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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 15:09

 

 

Les choix de Bush pour son cabinet ministériel :

La table est mise pour des luttes politiques et sociales de masse

 

par Patrick Martin


5 janvier 2001

 

À voir la façon dont la nouvelle administration républicaine a formé le cabinet américain, on dirait qu'elle croit que George W. Bush et Richard Cheney ont obtenu un mandat fort pour des politiques d'extrême droite plutôt que de perdre le vote populaire et de n'arriver au pouvoir qu'avec l'aide réactionnaire et antidémocratique de la Cour suprême américaine.

Lors de la campagne électorale, Bush et Cheney ont déclaré qu'ils offraient un visage plus « unificateur » et plus modéré du Parti républicain. Ils s'étaient distancés des dirigeants républicains au Congrès qui sont grandement impopulaires. Bush n'a même pas visité la capitale, Washington, pendant huit mois, la dernière fois étant en avril dernier lors d'un banquet pour collecter des fonds, et n'y retournant qu'après que Gore ait concédé la victoire.

Et maintenant, sont jetées aux orties les prétentions que le Parti républicain élargira sa base et tendra la main aux mécontents. La nouvelle administration est surtout composée d'idéologues de droite et de représentants directs de la grande entreprise américaine. Plusieurs nominations au cabinet, notablement celle de John Ashcroft au poste de ministre de la Justice, celle de Gail Norton au poste de secrétaire à l'Intérieur et de Linda Chavez au Travail, sont des provocations pour la classe ouvrière, les minorités ainsi que pour les défenseurs des droits civils, des libertés civiques et de l'environnement.

Ces choix démontrent non seulement le caractère réactionnaire de l'administration Bush-Cheney, mais son insensibilité à l'approfondissement de la crise sociale et politique aux États-Unis. Les élections ont révélé un pays profondément divisé, et même avant que la nouvelle administration ne commence à exercer le pouvoir, des millions de personnes la considèrent déjà comme illégitime. Mais plutôt que de chercher à faire la paix avec ses adversaires, la nouvelle administration les défie ouvertement.

Le vote pour la présidence et la contestation de l'élection en Floride avait donné un aperçu des énormes divisions sociales aux États-Unis. Si Bush a pu gagner la présidence, c'est non seulement grâce à l'intervention de la majorité des cinq juges de la droite qui siègent à la Cour suprême fédérale, mais aussi parce que le Parti démocratique, la bureaucratie syndicale, l'élite des droits civils et les autres piliers du libéralisme américain ont confiné aux procédures judiciaires toute opposition au coup d'état politique en Floride.

L'administration Bush a obtenu le pouvoir par une violation flagrante de la souveraineté populaire, violation ratifiée par une majorité de la Cour suprême qui a basé sa décision sur l'argument que la population n'avait pas de droit constitutionnel de voter pour le président ou de droit à ce que ces votes soient comptés équitablement.

Il n'est pas difficile de prévoir ce qui en résultera : les politiques de l'administration Bush vont inévitablement se buter à la résistance des masses, discréditant du même coup ceux qui ont conseillé de se soumettre à la Cour suprême et d'accepter le coup républicain au nom du respect de « la primauté du droit ».

Des extrémistes et des membres de l'élite des grandes compagnies

On peut regrouper les membres du cabinet et les adjoints à la Maison Blanche les plus importants nommés au cours des trois dernières semaines en deux groupes principaux : le premier groupe est formé des représentants de l'extrême droite, choisis pour leur hostilité aux programmes qu'ils devront administrer, et l'autre formé d'anciens membres des administrations Ford, Reagan ou Bush qui ont traversé les années Clinton dans des postes bien rémunérés au sein de la grande entreprise américaine.

Bush n'a pu devenir président que grâce à la suppression de dizaines de milliers de votes en Floride, la plupart d'électeurs noirs ou d'autres minorités ethniques. Aussi, il difficile de concevoir une nomination plus irritante que celle du sénateur sortant John Ashcroft au poste de ministre de la Justice, qui est en principe le premier responsable pour protéger le droit de vote et pour choisir les nouveaux juges au niveau fédéral, y compris ceux de la Cour suprême.

Ashcroft, le fils et le petit-fils de pasteurs fondamentalistes, était un des membres du Sénat américain le plus à droite. La Christian Coalition et le Phyllis Schlafly's Eagle Forum lui ont donné une note d'appréciation de 100 pour cent. Le National Organisation for Women et les environnementalistes de la League for Conservation Voters lui ont donné un zéro. Ralph Neas, le président de People for the American Way, un groupe pour la défense des droits civils, a dit : « À l'exception, peut-être, du sénateur Jesse Helms, je ne pense pas que quiconque ait un aussi mauvais dossier sur la question des droits civils et des libertés civiques aux États-Unis. »

Durant ses six années au Sénat, Ashcroft fut associé aux politiques sociales les plus antidémocratiques et les plus punitives. Il a appuyé l'abolition complète de l'avortement, même pour les cas de viols ou d'incestes et que les médecins qui feraient un avortement soi-disant partiel soient passibles d'emprisonnement à vie. En 1996, alors que la loi qui réformait l'aide sociale était discutée au Sénat, il a essayé sans succès d'abolir toute aide pour les jeunes mères qui ne seraient pas mariées. Par contre, il a réussi à l'amender pour permettre aux États de forcer les bénéficiaires de l'aide sociale à recevoir le soutien de groupes religieux.

Relations avec les groupes racistes

Celui qui sera à la tête du département de la Justice a depuis longtemps des liens avec des groupes racistes. En 1998 et en 1999, il a jonglé avec l'idée de se lancer dans la course à la candidature présidentielle du Parti républicain où il se serait opposé à Bush de la droite. Il a donné une entrevue amicale au Southern Partisan, une publication qui se consacre à la défense de la réputation historique des esclavagistes des États confédérés. Ashcroft a louangé Robert E. Lee, Stonewall Jackson et Jefferson Davis, les décrivant comme des « patriotes », et a ajouté qu'il était erroné de dire que le Sud confédéré s'était battu « pour des objectifs pervertis ».

Ashcroft avait écrasé Bush à 2 pour 1 dans un vote de démonstration en Caroline du Sud, mais décida éventuellement de ne pas se présenter parce que Bush avait une caisse électorale trop bien fournie. Plus tard en 1999, il avait donné le discours d'ouverture à l'université Bob Jones, un collège fondamentaliste de la Caroline du Sud qui a levé l'interdit sur les couples interraciaux que l'an dernier, et encore, seulement après que cette politique vint à l'attention du public lors de la dernière campagne électorale.

Au cours de la campagne électorale, le candidat George Bush a souvent déploré ce qu'il appelait « la guerre des partis » à Washington. Ashcroft est la personnification de cette guerre. Il fut un des premiers et des plus militants partisans de la destitution de Bill Clinton. Durant le procès du Sénat, pour lequel Ashcroft était membre du jury, son comité d'action politique a donné sa liste de supporteurs financiers aux fonds de défense de Linda Tripp et Paula Jones. Si Ashcroft obtenait le poste de ministre de la Justice, cela ne manquerait pas d'avoir une influence déterminante sur l'évolution des poursuites contre Clinton dans l'affaire Monica Lewinsky.

Le sénateur républicain a utilisé sa position dans le Comité juridique pour retarder ou bloquer des nominations de Clinton. L'exemple le mieux connu est celui de Ronnie White, le premier Noir à la Cour suprême du Missouri, que Clinton avait nommé à un poste de juge fédéral. Ashcroft a lancé une attaque vicieuse contre White, déformant grossièrement ses jugements passés, ce qui a mené à un vote au Sénat divisé à 55-45 pour cent sur des lignes partisanes, qui rejetait ainsi pour la première fois en plus de cinquante ans la désignation à un poste de juge fédéral.

Il faut rappeler qu'en 1993, la Maison Blanche sous Clinton avait dû retirer deux nominations au poste de ministre de la Justice, celle de Zoe Baird et ensuite celle de Kimba Wood, au nom d'infractions mineures dans des affaires de nounous immigrantes. Ces incidents, grandement exagérés par les médias qui affirmaient que le « représentant en chef du gouvernement pour faire respecter la loi » aux États-Unis devait être immaculé en ce qui concerne son passé judiciaire, furent les premiers d'une longue suite de provocations montées par l'extrême droite contre l'administration Clinton, qui ont culminé avec la tentative de destitution.

La situation d'alors offre un contraste étonnant avec celle d'aujourd'hui. Bush a choisi un ministre de la Justice qui s'oppose à l'ensemble des libertés civiques et des droits civils qui ont été établis au cours des cinquante dernières années, qui a des liens étroits avec les organisations racistes et les organismes religieux fondamentalistes, tout ceci avec une résistance d'apparat par les démocrates. Pas un sénateur démocrate ne s'est encore opposé à la nomination de Ashcroft, et plusieurs, y compris Robert Torricelli du New Jersey et Russ Feingold du Wisconsin, ont dit que la nomination d'Ashcroft serait confirmée et qu'ils voteraient pour lui.

Plusieurs des nominations de Bush sont comme celle de Ashcroft, c'est-à-dire qu'elles mettent à la tête d'agences gouvernementales des individus avec un long passé d'attaques contre ceux-là même qu'ils devraient servir. Par exemple :

* Gail Norton, au poste de secrétaire à l'Intérieur. Elle fut avocat pour la Mountain States Legal Fondation, une organisation anti-environnementaliste, une adjointe et protégée de James Watt, le célèbre secrétaire à l'Intérieur de Reagan. Norton est une idéologue de la droite au sein du mouvement pour les « droits de la propriété », financé par les compagnies minières et pétrolières.

* Spencer Abraham, au poste de secrétaire à l'Énergie. Le sénateur du Michigan sortant, défait aux dernières élections, a introduit une loi en 1999 qui aurait aboli le département de l'Énergie en faveur d'une déréglementation généralisée. Ancien adjoint du vice-président Dan Quayle, il a aussi appuyé une législation qui aurait permis des forages pétroliers dans les régions sauvages du Refuge national de la nature d'Alaska.

* Tommy Thompson, au poste de secrétaire à la Santé et aux Affaires sociales. Le gouverneur du Wisconsin est bien connu pour ses nombreux conflits avec le département qu'il administrera au sujet de requêtes par le gouvernement du Wisconsin pour établir des politiques d'aide sociale plus restrictives que ce que prescrivaient les normes fédérales. Le Wisconsin a fini par servir de modèle aux réformes de l'aide sociale de Clinton en 1996. Ces réformes ont détruit une partie importante du filet de protection sociale et poussé des dizaines de milliers de bénéficiaires à la mendicité.

* Linda Chavez, au poste de secrétaire au Travail. Ancienne démocrate et bureaucrate syndicale, elle fut formée politiquement dans l'incubateur d'anticommunistes de droite que constitue le siège social national de l'American Federation of Teachers (la Fédération nationale des enseignants). Chavez doit sa notoriété aux attaques contre les droits civils et les lois d'affirmation positive qu'elle mena en tant que représentante gouvernementale dans l'administration Reagan. Elle dénonce le salaire minimum parce que « marxiste » et dénonce régulièrement les syndicats dans sa chronique achetée par plusieurs journaux aux États-Unis.

Plusieurs autres nominations montrent combien la nouvelle administration Bush-Cheney appuie les politiques de l'extrême droite.

Rod Paige, désigné au poste de secrétaire à l'Éducation, a introduit un programme de bons d'échange scolaires (vouchers) alors qu'il était le surintendant du réseau scolaire à Houston, Texas, mais seulement quelques parents avaient choisi d'y adhérer. Il avait aussi privatisé la collecte des ordures, les services alimentaires et les écoles pour enfants en difficulté, ainsi que lié la rémunération des directeurs d'école à la performance des étudiants aux tests standardisés. Sa nomination est le signe indéniable que Bush appuie le système des coupons scolaires et, plus généralement, qu'il encourage la privatisation de l'éducation.

Mel Martinez désigné au poste de secrétaire au Logement et au Développement urbain, n'a pas pris beaucoup d'expérience dans ce domaine dans sa carrière, lui qui était chef-exécutif élu d'Orange County, en Floride. Sa nomination est moins une indication de la politique du logement de Bush - il n'en a aucune - qu'un tribut aux groupes américano-cubains d'extrême droite qui ont joué un rôle clé dans le vol de l'élection en Floride. Martinez était coprésident pour la campagne de Bush en Floride et a joué un rôle important dans le mouvement pour empêcher qu'Elian Gonzalez soit rendu à son père à Cuba.

Donald Rumsfeld désigné au poste de secrétaire à la Défense, est identifié au système de défense antimissile américain. Chef du Pentagone au cours des 14 derniers mois de l'administration de Gerald Ford, il y a 25 ans, Rumsfeld a depuis été PDG. En 1998, il a présidé une commission mise en place par les républicains au Congrès qui avait pour but de promouvoir le développement du système de défense antimissile. On considère généralement que ce projet sera la plus importante priorité militaire de l'administration Bush.

Rumsfeld, le secrétaire au Trésor pressenti, Paul O'neill, et plusieurs autres nominés sont représentatifs de l'autre composante du cabinet Bush : la grande entreprise américaine. Rumsfeld fut PDG de la compagnie pharmaceutique G.D. Searle pour une douzaine d'années avant de joindre la compagnie électronique General Signal Corp.

Pour devenir secrétaire au Trésor, O'Neill quittera le conseil d'administration de l'Alcoa, le plus grand producteur d'aluminium au monde, de laquelle il est le PDG depuis 13 ans. O'Neill fut un haut fonctionnaire au budget lors de l'administration Ford, dirigea ensuite International Paper avant d'aller à Alcoa. Depuis longtemps un ami de Cheney, O'Neill fut recruté chez Alcoa par Alan Greenspan, alors membre du conseil d'administration de la compagnie géante, et aujourd'hui président de la Réserve fédérale américaine. O'Neill revient au gouvernement immensément plus riche grâce à son poste chez Alcoa. Il est dit qu'il vaudrait au moins 100 millions américains, et détient des options d'achats chez Alcoa qui font pâlir en comparaison celles que détient Cheney chez Alliburton, la compagnie pétrolière que Cheney dirigea pendant cinq années.

Le secrétaire au Commerce de Bush sera Donald Evans, un millionnaire texan qui a fait fortune dans le pétrole, qui est président de la campagne et un intime de Bush. Son secrétaire aux Anciens Combattants, Anhony Principi, était numéro deux dans ce même département dans l'administration de Bush père, avant de devenir un cadre supérieur chez Lockheed Martin, le grand contractant militaire. Le démocrate de service de ce cabinet, l'ancien congressiste Norman Mineta, nommé au poste de secrétaire des Transports, a aussi travaillé pour Lockheed Martin lorsqu'il quitta le Congrès en 1995.

Ann Veneman désignée au poste de secrétaire à l'Agriculture, est la première personne de l'industrie agroalimentaire californienne à détenir ce poste (son père cultivait le raisin et les pêches à Modesto avant de devenir un politicien républicain). Elle fut adjointe au secrétaire à l'Agriculture dans l'administration de Bush père, est ensuite retournée en Californie pour diriger le département des Aliments et de l'Agriculture alors que Pete Wilson était gouverneur. En 1996, après plusieurs cas d'empoisonnement d'enfants avec des fraises avariées, Veneman a tenu une conférence de presse où elle en mangeait pour enrayer la « panique ».

La grande entreprise est encore plus présente dans la nouvelle équipe de la Maison Blanche. Le secrétaire-général, Andrew Card, était à la tête de l'Association des manufacturiers automobiles américains avant de devenir le vice-président de General Motors. Le conseiller à la sécurité nationale, Condoleeze Rice, une ancienne adjointe à la Maison blanche sous Reagan et ancienne doyenne de Stanford, est sur le conseil d'administration de Chevron et de Charles Schwab et une conseillère de J.P. Morgan. Le directeur au budget, Mitch Daniels, était un vice-président chez la pharmaceutique Eli Lilly. L'adjoint aux politiques pour le secrétaire-général, Josh Bolten, vient de chez Goldman Sachs International. Joseph Hagin, l'adjoint aux opérations pour le secrétaire-général, était un cadre supérieur chez Chiquita Brands et Federated Department Stores. David Addington, conseiller de Richard Cheney, était conseiller général pour l'Association américaine du camionnage.

Le cabinet Bush fut louangé par les médias pour sa diversité : seulement six de ses 15 secrétaires sont des hommes blancs, et parmi les autres, on trouve des noirs, des hispanophones, des femmes, un arabo-américain, un sino-américain, etc. Mais c'est une mesure de combien isolés sont les élites politiques et médiatiques si elles croient que ces mesures cosmétiques rendront les politiques sociales profondément réactionnaires plus acceptables pour les masses du peuple américain.

Si on le considère du seul point de vue sérieux, c'est-à-dire par son caractère social et son caractère de classe, plutôt que par les détails que sont la couleur de la peau et le sexe, le cabinet Bush est un bloc homogène : réactionnaire politiquement, hostile aux intérêts des travailleurs, soumis aux dictats de la grande entreprise américaine. Il incarne la faille profonde entre l'élite politique et la population qu'elle prétend représenter. Cette administration, on ne peut en douter, mettra en branle les profonds et larges processus de radicalisation sociale aux États-Unis.

Voir aussi:

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 15:03

 

 

Le président de la banque centrale des États-Unis endosse les réductions d'impôts

pour les riches proposées par l'administration Bush"

 

Par Patrick Martin


Le 27 janvier 2001

 

Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine, a changé sa position le 25 janvier dernier en endossant les réductions d'impôts massives pour les riches constituant le principal point du programme économique de la nouvelle administration Bush. S'adressant au comité budgétaire du Sénat américain, Greenspan a présenté comme arguments en faveur de la diminution des surplus budgétaires au moyen de réductions d'impôts la menace d'un ralentissement de l'économie et le danger de nouvelles demandes de dépenses fédérales.

Dans sa déclaration au comité sénatorial qu'il avait préparée à l'avance, Greenspan a fait siens les points des conseillers économiques de Bush soutenant que des réductions massives d'impôts pourraient servir de police d'assurance contre une possible récession. « Si la faiblesse économique actuelle venait à s'étendre encore plus que prévu, des réductions d'impôts pourraient bien être utiles », a-t-il déclaré. Ce faisant, Greenspan a oublié ses préoccupations antérieures sur la question des réductions d'impôts. Il y a peu, il soutenait encore en effet que les réductions d'impôts nuisent aux efforts pour payer le déficit fédéral et libérer des capitaux pour l'investissement. « Les données les plus récentes démontrent de façon significative la probabilité qu'il y aura suffisamment de ressources disponibles pour entreprendre simultanément la réduction de la dette et appliquer une politique de réduction des surplus. Par conséquent, le compromis antérieur ne semble plus être d'actualité ».

Or, il n'y a de cela seulement qu'une semaine, Greenspan partageait encore la vision de l'administration Clinton en s'opposant aux réductions d'impôts pour les riches qui avaient été proposées par le congrès à majorité républicaine, tout comme au plan proposé par Bush pendant la campagne présidentielle. Les réductions d'impôts de Bush s'élèveraient à 1,6 billion $, soit deux fois plus que les 800 milliards $ de réductions approuvées par le congrès en 1999 et qui ont été graduellement adoptées depuis.

Greenspan avait appuyé la décision de Clinton d'opposer son veto contre les deux réductions d'impôts proposées par le congrès. Mais cinq jours seulement après le départ de Clinton et l'entrée de Bush à la Maison Blanche, le président de la banque centrale a changé de position. La soudaineté de ce revirement, ainsi que l'apparence faussement transparente des raisons données par Greenspan - les dernières statistiques économiques laissant entrevoir un immense surplus budgétaire sont nettement exagérées - mettent en relief la nature politique de son geste.

Parlant au nom des sections les plus puissantes de la grande bourgeoisie, Greenspan a mit tout son poids derrière le plan de réduction des impôts de Bush trois jours seulement après son introduction au congrès. Ce soutien affaiblit ce qui n'aurait été de toutes façons qu'une faible opposition du Parti démocrate, et assure pratiquement l'adoption des réductions d'impôts d'une façon ou d'une autre. Cette maigre opposition était déjà en train de s'écrouler. En effet, dès le début de janvier, le leader de la minorité démocrate à la chambre des représentants, Richard Gephardt, avait déjà signalé qu'il espérait « en arriver à un compromis » avec Bush sur la question des impôts. Apparaissant au « Today Show » diffusé sur la chaîne télévisée NBC le 3 janvier, il a déclaré : « je pense qu'il est temps de réduire les impôts. C'est mon impression, et c'est aussi celle des démocrates depuis un bon bout de temps déjà ».

 

Le soutien du Parti démocrate

 

Avant même que le projet de loi de réductions des impôts ne fut présenté au Sénat le 22 janvier par le sénateur Phil Gramm (républicain ­ Texas), un premier partisan démocrate, le sénateur Zell Miller de Géorgie s'était déjà manifesté, et il apparut avec Gramm lors d'une conférence de presse pour vanter le projet de loi calqué sur la plate-forme électorale de Bush. Avec ce projet de loi, la taxe successorale est abolie. Cette taxe ne touche que quelques milliers de familles aisées chaque année. Les taux d'imposition sont systématiquement réduits, et la pénalité dite du mariage est éliminée (une conséquence de l'impôt progressif qui faisait que les couples mariés les plus fortunés payaient plus d'impôts s'ils faisaient une déclaration de revenus commune plutôt que deux distinctes.

L'effet combiné de ces dispositions représente une immense aubaine pour les riches. Sur le total de 1,3 billion $ répartis sur les neuf ans d'application de la loi Gramm-Miller, 500 milliards $ iront au un pour cent les plus riches des Américains. Les 800 milliards $ qui restent iront aux quatre-vingt-dix-neuf pour cent du reste de la population. La majorité des foyers de la classe moyenne ne bénéficieront ainsi que de maigres réductions d'impôts ­ équivalentes à quelques centaines de dollars par année dans la plupart des cas. Enfin, les vingt pour cent les plus démunis, qui paient peu ou pas du tout d'impôt, ne recevront rien.

Miller défend explicitement les bénéfices disproportionnés du projet de loi qui favorisent les riches : « Qui sommes nous pour décider, choisir, sélectionner et distinguer entre les contribuables ? C'est tout le monde ensemble qui a trop payé, et c'est pourquoi tous ont droit à un répit face à cette structure d'imposition oppressive. Je partage l'avis du président Bush : les contribuables sont meilleurs juges que nous pour décider comment dépenser leur argent ».

Le leader de la minorité au Sénat, Tom Daschle, s'est opposé au projet de loi Gramm-Miller en proposant son propre plan de réduction des impôts, dans lequel la taxe successorale serait éliminée pour la plupart des propriétés et la pénalité au mariage éliminée. D'autres allégements fiscaux plus destinés à la classe moyenne qu'aux super riches sont également prévus dans le plan démocrate, dont la valeur a été évaluée entre 600 milliards $ et 700 milliards $.

Selon les porte-paroles républicains, les réductions d'impôt devraient aller plutôt en augmentant qu'en diminuant, malgré le chiffre de 1,3 billion $ déjà atteint. Le leader de la majorité à la Chambre des représentants, Richard Armey, a suggéré que les réductions d'impôts soient rétroactives à l'année 2000 de façon à ce que les premiers remboursements arrivent dès les prochains mois, ce qui contribuerait à stimuler l'économie et à retarder la récession, car le plan Bush proposé pendant la campagne ne prendra pas effet avant l'année prochaine.

 

Craintes de récession

 

Les observations formulées par Greenspan le 25 janvier démontrent que la crainte d'un ralentissement économique a joué un rôle important dans le changement de politique de la Réserve fédérale. Interrogé directement à savoir si oui ou non l'économie américaine était déjà en récession, Greenspan a annoncé que le taux de croissance avait chuté abruptement. « Aussi loin que l'on puisse voir, nous avons enregistré un ralentissement économique extrêmement important et nous sommes probablement près d'une croissance zéro actuellement ».

De façon soudaine, la Réserve fédérale a diminué les taux d'intérêts d'un demi point au début du mois, et on s'attend à l'annonce d'une nouvelle diminution des taux à la prochaine réunion des 30 et 31 janvier. Greenspan a également mentionné une autre raison, plus idéologique et à long terme, pour soutenir les réductions massives de l'impôt fédéral. Sans réduction, a-t-il soutenu, les surplus budgétaires pourraient amener le gouvernement fédéral à accumuler des avoirs financiers substantiels, ce qui le forcerait à jouer un rôle économique plus important qu'actuellement.

En matière de politique budgétaire comme au niveau de la transformation du système de sécurité sociale, il a parlé de « transférer les épargnes du gouvernement dans des comptes privés afin d'éviter l'accumulation d'avoirs particuliers dans les comptes gouvernementaux ». Greenspan appuyait ainsi dans la langue tortueuse qui est sa marque de commerce, l'idée de privatisation partielle de la Sécurité sociale proposé par Bush, ce qui implique la création de comptes d'investissement particuliers pour plus de 100 millions de travailleurs, et partant à un immense influx d'argent nouveau sur les marchés boursiers.

L'administration Bush pourrait agir bien plus vite que prévu sur la question de la « réforme » de la Sécurité sociale, maintenant qu'elle a été aiguillonnée par les secousses ressenties sur le marché boursier et que la perspective d'un ralentissement économique menaçant de réduire les surplus budgétaires disponibles pour combler le coût des réductions d'impôts se profile à l'horizon. Le principal conseiller économique de Bush, Laurence Lindsey, déclarait il y a une semaine, que la « question doit être posée » quant à savoir si les surplus de la Sécurité sociale peuvent être utilisées pour aider à payer les propositions de Bush.

Tout au long de sa campagne présidentielle, Bush n'a cessé de nier l'existence d'un plan pour sabrer dans la Sécurité sociale afin de financer des réductions d'impôt pour les riches, en déclarant que les surplus de la Sécurité sociale seraient exclusivement consacrés au programme des pensions de retraite. Mais Lindsey a maintenant balayé de la main ces fausses prétentions. « Je comprend pourquoi cela est important politiquement, a-t-il déclaré au Washington Post. Or il est important de ne pas perdre de vue les réalités économiques ».

Voir aussi:

Sources WSWS

 

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 14:05

 

Les cours ralentissent les prétentions de Bush

Les États-Unis à la croisée des chemins

 

par Patrick Martin


18 novembre 2000

 

Les événements extraordinaires du 17 novembre 2000 comptent parmi les plus importants de l'histoire politique récente des États-Unis. Un juge de Floride a rendu un jugement le matin à 10 heures, qui laissait la voie ouverte à l'équipe Bush pour qu'il puisse voler l'élection.  Six heures plus tard, la Cour suprême de Floride cassait la décision qui venait d'être prise et empêchait la secrétaire d'État Katherine Harris, une républicaine et coprésidente de la campagne de Bush en Floride, d'annoncer les résultats finaux du 7 novembre.

Les sept juges de la plus haute cour de l'État, dans un jugement unanime, ont déclaré que Harris ne pouvait aller de l'avant et officialiser la victoire de Bush, tel qu'elle l'avait prévu, samedi après-midi après que les 67 comtés floridiens auraient terminés le décompte des votes d'outremer. Ils ont autorisé le décompte du vote par correspondance et le recomptage à la main dans plusieurs comtés, et demandé une autre séance, lundi après-midi, pour entendre les arguments de deux partis sur la question de savoir si les recomptages manuels devraient être inclus dans le résultat final du vote.

Harris a cherché à assurer la maigre avance de 300 votes pour Bush en Floride en annonçant qu'elle n'accepterait aucun résultat basé sur les recomptages à la main. Sa décision, annoncée unilatéralement mercredi en soirée, a pour effet d'exclure les votes de dizaines de milliers de Floridiens qui ont été rejetés lors des deux dépouillages automatisés, celui du soir de l'élection et celui du recomptage. Les représentants électoraux de circonscriptions de Palm Beach, de Broward et de Miami-Dade ont  commencé le long examen de 1,5 million bulletins de vote, ce qui pourrait n'être complété qu'au milieu de la semaine prochaine.

Le camp de Bush a connu d'autres échecs ce vendredi. Un juge local du comté de Broward a rejeté une requête pour une injonction pour arrêter le décompte à la main dans ce comté dans lequel on trouve Fort Lauderdale. Les représentants électoraux de Miami-Dale, le comté le plus populeux de Floride, sont revenus sur leur décision après avoir pris connaissance du jugement de la Cour suprême et décidé d'entreprendre le recomptage là aussi. Et en fin de journée, la 11e Cour d'appel fédérale à Atlanta, Georgie, a rejeté la requête des républicains qui demandaient de mettre un terme à tout recomptage dans l'État de Floride.

L'intervention des juges n'est pas simplement une réponse partisane de la part de juges du Parti démocrate, comme le camp de Bush et l'extrême droite tenteront de faire valoir. Les sept juges de la Cour suprême sont des démocrates conservateurs, et un seul parmi eux peut être considéré comme libéral. Sur les 12 jugements de Cours d'appel fédéral qui ont toutes rejeté les requêtes du camp de Bush, sept ont été émis par des juges républicains, dont quatre ont été nommés par le père de Bush.

Ces actions judiciaires révèlent que l'inquiétude augmente au sein des échelons les plus élevés du gouvernement et de l'élite dirigeante américaine au sujet des implications politiques de prise de pouvoir pseudo-légale menée en Floride. Les forces de droite qui dominent le camp de Bush sont sur le point d'arriver au pouvoir par des procédés effrontément antidémocratiques et antipopulaires.

L'intervention de la Cour suprême de l'État revient à repousser de trois jours le jugement extraordinaire rendu vendredi matin par le juge Terry Lewis de la Cour du comté de Leon, approuvant sans discussion la décision de Harris de supprimer les votes qui sont actuellement recomptés manuellement. Deux jours auparavant, Lewis avait averti la secrétaire d'État de Floride de ne pas ignorer les votes recomptés à la main de façon arbitraire ou pour des raisons politiques. Ce qui n'a pas empêcher Harris de le faire, alors qu'elle annonçait mercredi soir dernier qu'elle n'accepterait aucun recomptage à la main quel qu'il soit.

Bien qu'il soit difficile de déterminer si sa décision était une expression de lâcheté, de corruption ou de sympathie politique pour Bush, le juge Lewis a étonné les observateurs en ignorant son jugement précédent et en trouvant qu'Harris avait le pouvoir, en tant que représentant électoral en chef de l'État, de déclarer que Bush avait gagné l'élection, peu importe les résultats du recomptage.

Lewis a ignoré les provocations flagrantes de la secrétaire d'État. Harris a cherché à empêcher le recomptage, émis des avis juridiques aux représentants électoraux locaux et cherché à mettre fin à tout recomptage par des jugements. Ensuite, elle a fait valoir les retards, en grande partie résultat de son interférence, comme une raison pour rejeter les résultats du recomptage à la main, déclarant que le mardi 14 novembre était l'échéance ultime selon la loi pour que les comtés donnent les résultats du vote.

La décision du juge Lewis a mis la table pour que soit compléter le coup d'état politique, avec le gouvernement de l'État de Floride, dirigé par le gouverneur Jeb Bush, le frère du candidat présidentiel, remettant les 25 votes des grands électeurs et la présidence au camp républicain. L'arrivée de George W. Bush à la présidence ne sera possible qu'avec la suppression de milliers de votes qui allaient à son adversaire démocrate, surtout ceux de Juifs, de noirs et d'immigrants. Cela signifie la répudiation des normes démocratiques les plus élémentaires de la part de toute une section de l'élite dirigeante.

Alors que le conflit politique s'intensifie, les implications à long terme sur la stabilité, et même la survie, de toute la structure de la démocratie bourgeoise sur laquelle la classe dirigeante américaine s'est historiquement appuyée deviennent plus apparentes. L'impatience devant le sans-gêne croissant des forces qui appuient Bush commence à devenir palpable.

L'arrivée au pouvoir d'un président qui n'a pas réussi à gagner la majorité des voix au niveau national et qui n'a gagné le Collège électoral que par la fraude et le truquage des urnes aura un impact dévastateur sur la légitimité et l'appui populaire du gouvernement et du système capitaliste dans son ensemble.

Comme l'a dit le délégué de Gore en Floride, Warren Christopher, sombre avertissement à sa classe : « Nous parlons ici de la présidence des États-Unis. Nous ferions une très grave erreur, à mon sens, si nous permettions que soient rapidement décidés les résultats et compromettions nos normes et nos principes essentiels. »

Le conflit des élections présidentielles montre bien à quel point une section importante de l'élite dirigeante a rompu avec les moyens démocratiques. Ils ne regardent plus les normes traditionnelles de la démocratie bourgeoise américaine qu'avec mépris.

De plus en plus frustrés de la résistance populaire à leurs politiques sociales de droite, ces éléments sentent qu'il n'y a d'autres choix que d'embrasser un régime autoritaire qui traiterait sans ménagement l'opposition. Ils cherchent à prendre une voie jamais prise dans l'histoire des États-Unis, qui ne pourra se conclure que par la guerre civile.

La lutte qui se développe autour des résultats de l'élection présidentielle a mené à l'éclosion de processus qui se développaient depuis 30 années au sein de la société américaine. La série de crises politiques au cours de cette période est le signe indéniable du déclin de la structure de la démocratie bourgeoise :

- En 1973-74, la crise du Watergate fut le résultat des gestes illégaux et antidémocratiques du président Richard Nixon en réponse à l'opposition massive de la population à la guerre du Vietnam.

- En 1985-86, l'affaire Iran-contra a révélé que derrière la façade de l'administration Reagan, des officiers militaires et des représentants des agences de sécurité avaient organisé un gouvernement parallèle et secret et menaient une guerre illégale en Amérique centrale.

- En 1995-96, les dirigeants républicains au Congrès ont délibérément paralysé le gouvernement fédéral, tentant de prendre contrôle de la politique fédérale de l'administration Clinton.

- En 1998-99, la campagne pour un procès en destitution et le procès lui-même furent le produit d'une conspiration des avocats, des juges et des responsables politiques républicains qui avaient pour but de renverser les résultats de deux élections présidentiels.

- Aujourd'hui, la tentative du camp de Bush pour s'imposer au pouvoir, à l'aide de décisions arbitraires de représentants gouvernementaux de l'État de la Floride, et de la complicité ou le laisser-faire des médias.

En dernière analyse, les événements en Floride révèlent l'abysse qui s'est formé depuis trente ans dans la société américaine avec le développement de niveau d'inégalité sociale sans précédent depuis un siècle. La distance est maintenant infranchissable entre l'élite riche, qui règne à la fois sur les partis de la grande entreprise et détermine leurs politiques, et la population travailleuse qui forme la vaste majorité de la population américaine.

Voir aussi:

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 21:55

 

 

Le procès en destitution est terminé mais la conspiration se poursuit

 

Par le comité de rédaction
13 février 1999

 

Le vote d'acquittement du Président Bill Clinton au procès en destitution du Sénat a été suivi d'une série de déclarations d'auto-félicitations, d'hymnes au bipartisme, de félicitations aux sénateurs pour leur sagesse et de diverses autres variations sur le thème que tout cet épisode a une fois de plus prouvé combien « le système fonctionne ». Il est difficile de relier ces remarques pompeuses aux faits véritables. Une conspiration politique fomentée par des éléments d'extrême-droite et fascisants au sein et proches du parti républicain sont en fait venu à deux doigts de réussir un coup d'État politique.

Des personnalités de deux branches du gouvernement américain ­ le Congrès et le législatif ­ se sont profondément engagés dans cette chasse aux sorcières menée par le conseiller indépendant Kenneth Starr et la campagne de destitution qui s'en est ensuivie. Pratiquement aucune résistance contre cette conspiration ne s'est manifestée dans les rangs de la démocratie bourgeoisie américaine, notamment de la soi-disant « presse libre ».

Finalement, une cinquantaine de sénateurs du parti majoritaire ont voté pour l'article de destitution inventé de toutes pièces, alors que 45 ont votés contre. N'eut été la vaste opposition parmi les grandes masses du peuple américain, ce putsch quasi-constitutionnel aurait réussi. Dans ces circonstances politiques, l'opposition populaire a en effet empêché le Sénat de reconnaître Clinton coupable et de l'expulser, et ainsi de consommer son coup d'État.

Ces faits sont bien connus au sein de la classe politique, mais ne sont jamais abordés en public d'un commun accord. Les remarques du sénateur Charles Schumer lors des délibérations à huis clos dans les derniers jours du jugement au Sénat illustrent bien jusqu'à quel point cela est compris. Ainsi, selon les extraits publiés dans le New York Times, Schumer a en effet fait allusion à l'érosion des institutions démocratiques révélée par la crise du procès en destitution, admettant même : « Pour la première fois, j'ai des doutes quant à savoir si nos institutions gouvernementales peuvent résister aux courants rancuniers qui sévissent dans le climat politique actuel ».

Le représentant démocrate de l'État de New York a souligné en termes brusques les efforts du « petit groupe d'avocats et de fanatiques issu d'organisations telle le Rutherford Institute » (qui a financé la poursuite intentée par Paula Jones) pour fabriquer un scandale sexuel et ensuite l'utiliser afin de renverser l'administration Clinton. « Ce qui est profondément dérangeant, a-t-il déclaré, ce n'est pas tant que ce groupuscule détestant Clinton ait pu manigancé ce plan, mais bien qu'il ­ ou tout autre groupe aussi dogmatique et sournois ­ ait pratiquement pu réussir ». Schumer reconnaît également que ce complot aurait pu réussir sans la vaste désapprobation du public lorsqu'il déclare : « Le peuple américain nous a sauvé de nous-mêmes ».

De telles remarques rarissimes étaient évidemment réservées au sanctuaire clos de la chambre du Sénat une fois vidée du public et des journalistes. Aucun des nombreux sénateurs ayant participé à la ronde d'interviews télévisés suite au procès ­ Schumer y compris ­ n'a soufflé le moindre mot de cette conspiration droitiste sous-jacente au procès en destitution.

Le refus opiniâtre de la vaste majorité des Américains de succomber au barrage de médisances salaces, de semi-vérités et de mensonges professé par Starr et ses alliés républicains, a entraîné ces derniers dans des dénonciations virulentes du peuple. C'est ainsi que les droitistes, de Pat Robertson à Robert Bork, ont condamné le public en le traitant d'immoral et d'ignorant. Pour sa part, le président de la magistrature de la chambre des représentants, Henry Hyde, a dénoncé les « basses valeurs » de la populace. L'allusion qui découlent de tels propos cependant et qui, bien souvent, a clairement été mise en évidence par certains, est la suivante : le peuple ne mérite pas la démocratie et les droits démocratiques sont un boulet politique dont il serait préférable de se débarrasser.

Les méthodes d'intimidation et de coup monté employées par Starr sont représentatives du contenu foncièrement antidémocratique de l'attaque politique menée contre la Maison Blanche. Or, si de telles méthodes sont employées contre le Président des États-Unis, quel sort réservent ces gens pour les simples travailleurs ?

Pendant que les médias et les politiciens tentent de réassurer le public en affirmant que la conclusion du procès en destitution démontre bien que le système politique américain est sain, il n'en demeure pas moins que fait le plus significatif, c'est qu'on ait pu en arriver là. Une crise de cette envergure au sein même d'un système politique ne peut être que l'expression de profondes contradictions dans l'ensemble de la société. Les antagonismes sociaux qui ont provoqué cette crise politique, ­ le niveau sans précédent d'inégalités sociales, l'assaut ininterrompu contre les emplois et les niveaux de vie, l'étalement de la pauvreté, de la faim, de la maladie et de l'itinérance, la déchéance de l'éducation ­ subsistent toujours et sont en progression.

Suite à la crise provoquée par le procès en destitution, ces conflits vont évoluer par eux-mêmes, de plus en plus ouvertement et directement. Ils seront en outre exacerbés en retour par une situation économique de plus en plus instable.

Tout cet épisode constitue donc un avertissement aux travailleurs américains et du monde entier : le gouvernement du pays capitaliste le plus puissant au monde s'est révélé divisé et à toutes fins pratiques non fonctionnel. Ce qui nous est présenté comme l'État démocratique le plus stable au monde s'est révélé en fait extrêmement vulnérable aux méthodes conspiratrices et du coup d'État.

Le parti majoritaire à l'origine de cette tentative de coup est dominé par des forces d'extrême-droite et néo-fascistes. Le Parti démocrate, et l'administration Clinton en premier, se sont montrés incapables de monter une défense sérieuse et réticents même à simplement exposer les forces conspiratrices qui les ont attaqué.

Un système politique aussi malade et corrompu ne peut et ne pourra se rétablir par lui-même. La principale leçon politique à tirer de la crise causée par le procès en destitution, c'est de constater l'extrême fragilité des droits démocratiques des travailleurs sous l'ordre social et politique actuel. La polarisation sociale actuelle, qui va en s'amplifiant, est l'une des caractéristiques essentielles du développement capitaliste de cette fin de siècle. Cette polarisation met en relief une fois de plus une leçon fondamentale qui s'est déjà manifestée sous des formes des plus tragiques au début de ce siècle. Le triomphe du fascisme dans les années 20 et 30 avait en effet déjà démontré l'incompatibilité fondamentale entre le capitalisme et les droits démocratiques. Les récents événements démontrent à leur tour que si les travailleurs tant aux États-Unis qu'ailleurs dans le monde ignorent cette leçon, ils courent ainsi un grand danger.

Sources WSWS

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 22:14

 

 

La procédure de destitution du président Clinton

Les États-Unis dérivent-ils vers la guerre civile ?

 

Par le bureau de rédaction


Le 30 décembre 1998

 

Au lendemain du vote de destitution à l'endroit du président Bill Clinton, il est soudainement devenu clair que les États-Unis sont plongés dans une crise politique d'une ampleur historique. Même les médias, qui ont couvert pendant toute l'année l'effervescence à Washington comme s'il s'agissait d'une bonne blague, commencent à réaliser que ce qui se passe est très sérieux, et pourrait avoir des conséquences fatales.

Le débat qui a précédé le vote de destitution était remarquable par sa furie. Pour trouver des précédents historiques à l'amertume qui caractérise la lutte politique actuelle, il faudrait remonter, non seulement à la dernière destitution d'un président en 1868, mais encore plus loin, aux années qui ont précédé l'éruption de la guerre civile en 1861. Après le vote, le député Richard Gephardt, leader de la minorité démocrate, a averti que la politique américaine s'approchait du seuil de la violence.

Il ne semble pas y avoir d'explication évidente pour la férocité de la lutte politique qui oppose les Démocrates aux Républicains. C'est selon les « experts », une période de prospérité sans précédent, où les États-Unis, ayant « gagné » la Guerre froide, exercent un pouvoir incontesté en tant que seule super-puissance dans le monde. Pourquoi alors, dans ces conditions supposément idylliques, le système politique du pays est-il si proche de l'effondrement ?

Il serait absurde d'en chercher la cause dans les ébats du président Clinton avec Monica Lewinsky et le fait qu'il ait ensuite nié avoir eu une relation avec elle. S'il est vrai que le sexe et le mensonge ont vraiment causé cette crise, il faudrait conclure que le système américain de gouvernement n'était tout simplement pas viable. Le génie des « pères fondateurs » de la république américaine ne reviendrait pas à grand chose si le bon fonctionnement du gouvernement dépendait du bon vouloir des présidents à dire la vérité sur leurs vies sexuelles.

La crise actuelle doit avoir des causes beaucoup plus fondamentales. La bataille à Washington doit réfléter en dernière analyse des conflits profondément ancrés dans la société américaine en son entier.

Dans aucun autre pays capitaliste avancé, le débat politique n'est-il si limité qu'aux États-Unis. Selon l'establishment politique, il n'y a pas de lutte de classe aux États-Unis. En fait, l'idéologie officielle nie l'existence même de classes sociales antagoniques.

Mais il n'en demeure pas moins qu'elles existent. Justement parce qu'il n'y a quasiment aucune mécanisme au sein du système politique pour l'expression ouverte et directe des contradictions de classe, celles-ci ont tendance à se manifester d'abord sous des formes étranges et même bizarres.

La crise à Washington découle d'une complexe interaction entre des processus politiques, sociaux et économiques. La démocratie bourgeoise est en train de s'écrouler sous le poids accumulé de contradictions de plus en plus insolubles. Les processus économiques et technologiques associés à la mondialisation de l'économie ont miné les conditions sociales et les rapports de classe sur lesquels reposait pendant longtemps la stabilité politique des États-Unis.

L'aspect le plus significatif de cette érosion est la prolétarisation de vastes couches de la société américaine, le déclin en taille et en influence économique des classes moyennes traditionnelles, et la croissance de l'inégalité sociale, reflétée dans une immense disparité au niveau de la distribution des richesses et des revenus. L'inégalité est plus grande aux États-Unis que dans n'importe quelle autre nation industrialisée, avec un fossé beaucoup plus large entre l'élite financière et le reste de la population qu'il y a 25, ou même 50 ans.

Bien que ces processus étaient apparents quasiment tout au long du vingtième siècle, ils ont connu une croissance accélérée depuis 1975. Le pourcentage de la population qui travaille à salaire a augmenté de façon régulière; des millions de cols blancs, de professionnels et de gestionnaires moyens, touchés par le « downsizing » et la restructuration, ont vu leurs salaires, leurs avantages sociaux et leur sécurité d'emploi fondre comme la neige.

Les classes moyennes traditionnelles (petits hommes d'affaires, fermiers, gestionnaires moyens, professionnels indépendants) ont subi un rapide déclin au niveau de leur stabilité économique et de leur signification sociale, comme en témoignent les taux records de faillites enregistrés tant pour les individus que les petites entreprises. Ces couches intermédiaires contrôlent aujourd'hui une part beaucoup plus petite des ressources économiques et financières de la société américaine qu'à n'importe quelle autre période de notre siècle.

Le degré sans précédent d'inégalité sociale introduit d'énormes tensions dans la société. Un vaste fossé sépare les riches de la majorité travailleuse, et c'est à peine s'il reste une classe moyenne pour faire le pont. Les couches intermédiaires qui servaient autrefois de tampon social, et de point d'appui à la démocratie bourgeoise, ne peuvent plus jouer ce rôle.

La transformation des vieux partis

Les deux partis de la grande entreprise réflètent chacun à leur manière l'impact de ces changements économiques au sein de l'élite dirigeante. Dans une tentative de cultiver et de maintenir une base populaire pour son assaut sur la classe ouvrière et sur l'héritage du libéralisme social du « New Deal », la haute finance s'est de plus en plus tournée vers l'extrême-droite pour la défense politique de ses intérêts. Le parti républicain, jadis le représentant ouvert de Wall Street, est devenu l'organe d'éléments quasi-fascistes, personnifiés par des fondamentalistes chrétiens comme James Dobson et Pat Robertson.

La force du parti républicain se résume à ceci : il représente, d'une manière plus conséquente et plus impitoyable que toute autre faction politique bourgeoise, les intérêts économiques de l'élite financière américaine. La droite radicale sait ce qu'elle veut et est prête à faire fi de l'opinion publique pour arriver à ses fins. Les Républicains se foutent entièrement des règles constitutionnelles normales, alors que les Démocrates se tournent les pouces comme des spectateurs passifs et désespérés.

Si les Républicains expriment la brutalité des rapports de classe aux États-Unis, leurs opposants bourgeois du parti démocrate incarnent quant à eux un libéralisme mou et démoralisé, dont la timide perspective de réformes a été entièrement mise au rancart par la classe dirigeante.

La base sociale du parti démocrate a été ébranlée par les mêmes processus économiques et sociaux qui ont poussé le parti républicain vers la droite. Ses partisans et ses activistes viennent d'un milieu particulier composé de riches hommes d'affaires et professionnels, d'une couche de la petite-bourgeoisie noire qui vit en large mesure des paiements corporatifs et gouvernementaux, et de la bureaucratie syndicale. Ces couches sont en faveur de réformes, mais d'une manière passive, tant que cela ne requiert aucune lutte réelle et n'affecte pas leur portefeuille à la bourse. Ces éléments sont tout aussi éloignés de la classe ouvrière que leurs confrères républicains.

Clinton a cherché à apaiser la meute républicaine dans la Chambre des représentants, d'abord par des excuses à plat ventre, puis par des raids aériens contre l'Irak. Il va maintenant chercher à se concilier les Républicains du sénat. Sa totale impuissance face à la campagne de destitution n'est pas tant un phénomène personnel que politique. S'il se décidait à dénoncer les députés républicains et à faire honnêtement appel au public, les élus démocrates l'abandonneraient en masse, ce qui signifierait une défaite certaine à son procès au sénat.

Le parti démocrate est incapable de se défendre, car pour mener une lutte sérieuse contre la destitution, il faudrait exposer la signification politique de la campagne de déstabilisation menée par la droite républicaine contre l'administration Clinton, identifier les forces sociales qui se cachent derrière cette campagne, et soulever un mouvement populaire d'opposition parmi les travailleurs. En tant que parti bourgeois qui défend le système de profit, le parti démocrate ne peut pas lancer un tel appel.

La tempête politique à venir

Les processus socio-économiques du dernier quart de siècle ont en fait transformé les États-Unis en deux pays distincts qui, comme en témoignent les récents événements, ne parlent pas le même langage politique. Il y a les Américains qui se lèvent tous les jours pour aller travailler, la grande majorité, qui doit mener une lutte continuelle contre la destruction des emplois et l'érosion de son niveau de vie; et il y a l'élite financière, les capitalistes et les couches enrichies de la classe moyenne, qui monopolise les richesses et contrôle le système politique.

Jusqu'à présent, le conflit à Washington est resté limité à l'élite des milieux politiques et des médias, laquelle a soit ignoré, soit mal jugé, ou, dans le cas du vote de destitution, directement défié l'opinion publique. Mais sous la surface de cette frénétique bataille, d'énormes forces sociales sont en ébullition. Peu importe les conséquences immédiates de la crise, ces contradictions sociales doivent se manifester sous la forme d'un immense conflit social.

L'effondrement du boum financier des années 90 va fournir un grand élan à la montée des tensions sociales et au développement d'une conscience politique anti-capitaliste parmi les travailleurs. La hausse constante de la bourse a maintenu les illusions dans le système de profit et permis à Clinton et aux Républicains de déguiser le caractère réactionnaire de mesures comme l'abolition de l'aide sociale. Mais le démantèlement des programmes sociaux signifie qu'un ralentissement économique, voire une véritable récession ou une panique financière, va rapidement plonger des millions dans la pauvreté.

Le Financial Times britannique a lancé la semaine dernière un avertissement quant à la fragilité d'une économie américaine basée sur des valeurs boursières gonflées de façon fantastique. Le marché boursier américain surévalué est tout ce qui reste entre le capitalisme mondial et une récession globale dévastatrice, a fait savoir le journal. Il va sans dire que la bourgeoisie américaine, déchirée par la lutte politique interne à Washington, n'est nullement en mesure d'organiser une réponse globale à la prochaine série de crises financières et monétaires.

Quelques voix plus sérieuses dans la presse américaine ont commencé à exprimer leurs craintes quant aux répercussions politiques de la crise actuelle. Un croniqueur du New York Times écrivait récemment: « Si nos institutions civiques n'arrivent pas à juger et résoudre de profondes divisions nationales d'une manière juste, légale et transparente, les Américains pourraient être tentés de régler leurs comptes dans les rues ».

Un éditorial dans le Los Angeles Times avait pour titre: « Attention à la colère ». Il lançait l'avertissement suivant: « Un Capitole si éloigné du peuple qu'il prétend représenter, et qui peut être si facilement accaparé par une coterie vocale quoique peu nombreuse d'extrémistes, est un plus grand danger pour la république que tous les mensonges égoïstes de Bill Clinton. La Chambre devrait prendre à coeur l'avertissement au ton presque biblique qu'a lancé plus tôt cette année le député John Lewis (démocrate-Géorgie): « Le peuple américain observe. Attention à la colère du peuple américain ... Attention ».

Aucune autre classe dirigeante n'a eu autant de succès à bloquer un mouvement social de la classe ouvrière que la classe dirigeante américaine. Utilisant le système des deux partis pour manipuler l'opinion publique, penchant maintenant vers la gauche, ensuite vers la droite, selon les circonstances, le capitalisme américain a pu empêcher l'émergence d'un mouvement politique indépendant parmi la grande masse des travailleurs. Un rôle particulièrement important a été joué par les mass-médias, qui condamnent et qualifient de non-légitime, toute opinion politique qui se place en dehors du consensus de droite qui règne à Washington.

Ces méthodes ont cependant leurs limites. Même les médias les plus serviles et les politiciens les plus corrompus ne peuvent pas rendre plus attrayant pour les grandes masses le programme consistant à enrichir davantage les riches. La politique américaine a été pendant longtemps restreinte à un cercle étroit de caractère conservateur ou ultra-conservateur, où le socialisme était banni et le libéralisme lui-même avait perdu toute crédibilité. Cette période tire à sa fin. Le coup d'état politique de la droite radicale a déjà commencé à provoquer une réponse politique par en bas.

Il y a trois caractéristiques d'une situation révolutionnaire naissante. L'ancienne classe dirigeante ne peut plus diriger de la vieille façon. Les masses opprimées ne peuvent plus vivre de la vieille façon. Et les masses sont devenues conscientes de la nécessité de mener une lutte politique et prendre entre leurs mains le sort de la société. Les deux premières conditions existent déjà aux États-Unis, mais la troisième n'a pas encore mûri. C'est la tâche à laquelle doivent s'atteler les socialistes.

Sources WSWS

 

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 22:41

 

Le procès en destitution du Sénat


Les Républicains passent à l'offensive contre Clinton,

les Démocrates restent paralysés

 

Par le bureau de rédaction
Le 16 janvier 1999

 

Dans les deux premiers jours du procès en destitution au Sénat, les Républicains de la Chambre ont établi leur ligne d'attaque : présenter comme un crime contre « la loi » l'infructueuse tentative de Clinton de cacher sa relation avec Monica Lewinsky.

Le but des Républicains est de faire en sorte que le procès se déroule dans le cadre établi par les conspirateurs qui ont piégé Clinton en premier lieu. La question à considérer n'est pas le véritable objectif de la cabale de droite qui a provoqué le procès en destitution, mais si oui ou non Clinton a commis un « parjure » et une « obstruction à la justice ».

Les propos d'ouverture tenus par Henry Hyde, président du comité judiciaire de la Chambre, James Sensenbrenner, Asa Hutchinson et d'autres membres de la bande étaient imprégnés de charlatanerie et de tromperie. Ils ont fait de l'affaire Paula Jones, qui a été orchestrée par l'extrême-droite pour déstabiliser l'administration Clinton, un cas de « droits civiques ». Transformant Paula Jones en champion des droits civiques et de la justice pour les femmes, Sensenbrenner a soutenu que le retrait de Clinton était nécessaire pour défendre l'égalité raciale et l'égalité des genres. Cette position serait risible si son but n'était pas si réactionnaire et dangereux pour la classe ouvrière.

Elle est d'autant plus absurde étant donné -- fait connu par Sensenbrenner et tous les autres réunis au Sénat -- qu'un des accusateurs républicains, le représentant de la Géorgie, Bob Barr, ainsi que le dirigeant de la majorité républicaine au Sénat, Trent Lott, ont été démasqués comme étant des partisans d'une organisation prônant la suprématie de la race blanche, organisation connue sous le nom de Conseil des citoyens conservateurs (Council of Conservative Citizens).

La stratégie républicaine ne peut réussir que dans la mesure où les Démocrates refusent de démasquer la conspiration politique qui se cache derrière la campagne pour la destitution. La Maison blanche et les Démocrates n'ont cependant aucune intention de le faire et restent par conséquent entièrement sur la défensive. Dans la première semaine du procès, ils ont accordé aux Républicains une énorme victoire politique en votant à l'unanimité avec eux une résolution sur les procédures à suivre, donnant ainsi aux délibérations un élément indispensable aux conspirateurs républicains : un semblant de légitimité constitutionnelle.

Les Démocrates ont maintenant accepté le cadre tracé par les Républicains pour le jugement de Clinton. La stratégie de la Maison blanche, en tant que telle, consiste à s'opposer à la comparution de témoins, tout en soutenant que la gravité des offenses dont est accusé Clinton dans les articles de destitution ne justifient pas celle-ci. Cette position fait le jeu des ennemis de Clinton. Elle leur permet de parader en tant que défenseurs de la vérité et de la loi, tout en présentant la Maison blanche comme la partie coupable qui cherche à tout prix à éviter l'entière présentation des faits.

La seule stratégie efficace et conséquente pour la Maison blanche aurait été de démasquer le caractère frauduleux du procès au Sénat et de dénoncer la campagne de destitution pour ce qu'elle est, à savoir : un coup d'état politique. Si les démocrates étaient vraiment prêts à mener une lutte, ils auraient utilisé la comparution de témoins exigée par les Républicains comme une occasion en or pour faire venir à la barre toute une série de gens impliqués dans la conspiration politique: Kenneth Starr, Linda Tripp, Lucianne Goldberg, les avocats de Paula Jones, l'éditeur de droite Richard Mellon Scaife, pour n'en nommer que quelques-uns.

Mais les Démocrates rejettent cette option du revers de la main, malgré une vaste opposition populaire au processus de destitution. Toute l'attitude de Clinton, de la provocation de Whitewater jusqu'à ce jour, a été marquée par une série sans fin de manoeuvres et de concessions. Le seul fil conducteur a été le refus de la Maison blanche et du parti démocrate de démasquer les machinations de la droite et de faire appel au peuple américain pour repousser l'assaut sur les droits démocratiques.

C'est ce qui permet aux Républicains de maintenir et d'intensifier leur offensive. Ceux-ci exigent maintenant la comparution de Clinton devant le Sénat, nouveau piège légal et politique dressé devant la Maison blanche. Ils tiennent au même moment des séances secrètes de planification entre les « jurés » du Sénat et les accusateurs de la Chambre.

Les Républicains cherchent à prolonger le procès aussi longtemps qu'ils le peuvent. Ils se disent que plus il dure sans la moindre résistance des Démocrates, plus l'opposition populaire va s'éroder.

Quelque soit le résultat du procès de destitution, qu'il se termine par l'acquittement, la condamnation ou la démission de Clinton, le fait même que de telles délibérations prennent place est le signe annonciateur d'une crise politique sans précédent et d'une profonde fissure au sein des institutions démocratiques américaines.

Une cabale de politiciens néo-fascistes, de conspirateurs professionnels de droite, et de journalistes à sensations, a été capable de piéger un président élu et de manipuler une affaire sexuelle pour engager un procès en destitution sans aucune opposition de taille au sein de l'establishment politique. Il s'agit là d'un fait politique ayant de très vastes implications.

Toute crise politique sérieuse réflète en dernière analyse de profondes divisions et tensions sociales. La campagne de destitution ne fait pas exception. C'est l'expression de la polarisation sociale de la société américaine, laquelle a produit un système politique complètement coupé des vastes couches de la population.

Dans de telles conditions, les forces les plus réactionnaires sont capables d'exercer un énorme pouvoir politique, sans proportion aucune avec leur véritable base de soutien populaire. Elles exploitent la désorientation et la désorganisation politiques de la masse des travailleurs. Telles sont les conditions qui ont donné naissance au spectacle qui se déroule actuellement au Sénat.

Les Démocrates parlent en privé de la politique néo-fasciste des Républicains qui mènent la campagne pour le retrait de Clinton. Le <Irish Times> de vendredi dernier rapporte une déclaration extraordinaire du chef de la minorité démocrate en Chambre, Richard Gephardt, lequel s'adressait à un groupe de leaders féministes:

« Il ne s'agit pas de politique », a-t-il déclaré, en parlant de la campagne de destitution. « Il s'agit de Dieu. Le parti républicain est tombé aux mains de fanatiques religieux. Ils se foutent de ce qui arrive au niveau politique. Ils haïssent ce gars. Et ils veulent s'en débarasser même si ça leur fait du tort ».

Quelle est la signification politique d'une telle déclaration? Le chef de la minorité démocrate est conscient du fait que les deux chambres du Congrès sont contrôlées par des réactionnaires extrémistes qui ne se sentent aucunement liés aux normes politiques traditionnelles de la démocratie bourgeoise, et dont l'objectif est l'éclatement du système constitutionnel actuel et l'établissement d'un régime autoritaire de droite.

Mais Gephardt et le parti démocrate en son entier refusent d'alerter le peuple américain quant à la nature de ces forces. Les Démocrates se sont non seulement montrés incapables de repousser l'assaut de la droite, mais ils en sont complices. Tous leurs efforts visent à cacher au peuple américain la menace qui pèse sur leurs droits démocratiques. Les médias collaborent aussi à cette opération-camouflage. Fait significatif, les commentaires de Gephardt n'ont pas été publiés dans la presse américaine.

La question cruciale qui se pose à la classe ouvrière n'est pas la défense de Clinton, mais la défense de ses droits démocratiques contre un assaut mené par la droite sur les institutions traditionnelles de la démocratie bourgeoise. La classe ouvrière doit s'opposer à cet assaut, mais elle pourra le faire seulement si elle comprend clairement que l'offensive contre les droits démocratiques est l'expression de la crise de tout le système social et politique.

Il ne s'agit pas de compter sur le parti démocrate ou de chercher à réanimer les institutions corrompues de l'ordre capitaliste. L'histoire du vingtième siècle abonde en tragiques défaites causées par une telle politique. La conspiration politique qui sous-tend la campagne de destitution soulève la nécessité pour la classe ouvrière de bâtir son propre parti de masse afin de placer la société sur une base véritablement démocratique et égalitaire, c'est-à-dire socialiste.

Sources WSWS

 

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