayerai de rendre le peuple de cette nation fier du service que je représente parce que je suis un soldat américain ».

 

 

 

À présent, voici la nouvelle version de ce qui est appelé « L'Esprit du Guerrier » :

 

« Je suis un soldat américain.

Je suis un guerrier et membre d'une équipe. Je sers le peuple des Etats-Unis et je vis selon les valeurs américaines.

Je placerai toujours la mission en premier.

Je n'accepterai jamais la défaite.

Je n'abandonnerai jamais.

Je ne laisserai jamais tomber un camarade.

Je suis discipliné, physiquement et mentalement robuste, entraîné et compétent dans mes exercices et mes tâches de guerrier. J'entretiendrai toujours mes armes, mon équipement et moi-même.

Je suis un expert et je suis un professionnel. Je me tiens prêt à me déployer, à m'engager et à détruire les ennemis des Etats-Unis d'Amérique en combat rapproché. Je suis le gardien de la liberté et du style de vie américain.

Je suis un soldat américain ».

À l'instar de beaucoup d'Européens - et d'un nombre énorme d'Américains - je n'avais pas vraiment conscience de ce "code" féroce des forces armées américaines, même s'il n'est pas difficile de voir à quel bien cela s'insère dans les rodomontades de Bush. Ma tentation est d'en parler en détail, mais mon ancien combattant américain le fait avec tant d'éloquence dans la lettre qu'il m'a adressée que la réponse devrait venir de ses propres mots : « Le Credo du Guerrier », écrit-il, « n'autorise aucune fin à aucun conflit autre que la destruction totale de ‘l'ennemi'. Il ne permet aucune défaite... et ne permet à personne de cesser le combat (se prêtant lui-même à l'idée de la 'longue guerre'). Il ne dit rien sur l'obéissance aux ordres, il ne dit rien sur le respect des lois ou sur le fait de monter de la retenue. Il ne dit rien au sujet des actions déshonorantes... ».

 

À présent, je rencontre tous les jours de nouveaux exemples de la cruauté des soldats américains en Irak et en Afghanistan. Ici, par exemple, se trouve le Spécialiste de l'Armée, Tony Lagouranis, qui fait partie de l'équipe mobile américaine d'interrogation travaillant avec les US Marines. Interviewé par Amy Goodman pour l'émission américaine Democracy Now !, il a décrit une opération qui s'est déroulée en 2004, à Babel, à l'extérieur de Bagdad : « À chaque fois que Force Recon [Force de Reconnaissance] partait pour un raid, ils ramèneraient des prisonniers contusionnés, aux os cassés, parfois avec des brûlures. Ils étaient plutôt brutaux avec ces types. Ensuite, je demanderais aux prisonniers ce qui s'était passé, comment ils ont reçu ces blessures. Ils me diraient que cela s'était produit après leur capture, pendant qu'ils étaient matés, pendant qu'ils étaient menottés et qu'ils étaient questionnés par les Marines de Force Recon... Un type a été forcé de  s'asseoir sur un tuyau d'échappement de Humvee... il avait une cloque géante, une brûlure au troisième degré à la jambe ».

 

 

Lagouranis, dont l'histoire est racontée avec puissance dans le nouveau livre d'Amy Goodman, Static, a rapporté cette brutalité à un commandant des Marines et à un juriste-colonel du Bureau du Magistrat Avocat-Général étasunien. « Mais il n'y avait pas moyen qu'ils écoutent, savez-vous ? Ils voulaient des chiffres. C'est le nombre de terroristes appréhendés qu'ils voulaient... afin de pouvoir le rapporter au général ».

Chaque semaine, parfois chaque jour, apporte sont nouveau lot de barbaries. Au Canada, un déserteur de l'armée américaine a fait appel pour obtenir un statut de réfugié et un compagnon d'arme a témoigné que lorsque les forces étasuniennes voyaient des bébés étendus sur la route de Falloujah - de façon scandaleuse, les insurgés, semble-t-il, les y placent parfois pour forcer les Américains à s'arrêter et se retrouver face à une embuscade - ils avaient les ordres de rouler sur les enfants sans s'arrêter.

C'est ce qu'il se passe lorsque vous « placez toujours la mission en premier », lorsque vous partez « détruire » vos ennemis - plutôt que les vaincre. Ainsi que mon vétéran américain le dit : « Les activités dans les prisons américaines, ainsi que les centaines d'incidents rapportés contre des civils en Irak, en Afghanistan et ailleurs, ne sont pas des aberrations - tout ceci fait partie de ce que l'armée étasunienne, selon son ethos, a l'intention d'être. Beaucoup d'autres armées se comportent de façon pire que l'Armée des États-Unis. Mais ces armées ne prétendent pas être les « bons »... Je pense que nous avons besoin... d'une armée constituée des soldats, pas de guerriers ».

Winston Churchill avait compris l'honneur militaire. « Dans la défaite, le mépris », conseillait-il aux Britanniques pendant la Seconde Guerre Mondiale. « Dans la victoire, la magnanimité ». C'est fini ! Selon George W. Bush, cette semaine, « La sécurité de l'Amérique dépend de l'issue de la bataille dans les rues de Bagdad » parce que nous n'en sommes qu'aux « premières heures du combat entre la tyrannie et la liberté ».

Pour terminer, je suppose que nous sommes censés conduire le 21ème siècle dans un âge resplendissant de liberté des hommes dans les donjons des prisons « noires », sous les coups des Marines US, sous les tuyaux d'échappement des Humvee. Nous sommes des guerriers, nous sommes des Samouraïs. Nous sortons l'épée. Nous détruirons. C'est exactement ce qu'Oussama Ben Laden a déclaré.

© 2006 Independent News and Media Limited / Traduction [JFG-QuestionsCritiques]

_______________

Le changement d'ethos[1] vers un credo "guerrier" encourage les soldats à commettre des atrocités.

[1] Ethos : J'ai employé le mot d'ethos, après bien d'autres, par opposition à l'éthique, pour désigner un ensemble objectivement systématique de dispositions à dimension éthique, de principes pratiques (l'éthique étant un système intentionnellement cohérent de principes explicites). Cette distinction est utile, surtout pour contrôler des erreurs pratiques : par exemple, si l'on oublie que nous pouvons avoir des principes à l'état pratique, sans avoir une morale systématique, une éthique, on oublie que, par le seul fait de poser des questions, d'interroger, on oblige les gens à passer de l'ethos à l'éthique ; par le fait de proposer à leur appréciation des normes constituées, verbalisées, on suppose ce passage résolu. Ou, dans un autre sens, on oublie que les gens peuvent se montrer incapables de répondre à des problèmes d'éthique tout en étant capables de répondre en pratique aux situations posant les questions correspondantes." (Pierre Bourdieu, pp.133-136 in "Questions de sociologie" ; extrait de "Le marché linguistique", exposé fait à l'Université de Genève en décembre 1978)

Publié dans The Independent, le 16 September 2006 article original : 'The US military and its cruelty cult'

Sources

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16 septembre 2006 6 16 /09 /septembre /2006 09:57

 

 

Les États-Unis et l'OTAN préparent l'opinion publique à la guerre terrestre contre la Serbie

 

Par le comité de rédaction
Le 30 mars 1999

 

Il y a moins d'une semaine, selon les dires mêmes du président Bill Clinton, la plupart des Américains n'avaient jamais entendu parler du Kosovo et n'auraient pu même le situer sur la carte du monde.

Maintenant, après plusieurs jours de bombardement intense, la campagne d'escalade des médias sur le sort des Kosovars d'origine albanaise prépare la scène pour l'engagement des troupes américaines dans la guerre contre la Serbie et l'occupation militaire à long terme du Kosovo.

Dans un article bien représentatif de ce qui apparaît dans les journaux et sur les chaînes de télévision américaines depuis ces derniers jours, Charles A. Kupchan, qui a servi au conseil de sécurité national pendant le premier mandat de Clinton, écrivait dans le Los Angeles Times :

« Maintenant que la campagne aérienne est engagée, le président n'a d'autre choix que de préparer le pays et les forces armées des États-Unis à une guerre terrestre massive dans les Balkans...

« Les attaques aériennes vont très certainement affaiblir les défenses yougoslaves et les unités stationnées au Kosovo et dans les environs. Mais l'engagement de troupes terrestres est essentiel pour les expulser du Kosovo et ainsi mettre fin aux massacres des Albanais. »

Lors d'entrevues effectuées à la télévision nationale, deux sénateurs de premier plan ­ Shelby de l'Alabama et McCain de l'Arizona ­ ont déclaré que l'administration Clinton devait se préparer à déployer des troupes au sol au Kosovo. « Je n'ai jamais entendu parler d'une guerre, a déclaré Shelby, qui ait été entièrement gagnée que par des raids aériens. » Affirmant que le désir d'éviter les pertes humaines ne devrait pas déterminer les objectifs stratégiques des États-Unis, McCain a déclaré « nous sommes dedans, et nous devons gagner. Conséquemment, il faut utiliser tous les moyens pour cela. »

Alors que l'administration Clinton continue de déclarer qu'elle n'a pas « l'intention » d'envoyer des troupes terrestres au combat, elle a également démontré des signes de changement imminent dans sa politique en se déclarant surprise de la violence des attaques perpétrées par l'armée serbe contre les Albanais du Kosovo. Si cela est vrai, cela voudrait dire que la politique poursuivie par l'administration Clinton en lançant sa campagne de bombardement était non seulement imprudente, mais aussi extraordinairement stupide. Mais il est toutefois impossible de croire que les événements tragiques qui ont été les premiers résultats de cette guerre n'ont pas été prévus par le gouvernement des États-Unis.

La nature même des exigences américaines et de l'OTAN ­ que la Serbie cède le contrôle du Kosovo, accepte l'expulsion de la minorité serbe de cette province, se soumette à l'occupation étrangère et à la destruction de sa souveraineté nationale et accepte une révision de ses frontières internationales ­ ne pouvaient faire autrement que de provoquer une éruption de violence contre les Kosovars d'origine albanaise dès le déclenchement d'une guerre totale.

C'est le comble du cynisme pour les États-Unis que de feindre l'horreur face au sort des Kosovars d'origine albanaise alors qu'ils ont appuyé politiquement et militairement les mêmes méthodes lorsqu'elles étaient employées par la Croatie dans son offensive de 1995 contre les Serbes de la province de Krajina. Comme le New York Times reconnaît, « l'Occident regardait de l'autre côté » alors que 200 000 Serbes subissaient la purification ethnique en Krajina et que des dizaines de milliers d'autres étaient expulsés de leur foyer en Bosnie du simple fait que les actions de la Croatie servaient les intérêts stratégiques des États-Unis.

Il n'est pas difficile de prouver que l'invocation des « Droits de l'Homme » et de l' « autodétermination » par l'administration Clinton pour justifier son massacre en Serbie n'est que duplicité et hypocrisie.

Ce qui nous préoccupe également ici, ce sont les conséquences de la rapide progression et de l'escalade de la violence militariste des États-Unis. La Serbie est en effet le quatrième pays bombardé par les États-Unis en moins de sept mois. Depuis août 1998, des bombes et des missiles de croisière américains ont également été lancés contre le Soudan, l'Afghanistan et bien entendu l'Iraq.

La guerre contre la Serbie risque d'être l'intervention militaire la plus sanglante et la plus ambitieuse ces quatre. Ce déploiement extraordinaire de puissance militaire par les États-Unis fait pressentir que l'impérialisme américain est arrivé à un point tournant important dans son histoire.

Depuis l'effondrement de l'Union Soviétique, les groupes d'experts du gouvernement, des forces armées et des cercles universitaires aux États-Unis sont plongés dans un long débat sur l'étendue et le potentiel de l'hégémonie américaine. Pour eux, l'une des sources perpétuelles de frustration a été l'opposition persistante et répandue aux États-Unis, malgré la guerre du Golfe, à la question des engagements militaires à l'étranger.

De plus en plus d'articles sont publiés dans les médias politiques américains où cette opposition est décrite comme une survivance malheureuse des traditions isolationnistes et de la débâcle du Vietnam, accompagnés de déclarations brutales selon lesquelles les États-Unis doivent être prêts à utiliser leur toute puissance pour sécuriser et défendre leurs intérêts dans le monde.

Une tentative significative de justification populaire au militarisme impérialiste a récemment été publiée dans le Sunday Magazine du très influent New York Times.

Le principal chroniqueur en politique étrangère du Times, Thomas Friedman, a en effet soutenu que l'utilisation agressive de la puissance militaire américaine est le corollaire naturel de la prédominance des États-Unis au sein de la nouvelle économie mondiale.

« Pays ayant le plus profité de l'intégration économique mondiale, nous avons la responsabilité de nous assurer que ce nouveau système puisse survivre. Voilà qui est particulièrement important à une époque ou le monde a été ­ et continuera d'être ­ secoué par des crises économiques pouvant rapidement s'étendre d'un continent à l'autre...

« Soutenir la mondialisation constitue la clef de voûte de notre intérêt national. La mondialisation est américaine. »

Et dans ses remarques les plus provocantes, Friedman rajoute :

« La main cachée du marché ne pourra jamais agir sans un poing caché. ­ McDonald ne peut en effet prospérer sans McDonnell Douglas, le constructeur du F-15. Et le poing caché qui maintient le monde sûr pour les technologies de Silicon Valley s'appelle l'armée, l'aviation, la marine et le corps des Marines des États-Unis... Sans l'Amérique à son poste (America on duty), il ne pourrait y avoir d'America Online. »

Malgré sa suffisance, l'article de Friedman est significatif en ce sens qu'il met en relief le lien indissoluble actuel entre la mondialisation économique et la poussée hégémonique mondiale des États-Unis. Contrairement à toutes les grandes puissances capitalistes qui, du fait de leur expérience historique et dans les conditions actuelles ­ sont obligées de fixer certaines limites à leurs ambitions, la bourgeoisie américaine n'interprète ses activités qu'en termes mondiaux. Pour elle, l'intégration du marché mondial est synonyme de domination des entreprises transnationales américaines. Elle perçoit le triomphe du capitalisme mondial comme celui des États-Unis.

Il y a 65 ans, dans un brillant aperçu de la dynamique de l'impérialisme américain, Léon Trotsky écrivait : « Pour l'Allemagne, il s'agit d' « organiser » l'Europe. Les États-Unis doivent « organiser » le monde. L'histoire est en train de confronter l'humanité à l'éruption volcanique de l'impérialisme américain. »

Ce jour est maintenant venu.

Sources WSWS

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21 août 2006 1 21 /08 /août /2006 09:07

 

 

Les bombes de l'OTAN tombent sur la Serbie : Le « nouvel ordre mondial » prend forme

 

Par le bureau de rédaction
Le 25 mars 1999

 

Le bureau de rédaction du World Socialist Web Site s'oppose énergiquement à l'attaque sur la Serbie menée par l'OTAN et les États-Unis. Le massif assaut aérien contre un petit pays de moins de 10 millions d'habitants est un geste ouvert d'aggression impérialiste. Il représente une toute nouvelle étape dans l'éruption du militarisme américain et européen.

Comme l'a souligné le quotidien britannique, Financial Times : « Il ne faudrait pas sous-estimer les énormes implications du lancement par l'OTAN de sa première attaque contre un pays souverain. Contrairement à l'Irak, Belgrade n'a pas envahi un autre pays. Ce n'est pas non plus la même chose qu'en Bosnie, où le gouvernement légitime a demandé une intervention extérieure. Finalement, le Conseil de Sécurité de l'ONU n'a pas non plus autorisé de façon spécifique l'OTAN à bombarder [la Serbie]. »

Le gouvernement américain se sent libre d'aller en guerre sans même prendre la peine d'offrir une explication cohérente de ses actes à sa propre population : voilà qui en dit long sur l'état de la démocratie américaine. Sans la moindre trace d'embarras, le président Clinton a admis, à peine quelques heures avant le début des bombardements, que la plupart des Américains seraient probablement incapables de localiser le Kosovo sur une carte du monde.

Sans la moindre déclaration de guerre, ou même un semblant de débat public, les États-Unis ont commencé à bombarder un autre pays qui n'a blessé, ni menacé, un seul citoyen américain.

Quelle est la logique de cette politique? Les Etats-Unis assument le droit de forcer d'autres pays à changer leurs politiques conformément aux exigences américaines, ce qui revient à abandonner tout souveraineté à l'intérieur de leurs propres frontières. Même un pratiquant sans vergogne de la realpolitik impérialiste comme Henry Kissinger, a averti que la guerre contre la Serbie représente une redéfinition extraordinaire et sans prédédent de l' « intérêt national », lequel semble-t-il, inclut désormais la politique interne d'autres pays.

Bien que personne ne le dise de façon explicite, la nouvelle « doctrine Clinton » implique que les États- Unis peuvent bombarder et même envahir tout pays dont la politique interne ne leur plait pas. Cette doctrine implique que n'importe quel pays dans le monde est une cible potentielle des missiles américains. Il ne serait pas difficile, dans l'état actuel des choses, de dresser une liste de 10 à 20 pays qui pourraient être considérés comme des cibles probables d'une attaque militaire américaine. Et cette liste pourrait rapidement s'allonger si une détérioration des conditions économiques mondiales devait exacerber les tensions commerciales.

Le but de ces assauts est d'établir le rôle des grandes puissances impérialistes, les Etats-Unis en tête, en tant qu'arbitres omnipotents des affaires mondiales. Le « nouvel ordre mondial » est justement ça : un régime international de pressions et d'intimidations exercées par les États capitalistes plus forts contre les plus faibles.

L'attaque sur la Serbie suit une tendance bien définie. Au cours des dernières années, les interventions militaires américaines ont pris place à une fréquence croissante. En moins de douze mois, les États-Unis ont bombardé le Soudan et l'Afghanistan, et mènent avec le soutien de l'Angleterre une guerre permanente contre l'Irak. On ne peut séparer l'assaut sur la Serbie de cette chaîne d'événements.

Les raisons officielles données pour l'intervention militaire sont complètement hypocrites. Selon le chancellier allemand Gerhard Schröder, le bombardement a été entrepris pour empêcher une « catastrophe humanitaire ». Selon le premier ministre britannique Tony Blair, il faut « sauver des milliers d'innocents, hommes, femmes et enfants, de la mort, de la barbarie et de l'épuration ethnique aux mains d'un sauvage dictateur ».

Mais un regard en arrière sur les conséquences tragiques de l'éclatement de la Yougoslavie démontre clairement que les questions humanitaires étaient les derniers des soucis des grandes puissances dans la conduite de leur intervention. En fait, la plus grosse opération d'épuration ethnique menée durant toute cette période, l'expulsion par l'armée croatienne de 100.000 Serbes de la région de Krajina, a été effectuée avec l'approbation des gouvernements allemand et américain, et directement supervisée par du personnel américain.

Un article de première page du New York Times dimanche dernier a rapporté que le tribunal des crimes de guerre de Hague a conclu que l'armée croatienne a effectué des exécutions sommaires, des tirs de mortier sur des civils et de l' « épuration ethnique », le tout sous l'égide d'officiers militaires américains à la retraite travaillant en Croatie avec l'approbation de Clinton et du Pentagone.

Le reportage du Times a mis à nu l'hypocrisie du gouvernement américain, qui ajuste son indignation à l'endroit des atrocités ethniques à ses besoins militaires et géo-politiques immédiats. Trois généraux croates font face à une condamnation pour atrocités commises durant l'offensive de Krajina, mais le Pentagone s'oppose à toute action légale contre eux, qualifiant le pillonage de villes et villages serbes d' « action militaire légitime ».  Milosevic, dénoncé par Washington comme un hors-la-loi international, justifie sa politique actuelle consistant à pilloner et à brûler des villages albaniens du Kosovo, en reprenant l'argument avancé par les Etats-Unis pour cautionner des actes de brutalité similaires à l'endroit des Serbes de Krajina.

Dans le contexte international actuel, l'indignation de l'Europe et des Etats-Unis à propos de massacres et de la suppression des droits nationaux est encore plus cynique. Alors qu'ils versent des larmes de crocodile sur le sort des Kosovars, les Etats-Unis fournissent de l'aide militaire et financière à des régimes de droite à travers le monde qui sont engagés dans la répression de minorités nationales et ethniques.

Un cas d'espèce est la Turquie, membre de l'OTAN et allié stratégique des Etats-Unis, qui mène une sauvage guerre contre la population kurde dans son propre pays. La politique turque à l'endroit des Kurdes est encore plus impitoyable que celle menée par la Serbie contre les Albaniens du Kosovo. La Turquie qualifie de crime le simple fait de reconnaître une identité nationale kurde, et sa violence militaire dans le Kurdistan touche beaucoup plus de gens que la répression serbe des Albaniens du Kosovo. Néanmoins, Ankara n'a jamais été menacée de raids militaires; l'armée turque reçoit des armes et bénéficie de l'expertise des gouvernements allemand et américain; et le leader du mouvement national kurde, le PKK, a été livré à ses bourreaux turcs grâce à l'intervention des États-Unis.

Dans la guerre aérienne contre la Serbie, la force militaire est devenue sa propre raison d'être. Comme le soulignent à outrance les gouvernements de l'OTAN et les médias, pour maintenir la crédibilité de l'OTAN, il faut que les États-Unis et les alliés lancent leurs missiles maintenant, car ils ont menacé à maintes reprises de le faire dans le passé. Par exemple, le journal allemand Die Welt a déclaré que « l'OTAN doit frapper », parce que le fait de ne pas frapper « aurait des conséquences dépassant le cadre du conflit au Kosovo. Son autorité en tant que puissance protectrice militaire et politique serait détruite.»

Le World Socialist Web Site n'a aucune sympathie pour Milosevic, ni ne soutient ses politiques. C'est un ancien bureaucrate stalinien, devenu nationaliste endurci et défenseur de la propriété bourgeoise, qui foule aux pieds les droits démocratiques et sociaux du peuple. À ce point de vue, il n'est pas fondamentalement différent du président russe Boris Eltsine et de nombreux autres héros des médias occidentaux.

Toutefois, la tentative de réduire les complexes questions historiques et politiques des Balkans aux machinations d'une mauvaise tête dont la supposée soif de pouvoir serait la source du mal dans le monde est tout à fait absurde. Étant donné les tragiques expériences de l'histoire serbe, aucun leader politique, même un qui n'aurait aucune des caractéristiques attribuées à Milosevic, aurait pu accepter l'ultimatum humiliant envoyé par le groupe de contact des nations impérialistes. Accepter aurait signifié cautionner la venue de troupes étrangères sur le territoire serbe et concéder la souveraineté sur une région considérée comme une partie de l'état serbe depuis le retrait de l'empire ottoman le siècle dernier.

En 1914, un ultimatum lancé par l'empire des Habsbourg, menaçant la souveraineté serbe d'une façon similaire, avait déclenché la première guerre mondiale. Durant la deuxième guerre mondiale, des centaines de milliers de Serbes ont péri dans un génocide soutenu par l'armée d'occupation allemande. La mémoire de ces événements étant encore présente, et l'armée allemande retournant sur la scène de la guerre internationale dans le bombardement de la Serbie, le refus d'accepter l'ultimatum parrainé par les États-Unis peut difficilement être attribué uniquement à Milosevic.

En fait, les puissances occidentales ont travaillé de près avec Milosevic dans la réalisation du découpage ethnique de la Bosnie dans le cadre de l'accord de Dayton. La guerre actuelle ne vise pas tant Milosevic que la population serbe et le peuple des Balkans en son entier.

Les Albaniens du Kosovo, au nom de qui la guerre est supposément menée, seront parmi ses principales victimes. Une grosse partie de l'armée serbe étant concentrée à Koovo et dans ses environs, la province va inévitablement devenir l'un des principaux théâtres du conflit militaire avec d'importantes pertes civiles.

Selon un rapport du gouvernement allemand adressé aux leaders parlementaires, le plan de l'OTAN, en cas de refus de la Serbie de capituler après des bombardements intenses, est de provoquer une escalade de l'offensive politique et militaire en appuyant la sécession du Kosovo de la Serbie tout en équipant les Albaniens du Kosovo d'armes modernes.

Le conflit au Kosovo doit être placé dans son contexte historique. Sa cause n'est pas la personnalité de Milosevic, mais l'éclatement de la Yougoslavie, qui est le produit combiné de l'effondrement de l'ordre stalinien et de l'intervention des grandes puissances capitalistes, en particulier l'Allemagne et les États-Unis.

C'est l'appui allemand à la sécession de la Slovénie, et surtout sa promotion d'une Croatie indépendante en 1991, qui a déclenché une série d'éruptions nationalistes, y compris la guerre civile bosniaque, l'expulsion par la Croatie des Serbes de Krajina et la répression serbe au Kosovo. Les puissances de l'OTAN sont intervenues tout au long de la dernière décennie pour envenimer et exploiter les tensions ethniques et ce, dans leur propre intérêt. Aucun des politiciens nationalistes de l'ancienne Yougoslavie et aucune des grandes puissances n'arrive au Kosovo les mains propres.

Il y a peu de raisons de croire que si l'Armée de libération du Kosovo (ALK) parvenait au pouvoir, elle agirait différemment que Milosevic, Tudjmann de la Croatie, les leaders musulmans de la Bosnie, ou les autres politiciens nationalistes de la région. Rien dans l'histoire de l'ALK ne porte à croire qu'elle traiterait les 180.000 Serbes de la région différemment que l'armée croate a traité les Serbes de Krajina.

Le retrait des forces militaires serbes serait probablement suivi d'expulsions massives des Serbes du Kosovo. Toute résistance serbe serait probablement punie par des massacres de l'ALK tout aussi sanglants que ceux perpétrés contre la minorité albanaise par les forces de Milosevic aujourd'hui. Comme l'a tragiquement démontré l'histoire récente des Balkans, du Rwanda et d'autres points chauds de la planète, ceux qui subissent l' « épuration ethnique » et l'oppression nationale à un moment donné, peuvent, sous l'instigation de leurs propres leaders nationalistes bourgeois, devenir les auteurs de crimes similaires à un autre moment.

La presse internationale a fait de nombreux reportages sur les souffrances des Alabaniens du Kosovo et leur persécution aux mains des forces serbes. Mais elle a très peu parlé des 15.000 Serbes qu'on estime avoir fui les villages pour se réfugier dans les villes du Kosovo depuis le début du conflit ouvert au printemps 1998.

Selon un rapport émis par l'Institut de la guerre et de la paix, « de la fin avril à la fin juin l'an dernier, l'Armée de libération du Kosovo (ALK) a mené une série d'offensives et pris contrôle de près de 40 pourcent du Kosovo. Les Serbes qui vivaient dans les villages contrôlés par l'ALK ont quitté leurs foyers, parfois de leur plein gré et parfois contre leur gré, après que leurs proches aient été chassés, leurs maisons encerclées et soumises à des tirs d'armes légères ».

L'attaque de l'OTAN sur la Serbie aura des conséquences incalculables sur la stabilité de toute la région. Elle menace de relancer la guerre civile en Bosnie, de déstabiliser l'Albanie et la Macédoine, et de miner les restants de la Yougoslavie sous contrôle serbe. Belgrade pourrait faire face à la sécession du Monténégro et à de l'agitation ethnique dans la province de Vojvojdina, qui n'a aucune population majoritaire, mais de grosses minorités de Serbes, de Croates, de Hongrois et de Roumains.

Selon le magazine allemand Der Spiegel, « la Macédoine voisine, dont le territoire st envié par les états frontaliers, serait inévitablement entraînée dans le conflit : 420.000 Albanais y vivent. Et l'Albanie pourrait intervenir militairement au nom de ses compatriotes en guerre du Kosovo. Une guerre générale dans les Balkans pourrait difficilement être évitée ».

En dernière analyse, la spirale de la guerre, de la guerre civile et de l'épuration ethnique qui a saisi les Balkans démontre le caractère historiquement réactionnaire de toute la structure d'États nationaux découpés de l'ancienne Yougoslavie. Suite à l'interférence politique et à l'intervention militaire des puissances impérialistes, les Balkans ont été « re-balkanisés » d'une façon qui rend impossible le progrès économique et le développement de conditions véritablement démocratiques.

Cette politique, motivée par les considérations les plus immédiates, pourrait avoir des conséquences beaucoup plus sérieuses que celles anticipées par l'administration Clinton. La décision du premier ministre russe Yevgeny Primakov, en route pour une visite officielle à Washington, de faire demi-tour et de retourner à Moscou, et la décision subséquente du président Boris Eltsine de couper tout lien avec l'OTAN, donnent un aperçu de l'impact déstabilisateur de ces événements sur l'Europe en son entier.

Une conséquence possible est l'apparition d'un régime nationaliste extrémiste en Russie. Des rapports circulent déjà sur le fait que la Russie pourrait fournir des armes aux Serbes si les combats se développent sur une large échelle.

L'un des trois nouveaux venus au sein de l'OTAN, la Hongrie, n'a de frontières communes avec aucun pays de l'OTAN, mais a une frontière commune avec la Serbie, et des chocs pourraient se produire là. Les fragiles relations entre la Turquie et la Grèce, tous deux membres de l'OTAN et constamment au bord de la guerre, pourraient rapidement se détériorer si la guerre s'étendait à la Macédoine.

Il y a d'innombrables facteurs dans cette crise qui rendent la situation actuelle extrêmement imprévisible. Mais une chose est sûre : peu importe ce qui suit la destruction et les morts causées par cette dernière éruption de la violence de l'OTAN et des Etats-Unis, ce ne sera ni la paix, ni la justice promises aux peuples des Balkans par le président Clinton.

Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

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7 août 2006 1 07 /08 /août /2006 08:04

 

 

Rapport mondial sur le développement humain de l'ONU :

Augmentation des inégalités sociales et de la pauvreté dans le monde

 

Par Michael Conachy

Le 6 août 1999

 

Selon le dernier rapport mondial annuel des Nations Unies sur le développement humain (UNHDR) publié le mois dernier, « les inégalités dans les revenus et les niveaux de vie dans le monde ont atteint des proportions grotesques ».

Alors que 1,3 milliard de personnes luttent pour survivre avec moins d'un dollar par jour, les 200 personnes les plus riches de la planète ont doublé le montant net de leur richesse entre 1994 et 1998 pour atteindre plus d'un billion $US. Les trois plus gros milliardaires de la planète possèdent à eux seuls plus de biens que le produit intérieur brut de tous les pays les moins développés et leur population totale de 600 millions de personnes.

Environ 840 millions de personnes souffrent de malnutrition et près d'un milliard ont de la difficulté à satisfaire leurs besoins de consommation essentiels. Plus de 880 millions de personnes n'ont aucun accès à des soins de santé et 2,6 milliards à un système d'assainissement de base.

Loin de se rétrécir, l'écart entre les riches et les pauvres ne cesse de croître. Selon le rapport même, « certains avaient prévu une convergence des différences. Or, la dernière décennie a vu l'écart entre les revenus, les ressources et les richesses s'accroître parmi la population, les entreprises et les pays » .

L'écart des revenus entre le cinquième de la population mondiale des pays les plus riches et le cinquième de la population mondiale des pays les plus pauvres était de 74 pour 1 en 1997, en progression constante par rapport à 1990 (60 pour 1) et 1960 (30 pour 1). Les habitants des pays qui affichent les revenus les plus élevés possèdent 86 p. 100 du produit intérieur brut mondial, 82 p. 100 des marchés d'exportation internationaux, 68 p. 100 des investissements étrangers directs et 74 p. 100 des lignes téléphoniques de la planète. En contrepartie, les habitants des pays les plus pauvres ne représentent qu'un p. 100 de ces données.

Les pays de l'OCDE représentent 19 p. 100 de la population mondiale et contrôlent 71 p. 100 du commerce mondial des biens et services, en plus de consommer 16 fois plus que le cinquième le plus pauvre du globe.

Polarisation des biens et des revenus

Ces statistiques mondiales ne tiennent pas compte des énormes inégalités sociales au sein même des pays les plus riches. Certains données tirées des indices du développement humain du rapport montrent bien que cette polarisation des revenus affecte autant les pays industrialisés que les plus pauvres.

Aux États-Unis par exemple, le PIB réel par habitant en 1997 était de 29 010 $US, comparé à 992 $US pour les pays les moins développés. Cependant, le PIB réel du cinquième le plus pauvre de la population américaine n'était que de 5 800 $US, soit près de six fois moins que la moyenne, et neuf fois moins que le cinquième le plus riche qui s'élève à 51 705 $US. Selon les chiffres de 1989 à 1995, les indices montrent que 14,1 p. 100 de la population américaine subsiste avec seulement 14,40 $US par jour.

Des inégalités semblables se retrouvent dans tous les pays industrialisés. En Allemagne par exemple, ou le PIB moyen par habitant était de 21 260 $US en 1997, les 20 p. 100 les plus pauvres de la population affichaient un PIB moyen cinq fois moins important de 3 963 $US. Les 20 p. 100 les plus riches étaient près de dix fois plus riches avec un PIB réel par habitant de 38 164 $US. Au Royaume-Uni, la moyenne était de 20 730 $US, avec le cinquième le plus pauvre à 3 963 $US alors que le cinquième le plus riche était à 38 164 $US. À peine 13 p. 100 de la population du Royaume-Uni vit avec 14,40 $US par jour, tout comme font 11,5 p. 100 de la population allemande

Bien que les chiffres ne soient pas disponibles pour tous les pays pauvres, les inégalités y apparaissent encore plus criantes. En Zambie par exemple, le PIB réel moyen par habitant en 1997 était de 960 $US. Cependant, le cinquième le plus pauvre de la population enregistrait un PIB réel par habitant de seulement 216 $US, alors que le cinquième le plus riche affichait 2 797 $US. Près de 84 p. 100 de la population y subsiste avec un dollar par jour ou moins. En Guinée-Bissau, classé comme l'un des dix pays les plus pauvres au monde, le PIB moyen par habitant est de 810 $US. Quant au cinquième le plus pauvre, son revenu s'élevait en moyenne à 90 $US, et celui du cinquième le plus riche à 2 533 $US. Au moins 87 p. 100 de la population y vit avec moins d'un dollar par jour.

Les indices du Rapport mondial sur le développement humain servent à évaluer la pauvreté humaine des pays industrialisés en faisant appel à la combinaison de divers facteurs : pourcentage de la population dont l'espérance de vie est inférieure à 60 ans, taux d'alphabétisme fonctionnel adulte, pourcentage de la population vivant sous le seuil des 50 p. 100 du revenu personnel moyen disponible et taux de chômage à long terme. C'est ainsi que l'Allemagne se classe troisième sur 17 pays industrialisés avec un taux de pauvreté de 8 p. 100, alors que les plus élevés sont enregistrés aux États-Unis (16,5 p. 100), en Irlande (15,3 p. 100) et au Royaume-Uni (15,1 p. 100).

Bien que certains pays aient enregistré une croissance du revenu moyen par habitant au cours de la dernière décennie, plus de 80 pays affichent néanmoins un revenu par habitant plus faible depuis le début des années 1990 et 55 autres connaissent actuellement une tendance à la baisse. Les déclins les plus importants sont survenus en ex-URSS et en Europe de l'Est. Dans les pays de l'Afrique sud-saharienne, la chute du revenu moyen par habitant a été constante, ce dernier passant de 661 $US en 1980, à 550 $US en 1985, puis 542 $US en 1990 et enfin 518 $US en 1997 (chiffes exprimés en dollars américains de 1987).

Toujours dans l'ensemble de l'Afrique sud-saharienne, 50 p. 100 de la population n'a aucun accès à de l'eau potable, et 56 p. 100 est privée d'installations sanitaires. Un tiers des enfants âgés de cinq ans sont chétifs et plus du tiers de la population a une espérance de vie de moins de 40 ans.

Alors que des masses de personnes subsistent péniblement sans la moindre infrastructure sociale, les fusions et les acquisitions ont concentré de vastes ressources entre les mains de quelques transnationales seulement. En 1998, les dix plus grands fabricants de pesticides contrôlaient 85 p. 100 du marché mondial de 31 milliards $US et les dix plus grandes entreprises de télécommunications contrôlaient 86 p. 100 d'un marché de 262 milliards $US. Dans d'autres secteurs, les dix plus grosses entreprises contrôlent des parts de marché de près de 70 p. 100 en informatique, de 60 p. 100 en médecine vétérinaire, de 35 p. 100 en industrie pharmaceutique et de 32 p. 100 en semence commerciale.

Suite à cette concentration des ressources, les pauvres du monde entier ne profitent que peu des avancements technologiques et des connaissances. Dix pays seulement effectuent 84 p. 100 des dépenses mondiales en recherche et développement et contrôlent 95 p. 100 des brevets américains. La recherche est plus que jamais déterminée par le profit plutôt que par les besoins sociaux. « Lorsque vient le temps d'établir les programmes de recherches, c'est l'argent qui prime plutôt que les besoins. C'est ainsi que les produits cosmétiques et les tomates à mûrissement lent figurent en tête de liste des priorités, avant les plants résistants à la sécheresse ou le vaccin contre la malaria », toujours selon le rapport.

Le développement des échanges commerciaux, de nouvelles technologies, de l'investissement étranger et l'expansion des réseaux de communications ne sont pas également ou équitablement répartis à l'échelle mondiale. Ainsi, l'investissement étranger direct (IED) atteint 400 milliards en 1997, mais 58 p. 100 est allé aux pays industrialisés et seulement 5 p. 100 aux soi-disant économies de transition de l'Europe centrale et de l'Est. Et des sommes qui sont allées aux économies en développement ou de « transition » dans les années 1990, plus de 80 p. 100 est allé à 20 pays, dont principalement la Chine.

Crises financières

À la lumière des transferts massifs qui s'élèvent à 1,5 billion $US par jour sur les marchés de change mondiaux, le rapport signale que les marchés financiers internationaux produisent pour bien des gens « de brusques dérèglements douloureux dans leur existence quotidienne ». Loin d'être des incidents isolés, les crises financières provenant des accumulations et des redressements rapides des mouvements de capitaux à court terme sont « maintenant reconnus comme des caractéristiques systémiques du marché international des capitaux. »

Le tumulte financier en Asie orientale de 1997-1999 a entraîné des sorties de capitaux équivalentes à 11 p. 100 du PIB de l'Indonésie, de la Corée du Sud, de la Malaisie, des Philippines et de la Thaïlande. L'impact humain inclut la perte de 13 millions d'emplois seulement dans cette région et un déclin des salaires réels qui varie de 40 à 60 p. 100 en Indonésie.

La précarité de l'emploi n'est pas confinée aux régions de la planète frappées par la crise. La compétition mondiale affaiblit en effet la protection légale des emplois dans le monde entier, et des millions de travailleurs travaillent maintenant sans aucun contrat. En Europe, la croissance économique soutenue n'a pas entraîné de baisse du chômage, ce dernier étant resté à 11 p. 100 tout au long de la décennie, ce qui représente 35 millions de sans-emploi.

Dans les pays les plus pauvres, les paiements destinés à assurer le service de la dette combinés avec des revenus d'impôts la baisse ont entraîné de nouvelles compressions dans les services sociaux tels que la santé et l'éducation. C'est ainsi que la Tanzanie a dû dépenser neuf fois plus pour payer sa dette que dans la santé, et quatre fois plus que dans l'éducation primaire.

Les problèmes de santé et environnementaux ne cessent de croître. Plus de 16 000 personnes sont infectées par le virus HIV du SIDA tous les jours, 95 p. 100 des nouveaux cas étant recensés dans les pays en voie de développement. Neuf pays africains prévoient enregistrer une baisse de 17 ans de l'espérance de vie moyenne de leur population d'ici 2010 à cause du SIDA, ce qui les ramène aux niveaux des années 60. Chaque année, près de trois millions de personnes meurent de la pollution de l'air, et plus de cinq millions décèdent suite à des maladies diarrhéiques causées par la contamination de l'eau.

Selon le rapport, l'insécurité économique et sociale provoque l'éclatement de la cohésion politique de la communauté. Des 61 principaux conflits armés recensés entre 1989 et 1998, il n'y en avait que trois qui opposaient des États différents, tous les autres étant des guerres civiles.

Le rapport signale également la croissance du crime organisé. Il estime que six grands syndicats du crime contrôlent quelques 1,5 billion $US, rivalisant ainsi avec les transnationales en matière de biens possédés et d'influence économique. On estime que le commerce illégal des stupéfiants représente 8 p. 100 du commerce mondial, ce qui le place devant le commerce des véhicules automobiles, du fer et de l'acier. Le blanchiment d'argent est évalué correspondre à l'équivalent de 2 à 5 p. 100 du PIB mondial.

Les marchés sont incompatibles avec l'idée de l'égalité sociale

Sous-titré la mondialisation à visage humain, le rapport de l'ONU met l'accent sur l'interdépendance croissante de la population mondiale qui résulte de la mondialisation des processus économiques. Les auteurs se disent préoccupés par l'exclusion des pauvres, de régions et de pays entiers des aspects positifs de ce processus.

La mondialisation est « entraînée par l'expansion du marché qui ouvre les frontières nationales au commerce, à la circulation des capitaux et de l'information, faisant ainsi fi de la gestion des marchés et de leur répercussions sur les gens ». Les auteurs démontrent que le débat économique et les prises de décision actuels négligent « les préoccupations humaines plus vastes » telles la vie, la liberté, la justice, l'égalité et la tolérance. « Les marchés concurrents sont peut être la meilleure garantie d'efficacité, mais pas nécessairement de l'équité... Et les marchés ne sont pas la seule voix et ils ne doivent pas avoir le dernier mot en matière de développement humain » toujours selon les auteurs du rapport.

Bien qu'ils critiquent les excès du marché, les auteurs n'ont rien d'autre à offrir que quelques demandes de régulation et de contrôle. Leur prise de position est résumée dans l'avant propos du rapport qui est signée par l'administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Mark Malloch Brown. « En dressant la liste des répercussions négatives des marchés sur les populations, il est important de ne pas donner l'impression de rejeter le marché comme principe organisateur central de la vie économique mondiale. Les marchés ont besoin d'institutions et de règles, et trop souvent ils ne sont pas adéquatement assujettis au contrôle de l'un et de l'autre sur l'arène mondiale. »

Ce qui manque dans ce rapport, cependant, ce n'est pas seulement une politique alternative, mais également les moyens de mettre en uvre même la plus petite des règles économiques mondiales dans des conditions où les rivalités nationales s'intensifient. Ayant présenté un acte d'accusation atterrant du fonctionnement du marché capitaliste, l'ONU est incapable de tirer les conclusions qui s'imposent : pour abolir la pauvreté et les inégalités sociales, il faut remplacer l'anarchie du marché et de la production pour le lucre personnel par un nouveau principe organisateur de la vie économique mondiale : l'utilisation planifiée des immenses ressources de la planète pour satisfaire les besoins sociaux de l'ensemble de l'humanité.

Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

 

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