Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de SARAH MARKUS
  • Le blog de SARAH MARKUS
  • : Vladimir Poutine est un homme d'envergure, grand visionnaire pour son pays et le seul chef d'état au monde à ne pas trembler devant les Etats-Unis.
  • Contact

Texte Libre

Il y a  

  personne(s) sur ce blog

Recherche

Archives

17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 12:43

 

 

La guerre intérieure de Bush : vers un état policier

 

par le comité de rédaction du WSWS
7 novembre 2001

 

Depuis les attentats terroristes sur New York et Washington le 11 septembre, les États-Unis ont connu une transformation radicale de leur structure gouvernementale, des rapports de la population avec la police et les forces armées ainsi que du cadre constitutionnel et judiciaire.

La Maison blanche s'est octroyée de nouveaux pouvoirs importants de répression intérieure, établissant en vertu d'un ordre exécutif un Bureau de la sécurité intérieure qui n'est pas supervisé par le Congrès. De plus, la nomination des membres de ce bureau n'est pas soumise à un vote d'approbation du Congrès. Une agence unifiée de police politique est en train d'être créée avec la loi «anti-terroriste» qui regroupe en fait le FBI et la CIA et abolit la vieille séparation entre l'espionnage à l'étranger et le contre-espionnage domestique.

En parallèle avec les bombardements en Afghanistan, l'administration Bush a déclaré qu'il y avait un deuxième front de guerre, la guerre à l'intérieur. Le gouvernement fédéral lance des «alertes à la terreur» vagues et sans justifications, qui créent une anxiété chez la population sans pour autant lui offrir la moindre protection. Les porte-paroles du gouvernement demandent à la population d'accepter des mesures telles que les fouilles policières à l'improviste. Les barrages policiers au hasard sont maintenant partie prenante du quotidien. Les troupes de la garde nationale patrouillent les aéroports, les ports, les ponts, les tunnels et même le Capitole à Washington.

Les garde-fous fondamentaux offerts par la Constitution, tel l'habeas corpus, le droit d'un accusé à connaître les accusations qui sont portées contre lui et même la présomption d'innocence, ont été foulés aux pieds pour des millions d'immigrants du Moyen Orient et de l'Asie centrale. Le droit à la vie privée n'est plus qu'un souvenir pour l'ensemble de la population, les agences gouvernementales ayant le feu vert pour installer des micros sur les lignes, contrôler les transactions financières et entreprendre toute autre forme d'espionnage, à toutes fins pratiques sans la moindre entrave.

Si le 10 septembre l'on avait montré les États-Unis d'aujourd'hui à l'Américain moyen, sa réaction aurait probablement été : «Ce n'est pas les États-Unis que je connais. On dirait plutôt un État policier.»

C'est une amère ironie qu'un tel assaut contre les droits démocratiques soit mené au nom de la guerre pour défendre la «liberté» et la «démocratie» contre le terrorisme. Mais ni l'administration Bush, ni son collaborateur qu'est le Parti démocrate, ni une presse soumise et complice ne se donnent la peine d'expliquer pourquoi le gouvernement américain n'a jamais, de tout le vingtième siècle, concentré de tels pouvoirs entre ses mains. Ni lors de la Première guerre mondiale, ni de la Deuxième, pas plus qu'au cours de la guerre froide, lorsque les adversaires étaient de puissants États lourdement armés, n'a-t-on vu une restructuration de l'appareil gouvernemental et judiciaire comparable à celui que l'on voit aujourd'hui. Pourquoi en est-il ainsi, alors que l'ennemi est censé être un petit groupe de terroristes basé dans des cavernes d'un des pays les plus pauvres du monde ?


 

La loi anti-terroriste

 

Un des éléments cruciaux de l'assaut contre les libertés civiles est la nouvelle loi «anti-terroriste» qui fut votée à toutes vapeurs par le Congrès et est entrée en vigueur moins de cinq semaines après les attaques terroristes. La loi définit le terrorisme de telle façon qu'elle pourrait être utilisée pour restreindre des activités politiques et le droit de parole garantis par la Charte des droits de la constitution américaine. Elle octroie de larges pouvoirs aux agences policières, leur permettant d'effectuer des fouilles secrètes, de mener des opérations très étendues d'écoute électronique et de détenir indéfiniment des individus soupçonnés de terrorisme. Quelqu'un n'ayant pas la citoyenneté américaine, y compris un immigrant reçu, peut se voir interdire l'entrée aux États-Unis pour avoir exprimé son opinion politique et peut être déporté si l'on juge qu'ils a des liens même anodins avec une organisation déclarée terroriste par le gouvernement. Le procureur général, John Ashcroft, a fait passer le nombre d' organisations jugées telles de 46 à 74 la semaine passée.

La levée de la «séparation» qu'il y avait entre les agences du renseignement intérieur et extérieur est une des provisions les plus inquiétantes de la loi. La CIA a maintenant le pouvoir d'échanger des informations avec le FBI, et se trouve en fait à collaborer avec lui pour l'espionnage intérieur et la préparation des poursuites criminelles. De même, le FBI pourra transmettre à la CIA, sans qu'il soit nécessaire d'obtenir au préalable le consentement d'une cour, des informations recueillies lors de commissions d'enquête à huis clos, ce qui donnera à l'agence d'espionnage l'accès à des renseignements intérieurs qui lui étaient inaccessibles auparavant.

Le 4 novembre, le Washington Post a publié un article au titre menaçant : «Un géant du renseignement en gestation : la loi anti-terroriste donnera naissance à une organisation d'une ampleur sans précédent». L'article indique qu'en insistant sur les provisions de la loi ayant trait à l'écoute et à la surveillance électronique, la presse détournait l'attention des clauses qui modifiaient fondamentalement le fonctionnement des agences de renseignement américaines. Selon le Post, un des aspects les plus importants de la loi est le fait qu'elle «donne le pouvoir au gouvernement de faire passer la mission première du FBI de la résolution de crimes à la collecte d'informations à l'intérieur du pays».

La loi rend caduques les réformes législatives de la Foreign Intelligence Surveillance Act (loi sur le contre-espionnage) de 1978, qui séparait les enquêtes criminelles du FBI des opérations de collecte d'informations sur l'espionnage étranger et le terrorisme international. Le Post écrit: «la loi met en fait un terme à des mesures législatives de stricte séparation mises en place il y a 25 ans suite au Watergate, lorsque la population apprit avec stupeur que le président avait utilisé les services du renseignement contre des activistes politiques».

Ces changements dépassent la simple augmentation de certains pouvoirs d'enquête. Ils constituent une restructuration fondamentale de l'appareil de police et de renseignement pour accroître tant sa taille que la portée de ses activités.

Au cours des derniers jours, les représentants du gouvernement fédéral ont exigé que soient levées les limitations législatives sur les pouvoirs de la police municipale et de la police d'État. L'adjoint au procureur général, Larry Thompson, s'est plaint du fait que les agents du secrétariat à la Justice «n'ont pas assez d'yeux et d'oreilles» pour contrôler les personnes soupçonnées d'être des terroristes, et a ajouté que les limitations imposées aux services de polices municipaux «devraient être révisées».

Plusieurs services de police au niveau local ont déjà passé outre aux règles de collecte d'informations mises en place pour protéger les droits garantis par le Premier amendement. Le mois passé, la commission de la police de Los Angeles a voté pour assouplir les mesures qu'elle avait adoptées au début des années 1980 après des révélations publiques que la police espionnait des opposants à la guerre, des politiciens libéraux et d'autres dissidents politiques. Des corps policiers d'autres grandes villes se préparent à ressusciter les méthodes d'espionnage mises en oeuvre lors des opérations «escadron rouge».


 

Terroriser la population

 

Le 29 octobre, le gouvernement a émis sa deuxième alerte générale au terrorisme en moins de trois semaines. Déclarant qu'il fallait s'attendre à des attaques terroristes de grande ampleur contre les États-Unis ou des intérêts américains à travers le monde au cours des prochains jours, le Procureur général, John Ashcroft, n'a donné aucune indication sur les cibles, les moyens d'attaques ou les auteurs les plus probables. Il n'a donné aucune information qui viendrait appuyer son annonce d'un danger imminent, ni la moindre indication à la population sur la façon dont elle devait se préparer au danger. Toutefois, il a donné un conseil aux 18.000 agences de polices municipales et de polices d'État de «demeurer au plus haut niveau d'alerte et d'avertir immédiatement le FBI de toute activité inhabituelle ou suspecte».

Alors qu'il demandait à la population d'accepter les mesures extraordinaires, tels les barrages ou les fouilles aléatoires par la police ou la garde nationale, ou encore les interrogatoires par le FBI, Ashcroft a dit : «Nous demandons la patience et la coopération des Américains si jamais ils devaient subir des mesures supplémentaires prises par les agents de la paix municipaux, les autorités fédérales ou d'autres personnes responsables d'assurer la sécurité de la population».

Conséquence immédiate de l'alerte, les troupes de la garde nationale furent déployées dans plusieurs États à des centres de transport, des usines de traitement des eaux et des centrales nucléaires. Ces troupes venaient s'ajouter à celles déjà en place dans les principaux aéroports depuis les événements du 11 septembre.

À la fin de la semaine, le leader de la minorité en Chambre, Richard Gephardt, a annoncé que le Congrès avait obtenu l'appui des deux partis pour que des soldats armés soient affectés au Capitole. La Cour suprême a plus tard annoncé qu'elle interdirait l'accès du public à ses procès.

Le gouvernement a déclaré que les «alertes au terrorisme» avaient pour but d'avertir et de protéger la population. Mais sans informations plus précises sur la menace imminente, par exemple où et quand les terroristes ont-ils l'intention de frapper, qu'attend-on au juste de la population ? Des alertes aussi vagues sont essentiellement frauduleuses. Elles ont pour véritable objectif d'accoutumer la population aux invasions de la vie privée, au démantèlement des garanties constitutionnelles et à la militarisation généralisée de la société. Les autorités veulent que la population accepte le déploiement des troupes sur les sites des aéroports, des édifices publics, des ponts, des postes douaniers et dans les rues comme étant un fait normal de la vie.

L'administration Bush a saisi l'occasion que lui offraient les attaques à l'anthrax pour forcer la population à accepter d'autres atteintes aux libertés civiles. Même si les informations publiées à ce jour portent à croire que ce sont des éléments d'extrême-droite du genre Timothy McVeigh qui sont les principaux suspects dans cette affaire, la Maison blanche et les médias ont constamment suggéré que c'était Oussama Ben Laden qui était responsable des attaques à l'anthrax, décrivant Al Qaida comme une menace toute-puissante et pernicieuse.

Les alertes comme celles du 11 et du 29 octobre ont pour but de favoriser la consolidation d'un nouvel appareil de répression intérieure. Le 29 octobre, le jour même de la dernière alerte, Bush présidait la première réunion du Conseil de la sécurité intérieure. Cet organisme nouveau et sans précédent a pour membres, en plus de l'ancien gouverneur Tom Ridge qui fut nommé au poste de directeur, le vice-président, le procureur général, les secrétaires de la Défense, du Trésor, des Transports, de la Santé et des Ressources humaines ainsi que les dirigeants du CIA et du FBI. Les pouvoirs de ce Conseil aussi bien que ceux du Bureau de la sécurité intérieure sont vagues et indéfinis, et par conséquent pratiquement illimités.

À la suite de cette réunion, Bush a annoncé qu'une autre agence serait formée sans qu'il ne précise les pouvoirs policiers qui lui seraient dévolus : «la commission pour pourchasser les terroristes étrangers», dirigée par Ashcroft. La création de cette commission fait partie d'une nouvelle politique sur les frontières qui permettra au gouvernement d'interdire plus facilement l'entrée au pays aux immigrants qui auraient des liens présumés avec des terroristes et de prendre des mesures énergiques contre les demandeurs ou les détenteurs de visas étudiants.


 

Immigrants arrêtés en masse

 

Ces profonds changements ont lieu alors que l'étau de la sécurité nationale mis en place après le 11 septembre se resserre. Plus de 1.100 personnes sont maintenant sous les verrous. Bien que les représentants fédéraux refusent de dire combien de ces détenus ont été libérés, un porte-parole du département de la Justice a fait savoir qu' «une majorité» d'entre eux est encore en détention. L'arrestation de ces individus reste entourée de secret, le gouvernement ne fournissant aucunes informations quant à leur identité, les raisons de leur détention et les accusations portées contre eux.

Plusieurs sont gardés en isolement dans leurs cellules. Les familles de certains suspects sont sans nouvelles d'eux, tandis que d'autres n'ont pas d'avocat ou n'ont pas été autorisés à entrer en contact avec celui-ci. L'action légale lancée contre ces détenus se fait généralement devant des tribunaux siégeant en secret et dont les documents sont inaccessibles au public. Tout cela dans le but de garder les opérations que mènent les agences policières du fédéral et des états loin des yeux du grand public.

Des groupes de défense des droits et libertés, et quelques membres du Congrès, ont réclamé des informations à propos de ces détentions. Le département de la Justice a rejeté ces appels sans donner la moindre explication pour le maintien d'un si grand secret. Martin, directeur du Centre d'études sur la sécurité nationale, a jugé la conduite du gouvernement au cours de l'enquête «dangereusement proche de la pratique qui consiste en Amérique latine à faire 'disparaître' des gens».

Après chacun des deux états d'alerte nationale contre le terrorisme décrétés depuis le 11 septembre, le nombre de victimes de ces rafles policières a vite augmenté, triplant au cours des dernières semaines. L'un des buts premiers de ces états d'alerte est de lancer un signal à la police pour qu'elle intensifie ses activités de surveillance et emprisonne encore plus de suspects.

Bien que les attentats meurtriers sur le World Trade Center et le Pentagone aient servi de prétexte à ces arrestations en masse, pas une seule accusation liée aux attaques du 11 septembre n'a été portée contre un quelconque détenu. Le département de la Justice admet lui-même que des soupçons non prouvés de liens avec les pirates de l'air ne pèsent que sur 10 ou 12 de ces détenus. La grande majorité des arrestations vise un autre but, qui n'a rien à voir avec une quelconque enquête sur l'attaque terroriste : il s'agit d'intimider la population immigrée et d'habituer le peuple américain en son entier à des méthodes associées jusqu'à présent à des dictatures militaro-policières.


 

Une «guerre sur deux fronts»

 

Des représentants du gouvernement ont insisté sur le fait que les mesures anti-terroristes adoptées dans les dernières semaines ne devaient pas être considérées comme étant temporaires. Lors d'un point de presse le 29 octobre, Ridge a déclaré : «Nous voulons que l'Amérique soit en haut niveau d'alerte. Et de temps en temps, il se peut qu'on émette un nouvel avis d'alerte générale.»

Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a ouvertement affirmé dans le Washington Post du 1er novembre que le peuple américain devait non seulement accepter une guerre indéterminée contre le terrorisme, mais aussi «se préparer à la prochaine guerre, qui pourrait bien être très différente non seulement de celles du siècle écoulé, mais aussi de la nouvelle guerre contre le terrorisme que nous menons aujourd'hui». Autrement dit, l'Amérique se met sur un pied de guerre, non pas pour la durée d'un conflit déterminé en Afghanistan, mais de façon indéfinie. Par conséquent, les mesures policières intérieures prises aujourd'hui par le gouvernement doivent aussi être acceptées comme un état de choses permanent .

Un nouveau refrain a fait son apparition dans les déclarations officielles de l'administration Bush : l'Amérique mène «une guerre sur deux fronts». En lançant une alerte au terrorisme la semaine dernière, Ashcroft a déclaré : «J'ai confiance que le peuple américain comprendra le conflit dans son contexte, c'est-à-dire un front à l'étranger et un autre front ici aux États-Unis.»

Ridge a déclaré le lendemain: «Nous sommes engagés dans une guerre sur deux fronts contre le terrorisme». Dans un discours prononcé le 31 octobre pour prôner son plan de stimulus économique, Bush a répété cette litanie: «Pour la première fois dans l'histoire de notre nation, une partie de la bataille se joue à l'intérieur du pays».

La signification exacte de cette «guerre sur deux fronts» n'est jamais expliquée. Mais à la lumière des mesures de sécurité extraordinaires prises par le gouvernement depuis le 11 septembre, les références à une bataille menée sur le «front intérieur» prennent un sinistre sens. Par leur tentative de créer une atmosphère de crainte et d'hystérie au sujet de menaces terroristes imminentes, les autorités veulent faire passer tous ceux qui ont été détenus dans le cadre de leur enquête, qu'il y ait ou non des preuves contre eux, comme «l'ennemi». Les mêmes méthodes seront utilisées contre ceux qui s'opposent à la guerre contre l'Afghanistan et aux autres politiques du gouvernement, tant sur le plan international que national.


 

Avant et après le 11 septembre

 

Les gestes posés par le gouvernement dans la période qui a suivi le 11 septembre constituent l'attaque sur les droits et libertés la plus sérieuse et la plus soutenue dans l'histoire des États-Unis. Personne ne devrait croire que c'est seulement en réaction aux attaques sur le World Trade Center et le Pentagone. De telles mesures sont réclamées depuis longtemps par les sections les plus à droite de l'élite dirigeante, qui ont exploité les événements tragiques du 11 septembre pour réaliser leur projet de politique intérieure, tout comme elles s'en servent pour lancer une intervention militaire américaine dans l'Asie centrale riche en pétrole.

Ces vastes changements sont le point culminant de deux décennies de réaction politique et d'assaut sur les droits démocratiques. Deux décennies qui ont vu un accroissement régulier des forces répressives de l'état, y compris l'emprisonnement de deux millions d'Américains, la mise de milliers d'autres en attente d'une peine de mort, des restrictions légales des droits des accusés, et l'extension des pouvoirs policiers d'espionnage et de surveillance électronique. Il y a parallèlement eu l'apparition d'une droite aux penchants fascistes sans grand soutien populaire mais jouissant d'une énorme influence au sein du parti républicain, du Congrès et maintenant à la Maison blanche.

Ceux qui prétendent que la récente escalade de l'assaut sur les droits et libertés n'est qu'une réponse au 11 septembre passent sous silence le fait critique que l'administration Bush est montée au pouvoir sur la base d'un assaut sans précédent sur le droit démocratique le plus élémentaire, le droit de vote. La campagne menée par Bush et le parti républicain pour voler l'élection et prendre le pouvoir, même après avoir perdu le vote populaire à l'échelle nationale, a été sanctionnée par une décision de la majorité de droite de la cour suprême américaine. Celle-ci a stoppé le décompte manuel prescrit par la loi dans l'état clé de la Floride, et donné ainsi la présidence à Bush. Un gouvernement qui prend le pouvoir au moyen de la fraude et de la conspiration doit gouverner par les mêmes méthodes.

Il s'agit d'une administration dont la politique intérieure et extérieure est taillée sur mesure pour la couche la plus riche et la plus privilégiée de la société américaine. C'est aussi une administration de crise. Avant les attaques terroristes, l'administration Bush montrait tous les signes d'un désarroi interne. Sa base sociale de soutien déjà mince se voyait minée par l'impact d'une récession économique grandissante, tant aux États-Unis qu'à l'échelle internationale.

Les républicains avaient perdu contrôle du Sénat, et au niveau international, l'administration Bush était de plus en plus isolée, tant ses alliés nominaux que ses ennemis condamnant sa posture agressive et unilatérale. Les événements du 11 septembre ont été vus par ceux qui dirigent l'administration Bush comme l'occasion de renforcer le gouvernement et rallier un soutien populaire en lançant un assaut militaire sur les supposés coupables. Il fallait au même moment se préparer à une éruption des luttes sociales face à la hausse du chômage, la récession grandissante et la politique pro-patronale du gouvernement. Pour ce faire, il fallait élargir et restructurer les pouvoirs répressifs de l'état.

La campagne «anti-terroriste» menée par l'Administration Bush à l'intérieur des États-Unis doit être un sérieux avertissement. Après la débâcle de la Floride en novembre et décembre 2000, de nombreux commentaires complaisants avaient paru dans la presse. Leur thème commun était que, contrairement à d'autres pays, la lutte politique amère ayant fait rage aux États-Unis ne s'était pas terminée avec l'apparition de tanks dans les rues. Maintenant les tanks sont dans les rues, et des soldats encerclent le Capitole, dans ce qu'on pourrait appeler un coup d'état au ralenti.

Toutes les normes traditionnelles de la démocratie bourgeoise aux États-Unis sont remises en question. L'administration Bush exprime le mépris pour la démocratie que ressentent de puissantes sections de l'oligarchie industrielle et financière des États-Unis, ainsi que leurs alliés aux penchants fascistes réunis au sein de la droite chrétienne, du lobby pour la possession d'armes à feu, et des milices. Tous ces éléments sont déterminés à aller aussi loin qu'ils le peuvent dans l'établissement d'un régime autoritaire. Des concepts tels que la séparation des pouvoirs entre les trois branches du gouvernement et le contrôle législatif de l'exécutif sont mis au rancart dans une tentative de renforcer les pouvoirs policiers de l'exécutif fédéral.

Ça vaut la peine de noter qu'au plus haut point de la grande peur de l'anthrax, à la mi-octobre, les républicains du Congrès réclamaient la fermeture et un ajournement indéfini du Congrès. Cela aurait facilité leur tentative d'aplanir tous les obstacles devant Bush, le FBI, la CIA et les forces armées, et de donner carte blanche à ces éléments dans les opérations qu'ils mènent tant à l'étranger qu'à l'intérieur du pays.

La guerre de l'administration Bush contre les droits démocratiques a mis à nu l'incapacité du parti démocrate à offrir la moindre opposition sérieuse aux forces d'extrême-droite qui dominent le parti républicain. En l'espace de quelques heures après les attaques du 11 septembre, les Démocrates promettaient un appui inconditionnel à la Maison blanche de Bush, déclarant que la dissidence politique n'était plus acceptable. La direction démocrate s'est non seulement mise au pas pour donner à Bush un mandat illimité pour mener la guerre à l'étranger, elle a aussi assuré le passage de sa loi «anti-terroriste». Elle a aussi torpillé toute enquête sur l'échec inexpliqué des services de renseignement qui a permis les attaques du 11 septembre, et cautionné la destruction des protections constitutionnelles.

L'effondrement politique du Parti Démocrate est le point culminant d'un long processus d'adaptation aux sections les plus à droite de l'élite dirigeante. Dans leur réponse pleine de lâcheté d'abord à la conspiration républicaine pour la destitution de Clinton, puis au vol des élections de l'an 2000, les Démocrates avaient déjà démontré qu'ils ne pouvaient, ni ne voulaient, défendre les droits démocratiques.

Même si pour le moment la grande majorité de ceux qui ont été saisis dans l'étau du gouvernement sont des immigrants originaires du Moyen-Orient et de l'Asie Centrale, c'est seulement une question de temps avant que ces méthodes anti-démocratiques ne soient plus largement utilisées. L'offensive tous azimuts sur les droits démocratiques ne peut être combattue que par l'organisation de la classe ouvrière en tant que force indépendante qui unisse toutes les sections des travailleurs, qu'ils soient immigrés ou nés aux États-Unis, dans une lutte politique contre l'oligarchie financière et ses représentants politiques.

Voir aussi :

Sources WSWS

Posté par Adrian aEvangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article
16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 15:13

 

 

La guerre de Bush aux États-Unis :

censure gouvernementale, secrets et mensonges

 

par Patrick Martin


13 octobre 2001

 

Durant le mois qui s'est écoulé depuis les attentats terroristes à New York et à Washington, les activités quotidiennes du gouvernement ont changé du tout au tout et de puissantes tendances vers des méthodes dictatoriales et antidémocratiques de gouverner se sont affirmées.

L'administration Bush a cherché à imposer un secret plus étanche que celui qui prévalait lors de la Deuxième guerre mondiale, a fait pression sur les médias pour que ces derniers censurent les déclarations de ses opposants et les reportages sur les cibles de l'opération militaire en Asie centrale au même moment qu'elle entreprenait des arrestations et des détentions arbitraires sans procès sur une échelle jamais vu en Amérique depuis quatre-vingts années.

Le Parti démocrate a été un partenaire consentant de cet assaut lancé contre les droits démocratiques. La semaine passée, le Comité juridique de la Chambre des représentants a voté à 36 contre 0 pour un ensemble de mesures répressives qu'avait demandé l'administration Bush au nom de la lutte au terrorisme. Le Sénat a approuvé une loi semblable à 96 contre 1 le onze octobre, et dès la semaine prochaine, les lois devraient être adoptées en dernière lecture.

La loi votée à la Chambre des représentants a étendu les pouvoirs du FBI de façon significative en lui permettant d'espionner les téléphones cellulaires ainsi que l'internet, d'échanger les informations qu'il aurait obtenues avec les autres agences gouvernementales et de détenir des immigrants sur ordre du Procureur général, et tout ceci sans la supervision d'une cour de justice.

Le Sénat a voté sa version de loi antiterroriste après une suite de défaites cinglantes pour tous les amendements qu'avaient introduits le sénateur du Wisconsin, Russell Feingold, le seul à avoir voté contre la loi. Feingold a déclaré que les mesures prévues à la loi autoriseraient le FBI à espionner de vastes pans de la vie américaine qui n'ont aucun lien possible avec les attentats terroristes du 11 septembre.

Une clause permet au FBI de surveiller les communications par internet de toute personne qui a eu accès à un ordinateur « sans autorisation ». Les termes utilisés sont tellement vagues qu'ils pourraient s'appliquer à tout employé qui utilise un ordinateur de compagnie ou du gouvernement pour faire un achat en ligne ou encore à un adolescent qui accéderait à un site non-autorisé dans une bibliothèque

La loi votée au Sénat signifie dans les faits la militarisation du FBI et des autres agences gouvernementales. Comme l'a déclaré le président du Comité sur le renseignement, Bob Graham, un démocrate de la Floride : « S'il fallait ne donner qu'un unique objectif de la loi anti-terrorisme, il faudrait dire que c'est que l'attention soit donnée à prévenir les activités qui menacent les vies des citoyens américains plutôt que de réagir à des gestes qui ont déjà été posés. Nous ne pouvons plus continuer à utiliser des informations cruciales seulement pour les procès. « En pratique, cela signifie que ces agences n'auront plus comme raison d'exister de faire respecter la loi, telle que cela est habituellement compris, mais qu'elles deviennent des extensions du Pentagone dans la « guerre au terrorisme ».

Les deux lois ont été baptisées comme dans un roman de Orwell. La loi du Sénat s'appelle « Uniting and Strengthening America Act » (Unir et renforcer l'Amérique), ce qui lui donne USA comme acronyme, et celle de la Chambre des représentants se nomme « Provide Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act of 2001 » (Fournir les outils pour intercepter et bloquer le terrorisme), spécialement choisi parce que son acronyme est PATRIOT.

Les deux lois définissent le terrorisme de façon si large qu'une personne qui n'entreprendrait qu'une activité politique tout à fait pacifique, comme faire un piquet de grève ou la désobéissance civile, pourrait être l'objet d'écoute électronique, d'espionnage des communications par internet, de détention de durée indéterminée et de procédures judiciaires secrètes.

 

Répression et couverture

 

L'expérience de milliers d'Américains arabes ou musulmans nous donne une idée de l'usage qui fera le gouvernement fédéral de ses nouveaux pouvoirs. Plus de 600 personnes ont été arrêtées ou détenues par le FBI et d'autres corps policiers, leurs droits civiques étant systématiquement niés.

Seulement une poignée parmi tous ceux qui furent arrêtés ou détenus ont pu consulter un avocat, un signe clair que ces prisonniers n'ont pas été informés de leur droit à un avocat ou se sont vus refuser ce droit. Un avocat, Mitchell Gray, a décrit pour le Washington Post la situation absurde dans laquelle le mettait les autorités pénitentiaires en lui demandant d'obtenir une autorisation écrite signée par son client.

« J'ai discuté plusieurs fois avec le service de l'immigration et de la citoyenneté, et personne ne voulait me dire où il se trouvait, a dit Gray. Ils me demandent "Avez-vous le formulaire G-28 signé par cet homme ? Nous ne pouvons pas vous laisser le voir si vous n'avez pas le formulaire G-28." Comment est-ce possible de faire signer ce formulaire G-28 si je ne peux pas le voir ? »

Les représentants des forces policières ne divulguaient pratiquement aucune information sur les arrestations. On ne connaît que quelques noms, et les familles ne pouvaient savoir où les prisonniers étaient détenus ou encore quelles accusations on portait contre eux. Un fait est clair cependant : pas une seule personne parmi les 600 qui furent arrêtées n'a été accusée en rapport avec les attaques suicide du 11 septembre. La plupart sont détenus parce qu'ils contreviendraient à certaines formalités de la loi sur l'immigration ou des infractions au code de la route qui n'auraient jamais entraîné d'incarcération avant les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone.

Avec une litanie d'avertissements vagues et d`inquiétudes sur de futurs attentats terroristes, l'administration Bush cherche à créer un climat d'hystérie dans la population pour avoir un appui non seulement pour des mesures répressives à court terme, mais encore pour un cadre institutionnel complètement nouveau pour cibler les opposants américains à l'intervention militaire des États-Unis en Asie centrale, au Moyen-Orient et ailleurs.

Le tout nouveau secrétariat de la Sécurité intérieure sera la pierre de touche du nouvel édifice de l'état policier. En nommant le gouverneur Ridge comme adjoint à la Maison blanche, Bush a complètement court-circuité le Congrès américain, qui ne donnera pas son accord à la nomination, ni ne supervisera le travail de Ridge.

Au même moment, le Pentagone a reçu l'ordre de former, pour la première fois dans l'histoire des États-Unis, un cabinet du commandant-en-chef des États-Unis, un quartier général d'où toutes les opérations militaires dans l'hémisphère occidental seront coordonnées, avec pour objectif principal la défense des États-Unis. Ce cabinet intégrera quatre branches de l'armée, y compris le Southern Command qui gère les opérations militaires en Amérique du Sud et bien connu pour les coups d'état militaires qu'il a fomenté, et le Strategic Command, qui est en charge des armes nucléaires américaines.

Les implications politiques de cette réorganisation politique ont été esquissées par l'adjoint au secrétaire à la Défense, Paul Wolfowiz, qui a dit devant un comité sénatorial la semaine passée qu'il était en faveur d'une révision de la doctrine législative, dite du posse comitatus, adoptée après la Guerre civile américaine qui interdisait que les forces armées interviennent sur le territoire américain.

Déjà, l'administration Bush a approuvé le déploiement de la Garde nationale dans les aéroports, une mesure qui accroît bien peu la sécurité aérienne, mais qui habitue la population à la présence quotidienne des soldats. La prochaine étape sera le déploiement des forces arméees régulières aux États-Unis même pour la première fois depuis au moins un siècle.

Toutes ces mesures ne peuvent se comprendre simplement comme une réponse aux attentats du 11 septembre. Ils faisaient partie de plans développés en relation avec la révision du plan quadriennal de défense par le Pentagone, une série de plans à long terme sur lesquels Wolfowitz et le Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, s'étaient penchés depuis qu'ils avaient été nommés à leur poste au début de cette année. Ceci vient confirmer le fait que l'administration Bush a saisi l'occasion que lui offrait l'attaque terroriste pour mettre en action un train de mesures anti-démocratiques qu'elle préparait de longue date.

 

Les médias dans le rang

 

Le contrôle de la presse fait partie prenante du développement des mesures répressives. Le secrétaire de presse de Bush, Ari Gleischer, a lancé la campagne avec sa déclaration qui fut bien médiatisée qu'il fallait que les Américains devaient « faire attention à ce qu'ils disent » au sujet des opérations de l'armée américaine, des agences du renseignement et de la police. La campagne de la Maison blanche pour amener la presse dans le rang n'a rencontré à peu près pas d'opposition des immenses compagnies qui possèdent les réseaux de télévision et les quotidiens.

Selon le New York Times du 7 octobre, Fleischer a déclaré que le public était en armes non pas contre une tendance exagérée au secret de la part du gouvernement, mais contre la trop grande curiosité des médias. « Ce n'est pas ce que les représentants du gouvernement disent qui est remis en question, a-t-il dit. C'est plutôt le type de questions que demandent les journalistes qui pose problème. La presse pose beaucoup de questions que le peuple américain préférerait ne pas voir posées ou répondues. »

Le 10 octobre, la conseillère en sécurité nationale, Condoleeza Rice, a eu un appel conférence avec les dirigeants des cinq réseaux de télévision pour leur demander de ne pas diffuser les déclarations d'Ossama Ben Laden, à tout le moins de les censurer. Rice leur a dit que la diffusion de la propagande de Ben Laden minerait les efforts de guerre américains, alors que d'autres représentants de la Maison blanche déclaraient que les enregistrements vidéo de Ben Laden pouvaient contenir des messages codés à des cellules terroristes.

Les arguments politiques et militaires pour justifier cette auto-censure sont absurdes. Personne ne peut sérieusement déclarer que les commentaires enregistrés de Ben Laden louangeant la destruction du World Trade Center et l'assassinat de plus de 5000 personnes va générer un appui significatif chez son auditoire américain. Quant à la suggestion qu'ils puissent contenir un message codé, ce n'est pas la censure de la télévision américaine qui empêchera que leurs destinataires ne les reçoivent. Une personne qui voudrait obtenir son message codé peut facilement trouver les déclarations de Ben Laden sur l'internet et dans des diffusions de ses déclarations par les médias en langue arabe ou d'outre-mer.

Lorsqu'un membre de la presse attaché à la Maison blanche a demandé à Fleischer s'il pouvait présenter une preuve que les bandes vidéo pouvaient contenir des messages codés, le porte-parole de Bush a admis que la supposée menace n'était rien d'autre que des « suppositions ».

Le 11 octobre au matin, les dirigeants des cinq réseaux de télévision ont émis un communiqué conjoint qui expliquait leur décision qui en substance est une capitulation aux demandes gouvernementales. Un dirigeant des réseaux a déclaré au New York Times que cette décision, la première fois que tous les réseaux s'entendent sur une limitation commune sur ce que couvriront les nouvelles, était un geste patriotique.

Auparavant, il y avait déjà eu plusieurs manifestations d'autocensure :

* Knight-Ridder a refusé de publier un rapport qu'USA Today rendit public plus tard selon lequel des unités spéciales des États-Unis avaient débarqué en Afghanistan bien avant le début de la campagne de bombardement. La chaîne de journaux avait acquiescé à la demande du Pentagone de ne pas informer le public américain, même si ce n'était déjà plus un secret pour le régime des talibans. .

* À la suite d'appels téléphoniques de Fleischer, les dirigeants des cinq réseaux de télévision aussi bien que les fils de presse avaient accepté de rapporter à l'avance l'horaire et les rendez-vous de Bush et de Cheney, invoquant des raisons de sécurité.

* Quelque dix-sept organisations ont eu vent que les bombardements débuteraient le 7 octobre, et elles ont toutes accepté de ne rien publier à cet effet avant qu'ils ne commencent.

* L'ensemble des médias américains a accepté de ne pas utiliser explicitement le nom des soldats au combat, y compris pour les marins à bord de navires dans le golfe d'Aden, à plus de 3000 kilomètres de l'Afghanistan. Cette mesure n'a rien à voir avec la protection du secret des opérations ou pour empêcher une vengeance des terroristes, puisque les officiers en poste sont nommés et cités librement. Plutôt, il s'agit de distancier le public américain des soldats du rang, des marins et des pilotes, pour diminuer l'impact des morts attendus sur-le-champ de bataille.

* Les médias ont pour la plupart accepté sans broncher le refus du Pentagone d'offrir toute description des dommages ou des pertes humaines causés par les bombardements de l'Afghanistan. Cette décision est en ligne avec le précédent de la Guerre du Golfe Persique pour laquelle les États-Unis n'ont jamais donné d'estimés des pertes iraquiennes, qui sont souvent supposées se compter par dizaines de milliers.

À ces mesures, il faut ajouter l'effort systématique de bloquer la moindre expression d'une opposition à l'intervention militaire américaine, et d'accoutumer les médias et l'auditoire américain à une censure gouvernementale plus présente.

 

Bush censure le Congrès

 

L'administration Bush cherche à cacher l'information non seulement au public en général, mais aussi au Congrès. Le 5 octobre, Bush a donné l'ordre à l'ensemble de l'appareil national de sécurité de limiter la divulgation d'informations considérées comme secrètes à seulement huit des 535 membres du Congrès : les leaders en chambre de la majorité et de la minorité, le président de la Chambre et le président et les membres importants des comités sur le renseignement à la Chambre des représentants et au Sénat.

Les adjoints de la Maison blanche ont déclaré que des membres du Congrès avaient divulgué de l'information secrète que leur avait transmise John Ashcroft, le procureur général, selon laquelle les « probabilités étaient de cent pour cent » pour que les États-Unis soient la cible d'autres attentats terroristes. Ashcroft avait fait des déclarations du même genre au cours de la semaine qui précédait, mais ce n'est pas ce qui a empêché l'administration Bush d'utiliser la divulgation d'informations données lors d'une allocution au Congrès comme prétexte pour ne plus informer le Congrès. Bush a presque accusé les membres du Congrès de trahison, déclarant : « Je veux que le Congrès me comprenne bien, c'est un comportement inacceptable de divulguer des informations secrètes lorsque la vie de nos soldats est en jeu

L'administration Bush n'a accepté de modérer son blocus sur l'information qu'après que des républicains aient rejoint les démocrates pour s'y opposer, en signalant que la branche exécutive était obligée selon la constitution de rendre des comptes à la législature sur les questions de l'administration de la loi et des dépenses publiques.

 

Un gouvernement secret

 

Une des caractéristiques les plus sordides du nouveau régime est que le vice-président Dick Cheney n'est presque plus présenté publiquement. Après le début des bombardements le 7 octobre, il aurait été mis « en lieu sûr ».

Le jour suivant, Cheney n'a pas participé à la cérémonie d'assermentation du gouverneur de Pennsylvanie Tom Ridge au poste de directeur du nouveau secrétariat à la Sécurité intérieure qui avait lieu dans la Chambre Est de la Maison blanche. Il avait été prévu que Cheney devrait officier la cérémonie, mais ce fut le juge de la Cour suprême Clarence Thomas qui l'a remplacé.

Le vice-président a été évacué de sa résidence officielle et supposément, il participe aux réunions quotidiennes du Conseil de sécurité nationale par vidéoconférence confidentielle plutôt qu'en personne. Le vendredi 12 octobre, cela faisait six jours que l'on avait pas vu Cheney à Washington.

Cette absence est particulièrement significative étant donné l'importance de Cheney dans l'administration Bush. Le vice-président a été décrit comme jouant le rôle clé de chef exécutif alors que Bush joue plutôt celui de président du conseil d'administration. Cheney est responsable des opérations quotidiennes, et est particulièrement influent dans les questions de sécurité nationale, étant donné qu'il était secrétaire de la Défense lors de la Guerre du Golfe Persique en 1990-91.

Lorsque Cheney n'a pris pas la place habituelle du vice-président, assis derrière le président lorsque ce dernier donnait son allocution télévisée à la nation le 20 septembre dernier, les représentants de la Maison blanche avaient déclaré qu'il était sous protection dans un endroit tenu secret à cause de la menace à la sécurité que cela pouvait représenter.

Des rapports de la presse ont laissé entendre que les adjoints politiques de Bush cherchaient à minimiser le rôle public de Cheney de peur que sa plus grande expérience en politique étrangère ne fasse mal paraître Bush. Mais beaucoup plus que le symbolisme ou la mesquinerie sont en jeu pour expliquer la disparation de Cheney. En le gardant éloigné de l'avant-scène, l'administration Bush protège son principal décideur de tout examen public de ses politiques. Cheney dirige ce qui est en fait une branche secrète du gouvernement.

En attaquant l'Afghanistan, les États-Unis cherchent à se positionner dans une des régions les plus importantes stratégiquement parlant et les plus riches en ressources essentielles au monde, l'Asie centrale. Jusqu'à l'effondrement de l'Union Soviétique, l'impérialisme américain n'avait pratiquement aucun accès à cette région. Dans la décennie qui a suivi la dissolution de l'URSS, le Pentagone, la CIA, le département d'État, ainsi que les immenses compagnies pétrolières dont ils défendent les intérêts, ont usé de tous les moyens à leurs dispositions pour y faire une percée.

De la même façon, l'impact qu'a la guerre de l'administration sur les États-Unis est le point culminant d'une longue série de coups portés aux principes constitutionnels et aux processus démocratiques. Tout au long des années 1990, un Parti républicain de plus en plus dominé par les éléments d'extrême-droite a assiégé l'administration Clinton, en fabriquant des preuves et montant des enquêtes bidon pour tenter de la faire tomber.

C'est cette campagne qui a produit le premier procès en destitution d'un président américain de l'histoire, et même si elle n'a pas atteint son objectif de pousser Clinton hors de la présidence, elle a fait la démonstration de combien impotent et paralysé était le Parti démocrate. La campagne pour la destitution a créé les conditions pour ouvrir une brèche dans les processus démocratiques lors du vol de l'élection américaine de l'an 2000, où la Cour suprême des États-Unis est intervenue pour faire stopper le recomptage des votes en Floride et a installé George W. Bush à la Maison blanche.

Un homme qui a été nommé au poste de président malgré le fait qu'il ait perdu les élections dirige maintenant le peuple américain dans une guerre d'une ampleur et d'une durée inconnues et déclare que cette guerre, supposément au nom « de la liberté et de la démocratie », demande que les droits démocratiques les plus élémentaires soient abrogés au pays même.

Voir aussi :

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article
16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 13:16

 

Le juge O'Connor, de la Cour suprême des États-Unis

prévoit des restrictions aux « libertés personnelles »

 

Par John Andrews


10 octobre 2001

 

Le 1er octobre, à la veille de la session 2001-2002 de la Cour suprême, le juge Sandra Day O'Connor a déclaré qu'elle prévoyait que les droits démocratiques seraient restreints comme jamais auparavant dans l'histoire à la suite des attentats terroristes du 11 septembre.

Dans ses propres mots, « Nous verrons probablement plus de restrictions sur nos libertés personnelles que l'on ait jamais vu dans notre pays ».

Elle a fait ces remarques extraordinaires lors d'un discours commémorant l'ouverture du campus à Greenwich Village de l'École de Droit de l'Université de New York. O'Connor a continué : « Il est possible, même probable, que nous nous baserons plus sur les règles internationales de la guerre que sur les préceptes de notre chère constitution pour poursuivre les affaires criminelles et pour contrer les menaces posées à notre sécurité nationale ».

Afin de ne laisser aucun doute que cette formulation impliquait une révision des droits constitutionnels, elle a précisé que les attentats « nous feront réexaminer certaines lois sur la surveillance criminelle, téléphonique ou électronique, l'immigration, et ainsi de suite ».

Dans son discours, elle invitait l'administration Bush à adopter des procédures gouvernementales autoritaires, ce qui constitue un nouvel élément à rajouter au lourd dossier qui montre que les sections dominantes de l'élite dirigeante américaine ont rompu avec les procédés démocratiques traditionnels.

Les remarques d'O'Connor sont sans précédent dans l'histoire de la Cour suprême. Traditionnellement les juges s'abstiennent scrupuleusement de commenter les questions sur lesquelles ils pourraient avoir à décider, pour garder un semblant d'impartialité. (Cette tradition a donné forme à un phénomène plutôt bizarre le 14 septembre lors du discours du président Bush aux deux chambres du Congrès. Le juge en chef William Rehnquist a signalé à O'Connor et aux trois autres juges qui étaient présents ­ Antonin Scalia, Clarence Thomas, et Stephen Breyer ­ quand ils pouvaient applaudir Bush sans compromettre l'apparence d'impartialité juridique.)

Jamais auparavant un juge de la Cour suprême n'a publiquement déclaré que les droits personnels devraient céder à la sécurité nationale.

O'Connor, ancienne fonctionnaire du Parti républicain, prend d'habitude le parti des trois juges d'extrême-droite ­ Rehnquist, Scalia, et Thomas. De temps à autre, cependant, elle a voté contre eux sur des questions de liberté civique.

La Cour suprême a rendu plusieurs décisions allant à l'encontre de la liberté d'expression, de la laïcité de l'État, et de la protection de la vie privée depuis plus de vingt ans. L'assaut judiciaire contre les droits démocratiques a atteint son apogée en décembre dernier, quand O'Connor s'est jointe aux juges Rehnquist, Scalia, Thomas, et Anthony Kennedy pour arrêter le décompte des voix en Floride et voler l'élection pour Bush.

Les déclarations d'O'Connor rappellent les traditions les plus réactionnaires de la Cour suprême, dont les membres sont nommés à vie et qui ont de vastes pouvoirs. Quand elle a déclaré que les restrictions à venir dépasseraient tout ce « que l'on ait jamais vu dans notre pays », elle faisait allusion aux moments dans l'histoire où la Cour avait approuvé des mesures dignes d'un état policier sous prétexte de « sécurité nationale ».

Par exemple, lors de la Première guerre mondiale, des représentants de la classe ouvrière tels Eugene Debs du Parti socialiste et « Big Bill » Haywood des Industrial Workers of the World (Ouvriers industriels du monde) se sont vus traînés en justice et emprisonnés ou exilés à cause de leur opposition à la guerre. Après la Révolution Russe de 1917, le gouvernement américain a lancé les tristement célèbres « raids Palmer », au courant desquels on a rassemblé, emprisonné, et déporté des milliers de socialistes et d'anarchistes. La Cour suprême a soutenu l'emprisonnement de révolutionnaires marxistes à cause de leurs opinions politiques dans des cas tels que Gitlow v. New York (1925).

Le début de la Deuxième guerre mondiale a vu l'internement des Américains d'origine japonaise en des camps de concentration, une transgression flagrante des droits constitutionnels qui fut confirmée par la Cour suprême dans sa décision Korematsu v. United States (1945).

Les commentaires d'O'Connor signalent que la Cour suprême ne s'opposera pas si l'administration Bush et son Bureau pour la sécurité de la patrie décident la mise en place de mesures qui iraient plus loin que ces épisodes précédents. Son discours devrait mettre en garde la classe ouvrière américaine contre l'assaut sur ses droits fondamentaux lancé sous l'égide de « la guerre contre le terrorisme ».

Voir aussi :

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article
14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 20:41

 

Le New York Times fait des révélations sur le rôle des militaires

dans le vol des élections américaines de l'an 2000

 

par Barry Grey


19 juillet 2001

 

Dans un long contre-rendu publié le 15 juillet, le New York Times a jeté une nouvelle lumière sur les méthodes employées par le camp Bush pour voler les élections présidentielles américaines de l'an 2000. Cet article, dont on pourrait traduire le titre par «Comment Bush a pris la Floride : l'exploitation du vote outremer des absents», a été le résultat d'une enquête de six mois menée par le Times sur la façon dont le vote de l'étranger arrivé par courrier fut traité par les représentants électoraux de la Floride. Ces votes d'outremer furent objet de controverse entre Bush et le candidat du Parti démocrate, Al Gore, lors de la contestation de l'élection en Floride.

Le Times a décrit comment le camp Bush a mené une offensive sur deux fronts - celui de la contestation juridique et celui de la propagande - pour faire pression sur les bureaux électoraux des circonscriptions dominéss par les républicains, pour que soit acceptés les votes d'outremer qui normalement auraient dû être rejetés selon la loi électorale de Floride. Au même moment, les avocats de Bush ont fait pression sur les bureaux électoraux des circonscriptions gagnées aux démocrates pour qu'ils rejettent, là, les bulletins de vote illégaux.

Les efforts pour augmenter illégalement le nombre de voix en faveur de Bush ont été concentrés sur des centaines de bulletins de vote des membres de l'armée dans des bases d'outremer. Les républicains ont bénéficié de l'aide des officiers militaires pour accroître le nombre des votes provenant de l'armée. Ils ont aussi fait pression sur les bureaux électoraux pour qu'ils acceptent les bulletins de vote des militaires dont le timbre postal soit manquait soit indiquait une date après le sept novembre ou encore qui étaient illégaux pour d'autres motifs.

En conséquence, 680 des 2 490 bulletins d'outremer qui furent considérés comme légitimes après le jour de l'élection, ce qui revient à plus d'un vote sur quatre, ne l'étaient en fait pas. De ceux-là, 288 étaient des bulletins que les bureaux électoraux avaient tout d'abord rejetés le dix-sept novembre, la date butoir pour la réception des votes d'outre-mer, mais qui furent plus tard pris en compte sous la pression du camp Bush, de l'armée et des médias.

L'avance officielle de Bush en Floride a été de 537 voix. Citant le site web du secrétariat d'État de la Floride, le Times rend compte que sans les voix d'outremer qui furent comptées après le jour de l'élection, Gore aurait gagné la Floride, et ainsi la Maison blanche, par 202 voix.

Le camp Bush et les représentants de l'État de Floride, avec à leur tête le gouverneur Jeb Bush, le frère du candidat républicain, ont orchestré une violation systématique de la loi électorale floridienne en même temps qu'il déclarait que tout délai de la date butoir pour certifier le vote en Floride ne pouvait être permis, faisant valoir que les lois électorales devaient être strictement suivies.

Le traitement clairement inégal du vote des absents vient contredire de plein front l'autre principale prétention des républicains : l'absence de critère défini et uniforme pour décider de la validité d'un vote dans les différentes circonscriptions viole la clause de l'égalité devant la loi de la constitution américaine. Si l'on devait pousser jusqu'au bout la logique de cette nouvelle approche, il faudrait invalider les élections à tous les niveaux de gouvernements aux États-Unis, où les lois électorales sont différentes d'un État à l'autre et où les règlements et procédures varient d'une circonscription électorale à l'autre à travers le pays. Néanmoins, c'est cette soi-disant violation du principe de l'égalité devant la loi qui fut avancée par la majorité républicaine de droite de la Cour suprême pour justifier leur jugement divisé (5 pour et 4 contre) qui arrêtait le recomptage manuel des votes et donnait la présidence de Bush.

Mais alors que le Times a donné un portrait de fraudes et de crimes à grande échelle, il cherche à donner aux élections un vernis de légitimité. L'article disait, sans autre explication, que le Times n'a trouvé «aucune preuve de fraude électorale de la part d'un des deux partis». On peut même y lire que l'enquête «n'a trouvé aucun fondement aux soupçons des démocrates selon lesquels le camp Bush a organisé une campagne pour solliciter des votes tardifs». Plus loin, l'article disait aussi : «Il n'y a pas de preuve que le Pentagone a sciemment transmis des bulletins de vote qui avaient été remplis illégalement après le jour de l'élection.»

Les auteurs ont de plus cité un expert sur les tendances du vote qui a estimé que Bush aurait mené par plus de 245 votes même si les votes d'outremer n'avaient pas pris en compte.

Mais les faits offerts par le Times contredisent ces conclusions. Par exemple, l'article note que dix-sept pour cent des bulletins de votes des militaires résidants en Floride et en mission à l'étranger n'avaient pas été oblitérés, malgré les règlements militaires qui l'exigent pour tout courrier. Ce pourcentage remarquable de courrier sans oblitération ne s'est pas produit ailleurs au pays où moins d'un pour cent de tout le courrier des bases militaires d'outremer n'était pas oblitéré.

Le Times a rapporté que les représentants du Pentagone qu'il avait interviewés «ne pouvaient pas vraiment expliquer pourquoi tant de bulletins de vote n'avaient pas été oblitérés». Une explication qui vient tout de suite à l'esprit est qu'il y a eu un effort concerté pour solliciter des votes tardifs auprès des militaires et pour les expédier sans oblitération pour cacher qu'ils étaient en fait illégaux.

Deux questions politiques ressortent clairement du contre-rendu du Times. La première concerne le rôle qu'a joué l'armée dans la fraude électorale.

L'implication des officiers de l'armée dans l'impasse électorale de Floride a changé de nature après le dix-sept novembre, devenant ouvertement publique. Ce jour-là, il y eut deux événements cruciaux. Les bureaux électoraux des circonscriptions de Floride ont rejeté près du tiers des votes des absents reçus après le jour de l'élection, y compris des centaines de voix du personnel militaire. Même si le total officiel du vote des absents accroissait la majorité de Bush de plusieurs centaines de votes, il ne l'accroissait pas suffisamment pour offrir un coussin suffisant pour contrebalancer les votes supplémentaires que gagnerait Gore si les tentatives des républicains pour mettre un terme au recomptage manuel des votes en Floride du Sud ne réussissaient pas.

Encore plus dommageable pour les républicains, la Cour suprême de Floride empêchait la secrétaire d'État Harris de mettre fin au recomptage manuel et de confirmer la victoire de Bush dès samedi le dix-huit novembre.

La réponse du camp Bush fut de monter une chasse aux sorcières contre Gore, décrivant les efforts des démocrates pour que les votes illégaux des militaires ne soient pas comptés comme une attaque antiaméricaine contre les forces armées. Le gouverneur du Montana, Marc Racicot, un des principaux porte-parole du camp Bush, a organisé une conférence de presse le dix-huit novembre où il déclarait que «... les avocats du vice-président sont en guerre, à mon sens, avec les hommes et les femmes qui servent la patrie dans les forces armées».

Le général à la retraite Norman Schwarzkopf, le commandant des forces américaines lors de la Guerre du golfe et un partisan avoué de Bush, fut amené à l'avant-scène pour dénoncer Gore parce qu'il niait le droit de vote des soldats. Schwarzkopf n'a pas manqué de rappeler les membres de l'armée que si Gore gagnait en Floride, il serait leur nouveau commandant en chef, une déclaration qui ne pouvait être comprise autrement qu'une incitation à l'insubordination à peine voilée.

Dans les jours qui suivirent, le camp Bush a mené une offensive sur deux fronts pour forcer les représentants électoraux locaux à prendre en compte les votes des militaires qu'ils avaient rejetés le dix-sept novembre.

Sur le front juridique, ils ont engagé une poursuite contre quatorze bureaux électoraux de circonscriptions républicaines, accusant les membres des bureaux électoraux de violer la loi fédérale lorsqu'ils rejetaient les bulletins de vote des militaires arrivés dans des lettres non oblitérées ou qui ne remplissaient pas d'autres exigences légales. Ces poursuites n'avaient aucune base légale, et finirent par être jugées comme non recevables. Mais, elles eurent quand même l'effet désiré d'intimidation pour les bureaux électoraux récalcitrants.

Sur le front propagandiste, les républicains tant au niveau de l'organisation nationale que celui de la Floride ont obtenu grâce aux officiers de l'armée les noms et les adresses électroniques des militaires à l'étranger qui avaient vu leurs votes rejetés. Ils ont demandé aux matelots et aux pilotes de la marine américaine des dénonciations de Gore et des démocrates, qui furent ensuite transmises aux médias qui ne demandaient rien de mieux. Au zénith de leur campagne, pour ne citer qu'un exemple, Katie Couric de l'émission «Today» diffusée sur NBC a interviewé la femme d'un pilote qui protestait parce que le vote de son mari avait été rejeté.

La deuxième question cruciale qui est soulignée par les articles du Times est la paralysie et la couardise du Parti démocrate, et plus que tout, sa prostration devant l'armée. Même avec la présidence en jeu, le candidat à la présidence et le candidat à la vice-présidence du Parti démocrate se sont effondrés en face de l'opposition de l'état-major de l'armée.

Le Times donne un contre-rendu de l'entrevue que le candidat à la vice-présidence, le sénateur Joseph Lieberman, donnait lors de l'émission «Meet the Press» de la chaîne NBC, diffusée le dimanche dix-neuf novembre, un jour après que les républicains ont lancé leur chasse aux sorcières sur la question du vote militaire. Même les représentants démocrates de Floride furent outrés par la capitulation de Lieberman devant les républicains et le Pentagone.

Lieberman a refusé de défendre les représentants du Parti démocrate qui se sont opposés à l'intégration des bulletins de vote illégaux. Plutôt, il a dit qu'il donnerait le « bénéfice du doute » aux votes militaires, et a appelé les représentants des bureaux électoraux à «retourner et jeter un autre coup d'oeil» aux bulletins de vote qu'ils avaient rejeté deux jours plus tôt.

Le candidat à la présidence, Gore, était tout aussi à plat ventre devant l'armée. Il a rejeté le conseil de ses stratèges de campagne qui insistaient pour qu'il fasse campagne contre les votes illégaux. Le Times cite Joe Sandler, qui était le conseiller général du Comité national des démocrates, se rappelant comment Gore a défendu sa position :

«Je peux vous donner ses mots exacts : "Si je gagne la course à cause d'une poignée de votes des militaires, je serais pourchassé par les républicains et la presse chaque jour de ma présidence, et ça n'aurait servi a rien de l'avoir gagné. "»

Un autre adjoint de Gore est cité ainsi : «Gore était convaincu que s'il devenait président, ce ne serait pas dans l'intérêt national qu'il ait des rapports avec les militaires caractérisés par la méfiance.»

Ces deux déclarations sont tout bonnement remarquables. Ils reviennent à accepter que les militaires ont un droit de veto sur le résultat d'une élection nationale et sur le choix de celui qui habitera la Maison blanche.

La subordination de l'armée au pouvoir civil est le principe premier de la Constitution américaine. Le fait que ce fondement de la démocratie soit si affaibli est une indication frappante du déclin des institutions démocratiques bourgeoises aux États-Unis.

Le contre-rendu du Times confirme l'analyse des élections de l'an 2000 qu'a fait le World Socialist Web Site : ce fut un point tournant, une rupture irréversible d'avec les formes traditionnelles du gouvernement sous le capitalisme américain. Les détails que le Times a révélés dans son exposé font ressortir les énormes dangers pour la classe ouvrière. Ses droits fondamentaux sont menacés par un système politique se rapprochant de façon inéluctable d'une forme de gouvernement autoritaire.

L'absence d'une opposition sérieuse à l'attaque contre les droits démocratiques au sein de l'élite politique trouve sa contrepartie dans la réponse des médias au contre-rendu du Times. En accord avec leur complicité tant dans la conspiration de la destitution et que dans le vol des élections 2000, les principales chaînes n'ont donné pratiquement aucun temps d'antenne aux articles du Times et aux questions qu'ils soulèvent.

Pareillement, les démocrates sont demeurés silencieux. La dernière chose qu'ils voudraient, ce serait que les crimes de l'administration Bush deviennent largement connus du public.

Néanmoins, le fait même que cette histoire soit parue dans un des journaux les plus importants de l'élite a une profonde signification objective. Le contre-rendu du Times est un exemple d'un genre de bilan politique sur le vol des élections 2000 que l'on voit de plus en plus. Au courant des dernières semaines, plusieurs rapports ont été publiés qui documentaient la déchéance des droits civiques des électeurs de la classe ouvrière et des minorités en Floride. Des livres ont commencé à paraître qui condamne la Cour suprême pour avoir ignoré les droits démocratiques et donné l'élection à Bush.

Ces ouvrages reflètent une crise qui secoue jusque dans ses fondations mêmes le pouvoir politique des États-Unis, une crise qui a encore été exacerbée par l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement par des moyens antidémocratiques. Sept mois après l'inauguration de Bush, l'élite politique n'a pas pu faire cesser les questions sur la légitimité de son administration. L'élite dirigeante est rongée par la crainte que le manquement aux méthodes démocratiques ait discrédité le système politique en son entier et ait pavé la voie à une radicalisation de larges couches de la population travailleuse.

Voir aussi :

Sources : WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article
13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 14:55

 

Les leçons de l'histoire : les élections 2000 et le nouveau « conflit irrépressible »

 

Par David North


Le 11 décembre 2000

 

Cette conférence a été prononcée par David North, rédacteur en chef du World Socialist Web Site et secrétaire national du Parti de l'égalité socialiste américain, le SEP (Socialist Equality Party), lors d'une réunion publique du SEP australien tenue le 3 décembre dernier à Sydney.

Mercredi le 13 décembre, le WSWS a mis en ligne un article en anglais sur la discussion qui a suivi lors de la période de questions subséquente à la conférence de North.

Comme vous le savez, à l'origine le but de cette réunion publique était de commémorer l'anniversaire de l'assassinat de Trotsky. La décision de changer de sujet n'a pas été prise à la légère. J'ai l'intention d'utiliser cette occasion pour non seulement insister sur l'importance persistante de l'héritage politique et théorique de Trotsky, mais également de soutenir que l'histoire jugera en bout de ligne Trotsky comme le plus grand leader et penseur révolutionnaire du XXe siècle.

Ce changement du sujet de la conférence ne signifie pas que le Comité International de la Quatrième Internationale mette moins l'accent sur l'axe central des fondements historiques de notre mouvement, par dessus tout sur l'importance essentielle de mener une lutte continue et sans relâche pour clarifier les grandes leçons stratégiques du siècle qui s'achève.

Ce que j'avais prévu de dire à propos de la vie de Trotsky et de son héritage peut attendre. Les événements actuels aux États-Unis revêtent une importance politique internationale telle que ce serait une grave erreur à notre avis de ne pas saisir l'opportunité de cette rencontre pour discuter de la crise qui fait rage dans ce pays depuis le 7 novembre 2000. Je pense que Trotsky lui même aurait approuvé cette décision. L'une des caractéristiques essentielles de son uvre était justement d'identifier et de concentrer l'attention des marxistes et des sections avancées de la classe ouvrière sur les événements dans lesquels les contradictions du capitalisme mondial trouvent leur expression la plus avancée.

En novembre 1931, Trotsky définissait les événements en Allemagne ­ pays où la lutte entre la classe ouvrière et les forces montantes du fascisme arrivait alors à leur paroxysme ­ comme « la clé de la situation internationale ». Il écrivait alors : « l'orientation que prendra la solution de la crise en Allemagne décidera non seulement du sort de l'Allemagne et de l'Europe, mais aussi du monde entier pour de nombreuses années à venir ».

Sans aller jusqu'à suggérer que les conditions qui existaient en Allemagne en 1931 et celles qui prévalent actuellement aux États-Unis sont les mêmes, il est néanmoins nécessaire d'insuffler dans la conscience politique de la classe ouvrière internationale l'importante signification de la crise aux États-Unis. Après tout, il n'y a pas d'autres pays au monde où les illusions dans la stabilité et la puissance du capitalisme sont plus répandues.

Les illusions qui existent aux États-Unis quant à la pérennité du système se reflètent dans le monde entier. Aucun autre pays n'est vu comme un meilleur exemple de la puissance du marché et du Capital. Pour des millions de personnes, les États-Unis apparaissent encore comme le pays de la démocratie et des possibilités illimitées. Et même dans les rangs de ceux qui se considèrent critiques à l'égard de l'impérialisme américain, combien d'entre eux pouvaient réellement penser qu'une crise remettant sérieusement en question la stabilité de tout le système pouvait éclater dans le bastion même du capitalisme mondial ?

Sans vouloir insulter qui que ce soit, si j'avais seulement suggéré il y a quelques mois à peine que les États-Unis seraient plongés dans une crise politique si intense et fondamentale qu'elle remettrait en question toute la structure gouvernementale du pays, combien d'entre vous, même parmi les plus généreux dans leur appréciation du travail du CIQI, auraient été prêts à partager ce point de vue ? Et pourtant nous voilà un mois après des élections qu'on ne peut comparer à aucune autre qui a eu lieu aux États-Unis au XXe siècle, et il n'apparaît plus impensable que le système politique des États-Unis puisse se transformer soudainement en profondeur.

Le début d'une crise révolutionnaire dans le bastion même du capitalisme mondial ­ et c'est là le sens essentiel des développements actuels ­ introduit dans la situation mondiale un facteur d'une importance extraordinaire et aux conséquences imprévisibles. Du jour au lendemain, les stratèges politiques et les économistes des classes dirigeantes de tous les pays, l'Australie y compris, sont soudainement confrontés à une situation que tous auraient considéré inimaginables il y a seulement quatre semaines : la déstabilisation politique et l'effondrement possible des structures des États-Unis ­ reconnus dans le monde entier comme « la dernière grande superpuissance de la planète ».

Peut-être que l'une des caractéristiques les plus distinctes d'une véritable crise, c'est qu'elle débute de façon habituellement inattendue et prend rarement une forme prévue. Mais cela ne veut pas dire qu'une crise n'était pas prévue. Il y a en effet un organe d'analyse politique qui n'a cessé d'insister sur le fait que la structure politique des États-Unis approchait un état de dysfonctionnement profond ­ cet organe, c'est le World Socialist Web Site.

Dès décembre 1998, alors que la campagne pour la destitution de Clinton approchait de son paroxysme, le WSWS annonça que la lutte sauvage opposant le Congrès à la Maison Blanche contenait les germes d'une guerre civile. Mais à cette époque, le WSWS n'était qu'une voix dans le désert et recevait même des lettres de plaintes de ses propres partisans qui protestaient contre notre tendance à l'hyperbole ou à l'exagération.

 

La crise électorale

 

Le 7 novembre 2000, environ 100 millions d'Américains - soit à peu près la moitié de l'électorat ­ se sont rendus aux urnes pour finaliser ce qui, même selon les normes américaines, fut perçu comme une campagne électorale plus ou moins morne. Tous anticipaient dans les dernières semaines que le résultat final serait presque à égalité, mais personne ne s'attendait à ce qui s'est passé.

La plupart des commentateurs avaient prédis une victoire pour Bush, mais dans les premières heures qui ont suivi la fermeture des bureaux de vote, il apparaissait clairement que Gore et les démocrates faisait mieux que ce que à quoi tous s'attendaient, et ce, dans pratiquement tous les grands États industrialisés qui avaient été définis comme les « champs de bataille ». Tout indiquait un changement décisif en faveur des démocrates. C'est ainsi que les États de la Pennsylvanie et du Michigan, où l'on s'attendait à un résultat quasi égal, ont été remportés par les démocrates avec des avances substantielles. Mais la plus grande surprise de toutes fut lorsque les réseaux annoncèrent assez tôt dans la soirée qu'Al Gore avait remporté l'État de la Floride. Vers 21 heures, le vice-président allait en toute vraisemblance devenir le nouveau président.

C'est alors que s'ensuivit toute une série d'événements étranges. Il y a certaines traditions dans la politique américaine, dont l'une est que lors de la soirée des élections, les candidats présidentiels ne font de déclarations publiques que pour annoncer leur victoire ou concéder leur défaite. Et pourtant, après que les réseaux aient annoncé ­ selon les sondages à la sortie des bureaux de scrutin qui tendent habituellement à être extrêmement précis ­ que l'État de la Floride avait été remporté par Gore, une conférence de presse impromptue fut convoquée à la résidence du gouverneur de l'État du Texas, George W. Bush. Calmement et d'un ton confiant, ce dernier déclara qu'en dépit des prédictions des médias, il allait en fin de compte l'emporter en Floride.

L'apparition et les commentaires de Bush à la télé ont laissé une étrange impression. Comme je disais, cette conférence de presse était une violation du protocole traditionnel de la soirée électorale. Mais non seulement Bush a-t-il fait une apparition prématurée et impromptue pour contester l'évaluation des réseaux télévisés des résultats en Floride, mais il a également été rapporté que les hauts responsables de la campagne Bush exerçaient d'intenses pressions sur les réseaux en exigeant qu'ils reviennent sur leur dires et retirent la Floride de la liste des États remportés par Gore.

L'importance de ces faits apparût par la suite. L'avantage politique dont Bush allait ainsi disposer dans les jours qui suivirent a en effet été basé presque exclusivement sur le fait qu'en fin de compte les réseaux ont finalement accordé la victoire en Floride à Bush et ainsi propager l'idée dans le public qu'il avait remporté l'élection, indépendamment des contestations qui s'ensuivirent.

En tout cas, l'annonce fut faite peu de temps après la conférence de presse de Bush que la Floride était retirée de la colonne des gains potentiels de Gore. Quelques heures après, la Floride était maintenant placée dans la colonne des gains potentiels de Bush puis, vers 2 heures, 2 heures trente, à la lumière des projections des médias, Gore décidait de concéder la défaite.

Gore appela alors Bush au téléphone pour lui souhaiter bonne chance et l'informer qu'il se dirigerait vers un auditorium public pour prononcer son discours de concession. Une chose extraordinaire survint alors. Alors même qu'il se dirigeait vers l'auditorium, la différence du nombre de voix en Floride entre Bush et Gore qui ne cessaient de diminuer commença à chuter rapidement. Les aides du vice-président désespérés parvinrent alors à le contacter dans sa voiture par cellulaire pour l'informer de ce fait et lui demander de revenir sur sa concession. Apparemment, une dispute s'ensuivit entre les occupants de la voiture et le personnel du quartier général de la campagne. Gore dut finalement s'incliner et ordonna au chauffeur de retourner à l'hôtel. Il rappela alors Bush pour l'informer qu'il revenait sur sa concession. Une telle situation ne s'était jamais présentée auparavant. À l'aube du 8 novembre, une seule chose était claire : personne ne savait vraiment qui avait gagner l'élection.

Cette soirée fut le début d'une chaîne d'événements sans précédent dans l'histoire des États-Unis. D'un côté Bush s'accrochait à une avance de quelques centaines de voix en Floride (sur un total de six millions de votes), de l'autre, Gore remportait la majorité des 100 millions de voix du vote populaire à l'échelle du pays, et des rapports faisant mention d'irrégularités dans les élections en Floride commencèrent à arriver. D'une façon ou d'une autre semblait-il, des milliers de juifs du comté de Palm Beach auraient voté pour l'antisémite reconnu Pat Buchanan. Par dérision, un humoriste politique avança qu'ils avaient sans doute été emballés par le récent livre de Buchanan dans lequel il louangeait Hitler. Plusieurs autres rapports survinrent où il était fait mention de harcèlement des électeurs noirs par la police d'État alors qu'ils se rendaient voter, ou encore de milliers de bulletins pour lesquels il n'y aurait de vote pour le candidat présidentiel dans des comtés à majorité démocrates.

La table était mise pour une lutte prolongée et continue à propos du recomptage des voix. La lutte s'est transformée en une bataille politique de plus en plus acerbe, dont la majeure partie devant les tribunaux, et dont le point culminant fut l'audience devant la Cour suprême des États-Unis le 9 décembre. Mais pendant que les tribunaux étaient la principale arène de la lutte, le conflit fut également ponctué par l'arrivée de groupes d'émeutiers engagés par le Parti républicain pour intimider les responsables des élections, et par des appels publics des républicains pour obtenir le soutien des forces armées. On a même été rapporté qu'un haut gradé a été contraint de rappeler à ses officiers subalternes qu'ils devaient, selon le code militaire, s'abstenir de toute activité politique.

Il est devenu de plus en plus évident, et je ne pense pas que cela soit sérieusement contester, qu'un recomptage intégral et honnête des voix en Floride y donnerait la victoire au vice-président Gore, et partant aux élections nationales. Tous les efforts du Parti républicain ­ soutenu par la majorité des médias ­ ont eu pour objectif d'empêcher la tenue d'un tel recomptage.

En ce moment même, tous les yeux sont tournés vers la Cour suprême des États-Unis qui doit rendre sa décision à propos de l'appel déposé par Bush contre la Cour suprême de la Floride. Cette dernière a rejeté la certification initiale de la victoire douteuse de Bush par la secrétaire d'État de la Floride, Katherine Harris. Membre du Parti républicain, Harris est la coprésidente de la campagne de Bush en Floride.

Il était évident que des milliers de votes devaient encore être comptés et que de nombreuses questions restaient sans réponse, mais Harris insista pour certifier la victoire de Bush. Cette certification fut amenée devant la Cour suprême de la Floride qui en dernière minute ordonna à Harris de s'abstenir de certifier que Bush avait gagné l'élection.

Le problème légal était le suivant. Il existe deux statuts en Floride. L'un stipule que le résultat électoral doit avoir été ratifié au bout d'un certain temps, alors que l'autre assure un droit de recomptage des voix. Aucun de ces deux statuts n'est rédigé de façon claire comme c'est souvent le cas avec les procédures législatives, et l'un des objectifs de la Cour est de déterminer comment réconcilier ces deux instructions législatives contradictoires.

Selon la loi, le respect de l'échéance est laissé à la discrétion de la secrétaire d'État, c'est-à-dire qu'elle doit tenir compte de tous les facteurs avant de se soumettre aveuglément à une date statutaire. Cette question a été portée devant la Cour suprême de la Floride, qui a donné tort à la secrétaire d'État, en déclarant que l'aspect technique de l'échéance passait après les questions fondamentales relatives aux droits démocratiques soulevés par l'élection.

La Cour suprême de la Floride a invoqué la Déclaration des droits de la Constitution de l'État de la Floride où il est proclamé que le peuple a des droits inaliénables par l'État. Les juges de la Cour suprême de Floride ont affirmé que « le droit de vote est le premier droit de la Déclaration des droits, car sans cette liberté de base, tous les autres droits sont limités ». Le refus de Harris de retarder la certification pour permettre un recomptage approprié des bulletins litigieux représente, selon la Cour, une utilisation arbitraire de son pouvoir discrétionnaire en tant que représentante de l'État, et par conséquent, une violation de la Constitution de la Floride.

C'est cette décision qui est actuellement examinée par la Cour suprême des États-Unis. Bien qu'une décision favorable à Gore allant dans le sens de la position de la Cour suprême de la Floride ne résulterait pas nécessairement en son élection, une décision contraire mettrait probablement fin au processus et assurerait l'ascension de Bush.

La décision rendue par le tribunal révélera jusqu'où la classe dirigeante américaine est prête à aller dans son rejet des normes démocratiques-bourgeoises et constitutionnelles traditionnelles. Est-elle prête à sanctionner la fraude électorale et la suppression des votes pour installer à la Maison Blanche un candidat qui y ferait son entrée par le biais de méthodes carrément illégales et antidémocratiques ?

Une section substantielle de la bourgeoisie, et peut-être même une majorité à la Cour suprême des États-Unis, est maintenant prête à franchir ce pas. Le soutien des formes traditionnelles de la démocratie bourgeoise au sein des élites dirigeantes aux États-Unis s'est érodé énormément. Un éditorialiste a bien résumé tout le cynisme prévalent à l'endroit de la démocratie dans les cercles dirigeants. « C'est un fait, Gore a probablement remporté plus de votes, et alors ? Gore s'est fait volé en Floride, et les flics du coin s'en foutent ».

 

La nature de la crise

 

Indépendamment de la nature sans précédent des événements de ces trois dernières semaines, tant les leaders politiques que les médias continuent d'insister ­ en totale contradiction avec leur gestes et leurs paroles ­ que les États-Unis ne sont pas plongés dans une crise constitutionnelle majeure. Autrement dit, le public est amené à penser que la situation aux États-Unis est peut-être désespérée, mais ce n'est pas grave. La propagation de la complaisance politique sert les intérêts de l'élite dirigeante qui cherche à appliquer son programme politique le plus possible dans le dos du peuple.

Cette complaisance est reprise non seulement dans ce qui reste de la presse libérale, placide politiquement, mais également par les divers représentants du radicalisme de la classe moyenne. Par exemple, Ralph Nader n'a pratiquement rien à dire à propos de la crise post-électorale hormis des commentaires superficiels relatifs à une simple dispute entre Bush et Gore qui devrait selon lui se régler à pile ou face. Alexander Cockburn, un cynique de gauche bien connu, s'est déclaré satisfait des résultats électoraux. Rien de bien plus que quelques années de blocage politique à Washington. « Le blocage, écrivait-il récemment, mais on a rien contre ! ».

Notons également le commentaire des spartakistes. J'ai le privilège d'avoir une copie de leur journal. Leur position est bien résumée par ce passage : « actuellement, la dispute Gore-Bush est plus une tempête dans un verre d'eau qu'une crise politique de la bourgeoisie ». Et que dire d'une tendance politique aux États-Unis qui a la sagesse de s'appeler le Parti mondial des travailleurs (Workers World Party) et qui écrit : « il n'y a pas de crise sociale ou économique sous-jacente à la débâcle électorale actuelle ». Si tel est le cas, les événements actuels aux États-Unis sont donc inexplicables.

Pour la première fois au XXe siècle, il a été impossible de déterminer le gagnant d'une élection présidentielle aux États-Unis. Le résultat des élections a démontré que l'électorat était plus polarisé que jamais. L'opposition pratiquement égale entre Gore et Bush se reflète également dans la composition du Sénat et de la Chambre des représentants. Et la carte électorale du pays est divisée comme elle l'était entre le Nord et le Sud à la veille de la guerre de Sécession.

Enfin, il a été impossible de résoudre de façon véritablement démocratique le conflit post-électoral dans le cadre des structures constitutionnelles actuelles. Et tous ces gens qui sont de loin les plus fervents croyants en la stabilité du capitalisme américain, nous assurent qu'aucun de ces faits n'est relié à une crise sociale ou économique ! Or une telle évaluation de la situation actuelle ne peut être que le produit de la combinaison de l'ignorance historique et de la cécité politique.

 

Les leçons de l'histoire

 

D'un point de vue formel, les seules élections présentant une certaine ressemblance avec la situation actuelle sont celles de 1876, lorsqu'une opposition survint entre le vote populaire et le collège électoral. Le candidat démocrate Samuel Tilden avait alors recueilli plus de votes populaires que son concurrent. Il détenait aussi probablement plus d'États et de voix au collège électoral, mais par une lutte politique prolongée, les républicains réclamèrent la Maison Blanche en échange de concessions politiques importantes aux anciens esclavagistes du Sud. C'est ainsi que pris fin la Reconstruction aux États-Unis.

Mais cette analogie est inadéquate pour expliquer l'importance de la crise actuelle. Laissez moi revenir encore une fois sur l'argumentation des libéraux et de la gauche de la classe moyenne qui nous assurent que la situation actuelle aux États-Unis n'a rien d'inquiétant. Et pourquoi selon eux ? Parce qu'il n'y a pas de crise sociale et économique fondamentale aux États-Unis. Certes des gens sont irrités, ils se battent pour accéder à la présidence, tout le monde veut gagner, mais il n'y a rien de plus.

S'ils se sentaient forcés de répondre au WSWS, je soupçonne qu'ils qualifieraient d'absurde de déclarer qu'il existe actuellement aux États-Unis des contradictions sociales et économiques telles qu'elles pourraient résulter en grandes luttes politiques, et encore plus en une guerre civile. Car après tout, avant les années 1860, il y avait bien un conflit inéluctable entre l'esclavagisme et le travail salarié. Or, pourraient-ils nous demander, quel conflit social y a-t-il actuellement aux États-Unis qui pourrait se comparer aux événements de l'époque de la guerre de Sécession ?

Pour répondre à cette question, je vais d'abord passer rapidement en revue comment les conflits politiques des années 1850 ont mené en bout de ligne à la guerre de Sécession. Il est intéressant de signaler qu'au cours de la dernière décennie, l'intérêt pour cette guerre a augmenté aux États-Unis. Des films ont été faits, des livres publiés, dont certains excellents, sur ce chapitre extraordinaire de l'histoire américaine et du monde.

La guerre de Sécession est l'un des événements les plus importants du XIXe siècle. Elle a eu un impact profond sur le développement de la classe ouvrière. À tous les niveaux, elle constitue l'un des chapitres les plus héroïques de l'histoire de l'humanité.

En étudiant cette période, on réalise combien l'intensification des contradictions sociales ­ produites par le conflit irrépressible entre la forme particulière et archaïque du capitalisme basé sur l'esclavagisme qui prévalait dans le Sud et sa forme plus moderne et dynamique basé sur le travail salarié dans les États du Nord ­ a entraîné l'effondrement total du système politique.

Pendant les 70 premières années de la République, cet antagonisme entre deux systèmes de travail, l'un esclavagiste, l'autre salarié, était la sinistre ligne de faille de toute la structure politique, sociale, économique et légale des États-Unis. On tenta souvent de trouver le moyen de contenir les antagonismes politiques générés par le conflit social au sein de la structure constitutionnelle créée par les pères fondateurs. Malgré cette profonde contradiction sociale, il y avait un désir profond de préserver l'Union. Mais les événements sociaux, économiques et politiques continuaient d'intensifier les contradictions sociales et rendaient impossibles toute solution politique sans recours à la violence.

C'est ainsi que l'équilibre entre les États esclavagistes et libres fut ébranlé par l'achat de la Louisiane en 1803 qui vit alors l'ajout de vastes territoires à la jeune République. Les premiers dirigeants des États-Unis essayèrent de remédier à cette situation avec le compromis du Missouri de 1820, année où la ligne Mason-Dixon fut désignée comme la frontière entre les États esclavagistes et les États libres. Ce compromis fonctionna pendant environ 30 ans. Mais plus les États-Unis prenaient de l'expansion, notamment après la guerre que le Sud avait provoqué contre le Mexique, et plus l'équilibre des pouvoirs entre les États esclavagistes et libres était déstabilisé.

Représentant la Pennsylvanie au Congrès, David Wilmot y présenta une clause restrictive en 1846 qui demandait qu'aucun territoire acquis par les États-Unis dans la guerre contre le Mexique ne soit ouvert à l'esclavagisme. Le Sud s'opposa avec véhémence à cette mesure. Parmi les supporters de la clause Wilmot, il y avait un membre du Congrès peu connu du nom d'Abraham Lincoln, qui vota, si je me souviens bien, cinq fois en faveur de cette clause au cours de sa carrière de congressiste qui fut relativement brève. Mais le Congrès, alors dominé par les États esclavagistes, n'accepta jamais cette clause.

Une grande lutte éclata alors sur la question de savoir si la Californie entrerait dans l'Union en tant qu'État esclavagiste ou libre. Un compromis fut décidé en bout de ligne et la Californie devint un État libre. Mais pour cela, d'importants compromis politiques furent accordés aux esclavagistes, dont l'un était le Fugitive Slave Act, loi selon laquelle tout esclave qui s'enfuyait au Nord devait être retourné à son propriétaire. L'historien James McPherson livre un compte-rendu poignant de la colère suscitée au Nord lorsque des marshalls fédéraux allaient dans des villes comme Boston, où les sentiments abolitionnistes étaient très forts, pour s'emparer d'anciens esclaves et les ramener à leur ancien propriétaire dans le Sud.

Dans les années 1850, on ressentait que toute la structure politique était de plus en plus déstabilisée par ces conflits. Pour les abolitionnistes opposés à l'esclavage et au pouvoir croissant du Sud, c'était une période très dure. Après un premier mandat au Congrès, Abraham Lincoln abandonna la politique pour se consacrer exclusivement à sa carrière d'avocat. Il devint très en demande dans ses nouvelles fonctions, ce qui eut pour effet de le retirer de la vie politique à toutes fins pratiques.

Puis survint un événement qui provoqua une radicalisation de la vie politique américaine : le Kansas-Nebraska Act de 1854. Avec ce traité s'ouvrait la possibilité d'une expansion de l'esclavagisme dans de nouveaux territoires situés au nord de la ligne Mason-Dixon, ce qui pouvait transformer profondément le caractère de la République. Non seulement la position du travail salarié se retrouverait-elle affaiblie au point de vue économique, mais en outre il y avait là une remise en question des engagements envers les idéaux démocratiques défendus lors de la révolution de 1776.

Selon le Kansas-Nebraska Act, la nature des nouveaux territoires admis dans l'Union devait être décidé par le vote populaire des colons. Ainsi, les pionniers du Kansas devaient voter si leur nouvelle constitution devait être libre ou esclavagiste, déterminant de cette façon le statut de l'État à son entrée dans l'Union.

Le père de ce concept de souveraineté populaire était Stephen Douglas, un des leaders du Parti démocrate. Douglas tenta de rassurer le Nord que, même avec ce traité, compte tenu du climat et de la géographie du Nord, il y avait peu de chances que le système de l'esclavage, principalement axé sur la culture du coton, puisse prendre de l'expansion vers le Nord. Malgré cela, la perception répandue était que ce traité ouvrait toutes grandes les portes pour une expansion de l'esclavage au delà de la ligne Mason-Dixon. En fait, les faits et gestes des sympathisants du Sud qui déferlaient sur le Kansas confirmaient les pires craintes des abolitionnistes.

Les Border Ruffians commencèrent alors à effectuer des raids dans l'État. Ils attaquaient les colons libres en recourant à des méthodes terroristes pour intimider les opposants à l'esclavage. Le climat politique au Nord devint de plus en plus tendu. Toute tentative de restreindre le discours politique dans les normes de la politesse parlementaire devint de moins en moins efficace. Un incident stupéfia le Nord lorsque, en mai 1856, le sénateur Charles Sumner, un abolitionniste respecté, fut agressé au Sénat par un membre sudiste du Congrès qui le battit à coup de canne jusqu'au sang et le laissa à moitié mort sur le plancher du Sénat. Le Sud applaudit à cet acte, et le congressiste reçut des cannes en guise de compliments de ses supporteurs. Au Nord, en revanche, on voyait là une autre manifestation de la barbarie qui régnait dans les États esclavagistes.

Puis en 1857, un autre événement survint qui allait avoir des implications encore plus profondes.
L'une des prémisses essentielles du compromis du Missouri de 1820 était que le Congrès avait le droit de restreindre l'expansion de l'esclavage. En 1857, après avoir été débattu devant les tribunaux pendant plus de dix ans, un procès intenté par un esclave du nom de Dred Scott fut finalement entendu par la Cour suprême des États-Unis.

Dred Scott avait été emmené au Nord par son maître et avait vécu en Illinois et au Wisconsin, deux États libres. Il retourna par la suite avec son maître au Missouri, un État esclavagiste. C'est là que Dred Scott intenta son procès en soutenant que parce qu'il avait été emmené dans un État non esclavagiste, il ne pouvait plus être considéré être un esclave. Le procès commença dans les années 1840, mais ce n'est qu'en 1857 que l'affaire aboutit en Cour suprême.

La décision arrêtée par la Cour suprême eut un impact fondamental sur la vie politique américaine et rendit la guerre civile plus ou moins inévitable. Plusieurs options s'offraient à la Cour suprême. Elle pouvait d'abord décider que Dred Scott était un esclave, et non un citoyen, et que par conséquent il n'avait pas le droit d'intenter un procès contre son maître. Et c'est ce qu'elle fit. C'était déjà trop, mais elle ne s'arrêta pas là. Elle alla jusqu'à déclarer que même si Dred Scott avait été dans un État du Nord, cela n'avait aucun effet sur son statut d'esclave. Bref son message était « esclave un jour, esclave toujours ».

La Cour suprême aurait pu s'arrêter là aussi, mais elle renchérit plutôt en déclarant qu'un individu qui est un esclave n'est en fait qu'un bien, une possession, et qui peut par conséquent être apporté par son propriétaire partout aux États-Unis et demeurer son bien. Et c'est ce qui révolutionna les États-Unis.

Qu'est ce que cela signifiait ? En plus des horribles implications morales ­ que les esclaves ne sont pas vraiment des êtres humains, mais seulement des biens ­ la Cour suprême annulait dans les faits le compromis du Missouri. Elle rejetait la prémisse constitutionnelle selon laquelle le Congrès avait le droit de restreindre l'expansion de l'esclavagisme. Elle proclamait maintenant en fait qu'il n'y avait plus aucune restriction constitutionnelle à l'expansion de l'esclavage nulle part aux États-Unis. Puisqu'il ne pouvait y avoir de restrictions à la propriété, la Cour suprême satisfaisait ainsi les aspirations et les buts des sections les plus agressives et réactionnaires de la société esclavagiste sudiste.

Cette décision eut l'effet d'un coup de tonnerre dans l'opinion publique nordiste. La Cour suprême y avait ainsi perdu toute crédibilité pour des décennies, un fait non négligeable lors de la guerre civile subséquente lorsque Lincoln ignora régulièrement ses décisions. Cette décision changea le visage de la politique américaine. Lincoln qui était revenu en politique suite au traité du Kansas-Nebraska, devint l'un des critiques les plus tranchants de la théorie de la souveraineté populaire de Douglas. Ses partisans devenaient plus nombreux, tout comme le membership du nouveau Parti républicain, lui-même un produit de la réaction contre le traité Kansas-Nebraska et la décision rendue dans l'affaire Dred Scott.

Lorsqu'on étudie cet événement, on ne peut s'empêcher de détecter que les classes dirigeantes sentaient que le mouvement de l'histoire se faisait contre eux. Pour les sudistes, la puissance industrielle et économique croissante du Nord constituait une véritable menace. L'histoire allait à l'encontre des propriétaires d'esclaves, et plus le Sud le sentait, plus il était déterminé à protéger l'esclavagisme là où il était présent, mais également à proclamer la moralité de l'esclavage et à éliminer toutes restrictions à son expansion. En réaction directe à sa faiblesse sociale et économique croissante, l'agressivité politique de la classe dirigeante sudiste augmenta.

Un autre événement important suivit la décision de l'affaire Dred Scott : la controverse de la constitution de Lecompton. Cette constitution avait été rédigée par une section peu représentative des colons esclavagistes qui étaient minoritaires au Kansas. Ces derniers accouchèrent d'un document qu'ils baptisèrent la constitution de Lecompton ­ essentiellement une constitution esclavagiste ­ et qu'ils tentèrent d'imposer à la population du Kansas. Il y eut une amère controverse sur cette question car l'ayant rédigé, ils savaient très bien qu'elle ne pourrait jamais être acceptée par une majorité d'électeurs au Kansas. Ils conspirèrent alors pour qu'elle soit adoptée sans être votée par le peuple du Kansas.

Une immense bataille s'ensuivit. Le peuple du Kansas ayant le droit de voter pour ou contre cette constitution, il était clair que si on leur laissait le choix, il voterait contre. Diverses astuces et manoeuvres furent alors utilisées pour la faire avaler aux colons anti-esclavagistes du Kansas. Pour empirer les choses, le président démocrate Buchanan soutint politiquement ces efforts réactionnaires. Ce n'est que suite à l'opposition de la Chambre des représentants que la constitution de Lecompton fut finalement rejetée, et quelques années plus tard, le Kansas fut intégré à l'Union en tant qu'État libre.

Tous ces événements ne faisaient que démontrer clairement qu'aucun cadre constitutionnel ne permettait de résoudre pacifiquement les divergences entre le Nord et le Sud. En 1860, il était plus qu'évident pour le Nord que le Sud n'accepterait jamais la moindre restriction à l'esclavage. Les sudistes contrôlaient le Congrès et l'appareil judiciaire du pays, et ils n'accepteraient pas non plus de perdre la présidence.

Aux élections de 1860, les États-Unis étaient tout à fait polarisés. Lincoln, le candidat républicain, ne reçut pas un seul vote pour sa candidature dans dix États du Sud. Mais sa victoire fut assurée par un soutien écrasant dans les État libres. Sa victoire à l'élection présidentielle en novembre 1860 fut immédiatement suivie d'une déclaration de sécession, d'abord de la Caroline du Sud, puis de tous les autres États sudistes. À son entrée en fonction, la majeure partie du Sud était déjà en rébellion. En 1861, pour reprendre James McPherson, les Américains tiraient comme ils avaient votés en 1860. Ce qui ne pouvait plus être réglé dans le cadre de la structure constitutionnelle de l'époque devait se régler sur les champs de bataille. Ce n'est qu'après 600 000 morts que le système esclavagiste fut détruit et que les États-Unis furent reconstitués sur la base de la démocratie bourgeoise en abolissant l'esclavage et en octroyant la citoyenneté à l'ensemble de la population.

 

Les États-Unis en l'an 2000

 

Peut-on faire une analogie entre la crise qui a précédé la guerre de Sécession et la situation actuelle ? Y a-t-il un antagonisme social comparable à ce « conflit irrépréssible » qui mena à la guerre de Sécession ?

À dire vrai, c'est un témoignage du terrible déclin du niveau de conscience politique, y compris parmi ceux qui se réclament du marxisme, que l'existence d'une telle contradiction sociale ne soit pas détectée. Les États-Unis sont actuellement le pays le plus polarisé de tous les pays capitalistes avancés. L'absence de luttes sociales articulées politiquement ne signifie pas qu'il n'y a pas de lutte de classes. Marx parlait bien de la lutte de classe « maintenant ouverte, maintenant dissimulée ». Or, même si elle est bien dissimulée aux États-Unis, elle n'en fait pas moins rage sous la surface des événements.

En fait, dans le contexte des inégalités sociales extrêmes qui existent aux États-Unis, l'absence de luttes de classe conscientes politiquement témoigne avant tout de l'intensité de l'oppression sociale de la classe ouvrière. Les immenses ressources corporatistes des États-Unis sont mobilisées en entier pour abrutir politiquement et idéologiquement les masses. L'assaut actuel contre le droit de vote n'est que la manifestation politique inévitable d'une tendance sous-jacente visant à exclure systématiquement la classe ouvrière de toute forme de participation indépendante à la vie politique.

Il est essentiel d'examiner la transcription de la discussion qui s'est tenue à la Cour suprême le 10 décembre, et plus particulièrement les positions d'Antonin Scalia, un personnage brutal, peu respectable et qui a autant d'intégrité qu'un avocat véreux. Lorsqu'il a questionné le conseiller de Gore, Laurence Tribe, Scalia a élaboré une justification des plus cyniques pour renverser la décision de la Cour suprême de la Floride.

Certains des arguments présentés sont complexes, mais je vais tenter d'expliquer les questions qui ont été soulevées. Laissez moi vous donner une idée de la pensée de Scalia, qui est par ailleurs partagée par le juge en chef William Rehnquist, et probablement aussi par le juge adjoint Clarence Thomas, soit trois des neufs juges.

La question est la suivante : la Cour suprême de la Floride peut-elle annuler un geste posé par le secrétaire d'État ? Les républicains prétendent que la date limite est inviolable, que la Cour suprême de la Floride n'a pas le droit de changer les règles. L'argument de la Cour suprême de la Floride était que le droit de vote est un droit démocratique fondamental qui ne peut être subordonné à des technicalités administratives telles qu'une échéance. L'argument présenté par Scalia était que ce dont il s'agissait en Floride, c'est de choisir ses grands électeurs, c'est à dire ceux qui, conformément aux procédures du collège électoral, votent pour un candidat présidentiel.

Beaucoup d'entre vous avez entendu parler du collège électoral, mais laissez moi l'expliquer. Les Américains n'élisent pas directement leur président. L'élection présidentielle est en fait la somme de 51 élections locales, soit 50 élections d'État et une élection tenue dans le District de Columbia. Le candidat remportant la majorité dans un État récolte normalement tous les votes électoraux de cet État. Le nombre de votes électoraux d'un État n'est pas scritement proportionnel à l'importance de sa population. Les plus grands États ont en effet plus de votes électoraux que les petits, mais ces derniers sont sureprésentés puisqu'ils obtiennent automatiquement un vote électoral pour chacun de leurs deux sénateurs. Au Wyoming, 250 000 électeurs équivalent à un vote électoral alors qu'à New York il faut 500 000 électeurs pour obtenir un vote électoral.

Pourquoi est ce que l'anomalie du collège électoral a-t-elle subsisté ? Cela faisait partie des arrangements fédéraux établis pour rassembler les États-Unis, pour s'assurer que les États les plus petits puissent faire entendre leurs voix. Le collège électoral garantit une certaine voix souveraine aux États pour le choix du président. C'était une partie importante de l'entente constitutionnelle fédérale ­ une division complexe des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les États.

Cependant, il y avait un autre argument pour la création du collège électoral, qui lui est beaucoup moins noble. Les pères fondateurs pensaient que le peuple pourrait bien voter incorrectement, c'est-à-dire qu'il choisisse un candidat que les élites dirigeantes n'approuveraient pas. Il y avait un sous-entendu dans le libellé de la constitution qui était profondément antidémocratique et qui reflétait la vision des représentants de la haute strate privilégiée de la société. Le collège électoral était en bout de ligne un dispositif de sûreté intégré, un moyen de diriger par dessus le peuple si jamais il votait du « mauvais » coté.

Dans les faits, cela ne s'est jamais produit, et le collège électoral a subsisté tel un anachronisme bizarre. Il n'a jamais été remis en question non plus puisque le candidat qui remporte une élection d'État a le droit d'envoyer sa liste d'électeurs au collège électoral.

Laissez moi revenir sur les questions débattues à la Cour suprême. Scalia a commencé à jongler avec l'idée que ce qui comptait réellement dans une élection présidentielle, c'était le choix des grands électeurs. Puis il a continué en affirmant qu'il n'existait aucun droit de vote pour le choix de ces derniers, qu'il ne revient pas au peuple de choisir les grands électeurs, mais bien à la législature de l'État. Par conséquent, les problèmes relatifs aux élections du président n'ont rien à voir avec le peuple, et il est tout à fait déplacé pour la Cour suprême de commencer à évoquer la déclaration des droits pour renverser un statut adopté par la législature. En dernière analyse, Scalia soutient qu'il n'y a pas de droit de vote pour l'élection du président.

En quoi une telle prise de position fait-elle réapparaître le spectre de l'affaire Dred Scott ? Comme en 1857, Scalia profite de l'occasion de l'appel adressé par Bush à la Cour suprême de la Floride pour légitimer l'interprétation la plus réactionnaire possible de la Constitution des États-Unis. Tout comme le juge de la Cour suprême Roger Taney avait vu dans l'affaire Dred Scott l'occasion de légitimer l'esclavage partout aux États-Unis, Scalia utilise la situation actuelle pour porter un coup fatal au droit démocratique le plus fondamental : le droit de vote. Il introduit et légitimise une interprétation profondément antidémocratique de la constitution américaine.

C'est un fait, le peuple ne vote pas directement pour le président. Mais si le collège électoral subsiste toujours, c'est parce que sa composition correspond au vote populaire des États. Le collège électoral n'aurait jamais pu subsister en tant qu'anachronisme bizarre du système politique américain si ses gestes étaient allés à l'encontre de la volonté du peuple.

Il ne s'agit pas ici de simple spéculation. Scalia est un agent provocateur politique qui a pressé la législature de Floride à choisir des grands électeurs pro-Bush, indépendamment du résultat des élections en Floride. Parallèlement, il élabore une conception autoritaire, en fait même oligarchique de la démocratie (plutôt de l'antidémocratie) américaine qui correspond à ce qui est acceptable pour les sections les plus réactionnaires de l'élite dirigeante américaine.

Il faut se demander ce qui explique ces extraordinaires développements ? Scalia ne fait-il que jouer avec des théories ? Ou bien y a-t-il un fondement social qui fait que ces contradictions se manifestent tout à coup au sein de la vie politique des États-Unis ? En guise de réponse à cette question, je vous citerai un passage de la déclaration électorale de notre parti publié en anglais (disponible en français sur ce site) dans le dernier numéro de la revue World Socialist Web Site Review.

« Au sommet de la société américaine, on trouve la classe possédante la plus riche de l'histoire, autant du point de vue des revenus que de celui de la richesse. Les foyers américains qui font partie du 1 p. 100 le plus riche ont amassé une richesse de plus de 10 000 milliards de dollars, soit à peu près 40 p. 100 de la richesse nationale. L'avoir combiné de ces multimillionnaires vaut plus que celui des 95 p. 100 les plus pauvres.

« Depuis le milieu des années 1970, le 1 p. 100 le plus riche a doublé sa part de la richesse nationale, qui est passée de moins de 20 p. 100 à 38,9 p. 100, le plus fort pourcentage depuis 1929, l'année du krach boursier qui a annoncé la Grande Dépression. Selon une autre étude, ce 1 p. 100 des foyers les plus riches possède la moitié des actions, les deux tiers des titres financiers et plus de deux tiers des actifs des sociétés.

« L'inégalité des revenus est aussi marquée que celle de la propriété. En 1999, le 1 p. 100 le plus riche a eu autant en revenus après impôts que les 38 p. 100 les plus pauvres. Ceci signifie que les 2,7 millions d'Américains les plus riches ont reçu autant de revenus après avoir payé leurs impôts que les 100 millions d'Américains les plus pauvres. Le revenu après impôts de ces 2,7 millions de personnes a augmenté 370 p. 100 depuis 1977, passant de 234 700 à 868 000 dollars.

« Pendant toute la période de 1983 à 1995 ces deux couches de l'élite, les riches et les ultra-riches qui constituent les 5 p. 100 les plus aisés de la population ont été les seuls foyers à voir croître leur valeur financière nette. Ce fait mérite qu'on le répète. Pendant une période de 12 années, où Reagan, Bush et Clinton furent présidents, la « magie du marché » a signifié une perte nette pour 95 p. 100 de la population, tandis que seuls les 5 p. 100 les plus riches ont pu augmenter leurs avoirs.

« Pendant les années 1990, l'élite dirigeante est devenue complètement obsédée par les revenus obtenus sans travail et s'est sentie libérée de toute contrainte à l'accumulation des profits. La course ouverte et crue vers l'enrichissement personnel fait pâlir en comparaison tous les « âges d'or » précédents. Les gains des PDG ont augmenté de 535 p. 100 sous l'administration Clinton-Gore. Le patron typique reçoit 475 fois le salaire de l'ouvrier moyen, et 728 fois le salaire d'un ouvrier au salaire minimum. Si les salaires des ouvriers avaient augmenté autant que la compensation des PDG, l'ouvrier moyen gagnerait 114 000 dollars et le salaire minimum serait de 24 dollars l'heure ».

Voilà un portrait criant de ce qu'est l'inégalité sociale. Penser que des formes démocratiques puissent être maintenues avec de tels niveaux de polarisation sociale, c'est tout simplement ignorer les leçons de l'histoire. La relation entre les formes politiques et la structure de classe d'une société revêt un caractère dialectique complexe. Mais à long terme, on arrive à un point où les tensions sociales produites par les inégalités sociales rampantes ne peuvent plus être contenues au moyen des formes démocratiques traditionnelles. La société américaine a atteint ce point.

 

Le système bipartite aux États-Unis

 

L'une des caractéristiques particulières de la vie politique américaine, c'est l'institutionnalisation d'un système bipartite qui subsiste depuis près de 135 ans. Historiquement, la grande faiblesse du mouvement ouvrier américain a été son incapacité de construire un parti politique indépendant. La vie politique dans ce pays a en fait toujours été dominée par deux partis bourgeois qui défendent les intérêts politiques de la classe capitaliste depuis plus d'un siècle, les démocrates et les républicains.

Bien entendu, ces partis se sont grandement transformés au cours de leur longue histoire. Le Parti républicain actuel a peu en commun avec celui des années 1950 de l'époque d'Eisenhower, et encore moins avec celui que Lincoln dirigeait. Pareillement, le Parti démocrate a entrepris de nombreux changements, le plus significatif étant son alliance forgée avec la bureaucratie syndicale du Congrès des organisations industrielles (CIO) sous le leadership de Franklin Delano Roosevelt. Ce parti a également assumé un rôle social-libéral plus explicite, du moins dans les États du Nord.

Retracer l'évolution historique de ces deux partis va au delà de la portée de ce rapport. Mais pour résumer, disons, et c'est pour le moins évident, que le centre de gravité de la politique américaine s'est déplacé radicalement vers la droite. Le libéralisme social qui était la tendance dominante de la politique bourgeoisie américaine depuis plus d'un demi-siècle, a virtuellement cessé d'exister. Un changement qui s'explique en bout de ligne par des causes objectives. En dépit de tout le battage publicitaire à propos de la puissance du capitalisme américain, cette idéologie est devenue encore moins capable d'accommoder les demandes de réforme sociale de la classe ouvrière. La dernière législation sociale progressiste importante aux États-Unis date déjà de 30 ans.

Et pourtant, malgré qu'il n'offre aucune réforme sociale substantielle, le Parti démocrate continue de se présenter comme le champion des intérêts des travailleurs américains. De son côté, le Parti républicain se transforme de plus en plus ouvertement en organisation d'extrême-droite. La rapacité déchaînée des sections les plus brutales de l'élite dirigeante, y compris des éléments dont la richesse est un produit du boum financier des années 1980 et 1990, trouve son expression la plus directe dans le Parti républicain.

Essentiellement, le programme politique du Parti républicain pourrait se résumer en une seule phrase : « éliminer toute contrainte économique, politique, sociale et morale, à l'exploitation de la main d'uvre, à la réalisation des profits pour les entreprises et à l'accumulation des richesses personnelles ». Tel est leur programme qu'ils ont d'ailleurs présenté crûment tout au long de la campagne électorale. Malgré ses diverses proclamations de « conservatisme de compassion », Bush n'a pas moins présidé à plus de 135 exécutions dans l'État du Texas. Cet homme a déjà déclaré que la décision d'infliger ou non la peine de mort était la question la plus importante qu'il ait eu à résoudre de sa vie. Or de proches témoins ont affirmé qu'il n'a jamais pris plus de 15 minutes pour prendre une telle décision.

Derrière toutes les questions soulevées pendant la campagne électorale se trouve la question essentielle de la distribution de la richesse sociale. Il n'y a pas de parti ouvrier de masse aux États-Unis. Tout le débat politique est canalisé par deux partis bourgeois essentiellement réactionnaires. C'est pourquoi ces derniers ne peuvent faire autrement que d'être sur la sellette à propos de toutes les questions sociales du pays.

En tant que socialistes, nous ne demandons pas de voter pour quelque parti bourgeois que ce soit. Nous ne pratiquons pas la politique du « moindre mal ». Et nous ne justifions pas plus notre opposition au Parti démocrate en déclarant qu'il n'est qu'un reflet du Parti républicain. Les conflits stratégiques et programmatiques qui déchirent l'élite dirigeante prend forme dans une lutte entre ces deux partis.

Lors de la campagne électorale, le Parti démocrate a tenté, de façon hypocrite assurément, de se présenter comme le parti du peuple. Gore a déclaré « je me bats pour le peuple et non pour les puissants ». Par contre, il a beau déclaré sans arrêt et sans la moindre gêne qu'il parle au nom des travailleurs, il ne s'en est pas moins pris à leurs intérêts chaque fois qu'est venu le temps de parler d'impôts, de sécurité sociale, de soins de santé et d'éducation. Implicitement, le point central de toutes ces questions est la distribution et l'allocation de la richesse sociale.

La campagne de Bush était centrée sur deux demandes : l'abaissement de l'impôt des particuliers et l'abolition de l'impôt sur les successions. Bush ne s'en est jamais caché. Lors d'un débat, il n'a cessé de répéter que l'imposition qu'il préconisait bénéficierait avant tout au 1 p. 100 les plus riches de la société américaine. « Pourquoi en serait-il autrement ? Ce sont bien eux qui payent le plus d'impôts ». La politique de Bush est centrée sur l'accélération du transfert de richesse massif actuel qui s'effectue vers les sections les plus riches de la société.

D'importantes sections de la classe ouvrière ne perçoivent pas nécessairement quoi que ce soit de positif dans le programme de Gore, mais ils reconnaissent certainement en Bush une menace pour leur droits sociaux et démocratiques. Le taux de participation des travailleurs noirs en Floride et dans les États industriels notamment a en effet été beaucoup plus important que prévu.

La carte électorale montre clairement les divisions sociales qui existent aux États-Unis. Le vote démocrate s'est concentré dans les principales régions industrielles et les grandes villes. Tous les États qui jouent un rôle décisif dans la vie économique des États-Unis ­ la Californie, l'État de New York, la Pennsylvanie, le Michigan ­ ont été remportés par les démocrates. Le vote républicain s'est concentré dans le Sud, l'ancien bastion de la société esclavagiste, et dans la partie supérieure du Midwest, en gros les parties les plus rétrogrades des États-Unis.

La réaction du Parti républicain devant le résultat des élections et lors de la bataille qui s'en est ensuivie trahit une agressivité et une brutalité extraordinaires que de nombreux commentateurs ont eu de la difficulté à expliquer. Encore une fois, il est essentiel d'attirer l'attention sur les visées de cette section de la bourgeoisie.

Laissez moi vous lire un passage d'un article qui a été écrit par un commentateur de droite qui était membre de l'administration Reagan en 1980, Paul Craig Roberts. Hystérique à propos de la dispute post-électorale, il a déclaré : « nous sommes en train de nous faire voler notre pays. Au point de vue géographique, Gore n'occupe qu'un sixième du territoire. Les cinq sixièmes des États-Unis l'ont rejeté, lui et son parti corrompu. Du fait de la densité de population des zones urbaines, les cartes montrant les résultats électoraux exagèrent énormément le soutien à Gore par État.

« Une carte du vote par comtés ne montre qu'une faible présence de Gore. Le vote pour Gore est confiné aux comtés hispanophones du sud-ouest, aux comtés côtiers de la Californie, ceux de Portland en Oregon, des environs de Puget Sound dans l'État de Washington, du Minnesota et des régions urbaines des États des Grands Lacs, aux comtés juifs de Floride, à ceux à forte prédominance noire du sud-est et à ceux des zones fortement urbanisées du nord-est (Philadelphie, New York, Connecticut, Massachusetts et Rhode Island), au Vermont et à des parties du Maine.

« Géographiquement parlant, la carte montre un pays contrôlé par quelques comtés urbains densément peuplés ou les nouveaux immigrants et les minorités raciales constituent un haut pourcentage de la population... Le Parti démocrate est un parti de libéraux blancs aisés, d'universitaires, de journalistes, de femmes célibataires et de minorités raciales. C'est un parti révolutionnaire, dont le but est de renverser le ''pouvoir hégémonique'' de la moralité, des principes, des institutions et du peuple américain traditionnel. Il poursuit en affirmant que les républicains ne pourront jamais obtenir les voix de ce bloc électoral endurci. Les Noirs ont voté entre 90 et 93 p. 100 pour Gore, et les hispanophones lui ont donné entre les deux tiers et les trois quarts de leurs votes. Plus longtemps les frontières resteront ouvertes, et plus vite le pays sera perdu ».

Les républicains voient un pays qui bouge, autant démographiquement que socialement, en termes objectifs, contre eux. Les forces de ce parti sont de plus en plus désespérées et déterminées à utiliser tous les moyens pour gagner la Maison Blanche. Elles sont prêtes à utiliser leur contrôle de l'appareil judiciaire et du Congrès pour faire reculer ce qu'ils considèrent comme la menace croissante des masses.

 

Développements mondiaux et crise américaine

 

Lorsque l'on considère la signification de cette situation, et aussi pour répondre à ceux qui disent qu'il n'existe pas de fondements économiques ou sociaux qui expliqueraient une crise constitutionnelle majeure, laissez-moi souligner une autre ressemblance entre la décennie qui a précédé la Guerre civile et aujourd'hui.

Des changements économiques absolument colossaux formaient l'arrière-plan des contradictions politiques de cette époque. Les États-Unis connurent alors une période de transformations économiques exceptionnelles : l'émergence des industries, des chemins de fer et des télégraphes qui sont les premiers signes d'une Amérique industrielle moderne.

Pour citer un historien bien connu, Bruce Catton : « la tendance économique était claire : toutes les avancées technologiques, le chemin de fer, le bateau à vapeur, le télégraphe, la nouvelle machinerie agricole et la manufacture allaient dans le même sens, celui de l'unité nationale et d'une société industrielle complexe, ainsi qu'une intégration poussée dans l'économie mondiale. L'autosuffisance rurale et l'isolement, sauf dans quelques poches, ont fait place à la production commerciale pour des marchés éloignés aussi bien nationaux qu'internationaux. Une guerre en Crimée, une panique à la Bourse de Paris ou une diminution des taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre généraient des ondes de choc qui déferlaient jusque sur l'industrie textile de Monomgahela et sur les hauts fourneaux de Pittsburgh. »

Comme pour les 1850, les 1980 et les 1990 furent des années de transformations exceptionnelles aux États-Unis, en conséquence de l'impact des nouvelles technologies révolutionnaires qui ont accéléré le processus de mondialisation. Les changements dans la structure sociale, le déclin de la position de la classe moyenne traditionnelle, la prolétarisation généralisée de la société américaine, sont tous liés avec ses changements fondamentaux de la base économique de la société. Et ce sont ces processus mêmes qui donnent l'impulsion la plus importante à la crise qui se développe présentement aux États-Unis.

Au début des 1990, au beau milieu de la crise en Union Soviétique, le CIQI a insisté que les causes premières de l'effondrement de l'URSS et des régimes staliniens de l'Europe de l'Est n'étaient pas la faillite du socialisme, si bien que le socialisme ait jamais existé dans ces pays. Ces économies nationales et autarciques, en fait les économies nationales les plus faibles au monde, se sont effondrées devant les pressions des forces économiques

mondiales. Plutôt que ceci représente un nouveau stade du développement du capitalisme mondial, l'effondrement de l'Union Soviétique et des autres régimes staliniens de l'Europe de l'Est a été le produit de tendances mondiales de développement et de crise économique qui viendraient à la longue ébranler les centres développés de l'impérialisme mondial.

Cela a pris un certain temps. Il y a eu la période inévitable du triomphalisme, les proclamations de la victoire du capitalisme mondial. Mais, comme le dit le dicton, les roues de l'histoire ne broient pas rapidement, mais elles broient très finement. Les processus économiques de la mondialisation, qui avaient soufflé sur l'Union Soviétique et entraîné sur leur passage les institutions apparemment immuables du stalinisme presque du jour au lendemain font maintenant sentir leur présence sur les sections les plus développées du capitalisme mondial, et même sur les États-Unis eux-mêmes.

C'est pourquoi, en dernière analyse, la crise américaine est une crise mondiale. Avec la déstabilisation politique du capitalisme américain, ainsi que l'extrême dislocation économique, les événements politiques intensifient les processus qui mènent à un sérieux ralentissement économique. Qui peut douter que ces événements n'aient pas d'échos à l'échelle internationale ?

J'aimerais revenir sur un point que j'avais fait au début de mes remarques. Ce sur quoi s'appuient tous ceux qui doutent ou qui nient la viabilité du marxisme, le grand territoire sur lequel se sont effondrés tous les espoirs de révolution sociale, ce furent encore et toujours les États-Unis.

En fin de compte, peu importait les problèmes dans lesquels se fourrait le capitalisme en quelque région du monde, l'Oncle Sam venait toujours pour vous sortir du pétrin. La Réserve fédérale n'avait qu'à ouvrir ses goussets et l'argent se mettait à couler. Le Mexique peut faire faillite, c'est là qu'on enverra l'argent. L'Asie peut se trouver à cours, mais on trouvera bien quelque chose pour tout arranger.

Mais qu'arrive-t-il lorsque l'Oncle Sam a une crise cardiaque ? Qui va le sortir du pétrin ? Qui le sauvera ? C'est une question que personne n'a eue à se poser et personne n'a eue à s'en préoccuper au vingtième siècle. Aujourd'hui, alors que nous entrons dans le vingt et unième, cela devient un problème de première importance.

Howard en Australie ou Blair en Angleterre savent bien que ce n'est pas une bonne chose pour le capitalisme mondial. Ce n'est pas un bon temps pour demander de l'argent à l'Oncle Sam, encore moins pour un conseil politique. Qui, après la débâcle de la Floride, voudra-t-il encore écouter Jimmy Carter sur la façon d'organiser une élection démocratique ?

Ces événements n'ont pas que d'immenses conséquences économiques. Ils changeront aussi la psychologie sociale qui joue un rôle important dans l'évolution d'une situation révolutionnaire. En bout de ligne, la raison prend une immense importance dans le développement d'une révolution.

Trotsky avait très bien expliqué ce point. Il y a une composante objective à une crise révolutionnaire. Lorsque les formes de la production entrent en conflit avec les rapports sociaux existants, alors débute une époque révolutionnaire. Mais ces contradictions objectives doivent se frayer un chemin jusqu'à la conscience de la masse des gens. Les gens devront commencer à penser à la révolution. Ils devront vouloir la révolution et croire qu'elle est viable. Ils devront croire non seulement à la nécessité mais encore à la possibilité d'un changement social fondamental. Finalement, il n'est pas du pouvoir d'un État capitaliste de bloquer la révolution. D'un point de vue plus essentiel et plus historique, cela dépend plutôt du manque de la confiance politique et de la conscience politique au sein des masses qu'elles peuvent intervenir et reconstruire la société de pied en cap. La crise actuelle donnera l'impulsion pour des changements significatifs et progressistes de la conscience sociale.

Les événements qui prennent place présentement aux États-Unis signifient la fin d'une longue période où les affaires du capitalisme mondial pouvaient être menées en toute sécurité des États-Unis. Les États-Unis ne peuvent désormais plus jouer ce rôle. La crise aux États-Unis a mis à l'ordre du jour la viabilité du système capitaliste et elle offre assurément l'occasion pour que la classe ouvrière agisse comme une force historique décisive. C'est ce qui se prépare. Bien qu'elle n'ait pas encore atteint ce point dans son développement, la classe ouvrière américaine fera sentir sa présence. Les gens ont maintenant leur mot à dire sur la façon dont la crise se réglera. Si ce n'est pas au cours de la semaine, du mois, des six mois ou même de l'an qui vient, il ne peut quand même tellement tardé avant que nous commencions à voir un mouvement de cette force sociale immensément puissante qu'est le prolétariat américain.

Que cela signifie-t-il pour nous ? Nous devons accroître le nombre des lecteurs du World Socialist Web Site. Nous devons répondre à l'augmentation continuelle des questions et des demandes ainsi que développer notre analyse dans un vaste et puissant mouvement international de marxistes révolutionnaires. De ces développements, nous devons construire le Parti de l'égalité socialiste aux États-Unis, en tant que section du Comité International de la Quatrième Internationale. Telle est notre perspective. Nous devons entrer dans une nouvelle période historique qui sera caractérisée par un immense développement des forces du marxisme international.

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article
13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 14:49

 

 

La Cour suprême des États-Unis renverse le vote populaire américain :

un jugement qui vivra dans l'infamie

 

par le comité éditorial


14 décembre 2000

 

Le jugement qu'a émis la Cour suprême ce mardi 12 décembre est un point tournant de l'histoire américaine. Il constitue une brisure fondamentale et irrévocable avec la démocratie et les formes traditionnelles de la légalité bourgeoise.

Il n'y a aucun précédent au geste posé par la Cour. Le résultat d'une élection à laquelle ont participé plus de 100 millions de personnes a été déterminé par 5 juges non élus dans une décision opposée par les 4 autres juges de la Cour suprême. La majorité de la Cour avait ordonné que soit suspendu le dépouillement du vote en Floride avec le but évident d'empêcher que le candidat à la présidence du Parti démocrate, Al Gore, qui a gagné le vote populaire au niveau national, ne puisse faire valoir les votes exprimés en sa faveur et ainsi, les votes déterminants des grands électeurs de l'État de la Floride. Les juges ont volé l'élection pour la donner à leur allié républicain, George W. Bush.

Cela, au vu et su du peuple américain, renversant une décision de la Cour suprême de Floride et malgré les protestations des autres juges de la Cour suprême fédérale, qui ont protesté en vain que le jugement viendrait miner la légitimité du système judiciaire et discréditerait les États-Unis comme représentants des principes démocratiques.

Un extrait de la décision rendue par le juge en chef, William Rehnquist et les juges Antonin Scalia, Clarence Thomas, Sandra Day O'Connor et Anthony Kennedy mérite d'être cité. Niant de façon flagrante le droit de vote, elle exprime l'essence du jugement qu'ils ont rendu :

« Le citoyen n'a aucun droit garanti par la Constitution fédérale de voter pour les grands électeurs qui nommeront le président des États-Unis sauf si , et seulement dans ces condistions, la législature de l'État ne décide qu'une élection sur l'ensemble de son territoire ne soit la façon par laquelle elle décide d'utiliser son pouvoir de nommer les membres du collège électoral. »

La majorité de la Cour va jusqu'à dire dans sa décision que toute législature peut, en tout temps, révoquer le vote populaire pour le président et « que si elle en décidait ainsi, décider de choisir elle-même les électeurs. »

Les méthodes même employées par le camp Bush et ses alliés de la Cour suprême, et la base ouvertement anti-démocratique de leurs jugements, est une indication de la nature des politiques que la nouvelle administration a l'intention de mettre en oeuvre. Bush parle au nom des sections les plus avaricieuses et les plus impitoyables de la classe dirigeante, les mêmes qui demandent que soient levées toutes les contraintes légales, politiques et morales à l'exploitation de la classe ouvrière, au profit et à l'accumulation personnelle de richesse.

Les élections de l'an 2000 ont été le point culminant du conflit amer qui a fait rage au sein de l'élite dirigeante au cours de la dernière décennie sur les questions de stratégie et de politique. Une section importante de l'élite politique et du monde des affaires n'a jamais accepté la légitimité de l'administration démocrate de Clinton et Gore. Malgré les meilleurs efforts de Clinton pour concilier la droite républicaine et de s'adapter à leur vision sociale, des forces puissantes des cercles politiques et du monde des affaires considérèrent que son administration constituait en fait un abandon des politiques agressives antiouvrières et pro-affaires de Reagan et de Bush père. Les réformes sociales bidons de Clinton suscitaient chez eux une grande amertume.

Ces forces ont cherché à chasser Clinton de la présidence, appuyant la longue suite de scandales et de provocations qui ont atteint leur point culminant avec le procès en destitution du président démocrate. La Cour suprême a joué un rôle clé dans la tentative de coup d'état, à commencer avec son jugement unanime en mai 1997 qui rejetait la demande de Clinton de retarder le procès pour harcèlement sexuel de Paula Jones jusqu'à la fin de son mandat. Le juge en chef Rehnquist a joué un rôle clé dans la conspiration. Ce fut lui qui a choisi le juge ultra droitiste qui congédia le conseiller indépendant dans l'affaire Whitewater pour le remplacer par Kenneth Starr.

Ayant faillies dans leur objectif de faire tomber Clinton, ces mêmes forces ont agi de façon à voler les élections de l'an 2000, et une administration républicaine continuera la politique de confrontation de classe à l'aide de méthodes autoritaires.

Aucune prémisse du marxisme n'est plus dénoncée par les défenseurs du système capitaliste, qu'ils se considèrent libéraux ou conservateurs, que la conception théorique que l'État est un instrument de domination d'une classe, et que la démocratie bourgeoise n'est en fin de compte qu'une forme de dictature du capital. Et pourtant le déroulement de la crise électorale en a donné une preuve éclatante. Cinq juges de la plus haute cour aux États-Unis, représentants ultimes de la bourgeoisie américaine, sont intervenus pour décider de l'élection et annuler le vote de 50 millions de personnes pour Gore.

Le fait que le jugement de la Cour soit une attaque contre les droits démocratiques est reconnu par un juge de la Cour suprême elle-même, John Paul Stevens, qui écrit : « Toutefois, dans l'intérêt du but poursuivi, la majorité a effectivement ordonnée qu'un nombre inconnu d'électeurs dont l'intention était clairement indiquée sur le bulletin de vote soit ignoré, des votes qui étaient donc tout à fait légaux au sens de la loi de l'État de Floride, mais qui furent rejetés pour une raison ou une autre par les procédés automatiques du dépouillement du vote. »

Pour conclure son désaccord, Stevens déclare : « Même si nous ne connaitrons jamais avec certitude l'identité du gagnant de l'élection présidentielle de cette année, l'identité du perdant est parfaitement claire. C'est la confiance de la Nation dans le juge en tant que gardien impartial de la règle de la primauté du droit. »

Ici, Stevens fait référence à un aspect significatif des événements tels qu'ils se sont déroulés depuis cinq semaines : l'audace et l'imprudence dont ont fait preuve les sections les plus importantes de l'élite dirigeante américaine qui appuient le Parti républicain. Leur détermination à sacrifier la légitimité de la Cour suprême aux yeux de vastes sections de la population est une manifestation de la trajectoire de plus en plus autoritaire de leurs politiques. La confiance du public dans la Cour suprême devient moins importante pour ceux qui brisent avec les normes démocratiques et prennent le chemin qui mène à la dictature.

Il est indéniable qu'en discréditant la plus haute cour, il ne reste plus une seule institution de l'État bourgeois qui ne soit tombé en disgrâce. Le Congrès était déjà condamné aux yeux du public pour son rôle dans le scandale sexuel impliquant Monica Lewinsky et la conspiration de la destitution. L'odeur de la fraude flotte sur la présidence avant même que George W. Bush n'emménage à la Maison blanche.

La très profonde polarisation sociale de la société américaine s'exprime avec netteté dans l'effondrement des institutions démocratiques bourgeoises traditionnelles. Les conflits acharnés et prolongés au sein de l'élite dirigeante s'installent maintenant dans la société en général, et les masses ne peuvent plus demeurer de simples spectateurs.

Les attaques politiques et sociales qui seront lancées par l'administration Bush susciteront une résistance de plus en plus déterminée au sein des travailleurs et de tous ceux qui sont prêts à lutter pour les droits démocratiques et la justice sociale. L'opposition chancelante de Gore et des démocrates est une chose. L'opposition de la classe ouvrière en est toute une autre.

La crise des élections de l'an 2000 marquera un changement de la vie aux États-Unis, et en fait, à travers le monde. Les rapports sociaux et les conditions politiques ne reviendront jamais plus à ce qu'elles étaient avant le 7 novembre. La première tâche de la classe ouvrière américaine est de considérer avec sérieux cette expérience politique de première importance, et d'en tirer les leçons politiques qui s'imposent. Le Parti de l'égalité socialiste et son organe politique, le World Socialist Web Site, sont prêts à jouer un rôle dirigeant dans ce processus d'éducation politique et dans la préparation pour les grandes luttes de classe qui se préparent.

Voir aussi:

Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article
13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 14:36

 

 

La Cour suprême arrête le décompte des voix en Floride :

jour de deuil pour la démocratie américaine

 

Par le comité éditorial


10 décembre 2000

 

Cet article fut publié en anglais le lendemain de l'injonction émise par la Cour suprême des États-Unis qui ordonnait que cesse le recomptage des votes, pour ne pas « nuire » au camp Bush. Quelques jours plus tard, la Cour suprême scellait le sort de l'élection avec un jugement divisé qui donnait l'élection à Bush en empêchant que soient pris en compte des milliers de votes pour Gore. Considérant l'importance historique des événements américains, et l'excellente récapitulation des événements qui est faite dans ce document, nous le publions malgré le retard.

L'injonction émise le samedi 9 décembre par la Cour suprême des États-Unis pour arrêter le décompte manuel des bulletins de vote de l'élection présidentielle qui n'ont pas encore été comptés en Floride, s'oppose directement au droit démocratique le plus fondamental, celui de voter. C'est le point culminant de la tentative continuelle du camp de George W. Bush et du Parti républicain d'empêcher un décompte des voix qui démontrerait que le candidat démocrate Al Gore, et non pas Bush, avait gagné l'élection dans l'État et donc la présidence.

Au cours d'un mois de procès et de manoeuvres juridiques et politiques, la question essentielle a été posée. La Cour suprême de la Floride, dans sa décision vendredi, a déclaré que la loi de la Floride demandait que « le vote de chaque citoyen soit compté quand il est possible de le faire, dans le cas d'une élection pour un fonctionnaire local aussi bien que celui d'une élection pour le président des États-Unis ». Les cinq juges de droite à la Cour suprême fédérale quant à eux ont adopté la position, tel que le disait le 1er décembre le juge Antonin Scalia, qu'« il n'y a pas de droit de suffrage » lors d'une élection présidentielle.

Les quatre juges de la Cour suprême qui se sont opposé à l'arrêt des décomptes (John Paul Stevens, Stephen Breyer, Ruth Bader Ginsburg, et David Souter) se sont mis d'accord sur une déclaration minoritaire émise par Stevens. La minorité a dénoncé l'arrêt comme une contravention des procédures constitutionnelles et des principes démocratiques.

La Cour suprême de la Floride avait clairement le droit légal et constitutionnel d'interpréter la loi électorale de l'État et d'ordonner un décompte des voix. Ce qui, par contre, est un acte extraordinaire de « dépassement » des pouvoirs judiciaires est la décision de la Cour suprême fédérale de contrecarrer la décision de la cour de l'État sans avoir même entendu une seule présentation sur les questions de droit. Dans sa déclaration, le juge Stevens écrivait : « Sur des questions des lois des États, nous avons toujours respecté les opinions des Cours suprêmes des États. »

Le camp Bush, selon les minoritaires, n'a pas donné de base légale pour l'émission d'une injonction qui arrête les décomptes. Il aurait fallu que Bush fasse la démonstration qu'il encourrait des « dommages irréparables » si les décomptes continuaient. « L'acte de compter tous les votes légaux ne peut pas constituer des dommages irréparables », maintenait la déclaration. « Cependant, il y a danger que cet arrêt pourrait causer des dommages irréparables aux répondants [c'est-à-dire le camp Gore] ­ et, ce qui est plus important, au public Empêcher les décomptes affaiblira inévitablement la légitimité de l'élection. »

La minorité a insisté qu'ils considèrent que la décision de la Cour suprême de la Floride était justifiée, et par les lois de la Floride et par des considérations démocratiques plus larges. « Comme question même plus fondamentale », écrit Stevens, « la décision de la Cour en Floride reflète le principe fondamental, inhérent en notre Constitution et en notre démocratie, que chaque vote légal devrait être compté ».

C'est un commentaire remarquable sur le déclin de la démocratie américaine qu'une majorité de la Cour suprême fédérale rejette une affirmation tellement élémentaire de la souveraineté populaire. Des juges pour qui personne n'a jamais voté tentent de détruire le droit de voter.

Les mensonges cyniques de Scalia

Quatre des cinq juges de la Cour suprême qui ont voté pour arrêter les décomptes (le juge en chef William Rehnquist, Clarence Thomas, Sandra Day O'Connor, et Anthony Kennedy) n'ont même pas donné de raisons pour leur décision. Seul Scalia, qui a des prétentions à la direction intellectuelle de la section de droite, a écrit une brève opinion, en fait une succession de mensonges cyniques.

Scalia écrit : « La question principale n'est pas, comme le dit la déclaration minoritaire, si 'l'acte de compter chaque vote légal peut constituer un dommage irréparable'. Une des questions principales de l'appel que nous avons accepté est précisément de déterminer si les votes que la Cour en Floride a ordonné de compter sont, au sens des lois de la Floride, des 'votes légaux'».

Voilà une invention extraordinaire ! Le camp Bush n'a jamais dit que les voix non comptées en Floride n'étaient pas légales. Scalia a inventé cet argument de toutes pièces, sans expliquer comment « l'interprétation des lois de la Floride » est devenue une question pour les tribunaux fédéraux. Ces voix étaient incontestablement légales, soumises par des électeurs en règle, et reconnues comme des voix légales pour une série d'autres élections et de questions de référendum, depuis l'élection de sénateurs fédéraux jusqu'aux élections de fonctionnaires.

La question n'est pas la légalité des bulletins, mais le fait que les décomptes automatisés n'aient pas détecté certains votes pour l'élection présidentielle. Il est impossible de décider si les machines ont faussement rejeté des votes ou si les électeurs n'avaient pas l'intention de voter pour un candidat à la présidence sans inspecter les bulletins. Mais c'est précisément ce que la majorité de droite essaie d'empêcher.

Compter ces votes, selon Scalia, « menace en effet de causer des torts irréparables pour le demandeur [George W. Bush] et le pays, en mettant en question ce qu'il dit être la légitimité de l'élection. Compter d'abord, décider de la légalité ensuite, cela n'est pas une façon de produire des résultats électoraux qui ont le soutien public comme le demande la stabilité démocratique. »

Scalia est sur le bord d'admettre ouvertement que l'injonction a été émise pour protéger la crédibilité politique de George W. Bush à la présidence, en empêchant un recomptage qui démontrerait le contraire. Si assez de voix avaient été comptées en Floride pour prouver que Gore avait gagné l'élection, dit Scalia, il serait impossible d'obtenir « l'acceptation publique » d'une présidence Bush.

Ces inquiétudes ont été mentionnées par les avocats de Bush dans leur déclaration à la Cour, qui attaquait la décision de la Cour suprême de la Floride parce qu'elle entraînait 'une possibilité raisonnable que la certification du 26 novembre du Gouverneur Bush serait mise en doute ­ ou même retirée ». Autrement dit, ils ont demandé à la Cour suprême de bloquer les décomptes parce Bush perdrait.

Les avocats de Gore ont fait de cette admission un point de leur propre déclaration à la Cour suprême. Celle-ci commence : « La demande des demandeurs pour une injonction contient une déclaration remarquable : dans l'intention, selon eux, d'avancer les intérêts des électeurs, ils demandent d'urgence à la Cour d'arrêter les décomptes des voix. Leur déclaration surprenante est qu'un candidat à une position publique pourrait souffrir des dommages irréparables lors de la détection et du décompte de la volonté des électeurs. Cette suggestion est contraire à la loi établie, à la Constitution des États-Unis, et aux principes élémentaires de la démocratie ».

Les critères pour compter les votes

La dernière question abordée par Scalia fut la décision par la Cour suprême de la Floride ne de pas donner des critères exacts qui indiquerait ce qui constituerait un vote. Il mettait en question « la pertinence, même la constitutionnalité, de permettre aux critères pour la détermination de l'intention de l'électeur ­ bulletins à perforation indentés ou en partie perforés, etc. ­ de varier de comté en comté ».

Ici Scalia fait écho à la propagande hystérique du camp Bush, reprise par les médias, que 64 comtés emploient 64 séries de critères différents pour compter les votes. Cette question, cependant, est inventée pour les besoins de la cause. Les lois sur les décomptes électoraux dans la plupart des États, y compris en Floride, ont tendance à laisser la question aux fonctionnaires locaux.

En plus, il y a une grande variation dans les méthodes pour « mesurer l'intention des électeurs » utilisées par les différentes localités à travers les États-Unis. Certains comtés utilisent des machines à voter, d'autres des bulletins à perforation, d'autres des bulletins où le vote est indiqué au crayon et lus par ordinateur, ou même comptés à main. La règle suggérée par Scalia déclarerait anticonstitutionnelle, non seulement le décompte en Floride, mais l'élection présidentielle et toute autre élection fédérale.

La Cour suprême de la Floride n'a pas donné de critères détaillés car la législature et les lois électorales de l'État n'en donnent pas. Ils ont simplement affirmé le critère légal stipulé par les lois de l'État ­ que les fonctionnaires locaux doivent tenter de déterminer « l'intention des électeurs » à partir de l'apparence du bulletin de vote.

On voit ici encore une fois les mensonges remarquables du camp Bush et de la majorité de la Cour suprême. Le camp Bush a fait appel à la décision originale de la Cour suprême de l'État, qui avait reculé la date limite pour la certification du vote du 14 au 26 novembre, en insistant que c'était un acte judiciaire illégal et non-constitutionnel qui avait l'effet de réécrire les lois électorales de la Floride. Scalia, Rehnquist, et les autres juges de droite ont répeté cette opinion lors de la première audience devant la Cour suprême, le 1er décembre.

A présent Scalia et le camp Bush dénoncent la Cour suprême de la Floride car elle n'a pas réécrit les lois électorales de la Floride en donnant des critères uniformes pour déterminer l'intention d'un électeur.

La malhonnêteté cynique de ces arguments montre le caractère réactionnaire de la position prise par Scalia et la majorité de la Cour. Ils ne raisonnent pas logiquement à partir de principes légaux, même conservateurs. Ils commencent tout bonnement par la fin désirée ­ que George W. Bush gagne la Maison Blanche ­ et inventent des prétextes légaux ou constitutionnels pour justifier le résultat, sans porter attention à l'absence de logique cohérente.

Il y a un élément évident de désespoir et de sans-gêne dans ces machinations légales. Un candidat présidentiel américain n'a jamais essayé d'entrer à la Maison Blanche après avoir perdu le vote populaire et le vote électoral. Bush a utilisé le gouvernement de la Floride ­ contrôlé par son frère, le Gouverneur Jeb Bush ­ pour tenter de renverser la volonté du peuple de la Floride et du peuple des États-Unis. A présent, avec le soutien des médias obéissants et d'une Cour suprême remplie de juges de droite, la conspiration antidémocratique atteint son paroxysme.

La prosternation des démocrates

La réponse timide du camp Gore et du Parti démocrate à cette décision réactionnaire fait encore une fois la démonstration de la banqueroute du libéralisme américain et de son incapacité de défendre les droits démocratiques contre l'assaut de la droite. Le contraste avec la brutalité des républicains est remarquable. Après la décision de la Cour suprême vendredi, le porte-parole pour Bush, James Baker, n'a pas eu peur d'offrir une réponse furieuse, dénonçant la majorité comme des usurpateurs, suggérant qu'une décision de 4 contre 3 n'avait de légitimité, et menaçant de faire casser leur décision par un appel à la Cour suprême, la législature de la Floride, et le Congrès des États-Unis contrôlé par les républicains.

Mais après la décision de samedi de 5 contre 4 arrêtant les décomptes, les porte-parole légaux et politiques de Gore n'ont donné aucune indication publique de colère, de refus, ou même de critique sérieuse. Où est la colère ? Pourquoi le refus de dire ce que tout le monde sait être vrai : la majorité à la Cour suprême fait partie d'une conspiration de droite de voler la présidence. L'avocat en chef de Gore, David Boies, a préféré parler de la légitimité de la Cour suprême.

Pendant la campagne électorale, Gore a plusieurs fois mentionné le danger que Bush puisse nommer davantage de juges tels Scalia et Thomas comme raison pour voter pour les démocrates. A présent que Scalia et ses complices se dévoilent comme des crapules judiciaires en guerre contre la démocratie, Gore maintient la position absurde que la Cour suprême est un arbitre neutre au-dessus des luttes politiques. Ainsi, les démocrates contribuent à l'illusion que ce qui se passe est un exercice raisonné en procédure judiciaire, non pas une atteinte sordide et criminelle aux droits démocratiques.

Même si l'arrêt n'est pas suivi par une décision lundi annulant la décision de la Cour suprême de la Floride, l'arrêt des décomptes a déjà eu un effet majeur, puisque la date préliminaire pour conclure la sélection des électeurs de la Floride est le 12 décembre. Citant une loi obscure de 1887 à laquelle on n'a jamais fait appel jusqu'ici, la législature de la Floride ­ contrôlée par les républicains ­ menace d'imposer les grands électeurs du camp Bush, peu importe l'intention du peuple de la Floride, s'ils n'étaient pas encore choisis le 12 décembre. Le délai supplémentaire de deux jours que signifie la décision de la Cour suprême rend encore plus difficile le recomptage des voix avant cette date butoir.

Si la Cour suprême émet une décision en appui à Bush, supprimant des dizaines de milliers de votes en Floride, ce serait un assaut sur les droits démocratiques sans parallèle, tant par son cynisme et que par sa brutalité, depuis l'infâme décision Dred Scott de 1857. Lors de cette décision, la Cour suprême avait soutenu le système d'esclavage, déclarant que les noirs étaient des biens et ne pouvaient être des citoyens. Aujourd'hui la même Cour est sur le point d'émettre une décision aussi fondamentale, déclarant qu'une minorité de droite, non pas les voix du peuple américain, devrait choisir le prochain président.

Les luttes du mois passé ont démontré le manque de soutien pour la démocratie parmi les élites de la société américaine, aussi bien dans les milieux des grandes entreprises que parmi les hommes politiques et les juges ainsi que dans les médias. Les éléments de droite sont de plus en plus conscients du fait qu'ils ne peuvent imposer leur programme social et économique : des diminutions d'impôts pour les riches, la destruction des programmes sociaux du gouvernement et l'élimination de toute contrainte sur les corporations américaines, dans un contexte démocratique.

Il y a un consensus grandissant parmi l'élite dirigeante sur la nécessité de s'approcher d'un régime plus autoritaire et d'éliminer les structures et les institutions démocratiques qui furent à la base des États-Unis à travers leur histoire. Ce consensus s'exprime par la férocité et l'agressivité des républicains, la propagande éhontée des médias, la timidité et la lâcheté des démocrates, et l'attitude imbécile et complaisante parmi les cercles libéraux et universitaires.

En dernière analyse, la crise de l'élection 2000 démontre que les formes politiques des États-Unis s'ajustent à la structure sociale du pays, qui constitue de plus en plus une oligarchie des riches, avec une minorité qui s'est fabuleusement enrichie avec le boom de la Bourse, tandis que la vaste majorité confronte des difficultés grandissantes en essayant de survivre.

Les succès de la droite, cependant, seront illusoires. Les élites riches abandonneront peut-être même leurs prétentions de s'astreindre aux principes démocratiques, mais les masses populaires américaines ne se sont pas encore exprimées. Jusqu'ici, la crise de l'élection 2000 a pris la forme d'une lutte sans merci à l'intérieur de l'élite dirigeante. Mais les questions qui se décident sont d'une importance extrême pour toute la population. Tandis que l'assaut contre les droits démocratiques fondamentaux devient de plus en plus évident et que les questions politiques se clarifient pour des millions de personnes, ces évènements auront un immense effet radicalisant. D'immenses convulsions sociales et politiques se préparent en Amérique.

Voir aussi:

Sources WSWS

 

Posté par Adrianaz Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article
12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 14:23

 

Tandis que l'élection se décide devant les tribunaux

La question est posée aux États-Unis :

droit de vote ou gouvernement par usurpation ?

 

Par Barry Grey


Le 28 novembre 2000

 

Maintenant que le résultat des élections américaines est entre les mains des tribunaux de l'État de la Floride et à la Cour suprême, les questions fondamentales soutendant le conflit au sein de l'élite dirigeante américaine se définissent plus clairement. Le fait même que la lutte politique sur les résultat du vote du 7 novembre se soit retrouvé devant les juges montre la profondeur et la férocité des divisions à l'intérieur de la classe politique.

La certification de George W. Bush comme gagnant des 25 votes électoraux de la Floride, et ainsi de l'élection nationale par la suppression de milliers de votes remet en question les fondements mêmes de l'exercice du pouvoir démocratique aux États-Unis. La question qui se pose aux tribunaux est de savoir jusqu'à quel point, tant eux que la classe dirigeante américaine, sont disposés à permettre une rupture des normes constitutionnelles et démocratiques pour décider du résultat des élections présidentielles.

La certification télévisée du 26 novembre présidée par la secrétaire d'État de la Floride Katherine Harris, alliée du gouverneur de la Floride Jeb Bush (le frère de George W. Bush) et codirectrice de la campagne présidentielle républicaine dans l'État, a été le point culminant logique de la tentative du Parti républicain de voler des voix électorales dans cet État par le biais de la fraude et de l'intimidation. Harris a en effet tenté d'arrêter les décomptes manuels des votes qui avaient été légalement prescrits dans les comtés de Broward, Palm Beach et Miami Dade, pour ensuite ne les laisser continuer qu'après l'intervention de la Cour suprême de la Floride.

Les résultats des décomptes à la main dans le comté de Broward ont réduit de moitié la marge de victoire de Bush ­ qui n'est plus que de 537 votes sur plus de 6 000 000 ­ un chiffre qui aurait été réduit de 200 votes de plus si Harris n'avait pas écarté le résultat du décompte effectué dans le comté de Palm Beach. Ce geste qui exprime son mépris pour le droit de vote des électeurs, faisait suite à son refus d'accorder au responsable du comité de vote de Palm Beach une extension de quelques heures nécessaire pour comptabiliser tous les votes. Les officiels locaux n'ont pu finir le décompte avant l'heure limite qui avait été fixée au dimanche 17 h à cause des tentatives constantes des républicains pour interrompre et retarder le décompte des voix.

Les décomptes manuels des comtés de Broward et de Palm Beach ont prouvé sans l'ombre d'un doute que le même processus effectué dans le comté de Miami Dade accorderait plus de voix qu'il n'en faut pour dépasser la marge officielle de Bush. Quelques 10 000 votes présidentiels n'apparaissent pas sur la fiche de pointage d'origine de la machine, ce qui signifie par conséquent qu'ils n'ont jamais été comptés. Le recomptage dans Miami Dade a été abruptement arrêté la semaine dernière lorsqu'une foule d'organisateurs républicains s'est déchaînée dans les bureaux de recensement a attaqué un organisateur démocrate et en a menacé plusieurs autres.

Peu après la certification de Bush comme gagnant par Harris, Joseph Lieberman, candidat démocrate à la vice-présidence, annonçait devant les caméras des chaînes nationales qu'il contesterait avec Gore le décompte officiel devant les tribunaux de la Floride. Déclarant que Harris avait décidé de « certifier ce qui est par tout critère raisonnable un décompte inexact et incomplet des votes de l'État de la Floride », Lieberman a basé les arguments des démocrates sur des questions constitutionnelles de droits démocratiques fondamentaux. « Ce qui est en jeu maintenant, ce n'est rien de moins que le droit simple et sacré de tout Américain de voter », a-t-il dit. L'intégrité de notre gouvernement, a-t-il continué, est beaucoup trop importante pour que l'on la mette en doute parce que sans aucune justification on n'a pas tenu compte de votes comptés et que d'autres qui auraient clairement dû être comptés ne l'ont pas encore été ». Promettant de se soumettre avec Gore au résultat d'un décompte juste et complet des votes, Lieberman a ajouté, « l'idée d' "une personne, un vote" est au centre de notre système de gouvernement et ne peut être remise en question ».

Dans sa réaction télédiffusée plus tard en soirée, Bush a ignoré les questions constitutionnelles mentionnées par Lieberman et s'est contenté de se déclarer vainqueur de l'élection présidentielle. Il a attaqué le camp Gore pour avoir contesté le décompte officiel des votes. Seulement une semaine auparavant, ses avocats plaidaient devant la Cour suprême de la Floride que l'opposition de Harris contre la tenue de dépouillements manuels devait être maintenue de façon à ce que chaque parti dispose de suffisamment de temps pour suivre la procédure alors considérée par tous comme celle à suivre, c'est-à-dire de contester les résultats certifiés devant les tribunaux de la Floride. Bush a ensuite exigé que l'administration Clinton le reconnaisse officiellement comme le prochain président et lui accorde tous les privilèges revenant à l'équipe présidentielle de transition en vertu des lois fédérales.

En répétant sa promesse faite pendant la campagne d'éliminer les impôts sur l'héritage et de réduire les impôts sur le revenu à tous les niveaux, des mesures qui donneraient des bénéfices immenses aux riches, Bush ne lançait pas seulement un appel à ses alliés parmi les riches et les super-riches. Il démontrait également que l'administration Bush, contrairement aux estimations de la presse libérale et des prédictions de différents gourous politiques, mettait de côté toute idée d'entente avec les démocrates et allait appliquer agressivement le programme social réactionnaire de la droite républicaine.

Le discours du candidat démocrate à la vice-présidence Lieberman était essentiellement un aveu que le nouveau président était sur le point d'être intronisé par des moyens antidémocratiques et anticonstitutionnels. La réponse provocatrice de Bush, conforme à la position républicaine depuis le jour des élections, ne fait que confirmer l'accusation.

Le droit démocratique fondamental du peuple d'élire le gouvernement est ici violé à deux reprises ­ d'abord par les provisions constitutionnelles archaïques qui déterminent la présidence non pas par le vote populaire (que Gore a gagné), mais plutôt par les votes du collège électoral, et ensuite par la fraude électorale dans l'État clé de la Floride qui est dirigé par une administration républicaine corrompue.

Cette atteinte au principe « une personne, un vote » remet à l'avant-plan les questions de la période de la lutte pour les droits civiques des années 1950 et 1960, quand des dizaines de milliers d'ouvriers noirs, voulant mettre fin au régime d'apartheid de Jim Crow dans le Sud ont risqué leurs vies pour obtenir le droit de voter. Ils ont dû lutter pour mettre fin à la taxe de vote, aux examens d'analphabétisme, et d'autres méthodes sanglantes utilisées pour les empêcher de voter. Ce n'est pas un hasard si les mêmes forces sociales qui il y a quarante ans soutenaient le système de la suprématie blanche dans le Sud se mobilisent aujourd'hui derrière la campagne de Bush.

Les événements des trois dernières semaines ont démontré qu'une section importante de l'élite financière et politique aux États-Unis a abandonné toute allégeance aux normes démocratiques. Cette rupture avec les méthodes démocratiques était déjà visible lors de la campagne de destitution contre Clinton lorsque toute une clique d'avocats d'extrême-droite, de juges, et de congressistes républicains ont tenté un coup d'État constitutionnel en le déguisant en scandale sexuel.

Cette réorientation de sections importantes de l'élite dirigeante vers des méthodes illégales et autoritaires se reflète le plus clairement dans le rôle des médias, possédés et contrôlés par certaines des plus puissantes corporations qui soient. Tout comme lors de la crise de destitution, les médias servent encore l'extrême-droite en couvrant les traces pourtant évidentes d'intimidation des électeurs et de fraude électorale en Floride et en faisant tout pour confondre et désorienter le public.

Toutefois, l'intronisation d'un président par des moyens ouvertement antidémocratiques est une décision qui revêt de vastes implications explosives. En gros, le camp républicain de Bush représente les sections de la classe dirigeante qui sont arrivés à la conclusion que les intérêts du Capital américain ne peuvent plus être défendus que par des méthodes autoritaires, tandis que le camp démocrate de Gore craint les implications sociales de telles positions radicales. Ce dernier tente plutôt de défendre les intérêts du capitalisme américain par des méthodes plus traditionnelles qui ont si bien servi l'oligarchie du pays dans le passé. Pour l'instant, le camp Gore a pris la décision de résister à la tentative des républicains de s'installer illégalement à la Maison Blanche pour ne pas donner l'impression que le Parti démocrate ne défend pas les droits démocratiques.

Il semble de plus en plus que l'issue du conflit électoral sera tranché par la Cour suprême, qui a prévu une audience le 1er décembre pour prendre connaissance de la revendication des républicains selon laquelle la Cour suprême de la Floride a outrepasser ses pouvoirs en ordonnant à la secrétaire d'État de la Floride de laisser le dépouillement manuel des votes en Floride se faire et que le résultat soit compté dans le compte final des votes. La Cour suprême des États-Unis a longtemps servi d'arbitre légal dans les disputes internes de l'élite dirigeante. Si elle tranches en faveur d'une section de la classe politique qui se base de plus en plus sur des méthodes de conspiration et des forces sociales fascistes en lui accordant la présidence, cela marquera un point historique décisif.

C'est précisément parce que les enjeux sont si fondamentaux qu'ils ne pourront être longtemps relégués à une simple dispute au sein de l'élite sociale et politique. Inévitablement, de vastes masses populaires seront entraînées dans cette lutte. La classe ouvrière ne pourra longtemps se tenir à l'écart. L'enjeu dépasse de loin le sort de Bush, Gore, et de leurs partis respectifs. La principale cible des forces d'extrême-droite qui soutiennent Bush est la classe ouvrière et ses droits démocratiques. C'est la raison pour laquelle qu'en s'opposant à l'assaut de l'extrême-droite, les ouvriers ne peuvent faire confiance à Gore ou au Parti démocrate. Ces derniers ne représentent une tiède pensée libérale qui se révèle incapable de défendre les droits démocratiques. Parce que le Parti démocrate défend un système de profit à l'origine d'un niveau croissant d'inégalités sociales, ses différends avec le Parti républicain passent bien après sa peur d'une mobilisation politique et sociale indépendante de la classe ouvrière. Déjà des démocrates de gauche en vue tels l'ancien ministre du travail Robert Reich ont pressé Gore d'accepter une défaite.

De la même façon, les travailleurs ne peuvent faire confiance aux tribunaux, même à la Cour suprême. Cette dernière est une force puissante vouée à la protection du pouvoir et de la richesse des corporations. Elle est dominée par une cabale de juges de droite qui n'ont jamais hésité à écarter les précédents légaux et les principes démocratiques pour attaquer les conditions sociales et les droits des travailleurs. Le juge principal William Rehnquist était l'un des conspirateurs importants lors de la crise de destitution. C'est lui qui a nommé le juge ultradroitiste qui a limogé le premier investigateur indépendant de l'affaire Whitewater et ensuite nommé Kenneth Starr pour continuer la croisade contre Clinton. Rehnquist a commencé sa carrière politique comme organisateur du Parti républicain en Arizona, État dans lequel il s'est opposé à la déségrégation dans les écoles et participé aux efforts pour bloquer les ouvriers des minorités d'exercer leur droit de voter.

La classe ouvrière est la seule force sociale capable de défendre les droits démocratiques. Pour cela, elle doit construire son propre parti de masse, basé sur un programme démocratique et socialiste.

Voir aussi:

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article
11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 13:02

 

 

Le Wall Street Journal et la crise électorale aux États-Unis

 

Par Barry Grey


Le 11 novembre 2000

 

Il n'y a pas de réfutation plus dévastatrice des prétentions légales et constitutionnelles du candidat républicain à la présidence George W. Bush que l'éditorial publié le 10 novembre dernier par son supporter le plus agressif, le Wall Street Journal. Dans un article hardiment intitulé « A Gore Coup d'Etat ? » (Un coup d'État par Gore ?), le quotidien réussit à inverser totalement la réalité en accusant le clan Gore de tenter de voler l'élection. Cet éditorial vient en réponse à l'annonce faite par les porte-paroles démocrates qui ont annoncé leur intention de contester devant les tribunaux les résultats des élections en Floride, dont les 25 votes au collège électoral décideront de l'issue finale.

Le Wall Street Journal soutient que l'élection nationale devrait être décidée par un recomptage rapide des voix en Floride et par le décompte des votes d'outremer, un processus qui devrait se terminer avant le 17 novembre. Pour le Wall Street Journal, nul besoin de prêter attention au fait que suite à un second examen des machines à voter, la marge de victoire de Bush en Floride est passée ­ sur 6 millions de voix ­ de 1 725 à 327, que plusieurs milliers d'électeurs dans le comté traditionnellement démocrate de Palm Beach ont voté par erreur pour Buchanan, un candidat d'extrême-droite, et enfin que 19 000 bulletins de vote ont été éliminés dans ce même comté parce que leur agencement trompeur a fait en sorte que de nombreux électeurs ont voté accidentellement pour deux candidats à la fois. Il ne faudrait pas non plus faire attention aux dires d'électeurs issus des minorités raciales qui affirment ailleurs dans l'État que les autorités policières et électorales ont cherché à les intimider, ou encore aux nombreux incidents où des boîtes remplies de bulletins de votes ont été égarées pendant plusieurs heures (le tout dans un État qui a une longue tradition de fraude électorale et dirigé par nul autre que le frère de Bush).

Le Wall Street Journal dénonce notamment Gore qui selon lui emploie des « escouades d'avocats politiques » pour « entraîner le peuple de ce pays dans une crise politique sans précédents ». Tout cela provient d'un journal qui a participé à une campagne continue et employant les moyens les plus sordides et provocateurs pour déstabiliser l'administration Clinton afin de le chasser de son poste par un coup pseudo-constitutionnel.

Dans sa façon de faire, le Wall Street Journal n'a pas hésité à utiliser les calomnies et la diffamation. Dès les premiers mois de la première administration Clinton il s'en était pris à un ami proche des Clinton qui travaillait au département de la justice. La chasse aux sorcières menée par le Wall Street Journal est l'un des facteurs qui a poussé Foster au suicide, mais cela n'a pas empêché les éditeurs du quotidien de publier plusieurs articles où ils suggéraient que les Clinton avaient quelque chose à voir dans la mort de Foster.

L'accusation portée contre les démocrates par le Wall Street Journal de faire appel aux avocats et aux tribunaux pour entraîner le pays dans une crise politique résume bien leur propre rôle en fait. Ce journal a en effet soutenu toute une petite armée d'avocats de droite lors de nombreuses provocations légales, dont la plus célèbre est sans doute le procès Paula Jones. Ce quotidien a également servi de principal porte-parole et de conseiller en coulisse pour toute une cabale de réactionnaires qui se sont tous unis finalement lors du scandale de l'affaire Monica Lewinsky, de l'enquête menée par Kenneth Starr, puis lors de la procédure de destitution menée par les républicains.

Le Wall Street Journal qui considère sans importance le fait que Bush, son favori, ait perdu le vote populaire mardi dernier, a pendant huit ans justifié ses actions séditieuses en disant que l'administration Clinton était illégitime, puisque les majorités électorales de Clinton n'avaient jamais franchi la barre des 50 p. 100.

Peut-on imaginer comment le Wall Street Journal et la plupart des médias réagiraient aujourd'hui si les républicains avaient remporté le vote populaire mais que Gore prétendrait à la présidence sur la base d'un avantage de 327 votes en Floride ? Nul doute qu'ils exigeraient à hauts cris des réunions au Congrès, la nomination d'enquêteurs spéciaux et la tenue de convocations pour bloquer une tentative illégitime de prise du pouvoir.

Voir aussi:

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article
10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 13:49

 

Crise électorale aux États-Unis :

pourquoi Ralph Nader garde le silence ?

 

Par Jerry White


Le 24 novembre 2000

 

Ralph Nader, le candidat à la présidence des Verts aux États-Unis garde un silence de mort dans la crise politique actuelle entourant les élections américaines.

En campagne, Nader avait justement dénoncé la domination des entreprises sur le système bipartite comme étant la source du désenchantement des grandes masses du peuple américain et un affront aux droits démocratiques. Pourtant, malgré les efforts concertés des forces les plus réactionnaires de l'establishment politique qui se sont rangées derrière le camp de Bush en faisant appel à des méthodes clairement antidémocratiques et aux sentiments d'extrême-droite pour s'emparer de la Maison-Blanche, Nader n'a pas prononcé le moindre mot de protestation.

Il est remarquable qu'un candidat à la présidence ayant remporté 3 p. 100 des voix à l'échelle du pays - dont près de 100 000 votes en Floride - et qui se présente comme une alternative progressiste aux démocrates et aux républicains, n'ait rien à dire à propos des événements des deux dernière semaines. Il est certain que si Nader dénonçait publiquement les tentatives du camp Bush de s'emparer de la Maison-Blanche en supprimant des votes, cela renforcerait l'opposition populaire face aux machinations des républicains.

Dans ses nombreuses apparitions publiques et à la télévision, interventions à la radio et interviews accordées à la presse depuis les élections, Nader s'est abstenu de se prononcer sur la controverse électorale. Un porte-parole des Verts contacté au quartier général de son parti à Washington, DC, nous a confirmé que leur candidat à la présidence n'avait en effet fait aucune déclaration publique à ce propos. Lorsque nous avons demandé pourquoi, le porte-parole a déclaré « nous ne sommes pas très présents dans ce qui se passe là-bas puisque c'est une bataille politique entre les démocrates et les républicains ». Lorsque nous lui avons demandé comment Nader pouvait rester silencieux face aux fréquentes accusations de fraude électorale par les républicains et aux nombreux témoignages d'électeurs démocrates provenant des minorités affirmant avoir été victimes d'intimidation, des questions dans lesquelles les droits démocratiques fondamentaux sont en jeu, le porte-parole des verts a rétorqué que « M. Nader s'est fait une prérogative d'agir ainsi ».

Comment expliquer le silence de Nader ? Comme l'a si bien expliqué son porte-parole, les Verts ne voient dans l'impasse électorale actuelle rien de plus qu'une dispute entre deux partis identiques, assujettis aux entreprises, pour savoir qui formera le gouvernement. Selon eux, c'est une question dont la population en général n'a pas à se préoccuper.

Mais comment peut-on agir ainsi ? Comment les travailleurs peuvent-ils adopter une attitude d'indifférence face à des forces politiques de droite prêtes à leur passer sur le corps et à piétiner leurs droits démocratiques pour s'emparer de tous les leviers du pouvoir ?

La classe ouvrière doit s'opposer aux attaques contre les droits fondamentaux en adoptant une position indépendante et selon ses méthodes. L'opposition à la droite républicaine n'équivaut pas à accorder automatiquement un soutien politique à Al Gore et aux démocrates. L'expérience a démontré que ces derniers sont incapables de défendre sérieusement les droits démocratiques contre les réactionnaires du Parti républicain. La crise actuelle démontre que classe ouvrière doit construire son propre parti politique basé sur un programme démocratique et socialiste pour défendre les intérêts de la vaste majorité du peuple américain.

Le refus de Nader de s'opposer aux attaques républicaines contre les droits démocratiques démontre que son parti n'est aucunement indépendant de l'élite dirigeante. Sa position de mépris à l'égard des deux partis peut paraître radicale, mais elle n'est en réalité qu'une forme d'adaptation et de capitulation devant les forces d'extrême-droite qui dominent le Parti républicain. C'est précisément parce qu'ils n'ont aucune assises dans la classe ouvrière - en fait ils rejettent la notion même de lutte des classes- que les Verts sont incapables d'organiser la moindre résistance contre les attaques ouvertes contre les droits fondamentaux.

Le silence de Nader dans la crise actuelle est consistant avec la conception mécanique et erronée selon laquelle puisqu'au sens absolu du terme il y a une certaine similitude entre les deux partis - du fait qu'ils représentent tous deux les intérêts de la bourgeoisie américaine- il n'y a donc pas de différences entre eux. Or, il y a bien plusieurs différences entre ces deux partis. Et en période de crise politique, ces différences peuvent justement jouer un rôle essentiel dans les développements qui touchent de vastes masses de la population.

Il est vrai que les intérêts corporatistes dominent la vie des deux partis et que les différences politiques entre eux sont devenues bien maigres avec le spectre politique de la politique officielle allant toujours plus vers la droite. Mais il est tout aussi vrai qu'au cours des dix dernières années une lutte féroce a été menée entre ces deux partis. La source objective de ce conflit se situe dans les conflits présents entre différentes sections de l'élite économique et politique américaine.

La lutte faisant rage au sein de l'élite dirigeante s'est accentuée avec la série d'enquêtes bidon contre l'administration Clinton. Elle s'est ensuite poursuivit avec la paralysie du gouvernement fédéral, puis la première tentative de destitution de l'histoire contre un président des États-Unis en poste, et enfin avec les efforts actuels des républicains pour détourner le résultat des élections. Prétendre que ces événements n'ont aucune importance politique, c'est nier la réalité.

Le Parti républicain est contrôlé par des forces d'extrême-droite. Ces forces parlent en dernière analyse pour les sections les plus puissantes de l'establishment qui considèrent les politiques conservatrices de Clinton comme un obstacle au programme beaucoup plus à l'extrême-droite qu'elles cherchent à imposer aux États-Unis. Elles sont déterminées à éliminer toute restriction à l'accumulation des richesses personnelles et à l'exploitation de la classe ouvrière. Pour y parvenir, les républicains et leurs partisans de droite religieux, racistes et fascisants sont prêts à renverser les normes démocratiques et les droits constitutionnels.

Les démocrates n'ont cessé de s'éloigner des travailleurs et des minorités au nom desquels ils se réclamaient autrefois. Ils représentent les autres sections de l'élite dirigeante et des couches privilégiées qui veulent défendre les intérêts du capitalisme américain en empruntant les méthodes plus traditionnelles de la démocratie bourgeoise.

En se taisant pendant que cette bataille fait rage au sein des cercles dirigeants, la classe ouvrière coure au désastre. La question essentielle ici n'est pas de savoir quel sera le sort de Gore ou de Bush, mais bien plutôt quel sera le sort des droits démocratiques du peuple américain ?

La vision complaisante et banale de Nader est apparue encore plus clairement lors des récents propos qu'il a tenus sur le résultat des élections. Dans une entrevue accordée au National Public Radio's Talk le 17 novembre dernier, Nader déclarait « Que va t-il se passer ? Je ne crois pas qu'il se passe grand chose, que ce soit Bush ou Gore qui l'emporte. Le vainqueur sera bloqué car les résultats sont trop partagés également. Je ne crois pas qu'il y aura de grands changements, que ce soit dans un sens ou dans l'autre ».

Nader a également déclaré au New York Times que dans l'éventualité d'une victoire de Bush, l'avantage des voix serait tellement faible, le Congrès tellement divisé à part égale, et la personnalité du gouverneur du Texas telle, que les dommages qu'il pourrait faire ne pourraient être que limités. « Il ne connaît pas grand chose, il n'est pas très énergique, et il n'aime pas la controverse » a dit Nader à propos de Bush.

C'est là une évaluation bien erronée. Est-ce logique de penser que les forces réunies derrière Bush, préparées comme elles sont à jeter le pays dans une crise constitutionnelle et à susciter des divisions sans précédent depuis la guerre de Sécession, vont soudainement opter pour un cours plus modéré une fois rendues à la Maison-Blanche ? Bien au contraire, sentant leur position de plus en plus faible et impopulaire, elles vont foncer de l'avant en appliquant leur programme réactionnaire.

Il est évident que Nader voit des différences entre les deux partis. Et c'est pourquoi il consacre la plupart de son temps a répondre à ceux qui affirment que son parti aurait privé les démocrates, et non les républicains, d'une partie des votes qui leur aurait été accordé autrement, et aussi à demander aux démocrates de revenir à leurs « racines progressistes ».

Il y a beaucoup plus chez Nader qu'une simple erreur théorique ou une mauvaise appréciation du conflit entre les deux partis. Son silence actuel est lié à des calculs politiques réactionnaires. S'il ne dit rien à propos des actions des républicains depuis la campagne électorale, c'est parce qu'il ne veut pas s'aliéner les forces de droite dont il recherche le soutien. Ce fait n'est pas nouveau. Dans son mot de remerciement lors de la convention des Verts en juin dernier, Nader a conseillé aux membres de son parti de séduire les électeurs conservateurs en leur disant que sa campagne défendait « les valeurs traditionnelles par oppositions aux valeurs extrêmes », en s'opposant par exemple au « voyeurisme des médias ». Il ne s'est jamais caché non plus d'avoir tendu la main aux partisans du sénateur John McCain et de d'autres personnalités politiques encore plus à droite.

Lors des campagnes protectionnistes contre la signature d'accords commerciaux avec le Mexique et la Chine, il a fait front commun avec le candidat à la présidence ultradroitiste Patrick Buchanan. Selon Nader, ces accords « menacent la souveraineté des États-Unis ». Enfin, Nader a soutenu la campagne de destitution des républicains contre le président Clinton. Lorsqu'il a fait part de son intention de se présenter à la présidence, il a déclaré qu'il était opposé au fait que Clinton ait été acquitté par le Sénat et qu'il aurait voté pour sa destitution. Il a réitéré cette position lors d'une conférence de presse à New York avant les élections, en déclarant que « Clinton aurait du être condamné par le Sénat. Il a déshonoré la présidence et menti sous serment. De tels faits ne peuvent être tolérés ». En s'alignant sur les forces qui ont orchestré la campagne de destitution, et en gardant le silence pendant la crise politique actuelle, objectivement, Nader vient en aide au camp réactionnaire de la droite.

Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

 

Repost 0
Published by Adriana Evangelizt - dans USA "DEMOCRATIE'
commenter cet article