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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 12:57

 

Les États-Unis se préparaient à attaquer l'Afghanistan bien avant le 11 septembre

 

Par Patrick Martin
Le 20 novembre 2001

 

Des comptes-rendus internes publiés dans les médias britanniques, français et indiens ont révélé que des hauts-fonctionnaires des États-Unis avaient déjà menacé de guerre l'Afghanistan dès l'été 2001. Ces rapports comprenaient la prédiction dès juillet que « si une action militaire est menée, elle devra avoir lieu avant que les premières neiges ne tombent sur l'Afghanistan, soit à la mi-octobre au plus tard ». L'administration Bush a commencé ses bombardements contre ce pays misérable et pauvre le 7 octobre et les attaques au sol menées par les forces spéciales des États-Unis ont commencé le 19 octobre.

Ce n'est pas un hasard si ces révélations ont été publiées à l'étranger plutôt qu'aux États-Unis. Les classes dirigeantes de ces pays ont en effet leurs propres intérêts économiques et politiques à défendre, des intérêts qui ne coïncident pas, et qui même s'opposent dans certains cas directement aux poussées de la classe dirigeante américaine pour s'emparer du contrôle de l'Asie Centrale riche en pétrole.

Les médias américains cachent systématiquement les véritables intérêts économiques et stratégiques sous-jacents de la guerre en Afghanistan en prétendant que cette guerre est survenue du jour au lendemain aussi puissamment uniquement en réaction aux attentats terroristes du 11 septembre.

Les experts des chaînes d'informations télévisées et des principaux quotidiens américains qualifient la rapide défaite militaire du régime taliban de coup de chance inattendu. Ils détournent ainsi l'attention du public de la conclusion que n'importe quel observateur sérieux est contraint de tirer des événements des deux premières semaines de novembre : la victoire rapide des forces soutenues par les États-Unis démontre que la planification et les préparatifs minutieux effectués par les militaires américains a dû commencé bien avant les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone.

Selon le mythe américain officiel, « tout a changé » le jour où quatre avions de ligne ont été détournés et que près de 5 000 personnes ont été tuées. Ce faisant, l'intervention militaire des États-Unis en Afghanistan aurait été improvisée à la hâte en moins d'un mois. Dans une entrevue télévisée en date du 18 novembre, le sous-secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz a d'ailleurs déclaré que trois semaines seulement furent nécessaires pour planifier cette boucherie militariste.

C'est là l'un des innombrables mensonges émanant du Pentagone et de la Maison Blanche relativement à la guerre en Afghanistan. La vérité est que l'intervention des États-Unis était planifiée en détail et minutieusement préparée bien avant que les attentats terroristes ne fournissent le prétexte recherché pour appliquer ce plan. Si les événements du 11 septembre n'étaient jamais arrivés, il est fort plausible que les États-Unis auraient attaqués l'Afghanistan de toutes façons, et selon le même échéancier.


 

L'Afghanistan et la lutte pour le pétrole

 

La classe dirigeante des États-Unis envisageait de mener la guerre en Asie centrale depuis au moins une décennie. Dès 1991, suivant la défaite de l'Iraq lors de la guerre du golfe Persique, le magazine Newsweek publiait un article intitulé « Opération bouclier de la steppe ? » dans lequel il rapportait que l'Armée américaine préparait une opération au Kazakhstan modelée sur le déploiement de l'Opération Bouclier du désert survenue en Arabie Saoudite, au Koweït et en Iraq.

Si la dissolution de l'Union Soviétique survenue en 1991 a donné l'occasion à la puissance américaine de se projeter en Asie centrale, la découverte de vastes réserves de pétrole et de gaz a fourni l'incitatif. Le littoral de la mer Caspienne en Azerbaïdjan (Bakou) est certes un centre de production pétrolière depuis un siècle, mais c'est seulement depuis dix ans que de vastes réserves inconnues jusqu'alors ont été découvertes au nord-ouest (Kazakhstan) et au sud-ouest (Turkménistan) de la mer.

Les pétrolières américaines ont acquis les droits pour plus de 75 p. 100 de la production de ces nouveaux champs pétroliers. Les hauts-fonctionnaires du gouvernement américain ont présenté la région de la mer Caspienne et l'Asie centrale comme une alternative possible à la dépendance pétrolière de cette région instable qu'est le golfe Persique. Les troupes américaines sont arrivées après la conclusion des contrats. Les forces spéciales des États-Unis ont commencé des opérations conjointes avec le Kazakhstan dès 1997, puis avec l'Ouzbékistan un an plus tard. Les exercices portaient sur des interventions principalement dans la région montagneuse au sud comprenant le Kyrgyzstan, le Tadjikistan et le nord de l'Afghanistan.

Le principal problème à surmonter pour exploiter les richesses énergétiques de l'Asie centrale est de faire parvenir le pétrole et le gaz de que l'on trouve dans cette région encaissée sur le marché mondial. Les hauts-fonctionnaires des États-Unis se sont opposés à l'utilisation du réseau d'oléoducs russe et à l'emprunt de la route terrestre la plus facilement accessible (par l'Iran) pour aboutir au golfe Persique. De concert avec les pétrolières américaines, ils ont préféré explorer depuis les dix dernières années toute une série d'autres tracés d'oléoducs - vers l'ouest au travers de l'Azerbaïdjan, de la Géorgie et de la Turquie jusqu'en Méditerranée; vers l'est en passant par le Kazakhstan et la Chine jusqu'au Pacifique, et, en ce qui a trait à la crise actuelle, vers le sud depuis le Turkménistan en passant par l'ouest de l'Afghanistan et du Pakistan jusqu'à l'océan Indien.

Ce projet d'oléoduc traversant l'Afghanistan est le favori d'Unocal, une pétrolière américaine qui s'était engagée dans des négociations intensives avec le régime taliban. Ces pourparlers se sont terminés en catastrophe en 1998, lorsque les relations des États-Unis avec l'Afghanistan se sont embrasées suite aux attentats contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie et pour lesquels Oussama ben Laden est tenu responsable. En août 1998, l'administration Clinton a lancé des attaques avec des missiles de croisière contre les camps d'entraînement situés dans l'est de l'Afghanistan qui appartiendraient en principe à ben Laden. Le gouvernement américain a demandé depuis aux talibans de leur livrer ben Laden et imposé des sanctions économiques. Les pourparlers à propos des oléoducs ont ainsi piétinées.


 


Le renversement des talibans

 

Tout au long de 1999, les pressions des États-Unis contre l'Afghanistan augmentèrent. Le 3 février, Karl E. Inderfurth, assistant du secrétaire d'État, et Michael Sheehan, chef des opérations anti-terroristes au secrétariat d'État, se sont envolés pour Islamabad, au Pakistan, afin de rencontrer le sous-ministre des Affaires étrangères taliban, Abdul Jalil. Lors de cette rencontre, ils l'informèrent que les États-Unis tiendraient pour responsable le gouvernement de l'Afghanistan pour tout acte terroriste posé par ben Laden.

Selon un article du Washington Post (édition du 3 octobre 2001), l'administration Clinton et le premier ministre du Pakistan d'alors, Nawaz Sharif, s'entendirent pour mener une opération secrète conjointe pour assassiner Oussama ben Laden en 1999. Les États-Unis assureraient la collecte de renseignements par satellite, le soutien aérien et le financement de l'opération, alors que le Pakistan fournirait des agents parlant pashtoune qui pénétreraient au sud de l'Afghanistan et se chargeraient de l'assassinat.

Toujours selon le Post, le commando pakistanais avait été formé et était prêt à frapper en octobre 1999. Le quotidien rapporte les propos d'un ancien fonctionnaire : « l'entreprise était en cours ». Les aides de Clinton étaient ravis à l'idée de réussir leur assassinat, l'un d'entre eux allant même jusqu'à déclarer « on se serait crû à Noël ».

L'attaque fut avortée le 12 octobre 1999 lorsque Sharif fut renversé lors du coup militaire mené par le général Pervez Musharraf, qui stoppa l'opération clandestine proposée. L'administration Clinton dut se contenter de présenter une résolution au Conseil de sécurité des Nations-Unies demandant que les talibans livrent ben Laden « aux autorités appropriées », sans mentionner spécifiquement les États-Unis.


 

McFarlane et Abdul Haq

 

La subversion des États-Unis contre les talibans continua en 2000, selon le compte-rendu écrit par nul autre que Robert McFarlane, l'ancien conseiller en matière de sécurité de l'administration Reagan, et publié le 2 novembre par le Wall Street Journal. Les services de McFarlane furent retenus par deux riches spéculateurs immobiliers de Chicago, Joseph et James Ritchie, pour les aider à recruter et à organiser un mouvement de guérilla anti-taliban parmi les réfugiés afghans du Pakistan. Leur principal contact afghan était Abdul Haq, l'ancien leader moujahidines qui a été exécuté par les talibans le mois dernier suite à une tentative infructueuse de déclencher une révolte dans sa province natale.

McFarlane rencontra Abdul Haq et d'autres anciens moujahidines à l'automne et à l'hiver 2000. Après l'arrivée au pouvoir de l'administration Bush, McFarlane profita de ses contacts républicains en une série de rencontres avec les hauts-fonctionnaires du Département d'État, du Pentagone et même de la Maison Blanche . Tous encouragèrent la préparation d'une campagne militaire contre les talibans.

À l'été, bien avant que les États-Unis ne lancent leurs frappes aériennes contre les talibans, James Ritchie alla au Tadjikistan avec Abdul Haq et Peter Tomsen, ancien envoyé spécial des États-Unis auprès de l'opposition afghane à l'époque de la première administration Bush. Là ils rencontrèrent Ahmed Shah Massoud, le leader de l'Alliance du nord, avec pour objectif de coordonner les attaques lancées du Pakistan avec la seule force militaire pouvant encore résister aux talibans.

Selon McFarlane, Abdul Haq « décida à la mi-août d'aller de l'avant et de lancer les opérations en Afghanistan. Il retourna à Peshawar, au Pakistan, pour mettre la main aux derniers préparatifs ». Autrement dit, cette phase de la guerre contre les talibans était déjà engagée bien avant le 11 septembre.

Les médias américains ont présenté les Ritchie comme des individus agissant seuls, motivés par les liens émotifs qu'ils entretiennent à l'égard de l'Afghanistan, un pays dans lequel ils ont vécu brièvement lorsque leur père y travaillait à titre d'ingénieur civil dans les années 1950. Mais au moins un article fait un lien avec les discussions relatives aux oléoducs et les talibans. En 1998, James Ritchie visita l'Afghanistan pour discuter en effet avec les talibans d'un plan pour commanditer des petites entreprises dans le pays. Il était accompagné par un représentant de Delta Oil d'Arabie saoudite, qui, en partenariat avec une entreprise argentine, voulait construire un gazoduc qui aurait traverser l'Afghanistan.


 

La guerre secrète de la CIA

 

Les révélations de McFarlane surviennent en même temps que fait rage une diatribe acerbe contre la CIA accusée d'avoir « trahi » Abdul Haq en n'appuyant plus ses opérations en Afghanistan et en l'abandonnant à sa mort aux mains des talibans. La CIA considérait évidemment McFarlane et Abdul Haq comme peu fiables. Elle poursuit sa propre guerre secrète dans la même région, la partie sud de l'Afghanistan, où la population parle principalement pashtoune.

Selon un article publié en première page du Washington Post du 18 novembre, la CIA effectuerait des opérations paramilitaires dans le sud de l'Afghanistan depuis 1997. L'article est signé par Bob Woodward, le célèbre journaliste du Post qui doit sa notoriété à l'affaire du Watergate. Woodward sert fréquemment de relais pour les fuites des hauts-responsables militaires et du renseignement.

Woodward donne des détails sur le rôle de la CIA dans le conflit actuel, notamment sur le déploiement d'une unité secrète paramilitaire appelée la Special Activities Division. Cette force a participé aux combats dès le 27 septembre en se déployant au sol et en utilisant des drônes de surveillance Predator munis de missiles pouvant être lancés à distance.

Selon Woodward, la Special Activities Division est formée « d'équipes comptant environ une demi-douzaine d'hommes qui ne portent pas d'uniformes militaires. L'organisme compte environ 150 combattants, pilotes et spécialistes, principalement des vétérans aguerris qui ont quitté les forces armées américaines.

« Au cours des 18 derniers mois, la CIA a travaillé avec les tribus et les seigneurs de la guerre au sud de l'Afghanistan, et des unités de la Special Activities Division ont contribué à créer un vaste nouveau réseau dans le bastion des talibans ».

Cela signifie que l'agence d'espionnage des États-Unis est engagée dans des attaques contre le régime afghan, ce qui dans d'autres circonstances serait qualifié de terrorisme par le gouvernement américain, depuis le printemps 2000, soit depuis plus d'un an avant les détournements suicidaires qui ont détruit le World Trade Center et endommagé le Pentagone.


 

Les plans de guerre prennent forme

 

Avec l'arrivée de George Bush à la Maison Blanche, le point central de la politique américaine en Afghanistan est passé des incursions limitées pour tuer ou capturer ben Laden aux préparatifs d'une intervention militaire beaucoup plus robuste contre l'ensemble du régime taliban.

Le magazine britannique Jane's International Security rapportait le 15 mars 2001 que la nouvelle administration américaine travaillait avec l'Inde, l'Iran et la Russie « dans un front concerté contre le régime taliban en Afghanistan » L'Inde fournissait du matériel militaire, des conseillers et des techniciens pour les hélicoptères de l'Alliance du nord, en plus d'utiliser conjointement avec la Russie des bases au Tadjikistan et en Ouzbékistan pour mener des opérations.

Le magazine poursuit : « plusieurs réunions récentes entre les groupes de travail indo-américain et indo-russe sur le terrorisme nouvellement institués ont mené à cet effort pour contrer tactiquement et logistiquement les talibans. Les sources de renseignement à Delhi ont déclaré que pendant que l'Inde, la Russie et l'Iran mènent la campagne anti-taliban au sol, Washington fournit le soutien logistique et les renseignements à l'Alliance du nord ».

Le 23 mai, la Maison Blanche annonçait la nomination de Zalmay Khalilzad au poste d'assistant spécial du président et directeur en chef pour les questions du Golfe, de l'Asie du sud-est et régionales au Conseil de sécurité national. Khalilzad est un ancien responsable sous les administrations Reagan et Bush père. Après avoir quitté le gouvernement, il est allé travailler pour Unocal.

Le 26 juin dernier, le magazine IndiaReacts rapportait plus en détails les efforts conjoints des États-Unis, de l'Inde, de la Russie et de l'Iran contre le régime taliban : « l'Inde et l'Iran vont "faciliter" les plans des États-Unis et de la Russie pour une "action militaire limitée" contre les talibans si les nouvelles sanctions économiques sévères envisagées ne font pas céder le régime fondamentaliste de l'Afghanistan ».

À cette étape des préparatifs militaires, les États-Unis et la Russie devaient fournir une assistance militaire directe à l'Alliance du nord, depuis l'Ouzbékistan et le     Tadjikistan, afin de repousser les lignes des talibans vers la ville de Mazar-e-Sharif -un scénario ressemblant étrangement aux événements des deux dernières semaines. Un troisième pays non nommé a approvisionné l'Alliance du nord avec des lance-roquettes antichar qui ont déjà été employés contre les talibans au début de juin.

Toujours selon le magazine, « les diplomates soutiennent que l'alliance contre les talibans a été créée suite à la rencontre entre le secrétaire d'État des États-Unis Colin Powell et le ministre des Affaires étrangères russe Igor Ivanov, suivie de celle de Powell avec le ministre des Affaires étrangères indien Jaswant Singh à Washington. La Russie, l'Iran et l'Inde ont également mené une série de discussions et d'autres activités diplomatiques sont à prévoir ».

Contrairement à la campagne actuelle, le plan d'origine impliquait l'utilisation de forces militaires de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan, ainsi que de la Russie. IndiaReacts soutient qu'au début de juin le président russe Vladimir Poutine a déclaré lors d'une rencontre de la Communauté des États Indépendants, organisme réunissant plusieurs des anciens républiques soviétiques, que des actions militaires contre les talibans étaient en vue. L'une des conséquences du 11 septembre a été de créer les conditions permettant aux États-Unis d'intervenir directement, sans participation directe des forces militaires des États ayant succédé à l'Union Soviétique, et ainsi de s'arroger d'un droit indiscutable de dicter la forme que prendra toute entente en Afghanistan.


 

Les menaces de guerre des États-Unis avant le 11 septembre

 

Immédiatement suite aux attaques terroristes contre le World Trade Center et le Pentagone, deux mentions étaient faites dans les médias britanniques démontrant que le gouvernement américain avait menacé d'entreprendre des sanctions militaires contre l'Afghanistan plusieurs mois avant le 11 septembre.

Le correspondant de la BBC George Arney rapporta en effet le 18 septembre que des hauts-fonctionnaires américains avaient fait part, dès la mi-juillet, à l'ancien secrétaire aux Affaires étrangères du Pakistan, Niaz Naik, de plans pour mener des actions militaires contre le régime taliban :

« M. Naik a déclaré que de hauts-fonctionnaires des États-Unis lui ont fait part d'un plan lors de la rencontre d'un groupe de discussion international commandité par l'ONU sur l'Afghanistan qui s'est tenue à Berlin.
« M. Naik a déclaré à la BBC que lors de cette rencontre, les représentants américains lui ont dit que si Ben Laden n'était pas livré rapidement aux États-Unis, ces derniers entreprendraient des actions militaires pour le tuer ou le capturer, de même que le leader taliban, le mollah Omar.
« L'objectif plus vaste, selon M. Naik, était de renverser le régime taliban et d'installer un gouvernement de transition constitué d'Afghans modérés à la place -possiblement dirigé par l'ancien roi afghan Zahir Shah.
« M. Naik a appris que Washington lancerait son opération depuis des bases au Tadjikistan, ou des conseillers militaires américains étaient déjà en poste.
« Il a également été informé que l'Ouzbékistan participerait également aux opérations, et que 17 000 soldats russes seraient gardés en réserve.
« M. Naik s'est fait également révélé que si l'action militaire était entreprise, elle se déroulerait avant les premières neiges en Afghanistan, soit à la mi-octobre au plus tard ».

Quatre jours plus tard, le 22 septembre, le Guardian confirmait ces propos. Les avertissements adressés à l'Afghanistan le furent lors d'une rencontre de quatre jours réunissant de hauts-responsables des États-Unis, de la Russie, de l'Iran et du Pakistan dans un hôtel de Berlin à la mi-juillet, la troisième d'une série de conférences baptisées « remue-méninges sur l'Afghanistan ».

Parmi les participants il y avait Naik, ainsi que trois généraux pakistanais, l'ancien ambassadeur iranien aux Nations-Unies Saeed Rajai Khorassani, Abdullah Abdullah, le ministre des Affaires étrangères de l'Alliance du nord, Nikolai Kozyrev, l'ancien envoyé spécial russe en Afghanistan et divers autres hauts-fonctionnaires russes, ainsi que trois Américains : Tom Simons, l'ancien ambassadeur des États-Unis au Pakistan, Karl Inderfurth, l'ancien assistant au secrétaire d'État pour les affaires sud-asiatiques, et Lee Coldren, l'ex-directeur du bureau des affaires du Pakistan, de l'Afghanistan et du Bangladesh du Département d'État jusqu'en 1997.

La réunion fut organisée par Francesc Vendrell, alors et toujours représentant adjoint de l'ONU pour l'Afghanistan. Le but de la conférence à l'origine était de discuter de la conclusion possible d'un accord politique en Afghanistan, mais les talibans refusèrent d'y participer. Les représentants américains annoncèrent alors le changement de la politique des États-Unis à l'endroit de l'Afghanistan qui, avec le départ de Clinton et l'arrivée de Bush, suggérait fortement qu'une action militaire était envisageable.

Bien que les trois anciens hauts-fonctionnaires américains ont nié avoir fait des menaces spécifiques, Coldren a néanmoins déclaré au Guardian « qu'il y a eu des discussions à propos du fait que les États-Unis étaient tellement dégoûtés des talibans qu'ils étaient prêts à envisager de mener des actions militaires contre eux ». Naik a également affirmé que l'un des Américains présents aurait déclaré qu'une action contre Ben Laden était imminente : « ce coup-ci, ils étaient très certains de leur coup. Ils disposaient de tous les renseignements voulus et disaient qu'ils ne le rateraient pas à nouveau. Il s'agirait d'une frappe aérienne, possiblement effectuée avec des hélicoptères d'attaque, directement en Afghanistan et à proximité immédiate ».

Le Guardian concluait : « selon de hautes sources diplomatiques, le régime des talibans s'est vu informé hier par l'entremise du gouvernement pakistanais que s'il ne livrait pas Oussama ben Laden, des opérations militaires seraient lancées en Afghanistan. Les talibans refusèrent de s'incliner mais la gravité des menaces soulève la possibilité que ben Laden, loin d'avoir lancé les attaques contre le World Trade Center à New York et le Pentagone sans raison apparente il y a 10 jours, aurait lancé une frappe préventive en réponse à ce qu'il considérait comme des menaces des États-Unis ».


 

Bush, le pétrole et les talibans

 

D'autres révélations relatives aux contacts secrets entretenus entre l'administration Bush et le régime taliban sont révélées dans un livre publié le 15 novembre dernier en France et intitulé Ben Laden la vérité interdite. L'ouvrage a été écrit par Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié. Brisard est un ancien agent des services secrets français, auteur d'un rapport sur Ben Laden et le réseau Al-Qaïda, et ancien directeur stratégique pour l'entreprise française Vivendi, alors que Dasquié est un journaliste d'investigation.

Selon les deux auteurs français, l'administration Bush était prête à accepter le régime des talibans, malgré leurs accusations selon lesquelles ces derniers commanditaient le terrorisme, en autant qu'ils coopéraient avec les plans pour développer les ressources pétrolières de l'Asie centrale.

Jusqu'en août, écrivent les auteurs, le gouvernement américain voyait dans les talibans « une source de stabilité en Asie centrale qui permettrait la construction d'un oléoduc à travers l'Asie centrale ». Ce n'est que lorsque les talibans ont refusé d'accepter les conditions des États-Unis que « le raisonnement de la sécurité énergétique s'est transformé en sécurité militaire ».

Corroborant cela, il faut noter le fait curieux que tant les administrations Clinton que Bush n'ont jamais mis l'Afghanistan sur la liste officielle du Département d'État des États accusés de commanditer le terrorisme, malgré la présence connue d'Oussama ben Laden dans le pays en tant qu'invité du régime taliban. Une telle désignation aurait en effet rendu impossible toute signature d'un accord pour les entreprises pétrolières ou de construction américaines avec Kaboul pour un réseau d'oléoducs permettant de transporter le pétrole et le gaz de l'Asie centrale.

Les pourparlers entre l'administration Bush et les talibans ont commencé en février 2001, peu de temps après l'inauguration de Bush. Un émissaire taliban arriva à Washington en mars chargé de présents pour le nouveau chef exécutif, dont un coûteux tapis afghan. Mais les pourparlers furent loin d'être cordiaux. Brisard déclara « à un moment donné, pendant les négociations, les représentants des États-Unis ont déclaré au représentant taliban : où bien vous acceptez notre offre d'un tapis d'or, ou bien nous vous enterrerons sous un tapis de bombes ».

Aussi longtemps que la possibilité d'un accord pour la construction d'un oléoduc semblait possible, la Maison Blanche laissa traîner les enquêtes sur les activités d'Oussama ben Laden, écrivent Brisard et Dasquié. Ils rapportent également que John O'Neill, sous-directeur du FBI, a démissionné en juillet pour protester contre cette obstruction. O'Neill a déclaré lors d'une entrevue avec les auteurs que « les principaux obstacles à surmonter pour enquêter sur le terrorisme islamiste étaient les intérêts des entreprises pétrolières des États-Unis et le rôle qu'y occupe l'Arabie saoudite ». Par une étrange coïncidence, O'Neill accepta le poste de chef de la sécurité au World Trade Center après avoir quitté le FBI et y trouva la mort le 11 septembre.

Confirmant le compte rendu de Naiz Naik à propos de la réunion secrète de Berlin, les deux auteurs français ajoutent qu'il y eut une discussion ouverte sur la nécessité pour les talibans de faciliter la construction d'un oléoduc partant du Kazakhstan pour assurer la reconnaissance de leur pouvoir par les États-Unis et le monde. Les pourparlers de plus en plus acrimonieux entre les États-Unis et les talibans cessèrent dans la discorde le 2 août, après une dernière rencontre entre l'envoyée des États-Unis Christina Rocca et un représentant taliban à Islamabad. Deux mois plus tard, les États-Unis bombardaient Kaboul.


 

Politiques de provocation

 

Ce compte-rendu des préparatifs de guerre contre l'Afghanistan nous amène au 11 septembre même. Les attaques terroristes qui ont détruit le World Trade Center et endommagé le Pentagone sont certes des liens importants dans la chaîne des événements qui ont entraîné les États-Unis à attaquer l'Afghanistan. Mais le gouvernement américain a planifié la guerre bien à l'avance. Le choc du 11 septembre n'a que contribué à la rendre politiquement faisable en stupéfiant l'opinion publique au pays et en donnant à Washington un coup de main essentiel pour convaincre ses alliés réticents à l'étranger.

Tant le public américain que les gouvernements étrangers ont été pressés d'appuyer les actions militaires contre l'Afghanistan au nom de la lutte contre le terrorisme. L'administration Bush a frappé Kaboul sans même présenter la moindre preuve que ben Laden ou le régime taliban étaient responsables des atrocités survenues au World Trade Center. Elle a vu dans les événements du 11 septembre l'occasion de mettre de l'avant ses ambitions depuis longtemps nourries de renforcer la présence américaine en Asie centrale.

Il n'y a pas de raison de penser que le 11 septembre ne fut rien de plus qu'une coïncidence fortuite. Tous les détails de la guerre contre l'Afghanistan avaient en effet été préparés avec soins. Il est peu vraisemblable que le gouvernement américain allait laisser passer l'occasion de s'embarrasser de fournir un prétexte viable pour ses actions militaires.

Immédiatement après le 11 septembre, des rapports de presse apparurent -encore une fois surtout en dehors des États-Unis- selon lesquels les agences de renseignement américaines avaient reçues des avertissements spécifiques à propos d'attaques terroristes de grande envergure, comprenant notamment l'utilisation d'avions détournés. Il est bien possible que la décision a été prise aux plus hauts niveaux de l'État américain de laisser survenir une attaque, possiblement sans imaginer clairement l'ampleur des dommages qu'elle causerait, afin de fournir l'étincelle nécessaire pour déclencher la guerre en Afghanistan.

Comment autrement expliquer des faits aussi bien établis que la décision des hauts-dirigeants du FBI de bloquer l'enquête menée contre Zaccarias Massaoui, l'immigrant franco-marocain soupçonné après qu'il ait supposément cherché à suivre des cours de pilotage dans une école de pilotage aux États-Unis pour piloter un avion de ligne commercial mais sans prendre de cours pour apprendre à décoller et atterrir ?

La succursale du FBI à Minneapolis a procédé à l'arrestation de Massaoui au début d'août et a demandé au quartier-général du FBI l'autorisation de mener une enquête en profondeur et de vérifier notamment le contenu du disque dur de son ordinateur. Les hauts responsables du FBI ont refusé en affirmant qu'il y avait pas assez de preuves d'intentions criminelles de la part de Massaoui - une décision étonnante pour une agence qui est loin d'être connue pour sa délicatesse en ce qui a trait au respect des libertés civiles.

Tout cela ne veut pas dire que le gouvernement américain a planifié délibérément tous les détails des attaques terroristes ou anticipé que près de 5 000 personnes seraient tuées. Mais l'explication la moins plausible du 11 septembre est bien la version officielle : que des douzaines de fondamentalistes islamistes, dont plusieurs avec des liens connus avec Oussama ben Laden, ont pu mener une vaste conspiration sur trois continents ciblant les symboles les plus proéminents de la puissance américaine, sans même que les agences de renseignement des États-Unis aient eu la moindre idée de ce qui se préparait.

Voir aussi :

Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt     

 

 

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Published by Adriana Evangelizt - dans USA CRIMES-PROFITS
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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 12:28

 

Les talibans, les États-Unis et les ressources de l'Asie centrale

 

par Peter Symonds
25 octobre 2001

1ère partie

 

Voici le second et dernier article sur l'histoire du mouvement des talibans en Afghanistan.

 

Les États-Unis et les Talibans

 

Tout comme le Pakistan et l'Arabie saoudite, les États-Unis ne cessent de répéter qu'ils n'ont jamais appuyé les talibans. Mais compte tenu de la profonde implication de la CIA au Pakistan et avec l'ISI au cours des années 1980, il est très peu plausible que Washington ignorait l'existence ou n'ait même donné un appui tacite aux plans échafaudés par le gouvernement Bhutto du Pakistan pour les talibans. Bien que le soutien de ce pays aux talibans était un secret de polichinelle, ce n'est qu'à la fin des années 1990 que les États-Unis commencèrent à exercer des pressions sur Islamabad du fait de ses rapports avec le régime.

Des preuves supplémentaires indirectes de l'existence de rapports États-Unis-talibans apparurent suite aux efforts du congressiste américain Dana Rohrabacher, membre du Comité des relations avec l'étranger de la Chambre pour avoir accès aux documents officiels des États-Unis ayant trait à l'Afghanistan depuis la formation des talibans. Rohrabacher, un supporter du roi afghan, avait certainement des comptes à régler avec l'administration Clinton. Mais la réponse à ses demandes n'en est pas moins significative. Après deux ans de pressions, le département d'État lui remit près de mille documents couvrant la période après 1996, tout en refusant obstinément de rendre public la moindre entente remontant à la période cruciale précédente.

Bien que les détails exacts des premiers contacts des États-Unis avec les talibans ou leurs soutiens financiers pakistanais ne sont pas disponibles, l'attitude de Washington était claire. L'auteur Ahmed Rashid commente : « l'administration Clinton éprouvait clairement de la sympathie pour les talibans qui partageaient la politique anti-iranienne de Washington, donc importants pour assurer le succès de tout projet de pipeline vers le sud de l'Asie centrale qui contournerait l'Iran. Le congrès des États-Unis a autorisé un budget secret de 20 millions $ à la CIA pour déstabiliser l'Iran. Téhéran a accusé Washington de donner une partie de ces fonds aux talibans- une allégation qui a toujours été niée par Washington ». [Taliban : Islam, Oil and the New Great Game in Central Asia, p. 46].

En fait, de 1994 à 1997 les États-Unis se sont engagés dans une multitude d'activités diplomatiques afin d'assurer un soutien au projet de pipeline d'Unocal. En mars 1996, un sénateur en vue des États-Unis, Hank Brown, supporter du projet d'Unocal, visita Kaboul et d'autres villes afghanes. Il rencontra les talibans et les invita à envoyer des délégués à une conférence sur l'Afghanistan financée par Unocal aux États-Unis. Le même mois, les États-Unis exercèrent également de la pression sur le gouvernement pakistanais pour mettre fin à son arrangement avec Bridas et appuyer l'entreprise américaine.

Le mois suivant, l'adjointe au secrétaire d'État des États-Unis pour l'Asie méridionale, Robin Raphel, visita le Pakistan, l'Afghanistan et l'Asie centrale. Elle exerça des pressions pour que les parties en arrivent à une solution politique au conflit qui continuait. « Nous sommes également préoccupés du fait que des occasions d'affaires pourraient être ratées ici si la stabilité politique ne peut être rétablie » déclara-t-elle aux médias. Raphel n'eut certes pas d'entretien avec les dirigeants talibans, pas plus qu'elle ne révéla le moindre indice de soutien officiel, mais les États-Unis s'abstinrent bien de condamner néanmoins les talibans en ce qui a trait aux droits des femmes, au trafic de la drogue et au terrorisme, ces mêmes condamnations qui, exprimées avec véhémence, allaient servir de base aux ultimatums adressés au régime à la fin des années 1990. Pour tous ces sujets, les preuves évidentes ne manquaient pas, sauf pour ceux qui ne voulaient pas les voir.

* Déjà depuis la prise de Kandahar, il était évident que les talibans ne respectaient pas les droits démocratiques même les plus élémentaires. L'accès à l'éducation scolaire fut interdite aux filles et les femmes n'eurent plus le droit de travailler -des mesures qui créèrent d'énormes privations. Un code vestimentaire strict, pour ne pas dire absurde fut imposé aux hommes et aux femmes, et presque toutes les formes de loisirs, du vidéo à la télévision, en passant par les cerfs-volants, furent interdits. Une milice religieuse appliqua le code social en exerçant une justice arbitraire dans la rue contre les contrevenants. Des exécutions publiques furent effectuées pour une vaste gamme de crimes, dont l'adultère et l'homosexualité. Le but de ce système de répression est de terroriser la population pour qu'elle accepte la dictature théocratique des talibans sans laquelle personne ne peut rien dire sauf les mollahs talibans. Et même les décisions de ces derniers sont soumises au veto du mollah Omar à Kandahar.

* Pour ce qui est de l'importante industrie de l'héroïne afghane, les États-Unis ont joué un rôle important dans son expansion. Dans les années 1980, les groupes de moujahidines et leur soutiens financiers pakistanais ont utilisé les pistes secrètes qui servaient à l'acheminement des armes en Afghanistan et aménagées avec l'aide de la CIA pour faire sortir d'importantes quantités d'opium hors du pays. La CIA ferma les yeux sur le trafic de la drogue pour ne pas nuire à la poursuite de la guerre contre l'armée soviétique. Au début des années 1990, l'Afghanistan disputait avec la Birmanie le titre de plus grand producteur mondial d'opium. Les États-Unis adoptèrent pratiquement la même attitude que les talibans qui au début voulaient interdire la culture de l'opium mais revinrent vite sur leur décision lorsqu'ils réalisèrent le peu de sources alternatives de revenus qui restaient dans l'économie afghane en ruine. Après la prise de Kandahar par les talibans, la production d'opium de la province environnante augmenta de 50 p. 100. Avec la progression de leurs forces vers le nord, l'ensemble de la production du pays passa à 2 800 tonnes en 1997 -soit une augmentation d'au moins 25 p. 100 depuis 1995. Ces faits n'entraînèrent aucune dénonciation publique de la part de Washington à l'époque.

* L'attitude des États-Unis à l'endroit de la menace de l'extrémisme islamiste est tout aussi hypocrite. Dans les années 1980, les États-Unis ont non seulement appuyé les moujahidines en général, mais ils ont de plus approuvé en 1986 un plan pakistanais spécifique pour recruter des combattants dans le monde entier afin de démontrer que le monde musulman au complet soutenait la guerre contre l'Union soviétique. Selon ce plan, environ 35 000 militants islamistes provenant du Moyen-Orient, de l'Asie centrale, de l'Afrique et des Philippines furent entraînés et armés pour lutter en Afghanistan. L'un des personnages importants parmi les « Afghans arabes » comme ils étaient surnommés était Osama ben Laden, le fils d'un richissime magnat de la construction yéménite qui construisait des routes et des entrepôts au Pakistan pour les moujahidines depuis 1980. Il travailla avec la CIA en 1986 pour construire le gigantesque complexe tunnelier de Khost devant servir de dépôt d'armes et d'installations entraînement, puis il construisit son propre camp d'entraînement et en 1989, il établit Al Qaida (signifiant « la base ») pour les Afghans arabes.

 

La chute de Kaboul

 

Au milieu des années 1990, l'attitude des États-Unis envers les talibans n'était pas déterminée par ben Laden, la drogue ou les droits démocratiques. Si la représentante des États-Unis Robin Raphel montrait des signes d'ambivalence quant à un endossement officiel des talibans vers le milieu de 1996, c'était parce que Washington n'était plus certain que les combattants talibans étaient capables de battre leur opposants et d'assurer un climat politique stable pour le projet Unocal.

Après la capture d'Hérat en 1995, les talibans orientèrent leur efforts vers Kaboul. Tous les intervenants armaient alors leurs protégés en Afghanistan en prévision de la bataille à venir. Le Pakistan et l'Arabie saoudite approvisionnaient les talibans, modernisaient l'aéroport de Kandahar et établissaient de nouveaux réseaux téléphonique et radio. La Russie et l'Iran envoyaient des armes, des munitions et du carburant au régime de Rabbani et ses alliés par avion à la base aérienne de Bagram, située juste au nord de Kaboul. L'Inde aidait également indirectement le régime de Rabbani en le finançant et en modernisant la compagnie aérienne nationale de l'Afghanistan.

Les tentatives de l'ONU, des États-Unis et des autres pays pour en arriver à un accord entre le régime de Rabbani et les talibans échouèrent. En août 1996, les troupes talibanes s'emparèrent de Jalalabad à la frontière du Pakistan et forcèrent finalement les forces de l'opposition à se retirer de Kaboul le mois suivant. L'un des premiers gestes des talibans fut de torturer et d'assassiner brutalement Najibullah et son frère qui depuis 1992 bénéficiaient de l'immunité diplomatique et vivaient dans un bâtiment de l'ONU dans la capitale. Leurs corps mutilés furent pendus dans la rue. Washington réagit ainsi :

« Quelques heures seulement après la capture de Kaboul par les talibans, le département d'État des États-Unis annonça qu'il établirait des relations diplomatiques avec les talibans en dépêchant un haut-fonctionnaire à Kaboul -une annonce qui fut vite démentie. Glyn Davies, porte-parole du département d'État, déclara que les États-Unis n'avaient « aucune objection » à exprimer en ce qui a trait aux mesures prises par les talibans pour imposer la loi islamiste. Il décrivit les talibans comme hostiles à la modernité plutôt qu'à l'Occident. Les congressistes des États-Unis mirent tous leurs poids du côté des talibans. "Ce qu'il y a de bon dans ces événements, c'est qu'une faction semble enfin capable de former un gouvernement en Afghanistan", déclara le sénateur Hank Brown, un partisan du projet Unocal » [p.166].

La réaction d'Unocal fut presque identique. Le porte-parole de l'entreprise Chris Taggert, salua d'abord la victoire des talibans en expliquant qu'il serait dorénavant plus facile de terminer le projet de pipeline -pour ensuite rapidement retirer cette déclaration. La signification était évidente. Les États-Unis voyaient d'abord les talibans comme leur meilleur moyen assurer la stabilité requise pour le projet d'Unocal, sans être prêts cependant à appuyer ouvertement le nouveau régime tant que la suprématie de celui-ci était contestée.

Lors d'une séance de l'ONU tenue à huis clos en novembre 1996, Raphel expliqua sans détour que « les talibans contrôlent plus des deux tiers du pays, ils sont Afghans, ils sont de la place et ils ont démontré qu'ils pouvaient garder le pouvoir. La véritable source de leur succès est la volonté des nombreux Afghans, particulièrement des Pachtounes, de passer tacitement des combats et du chaos sans fin à la paix et à la sécurité, même au prix de sévères restrictions sociales. Il n'est pas dans notre intérêt ou celui de l'Afghanistan que les talibans restent isolés ».

Appuyée par Washington, Unocal continua de louanger activement les leaders talibans qui, dans un effort pour obtenir un accord plus lucratif, louvoyaient entre l'entreprise américaine et Bridas. Unocal donna près d'un million de dollars pour mettre sur pied le Centre des études sur l'Afghanistan à l'Université d'Omaha qui servit de façade pour un programme d'aide aux talibans occupant Kandahar. Le principal résultat de cette « aide » fournie par l'entreprise fut une école technique utilisée pour former des ajusteurs, des électriciens et des charpentiers en prévision de la construction des pipelines. En novembre 1997, une délégation talibane fut invitée par Unocal à Houston, au Texas, où une rencontre avec des représentants du département d'État fut organisée.

 

La réorientation de la politique de Washington

 

Mais le vent politique commençait déjà à tourner. Le facteur déterminant survint en mai 1997 lorsque les talibans capturèrent la principale ville du nord du pays, Mazar-e-Sharif, où ils tentèrent d'imposer leurs restrictions religieuses et sociales à une population hostile et suspicieuse formée d'Ouzbeks, de Tadjiks et d'Hazaras chiites. Leurs actions provoquèrent une révolte au cours de laquelle quelques 600 soldats talibans furent tués lors d'intenses combats dans la ville. Au moins un millier de plus furent capturés alors qu'ils tentaient de fuir et furent vraisemblablement massacrés. Au cours des deux mois suivants, les talibans furent repoussés le long des fronts nord, dans ce qui allait devenir leur pire défaire militaire. En dix semaines de combat, ils subirent plus de 3 000 morts et blessés, en plus d'avoir 3 600 de leurs combattants faits prisonniers.

Mazar-e-Sharif ne fut pas qu'une défaite militaire. Les talibans se regroupèrent, saisirent la ville à nouveau en août 1998 et massacrèrent des milliers d'Hazaras chiites -hommes, femmes et enfants- provoquant presque une guerre avec l'Iran en massacrant un journaliste et onze fonctionnaires iraniens. Les événements de mai 1997 dévoilèrent la profonde animosité ressentie envers les talibans au seins des Afghans d'origines autres que pachtoune. Cela signifiait que la guerre civile serait inévitablement longue et que, même si les talibans réussissaient à s'emparer des places fortes de l'opposition dans le nord, les rebellions et l'instabilité politique n'étaient pas près de disparaître.

Immédiatement après la débâcle de Mazar-e-Sharif, plusieurs décisions cruciales furent prises à Washington. En juillet 1997, dans une brusque volte-face politique, l'administration Clinton cessa de s'opposer au projet du gazoduc Turkménistan-Turquie passant par l'Iran. Le mois suivant, un consortium d'entreprises européennes comprenant la Royal Dutch Shell annonça des plans similaires pour un tel projet. Un accord distinct fut également conclu avec BHP Petroleum d'Australie qui proposait également de construire un gazoduc de l'Iran au Pakistan qui éventuellement se rendrait jusqu'en Inde.

À la même époque, les États-Unis et la Turquie commanditèrent conjointement l'idée d'un « corridor de transport » avec un pipeline principal partant de Bakou en Azerbaïdjan et traversant la Géorgie pour aboutir au port turc de Ceyhan sur la Méditerranée. Washington commença à presser le Turkménistan et le Kazakhstan à participer à ce plan en construisant respectivement un gazoduc et un pipeline passant sous la mer Caspienne et empruntant ensuite le même corridor.

Le plan d'Unocal pour un gazoduc partant du Turkménistan a maintenant un compétiteur. De plus, les propositions de ses rivaux envisagent des routes qui, du moins à court terme, semblent plus stables politiquement. Tant Bridas qu'Unocal ont proposé des plans pour le sud de l'Afghanistan, mais leurs perspectives de réussite semblent de plus en plus distantes. À la fin de 1997, le vice-président Marty Millar d'Unocal commentait : « nous ne savons pas quand ce projet commencera. Pour cela il faut que la paix règne en Afghanistan et qu'un gouvernement avec lequel nous pouvons travailler soit établi. Ce sera peut-être d'ici la fin de l'année, l'an prochain, ou dans trois ans. Ou encore tout peut tomber à l'eau si les combats se poursuivent ».

Un changement parallèle dans la rhétorique politique de Washington a également commencé à se faire entendre. En novembre 1997, la secrétaire d'État américaine Madeleine Albright adopta un nouveau ton lors d'une visite au Pakistan. Elle profita de cette occasion pour dénoncer les politiques des talibans à l'endroit des femmes comme étant « détestables », mettant en garde clairement le Pakistan qu'il courrait le risque de se retrouver isolé sur la scène internationale. Washington commença alors à exercer des pressions sur le Pakistan en évoquant l'implication des talibans dans le commerce de l'héroïne et les dangers du « terrorisme islamiste ».

La réorientation de la politique américaine devint finale avec les attentats à la bombe contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie en août 1998 et suivies des lancements de missiles de croisière par l'administration Clinton contre les camps d'entraînement d'Osama ben Laden à Khost en
Afghanistan. Ben Laden était retourné en Afghanistan en mai 1996 après six ans d'absence, au cours desquels il était devenu plus en plus amer à propos du rôle des États-Unis dans le Golfe persique et au Moyen-Orient. Il commença à lancer des appels à la djihad contre les États-Unis à partir d'août 1996. Mais ce n'est qu'après les attaques en Afrique que Washington commença à exiger, sans apporter la moindre preuve de la culpabilité de ben Laden, que les talibans le livrent.

Unocal a suspendu son projet de pipeline et licencié tous ses employés de Kandahar et d'Islamabad. Le dernier clou dans la tombe a été enfoncé à la fin de 1998, lorsque le prix du pétrole brut a chuté de moitié, passant de 25 $ à 13 $ le baril, rendant ainsi le projet de pipeline d'Unocal non viable économiquement, du moins à court terme. Parallèlement, les demandes de l'administration Clinton pour lui livrer ben Laden, de même que pour l'adoption de mesures contre le trafic de la drogue et en matière des droits de l'homme, ont servis de base pour l'adoption de sanctions punitives de l'ONU contre les talibans en 1999, sanctions qui ont été renforcées depuis cette année.

Malgré l'intense pression exercée sur les talibans et sur le Pakistan, aucune des demandes des États-Unis n'ont été satisfaites. En 1998 et en 1999, les talibans ont lancé de nouvelles offensives militaires et étendu leur contrôle en repoussant leur opposants dans des poches de territoire au nord-est. Mais la guerre civile n'était toujours pas près de se terminer, avec la Russie et l'Iran continuant d'approvisionner en armes les opposants des talibans. Les sanctions de l'ONU eurent certes pour effet d'empêcher les rivaux de Washington d'occuper une position avantageuse en Afghanistan, mais elles ont également nuit aux États-Unis dans leur tentative d'établir un solide pied à terre dans la région.

L'administration américaine profite maintenant des attaques du 11 septembre perpétrées à New York et Washington pour avancer ses dessins longtemps mûris en Asie centrale. Sans fournir la moindre preuve, Bush a immédiatement tenu ben Laden responsable de la dévastation aux États-Unis et lancé une série d'ultimatums au régime des talibans en exigeant que l'on livre ben Laden, que l'on ferme les installations d'Al Qaida et que l'on donne accès aux États-Unis à tous les « camps d'entraînement des terroristes ». Lorsque les talibans rejetèrent ces demandes inflexibles, Bush donna le signal à ses généraux de lancer des milliers de bombes et de missiles de croisière sur l'Afghanistan, avec le but avoué de faire tomber le régime.

S'il faudrait croire l'administration Bush et les médias internationaux, l'unique intention de Washington en menant cette guerre longue et coûteuse contre l'un des pays les plus pauvres et arriérés économiquement de la planète serait de mettre la main sur ben Laden et de détruire son réseau d'Al Qaida. Mais comme le démontre la présente revue historique, les objectifs de Washington en Afghanistan ne sont pas déterminés par la peur du terrorisme ou par des préoccupations en matière des droits de l'homme. Les États-Unis ont pour la première fois établis une présence militaire dans les républiques d'Asie centrale en déployant des troupes en Ouzbékistan. La présente campagne militaire leur permettra de dicter les termes de tout régime post-taliban en Afghanistan. Même si ben Laden était tué demain et son organisation détruite, Washington n'aurait pas l'intention de reculer, car il vient de faire ses premiers pas pour assurer sa domination sur cette région stratégique essentielle et ses vastes réserves énergétiques.

Références :


1. Taliban: Islam, Oil and the New Great Game in Central Asia, Ahmed Rashid, I.B Tauris, 2000
2. Afghanistan: A New History, Martin Ewers, Curzon, 2001
3. Reaping the Whirlwind: The Taliban Movement in Afghanistan, Michael Griffin, Pluto Press, 2001

Voir aussi :

Sources WSWS

Posté par Adriana Evangelizt

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 12:21

 

Les talibans, les États-Unis et les ressources de l'Asie centrale

 

par Peter Symonds
24 octobre 2001

1ère partie

 

L'agression militaire de l'Afghanistan par les États-Unis a maintenant pour cible le régime taliban. Toutefois, ce serait en vain que l'on chercherait dans l'imposante couverture de presse de la " guerre au terrorisme " une explication cohérente des origines de cette organisation intégriste islamique, ou de ses fondations sociales et idéologiques, ou encore de son arrivée au pouvoir. Cet oubli n'est pas un accident. Une étude sérieuse du régime des talibans montre quel fut le rôle de Washington dans la génèse du régime théocratique aujourd'hui au pouvoir à Kaboul.

L'administration Bush s'en prend aux talibans parce qu'ils hébergent l'intégriste islamiste Oussama ben Laden et son organisation, Al Qaida. Mais tout au long des années 1980, les différentes administrations américaines ont financé à coups de milliards de dollars la guerre sainte islamique, aussi nommée djihad, menée par les moudjahidin contre le régime prosoviétique en place à Kaboul dans le but de contre l'Union Soviétique. De plus, jusqu'à la fin des 1990, les États-Unis ne se sont pas inquiétés de l'islamisme et des politiques sociales rétrogrades des talibans, qui bénéficiaient de l'appui politique et financier des deux plus proches alliés des États-Unis dans la région, l'Arabie Saoudite et le Pakistan.

Le principal facteur déterminant les changements de cap de Washington par rapport à l'Afghanistan n'est pas la menace du fondamentalisme islamique, mais plutôt la recherche de la meilleure façon de saisir les nouvelles possibilités qui s'ouvraient à lui en Asie centrale après l'effondrement de l'Union Soviétique en 1991. Tout au long de la dernière décennie, les États-Unis ont rivalisé avec la Russie, la Chine, les puissances européennes et le Japon pour l'influence politique dans cette région stratégique cruciale et pour avoir accès aux plus grandes réserves en pétrole pas encore exploitées qu'on trouve dans les nouvelles républiques d'Asie centrale, le Turkménistan, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizstan.

La clé des immenses profits potentiels en Asie centrale se trouve dans la distribution du pétrole et du gaz naturel de ces régions isolées, en retard économiquement et sans accès maritime vers les principaux marchés pour ces sources d'énergies. Les seuls pipelines qui existent présentement sont ceux du réseau de distribution de l'ancienne Union Soviétique passant par la Russie. Alors que la lutte pour les ressources de la région s'intensifie, le but des États-Unis est très clair. Ils cherchent à miner le monopole économique de la Russie tout en bloquant ses rivaux. Les pipelines doivent donc passer par des pays sur lesquels les États-Unis ont une importante influence économique, ce qui exclut la Chine et l'Iran.

Les républiques de l'Asie centrale faisaient autrefois partie de l'Union Soviétique et ont de longues frontières en commun avec la Chine et l'Iran. Aussi un pipeline qui ne passerait ni par la Russie, la Chine ou l'Iran ne laisse que deux alternatives. La première est le difficile parcours qui consiste à passer sous la Mer Caspienne pour continuer à travers le Caucase en passant l'Azerbaïdjan, la Géorgie en finalement la Turquie. La deuxième est de passer par l'Afghanistan et le Pakistan, un parcours beaucoup plus court, mais qui soulève immédiatement la question des difficultés politiques. Avec qui négocier en Afghanistan et comment s'assurer d'une stabilité politique suffisante pour construire et maintenir en état d'utilisation un réseau de pipelines ?

Depuis que le régime appuyé par les Soviétiques de Mohammed Najibullah est tombé en 1992, Kaboul est devenu un champ de bataille pour les milices moudjahidin concurrentes. Le professeur Burhanuddin Rabbani fut tout d'abord à la tête du gouvernement, présidant une coalition instable et changeante qui était assise surtout sur les Tadjiks et les Ouzbeks du nord de l'Afghanistan. Retranchée dans les banlieues de Kaboul, on trouvait aussi la milice rivale Hezb-e-Islami, qui recrutait surtout dans la majorité pachtoune du sud de l'Afghanistan. Sous la direction de Gulbuddin Hekmatyar, elles ont attaqué les positions gouvernementales dans la capitale au moyen d'une quantité immense de roquettes.

L'existence de nombreuses autres milices se rangeant derrière l'un ou l'autre des forces en présence, dont les luttes menaient à la destruction de Kaboul et provoquaient des vagues de réfugiés, est une manifestation des innombrables divisions sur des lignes ethniques et religieuses que l'on trouve en Afghanistan. Ces rivalités ne sont pas que l'expression des animosités au niveau local, mais aussi des intérêts de différents pays qui offre un appui financier, chacun cherchant à imposer son influence. Le Pakistan appuyait Hekmatyar, l'Iran se liguait derrière le Hazaras chiite, et l'Arabie Saoudite finançait plusieurs organisations, principalement celles se réclamant à sa vision de l'islam, le wahabbisme. Les républiques de l'Asie centrale avaient des liens avec les groupes ethniques du nord de l'Afghanistan et, en arrière-plan, l'Inde, la Russie et les États-Unis étaient tous impliqués dans les affaires internes de l'Afghanistan.

La situation à Kaboul était une représentation à petite échelle du pays dans son ensemble. Le gouvernement de Rabbani n'y avait pas véritablement de pouvoir hormis les zones directement sous son contrôle militaire. Le pays était divisé entre les différentes milices rivales, l'économie était en ruine et le tissu social en lambeaux. Plus d'un million de personnes sont mortes dans la guerre contre le régime appuyé par les Soviétiques au cours des années 1980, et plus encore étaient des réfugiés. À la moitié des années 1990, l'espérance de vie ne dépassait pas les 44 ans, et le quart de tous les enfants n'atteignait pas l'âge de cinq ans. Pas plus de 29 pour cent de la population avait accès à des soins médicaux et un petit douze pour cent à de l'eau sûre.

Les régions pachtounes au sud du pays, desquelles les talibans se sont développés en 1994, étaient le siège du plus grand chaos. Kandahar, la deuxième ville en importance au pays, était divisée entre trois seigneurs de la guerre rivaux, et les régions avoisinantes étaient soumises à la loi arbitraire et souvent brutale d'une douzaine des commandants de milice. C'est cette région, une des plus en retard économique et des plus conservatrices socialement d'Afghanistan, d'où provient traditionnellement les rois du pays. Le ressentiment contre les nouveaux dirigeants tadjiks et ouzbeks était augmenté du désespoir qu'engendrait les intolérables conditions économiques et sociales.

Toutefois, les parcours de nombreux pipelines allant du Turkménistan au Pakistan passaient par le sud de l'Afghanistan. Une compagnie argentine, Bridas, fut la première à entrer dans la course. En 1992 et 1993, la compagnie a obtenu les droits d'exploration et d'exploitation pour le gaz naturel du Turkménistan, et en 1994, entreprenait des pourparlers avec les gouvernements turkmène et pakistanais pour la construction d'un pipeline pour le gaz naturel, qui fut conclu au début de 1995 par la signature d'un accord sur une étude de faisabilité. Bridas avait tout d'abord tenté de faire participer le géant américain, Unocal au projet. Unocal avait ces propres ambitions et plus tard la même année signa un accord séparé pour un pipeline, ce qui amorça une rivalité aiguë et des procédures judiciaires entre les deux compagnies.

Tous les plans pour la construction d'un pipeline faisaient l'hypothèse qu'il y aurait une solution politique aux conditions chaotiques que l'on trouvait sur le parcours proposé. Il y avait aussi d'autres intéressés, quoique de moindre envergure, à mettre un terme aux règnes des petits seigneurs de la guerre et aux milices. La route qui va de Quetta au Pakistan au Turkménistan en passant par Kandahar et Herat était la seule alternative à la route du nord de l'Asie centrale passant par une Kaboul en guerre. Les compagnies de transport routier et les propriétaires de camions impliqués dans la très payante affaire du commerce et de la contrebande en Asie centrale devaient payer d'imposants droits de passage aux commandants de milice chaque fois qu'ils passaient sur un des territoires que ceux-ci contrôlaient, une situation que les propriétaires auraient bien aimé voir disparaître.

 

Les origines des talibans

 

Dans le cadre de ces discussions, le mouvement taliban est apparu comme une solution possible. Ça ne veut pas dire que les talibans (étudiants ou talibs des écoles islamiques ou madrasas) étaient simplement une créature des gouvernements et des milieux d'affaires. L'émergence soudaine de ce nouveau mouvement en 1994 et la rapidité de sa croissance et de ses succès ont été le produit de deux facteurs, soient le bourbier social et politique qui fournissait une réserve abondante de recrues et l'aide extérieure venant du Pakistan, de l'Arabie saoudite et fort probablement des États-Unis, sous la forme de financement, d'armes et de conseillers.

Bien que de nombreux dirigeants talibans avaient combattu dans le «djihad» parrainé par les États-Unis contre l'Union soviétique, le mouvement n'était pas issu ou formé d'autres factions moudjahidines. Il était essentiellement basé sur une nouvelle génération qui n'avait pas été directement impliquée dans les luttes des années 80. Ces gens étaient hostiles à ce qu'ils voyaient comme le pouvoir corrompu de petits despotes moudjahidines, qui n'avait amené que misère et souffrances aux Afghans ordinaires après la chute de Najibullah. Leurs propres vies avaient été ravagées par la guerre. Beaucoup d'entre eux avaient grandi dans les camps de réfugiés au sein du Pakistan et reçu une formation rudimentaire dans les madrasas dirigées par divers partis islamiques pakistanais extrémistes.

Un auteur a donné la description suivante : «Ces garçons vivaient dans un monde à part des moudjahidines que j'avais connus dans les années 80, des hommes qui pouvaient décliner leurs lignées tribales et de clan, qui se rappelaient avec nostalgie leurs fermes et vallées abandonnées et racontaient les légendes et les contes de l'histoire afghane. Ces garçons étaient d'une génération qui n'avait jamais vu leur pays en temps de paix, un Afghanistan n'étant pas en guerre contre des envahisseurs ou contre elle-même. Ils étaient littéralement les orphelins de la guerre, sans racines, sans emplois, pauvres et peu formés.

«Leur croyance simple en l'islam messianique et puritain que leur martelaient de simples mullahs de villages était le seul point d'ancrage auquel ils pouvaient s'accrocher et qui donnait un sens à leurs vies. Formés à rien, même pas aux occupations traditionnelles de leurs ancêtres telles que l'agriculture, l'élevage ou l'artisanat, ils étaient ce que Karl Marx aurait appelé le lumpenprolétariat de l'Afghanistan» [Taliban : Islam, Oil and the New Great Game in Central Asia, Ahmed Rashid, I.B Tauris, 2000, p. 32, traduit par nous].

L'idéologie des talibans était un pot-pourri d'idées qui avaient évolué pour plaire à ces couches sociales. Dès le début, le mouvement était profondément réactionnaire. Face aux questions sociales, il regardait en arrière dans un passé mythique où les préceptes du prophète Mahomet étaient strictement observés. Il était profondément imprégné de l'anti-communisme virulent qui avait été généré par la sauvagerie et la répression de régimes successifs pro-soviétiques à Kaboul, qui avaient gouverné sous la fausse bannière du " socialisme ".

Comme les Khmers rouges en Cambodge, les talibans exprimaient les craintes et l'hostilité de couches rurales opprimées envers la vie urbaine, l'enseignement, la culture et la technologie. Leurs dirigeants étaient des mullahs de village semi-formés, et non des intellectuels islamiques possédant à fond les écritures et les préceptes religieux. Ils étaient hostiles à d'autres sectes islamiques, les Shias en particulier, et aux groupes ethniques non-pachtounes. Le code social régressif des talibans reprenait autant les lois tribales pachtounes que la tradition islamique. Dans la mesure où son idéologie avait une base islamique c'était le déobandisme, influent mouvement de réforme sociale du 19e siècle, mais sous une forme dépourvue de tout contenu le moindrement progressiste.

Les talibans sont apparus dans un Afghanistan ravagé par la guerre comme une forme de fascisme clérical. Ils reflétaient la déroute et le désespoir de couches déracinées et déclassées de la petite-bourgeoisie rurale, fils de mullahs, de petits fonctionnaires, fermiers ou commerçants. Face aux misères sociales qui se multipliaient en Afghanistan, ces couches ne pouvaient voir aucune autre solution que l'imposition d'un régime islamique dictatorial.

Le compte-rendu que donnent les talibans eux-mêmes de leurs origines nous permet de mieux comprendre leur nature. En juillet 1994, le haut dirigeant des talibans, Mohammed Omar, alors un mullah de village, a reçu une demande d'aide pour libérer deux filles qui avaient été kidnappées par un commandant de la milice locale puis violées. Omar, qui avait combattu dans l'une des organisations moudjahidines, rassembla un groupe de partisans parmi les étudiants religieux des madrasas locales. Armé de quelques fusils, le groupe libéra les filles, captura le commandant et le pendit au canon de son tank.

Que cette histoire soit vraie ou non, les talibans se sont présentés comme des groupes religieux de vigilance, voués à combattre les misères faites aux gens ordinaires. Leurs dirigeants insistaient sur le fait que le mouvement, contrairement aux organisations moudjahidines, n'était pas un parti politique et ne visait pas la formation d'un gouvernement. Ils alléguaient que leur but était de frayer la voie à une administration véritablement islamique et exigeaient sur cette base de grands sacrifices à leurs recrues, qui ne recevaient aucune paye, rien que des armes et de la nourriture.

 

Aide du Pakistan

 

Il y avait cependant un grand fossé entre l'image et la réalité. Si les talibans devaient être plus qu'un groupe de fanatiques religieux armés engagés dans des actions de guérilla, le mouvement avait besoin de beaucoup d'argent, d'armes et de munitions, de même que d'une considérable expertise technique et militaire. Leurs recrues appauvries ne pouvaient leur apporter rien de tout cela.

Dès le début, le plus important parrain des talibans était le Pakistan. La puissante agence de renseignements du Pakitan, l'ISI, qui avait été le principal convoyeur de l'argent, des armes et de l'expertise américaines aux groupes moudjahidines durant toutes les années 80, était profondément mêlé à la politique afghane. En 1994, le gouvernement de Benazir Bhutto a ouvert des discussions avec la compagnie argentine Bridas, mais était encore loin d'avoir ouvert une route passant par le sud de l'Afghanistan. Le principal atout du Pakistan, Hekmatyar, était empêtré dans les combats à Kaboul et plutôt mal placé pour amener une solution.

Marchant à tâtons à la recherche d'une solution de rechange, le ministre de l'Intérieur de Bhutto, Naseerullah Babar, a sorti l'idée d'utiliser les talibans. En septembre 1994, il organisa une équipe d'arpenteurs et d'officiers de l'ISI pour étudier la route passant par Kandahar et Herat vers le Turkménistan. Le mois suivant, Bhutto se rendit au Turkménistan où elle s'assura le soutien de deux commandants militaires clés, Rashid Dostum, qui contrôlait des régions de l'Afghanistan situées près de la frontière turkmène, et Ismail Khan, qui gouvernait Herat. Dans un effort pour attirer un soutien financier international, le Pakistan amena également à Kandahar et Herat de nombreux diplomates étrangers basés à Islamabad.

Ayant obtenu un certain appui en faveur de son projet, le ministre de l'Intérieur Babar organisa un convoi d'essai de 30 camions militaires, conduits par d'anciens chauffeurs de l'armée sous le commandement d'un officier d'expérience de l'ISI et gardés par des combattants talibans. Le départ des camions eut lieu le 29 octobre 1994 et, quand la voie était bloquée, les talibans s'occupèrent des milices responsables. Quelques jours plus tard, soit le 5 novembre, les talibans avaient non seulement ouvert le passage mais aussi pris contrôle de Kandahar sans grands combats.

Au cours des trois prochains mois, les talibans prirent contrôle de 12 des 31 provinces de l'Afghanistan. Quelques-unes de ses " victoires " à tout le moins étaient dues à des largesses faites à des commandants de milice locale. Après avoir subi des échecs militaires au milieu de 1995, les talibans se réarmèrent et se réorganisèrent avec l'aide du Pakistan et en septembre 1995, ils faisaient leur entrée à Herat, ouvrant essentiellement la voie du Pakistan à l'Asie centrale. Le mois suivant, Unocal signait son entente de pipeline avec le Turkménistan.

Le Pakistan a toujours était très prudent lorsqu'il s'agissait d'admettre un soutien direct aux talibans, mais les liens sont assez évidents. Les talibans ont des contacts étroits avec le Jamiat-e-Ulema Islam (JUI), un parti extrémiste islamique basé au Pakistan, qui dirigeait ses propres madrasas dans les régions situées sur la frontière afghane. Le JUI a fourni aux talibans un grand nombre de recrues de ses écoles, ainsi qu'un canal de communication avec les cercles dirigeants de l'armée pakistanaise et de l'ISI.

Le signe le plus frappant d'une implication extérieure était le succès militaire du mouvement taliban. En à peine plus d'un an, il était passé d'une poignée d'étudiants à une milice bien organisée qui pouvait aligner 20.000 combattants, épaulés par des tanks, une artillerie, et une force aérienne, et qui contrôlait de larges portions du sud et de l'ouest de l'Afghanistan.

Comme l'a fait observer un auteur : " Il est également inconcevable qu'une force composée essentiellement d'anciens guérilleros et d'étudiants amateurs aurait pu agir avec le niveau d'expertise et d'organisation dont ont fait preuve les talibans dès le début de leurs opérations. Bien qu'il y avait sans doute parmi eux d'anciens membres des forces armées afghanes, la rapidité et la préparation sophistiquée de leurs offensives, la qualité d'éléments tels que leurs communications, leurs frappes aériennes et leurs tirs d'artillerie, menaient à la conclusion inéluctable qu'ils devaient beaucoup à une présence militaire pakistanaise, ou tout au moins à un soutien professionnel " [Afghanistan : A New History, Martin Ewers, Curzon, 2001, pp 182-3, traduit par nous].

Le Pakistan n'était pas la seule source d'aide. L'Arabie saoudite a également fourni une aide financière et matérielle substantielle. Peu après la prise de contrôle de Kandahar par les talibans, le chef de JUI Maulana Fazlur Rehman commença à organiser des " parties de chasse " pour des invités royaux d'Arabie saoudite et des États du golfe. Vers le milieu de 1996, l'Arabie saoudite envoyait des fonds, des véhicules et du mazout pour épauler la poussée des talibans sur Kaboul. Les raisons des Saoudiens étaient doubles. Au niveau politique, l'idéologie fondamentaliste des talibans était proche de leur propre idéologie wahhabite. Elle était hostile à la secte chiite et donc à la principal rivale régionale de Riyad, à savoir l'Iran. À un niveau plus prosaïque, la compagnie de pétrole saoudienne, Delta Oil, était partenaire dans le pipeline d'Unocal et misait sur une victoire des talibans pour démarrer le projet.

 


2ième partie

 

Voir aussi :

Sources WSWS

 

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 11:13

 

 

La poussée militariste des États-Unis menace de déstabiliser l'Arabie saoudite

 

Par Jean Shaoul


Le 8 octobre 2001

 

La semaine dernière, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld est allé en Arabie saoudite, le principal allié de Washington au Moyen-Orient, afin d'attiser le soutien à la poussée militariste des États-Unis contre l'Afghanistan.

Le régime saoudien a exprimé la crainte que son soutien aux plans belliqueux des États-Unis en Asie centrale, combiné avec le profond ressentiment des masses arabes pour le soutien américain à Israël, son allié qui exerce une brutale répression contre l'intifada en Palestine depuis plus d'un an, puisse déclencher une explosion sociale et le renverser.

Bien que l'Arabie saoudite ait soutenu publiquement la campagne contre le terrorisme dirigée par les États-Unis, ses dirigeants ont refusé de permettre au Pentagone de lancer des frappes aériennes depuis son territoire contre l'Afghanistan. Ce refus est survenu quelques jours seulement après que le lieutenant-général Charles F. Wald, commandant en chef de la US Air Force a déménagé son quartier général de la Caroline du Sud à l'Arabie saoudite afin de planifier les frappes aériennes depuis un poste de commandement situé à la base aérienne du prince sultan d'Al Kharj qui est à un peu plus de 100 kilomètres de la capitale Riyad.

L'administration Bush a été rebutée par ce refus. Apparemment, le Pentagone ne s'est même pas embarrassé de demander la permission auprès des dirigeants saoudiens. Partant du principe que leurs avions décollent quotidiennement des bases saoudiennes pour faire respecter la zone d'interdiction aérienne en Irak, les militaires américains ont pensé qu'ils pouvaient également les utiliser pour mener leurs opérations militaires dans la présente campagne. Mais sans même la feuille de vigne qu'aurait été une résolution des Nations Unies pour soutenir l'assaut contre l'Afghanistan, Riyad ne s'est pas senti prêt à faire face à la colère de ses voisins arabes et du peuple saoudien.

Malgré l'importance de l'Arabie saoudite dans les intérêts stratégiques à long terme de Washington dans cette région, la crise actuelle a démontré combien l'administration Bush fait preuve d'improvisation dans ses politiques. Les États-Unis n'ont pas d'ambassadeur d'expérience à Riyad depuis que le dernier nommé par Clinton a quitté son poste en plein mandat. L'actuel ambassadeur, Robert W. Jordan, un ancien avocat défenseur des pétrolières et ami de la famille Bush originaire de Houston, est inexpérimenté. Il a été nommé le 12 septembre, soit le lendemain des attaques.

Au cours de sa première visite en tant que secrétaire à la Défense, Rumsfeld a bien fait attention d'adopter un ton conciliant. Conscient des sensibilités de la région et de la faiblesse du soutien saoudien, il a souligné que le soutien apporté aux États-Unis pouvait prendre plusieurs formes selon les différents pays et que l'assistance militaire de tous les membres de la « coalition contre le terrorisme » n'était pas nécessairement requise.

Rumsfeld semble avoir établi une sorte de mode opératoire grâce auquel les États-Unis obtienne le soutien dont ils ont besoin de l'Arabie saoudite tant et aussi longtemps qu'il n'est pas étalé en public. Refusant de rentrer dans les détails à propos du contenu des pourparlers, Rumsfeld a dit qu'il ne se préoccupait pas d'obtenir l'autorisation d'utiliser les bases saoudiennes pour la campagne militaire. « Ce type de choses s'arrange tout seul », a-t-il déclaré. Le prince sultan, qui est également le ministre de la défense saoudien, a réfuté la suggestion que les États-Unis auraient demandé d'utiliser les bases aériennes de son pays en déclarant que la question n'a pas été discutée.

Autrement dit, Washington doit s'assurer que ses actions militaires sont entreprises de façon à ne pas embarrasser ses alliés saoudiens. Dans ce contexte, il est bon de remarquer que le gouvernement saoudien a toujours soutenu en public qu'il ne permettait pas aux États-Unis de lancer des opérations militaires contre l'Irak depuis ses bases orientales, les vols d'interdiction en Irak étant effectués sous l'égide des Nations Unies. Or de nombreuses preuves corroborent le fait que des avions de combat américains et britanniques ont lancé des attaques depuis les bases occidentales de l'Arabie saoudite. De plus, l'ONU a abandonné sa résolution de 1992 relative à la zone d'interdiction.

L'utilisation de subterfuges est essentielle dans des conditions ou la clique dirigeante saoudienne ne possède qu'une mince légitimité politique et qu'elle fait face à une opposition croissante. Après avoir rejeté les demandes de Washington pour utiliser ses bases, le régime saoudien a rapidement resserré ses liens avec les talibans, tout en demandant au président Bush d'accorder la plus haute priorité à la résolution du conflit israélo-palestinien. Le prince héritier Abdullah a déclaré à Bush : « le processus de paix au Moyen-Orient nécessite l'intervention de l'administration américaine et de toutes les honnêtes gens dans le monde ».

La famille royale saoudienne

Le régime féodal qui dirige l'Arabie saoudite peuplée de 22 millions d'habitants est souvent qualifié de plus grande entreprise familiale de la planète. Ce régime fonctionne sans la moindre institution ou norme démocratique propres à tout État moderne. En dépit des différends qui existent au sein de la famille royale quant au niveau d'ouverture et de collaboration avec les États-Unis, la cour d'Al Sa'ud dépend de Washington depuis 1943. Suite à la découverte de pétrole dans les années 1930 dont la mise en marché allait être entreprise par la pétrolière américaine Aramco, Washington déclara que « la défense de l'Arabie saoudite est vitale à la défense des États-Unis ».

Au cours des dix dernières années, l'Arabie saoudite a été le plus important récipiendaire de l'aide militaire américaine à l'étranger, recevant 33,5 milliards de dollars en matériel, un chiffre qui fait pâlir mêmes les sommes fournies par Washington à Israël.

Âgé et de santé fragile, le roi Fahd ne dirige le pays que pour la forme. Son père, le premier monarque d'Arabie saoudite, Abdul al Aziz al Saud, s'est emparé de Riyad en 1902 et a lancé une campagne de 30 ans pour unifier la Péninsule arabique. En 1926 il assujettissait les tribus nomades vivant dans les anciens territoires ottomans de la péninsule et établissait le Royaume d'Arabie saoudite qu'il plaçait sous son règne autocratique en 1932, donnant même son nom au pays.

Tant lui que ses héritiers ont utilisé les lieux saints de l'Islam en territoire saoudien que sont La Mecque et Médina, de même que les principes de leur propre secte islamique, les wahhabis, comme liant idéologique pour unir les citoyens du pays qui ne nourrissent aucune allégeance nationale à cet État formé des déserts de la Péninsule arabique. Ce processus est devenu encore plus important maintenant qu'une proportion croissante de la population est constituée de travailleurs immigrants.

Le roi Abdul al Aziz al Saud ayant eu plusieurs femmes et plus de 40 fils, la famille royale compte maintenant quelques 7 000 membres et est déchirée en factions opposées. Elle ne maintient son règne qu'au prix de coalitions toujours changeantes. Depuis 1995, année où le roi Fahd a subi une attaque cardiaque, le pays a été dirigé par son demi-frère qui est âgé de 77 ans, le prince héritier Abdullah, auquel doit succéder le prince sultan, frère direct du roi Fahd et actuel ministre de la Défense du pays et dont le fils est ambassadeur aux États-Unis.

Des tensions existent dans toutes les sphères de la politique saoudienne. La faction du roi Fahd et du sultan appartient à la famille al Sudairi. Elle entretient des liens étroits avec les États-Unis et recherche plus d'investissements directs de l'étranger. Elle veut que le pays devienne membre de l'Organisation mondiale du commerce. Au cours de la dernière année, des investissements de 9,2 milliards de dollars ont été promis, dont plus de 90 p. 100 provenant de l'étranger. Le régime a fait passer      sa taxe sur les entreprises de 45 p. 100 à 30 p. 100 et a accepté la pleine possession par des étrangers de certains secteurs de l'économie, en plus de s'être engagé de continuer dans le même sens.

Le prince héritier Abdullah qui dirige la Garde nationale saoudienne et entretient des rapports étroits avec les leaders spirituels, est encore plus conservateur. Aussi depuis 1995 les relations avec les États-Unis se sont-elles refroidies un peu. En août, il a limogé le prince Turki al Faisal, frère direct du sultan qui était à la tête des services de renseignement du pays depuis 25 ans, pour le remplacer par son de propre demi-frère, le prince Nawwaf. Le prince Turki était responsable des relations saoudiennes avec l'Afghanistan et le Pakistan, ainsi que des rapports avec les services de renseignement américains. Il semble avoir été la victime d'une lutte de pouvoir gravitant autour de la façon de traiter les demandes des États-Unis pour surveiller les activités d'Osama Ben Laden.

Selon certains rapports, le roi Fahd aurait peu de temps après quitté le pays avec une bonne partie de son entourage, soi-disant pour subir des traitements médicaux en Europe, et ne serait pas revenu depuis.

Tensions économiques et sociales

Au coeur de ces divisions au sein de la famille royale réside la peur de trop s'engager publiquement derrière Washington dans des assauts contre un pays arabe ou musulman, et ainsi affaiblir sa propre tyrannie.

Le taux annuel de croissance démographique de l'Arabie saoudite est de 4,4 p. 100, la population ayant passée des 9 millions d'habitants qu'elle était en 1980 à plus de 22 millions en 1999. Mais la croissance économique n'a pas connu le même rythme, notamment avec la chute du prix du pétrole brut des années 1980.

Les entreprises présentes en Arabie saoudite ont importé une main d'oeuvre à bon marché -principalement du Pakistan, de l'Inde, de la Corée du Sud, de l'Indonésie, du Nigeria et des Philippines- pour remplacer les travailleurs qui jusqu'alors provenaient des pays arabes voisins. Les travailleurs immigrants constituent près de 35 p. 100 des 15 à 64 ans. En plus de combler maints emplois manuels faiblement rémunérés, les immigrants comptent pour 84 p. 100 des médecins, 80 p. 100 du personnel infirmier, 55 p. 100 des pharmaciens et 25 p. 100 du corps enseignant. Plus récemment, le gouvernement a commencé à remplacer ces travailleurs expatriés par des ressortissants saoudiens, et des milliers de travailleurs étrangers considérés sans papiers adéquats sont maintenant arrêtés et déportés.

Le pays enregistre des déficits depuis plus de 20 ans. À chaque baisse d'un dollar du prix du baril de pétrole brut, l'Arabie saoudite perd environ 2,5 milliards de dollars en revenus annuellement. La famille dirigeante utilise le contrôle qu'elle a de facto sur l'approvisionnement mondial en pétrole pour maintenir les prix bas et plaire à ses supporters américains. En outre, la mauvaise gestion économique, la corruption et le pillage au grand jour des revenus du pétrole par la famille font que le pays éprouve des problèmes financiers. La dette publique représente 120 p. 100 du PIB. Le déficit budgétaire de 1999 représentait 6,5 p. 100 du PIB.

Le gouvernement a compressé ses programmes sociaux et réduit les investissements dans les secteurs du pétrole et de l'énergie, de même que dans les infrastructures du pays, entraînant ainsi un taux de chômage estimé entre 25 p. 100 et 30 p. 100 chez les hommes saoudiens. Beaucoup n'ont pas reçu d'éducation décente, particulièrement chez les femmes. Selon les analystes financiers, le gouvernement devra créer 1 million d'emplois pour les hommes saoudiens au cours des cinq prochaines années (les femmes ne sont pas comptées dans les statistiques saoudiennes). Nourrissant le mécontentement social, une chute catastrophique du PIB par habitant est survenu, passant de 18 000 $ qu'il était annuellement au début des années 1980, à 6 000 $ en 2000.

Mais tous ces torts ne trouvent aucune expression politique légitime. Comme un récent rapport d'Amnesty International expliquait, « La discrétion et la peur touchent tous les aspects de la structure d'État en Arabie saoudite. Il n'y a pas de partis politiques, pas d'élections, pas de législature indépendante, pas de syndicats, pas de Barreau, pas de système judiciaire indépendant et pas d'organisation indépendante de défense des droits de l'homme. Quiconque vit en Arabie saoudite et critique le système est sévèrement châtié. Lorsque arrêtés, les opposants politiques et religieux au gouvernement sont détenus indéfiniment sans être jugés, sinon emprisonnés après un jugement foncièrement injuste. La torture est répandue. Les travailleurs étrangers sont toujours menacés ».

Beaucoup de gens emprisonnés sont des critiques musulmans shia et sunni, ou d'autres opposants au gouvernement. La communauté shia éveille de profonds soupçons, surtout depuis la révolution iranienne de 1979 qui a vue l'arrivée au pouvoir des leaders religieux shia sous l'ayatollah Khomeni. Cette communauté subit une discrimination constante, dispose d'un accès limité aux services sociaux et aux emplois du gouvernement, et se voit rarement accorder le droit de construire ses mosquées ou ses centres communautaires.

Le gouvernement contrôle toutes les stations de radio et les chaînes de télévision nationales, en plus de contrôler de près toute les publications privées. Il ne tolère aucune critique de l'Islam, de la famille royale ou du gouvernement. Le régime saoudien nomme et congédie les éditeurs en chef et dicte le contenu de la presse sur toutes les questions sensibles. Les publications étrangères sont régulièrement censurées ou interdites. Les lignes téléphoniques sont fréquemment mises sur écoute et le courrier est surveillé. L'utilisation de l'Internet est officiellement découragée et il n'y a que huit fournisseurs comptant 100 000 abonnés.

Les formes les plus barbares de châtiment sont choses courantes, et comprennent des exécutions et des amputations en public. L'usage systématique de la torture et de l'intimidation, le viol flagrant des droits démocratiques de base par les dirigeants saoudiens sont indispensables pour leur maintien de leurs privilèges et de leurs richesses. Environ 40 p. 100 des revenus générés par le pétrole à l'échelle du pays vont directement dans les poches de la famille royale.

Combinées avec le ressentiment envers la présence des forces militaires américaines -dont la principale fonction et de soutenir la famille royale en cas de soulèvement populaire contre sa domination- de telles conditions sociales apportent un certain crédit au programme réactionnaire d'Osama Ben Laden et d'autres groupes semblables.

Osama Ben Laden

Né en 1957 d'un père yéménite et d'une mère syrienne, Osama Ben Laden est le fils de Mohamed Ben Laden, l'influent fondateur de la gigantesque entreprise de construction saoudienne, le groupe Ben Laden. C'est Mohamed et sa famille qui, dans les années 1960, ont orchestré le passage du pouvoir du roi corrompu Saud au roi Feisal, afin de consolider la dynastie au pouvoir.

Bien qu'originaire de la strate supérieure de la société saoudienne, Osama Ben Laden est rapidement devenu désenchanté par son exclusion du pouvoir. Tentant de maintenir une base sociale pour lui-même et d'autres sections de l'élite saoudienne, sa carrière politique apparemment contradictoire est passée de l'aventurier anticommuniste radical au fanatisme religieux, puis à l'antiaméricanisme. Tant en Afghanistan qu'au Soudan, il a travaillé à soutenir des régimes des plus réactionnaires, totalement hostiles à la classe ouvrière et aux masses oppressées, ce qui a eu des conséquences désastreuses pour les peuples de ces régions. Pendant un temps, il fut un outil utile de l'impérialisme américain, mais maintenant, comme bien d'autre avant lui, il est devenu un indésirable en nuisant aux intérêts stratégiques des États-Unis dans la région.

Ben Laden est devenu membre de la fraternité musulmane alors qu'il était étudiant. Lorsque la Russie envahit l'Afghanistan en 1979, il alla au Pakistan rejoindre la rébellion afghane contre le régime de Kaboul détesté qui était appuyé par l'Union soviétique. Cette rébellion fut financée par l'impérialisme américain dans le cadre de ses opérations de la Guerre froide destinées à déstabiliser l'Union soviétique. Ben Laden utilisa ses contacts richissimes en Arabie saoudite pour recueillir de l'argent et du matériel pour la résistance afghane -les moujahidines- recruter des combattants arabes et aider à organiser des opérations de guérilla. Il établit un réseau de camps en Afghanistan -l'Al Qaeda- afin d'entraîner des combattants recrutés dans tout le Moyen-Orient pour mener la guerre contre le régime Najibullah appuyé par les Soviétiques.

En 1990, lorsque le président irakien Saddam Hussein envahit le Koweït, menaçant du même coup l'Arabie saoudite, Ben Laden retourna dans son pays et proposa un plan de défense basé sur le type de mobilisation que les États-Unis, le Pakistan et l'Arabie Saoudite avaient aidé à organiser en Afghanistan. Malgré le fait que la résistance afghane avait bénéficié de l'appui des saoudiens, les « Arabes afghans », comme ils étaient appelés, étaient loin d'être les bienvenus chez eux. La dernière chose que le roi Fahd voulait faire, c'était bien d'armer les masses. Aussi le plan de Ben Laden fut il rejeté et ce dernier expulsé.

Le roi préféra se tourner vers les États-Unis en invitant Washington à stationner des troupes en Arabie saoudite. Il agit de la sorte en dépit de l'argument avancé par Ben Laden et d'autres, dont d'importants leaders religieux, que selon la loi islamique, des forces militaires étrangères non-musulmanes ne pouvaient être déployées en Arabie saoudite sous leur drapeau. Leurs préoccupations s'accentuèrent lorsque, après avoir « libéré » le Koweït en 1991, le Pentagone ne retira pas la totalité de ses 550 000 hommes et que le gouvernement saoudien ne souffla mot.

Indésirable dans son pays, Ben Laden alla d'abord au Soudan, où il passa les cinq années suivantes à soutenir le gouvernement islamique réactionnaire qui poursuivait une féroce guerre civile au sud du pays. Lorsque ses activités entrèrent en conflit avec les intérêts du Soudan qui cherchait à pas hésitants à se rapprocher de l'impérialisme américain, le gouvernement soudanais offrit d'arrêter Ben Laden et de le remettre aux autorités saoudiennes. Mais Riyad rejeta le plan, préférant plutôt geler le compte de banque de ce dernier et de lui retirer sa citoyenneté saoudienne.

Expulsé du Soudan, Ben Laden retourna en Afghanistan, où, coupé de toute aide soudanaise et saoudienne, il accentua sa rhétorique fondamentaliste radicale. Il supporta les talibans, dont la base sociale est constituée des couches les plus arriérées des tribus et des villageois pauvres, dans leur guerre contre l'alliance instable qui prit le pouvoir en 1992 après le retrait des troupes soviétiques. Prenant le pouvoir en 1996, les talibans imposèrent la stricte loi de la Charria islamique dans tout le pays. Ils interdirent aux femmes de s'instruire et de travailler, insistèrent pour que les hommes fassent pousser leur barbe, interdirent les films, les vidéos et la musique, et cherchèrent à effacer l'héritage culturel varié de l'Afghanistan en détruisant notamment ses fameuses statues bouddhistes connues mondialement.

En 1998, Ben Laden lança un fatwa (ordre religieux) appelant à la guerre contre les États-Unis. Les attentats à la bombe contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie suivirent quelques mois plus tard. Bien que Ben Laden nia toute responsabilité pour ces attaques, les gens arrêtés par la suite le nommèrent comme l'un des instigateurs. Il est également soupçonné d'être relié à l'attentat à la bombe de 1993 contre le World Trade Centre, de même qu'à l'attaque contre le USS Cole perpétrées dans les eaux du Yémen l'an passé. Selon un rapport diffusé en juin sur la chaîne télévisée par satellite saoudienne Middle East Broadcasting, Ben Laden aurait salué l'attaque contre le Cole lors de laquelle 17 marins américains trouvèrent la mort, et appelé ses partisans à attaquer des « objectifs occidentaux et juifs dans le monde entier ». Le Département d'État américain l'a qualifié de « commanditaire du terrorisme » et « l'un des plus importants commanditaires d'activités extrémistes dans le monde aujourd'hui ».

L'opposition montante au régime saoudien

La progression de la crise économique et sociale en Arabie saoudite nourrit le mécontentement, particulièrement parmi les travailleurs immigrés et les musulmans shia, sans se confiner toutefois à ces secteurs. Les preuves de plus en plus nombreuses d'intimidation et de torture, de même que le nombre croissant d'exécutions publiques horribles dont fait part Amnesty International et Human Rights Watch indiquent que les expressions de mécontentement social sont de plus en plus nombreuses. Cependant, la censure fait qu'il y a peu d'information relativement aux formes et à l'étendue de l'opposition au gouvernement saoudien.

Les vues et les méthodes de Ben Laden semblent avoir un écho auprès de nombreux dissidents saoudiens qui le voient comme un héros menant une guerre sainte contre les États-Unis. De nombreuses attaques terroristes ont été menées contre des intérêts américains en Arabie saoudite au cours des dernières années. En 1995, une bombe à Riyad a tué cinq Américains et deux Indiens. En 1996, un attentat à la bombe contre les tours Khobar, qui abritent des membres de la US Air Force, s'est soldé par la mort de 19 soldats. Les arrestations ont été nombreuses et beaucoup de gens ont été emprisonnées sans jugement ou accusation pendant des années. Quatorze personnes ont été formellement accusées mais le gouvernement saoudien a refusé de laisser le FBI les interroger. Cet état de fait reflète en partie les tensions qui existent au sein des cercles dirigeants à propos de la subordination saoudienne aux États-Unis, mais plus important encore, la peur que le mécontentement social qui fait rage au pays pourrait déborder outre-frontière.

La poussée militariste des États-Unis a intensifié les sentiments antiaméricains dans le pays. L'intifada qui dure depuis plus d'un an et dans lequel nombre de Palestiniens ont trouvé la mort en s'opposant aux forces armées israéliennes, largement vues comme jouissant de l'appui de Washington, a entraîné une forte réaction contre les États-Unis. Pareillement pour ce qui est du soutien américain pour l'imposition de terribles sanctions contre l'Iraq qui ont entraîné la mort de plus d'un demi-million d'enfants et des raids de bombardement américano-britanniques dans lesquels d'innocents civils irakiens sont tués régulièrement.

Il ne fait nul doute qu'éventuellement des sections de la clique saoudienne tenteront de capitaliser sur ces sentiments, allant peut-être même jusqu'à s'opposer verbalement à la poussée militariste de Washington, afin de tenter de calmer les tensions sociales au pays. Mais liées comme elles le sont au capitalisme international, la famille royale saoudienne ne pourra résoudre les immenses problèmes du Moyen-Orient. Pour cela, il faut développer un mouvement politique qui unira les peuples de la région dans une lutte commune pour établir les États-Unis socialistes du Moyen-Orient en éliminant les frontières artificielles qui divisent les peuples et les économies de la région, de façon à permettre que ses vastes ressources servent à satisfaire les besoins de tous.

Voir aussi :

Sources WSWS

 

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 19:26

 

Les raisons de notre opposition à la guerre en Afghanistan

 

Déclaration du comité de rédaction du WSWS

9 octobre 2001

 

Le World Socialist Web Site condamne l'assaut militaire américain contre l'Afghanistan. Nous rejetons les assertions malhonnêtes de l'administration Bush voulant que ce soit une guerre pour la justice et la sécurité du peuple américain contre le terrorisme.

Les détournements d'avion et attentats du 11 septembre représentaient des attaques politiquement criminelles contre des civils innocents. Ceux qui ont perpétré ce crime doivent être condamnés en tant qu'ennemis de la classe ouvrière américaine et internationale. Le fait que personne n'en a revendiqué la responsabilité ne fait que souligner le caractère profondément réactionnaire de ces attaques.

Mais si les événements du 11 septembre ont servi de catalyseur à l'assaut contre l'Afghanistan, sa véritable cause est plus profonde. La nature, progressiste ou réactionnaire, de cette guerre ou de toute autre, n'est pas déterminée par les événements qui l'ont immédiatement précédée, mais par la structure de classe, la base économique et le rôle international de chacun des états impliqués. De ce point de vue décisif, l'action menée par les États-Unis est une guerre impérialiste.

Le gouvernement américain a lancé la guerre pour faire valoir les vastes intérêts internationaux de l'élite dirigeante américaine. Quel est l'objectif central de la guerre ? L'effondrement de l'Union soviétique il y a dix ans a créé un vide politique en Asie centrale, région qui constitue le deuxième plus important bassin recensé de pétrole et de gaz naturel au monde.

La région de la Mer Caspienne, à qui l'Afghanistan fournit un accès stratégique, renferme environ 270 milliards de barils de pétrole, soit 20 pour cent des réserves recensées dans le monde. Elle contient aussi 20 billions de mètres cube de gaz naturel, soit environ un huitième des réserves de gaz de la planète.

Ces ressources critiques sont situées dans la région politiquement la plus instable du monde. En attaquant l'Afghanistan, en installant un régime soumis et en amenant de grandes forces militaires dans la région, les États-Unis cherchent à établir un nouveau cadre politique au sein duquel ils peuvent exercer un contrôle hégémonique.

Ce sont là les véritables motifs de la guerre actuelle. La version officielle, voulant que toute l'armée américaine ait été mobilisée à cause d'un seul individu, Ossama Ben Laden, est ridicule. Le type de politique ultra-nationaliste basée sur l'obscurantisme religieux que pratique Ben Laden est entièrement réactionnaire, comme en témoigne sa glorification de la destruction du World Trade Center et du meurtre de près de six mille civils. Mais en faisant de Ben Laden un démiurge du mal, le gouvernement américain poursuit un objectif cynique, à savoir : cacher les vrais buts et la véritable signification de la guerre actuelle.

Faire un diable de Ben Laden fait partie du modus operandi de toutes les guerres lancées par les États-Unis au cours des deux dernières décennies. Dans chacune d'elles, que ce soit contre le « seigneur de la drogue » panaméen Manuel Noriega, le « seigneur de la guerre » somalien Mohammed Farrah Aidid, ou les « Hitler des temps modernes » Saddam Hussein et Slobodan Milosevic, le gouvernement et les médias américains ont cherché à manipuler l'opinion publique en présentant le chef ciblé comme étant la personnification du mal.

Dans une chronique éditoriale publiée le 8 octobre dans le New York Times, Fawaz A. Gerges, professeur au Sarah Lawrence College, a mis en lumière les véritables buts qui sous-tendent la campagne de guerre américaine. Décrivant une conférence d'organisations arabes et musulmanes qui s'est tenue la semaine dernière à Beyrouth, Gerges écrit :

« La plupart des participants ont soutenu que les États-Unis visaient beaucoup plus que la destruction de l'organisation  Al-Qaida et le renversement du régime taliban. Ces représentants du monde musulman étaient presque unanimement inquiets des intentions américaines, croyant que les États-Unis poursuivent une stratégie bien définie qui comprend le contrôle des ressources pétrolières et gazières de l'Asie centrale, la compression des sphères d'influence de la Chine et de la Russie, la destruction du régime irakien, et la consolidation de l'emprise américaine sur les régimes producteurs de pétrole du Golfe Persique.

« De nombreux musulmans ont suspecté l'administration Bush de vouloir exploiter cette tragédie pour régler de vieux comptes et faire valoir l'hégémonie américaine dans le monde. »

Ces suspicions sont tout à fait légitimes. Si les États-Unis devaient expulser les talibans, capturer ou tuer Ben Laden et détruire ce que Washington appelle ses camps d'entraînement terroristes, l'atteinte de ces objectifs ne serait pas suivie du retrait des forces américaines. Le résultat serait plutôt l'établissement permanent de forces militaires américaines pour positionner les États-Unis comme arbitre exclusif des ressources naturelles de la région. Dans ces objectifs stratégiques résident les germes de futurs conflits encore plus sanglants.

La pertinence de cet avertissement est confirmée par une brève étude de l'histoire récente. Les guerres américaines des deux dernières décennies ont invariablement découlé de la politique précédemment suivie par les États-Unis. Il y a une chaîne ininterrompue d'événements qui voit les alliés américains d'hier devenir ses ennemis d'aujourd'hui.

La liste comprend l'ex-pion de la CIA, Noriega, l'ancien allié du Golfe Persique, Saddam Hussein, et le protégé américain d'hier, Milosevic. Ben Laden et les talibans sont les derniers de la série d'éléments pro-américains transformés en hommes à abattre.

Dans le cas de l'Iraq, les États-Unis ont soutenu Saddam Hussein dans les années 1980 en tant qu'allié contre le régime iranien de Khomeyni. Mais lorsque le régime irakien a menacé les intérêts pétroliers des États-Unis dans la région du Golfe Persique, Saddam Hussein a été transformé en démon et la guerre lancée contre Bagdad. Le but principal de la Guerre du golfe était d'y établir une présence militaire américaine permanente, présence qui continue plus d'une décennie plus tard.

Le résultat du parrainage américain de Ben Laden et des talibans s'est avéré encore plus tragique. Ceux-ci sont les produits de la politique américaine, commencée à la fin des années 1970 et poursuivie tout au long des années 1980, consistant à encourager le fondamentalisme islamiste pour affaiblir l'Union soviétique et miner son influence en Asie centrale. Ben Laden et d'autres fondamentalistes islamistes ont été recrutés par la CIA pour mener la guerre contre l'URSS et déstabiliser l'Asie centrale.

Dans le chaos et la destruction qui s'ensuivirent, les talibans ont été encouragés et portés au pouvoir avec la bénédiction du gouvernement américain. Les responsables de la politique américaine pensaient que les talibans serviraient à stabiliser l'Afghanistan après près de deux décennies de guerre civile.

Les dirigeants politiques américains voyaient en cette secte ultra-réactionnaire un instrument pour faire avancer les objectifs américains dans le bassin caspien et le Golfe Persique, et accroître la pression sur la Chine et la Russie. Si, comme le prétend l'administration Bush, l'attentat contre le World Trade Center est l'oeuvre de Ben Laden et de ses protecteurs talibans, alors, dans le sens le plus profond et le plus direct, la responsabilité politique de cette terrible perte de vies humaines retombe sur l'élite dirigeante américaine elle-même.

On peut trouver la source de la montée des mouvements intégristes islamistes, avec les forts sentiments anti-américains, non seulement dans l'appui des États-Unis aux Mujahedin en Afghanistan et au Pakistan, mais encore dans les assauts américains contre le monde arabe. Alors même que la CIA armait les intégristes en Afghanistan, elle donnait son soutien à l'invasion du Liban par l'Israël. Ensuite, les Américains ont bombardé Beyrouth en 1983, leur navire New Jersey a lancé des bombes de 1000 kg dans des zones résidentielles. Ces gestes criminels sont directement responsables des rétributions sous la forme des bombardements d'un camp militaire américain à Beyrouth, qui a coûté la vie à 242 soldats.

Tout le phénomène qu'on associe avec le personnage d'Oussama Ben Laden vient de surplus de l'alliance de Washington avec l'Arabie Saoudite. Les États-Unis, pendant des décennies, ont consolidé cette autocratie féodale, qui a fait campagne pour son propre type d'intégrisme musulman comme moyen de renforcer sa mainmise sur le pouvoir.

Tous ces détours et ces revirements, aux conséquences désastreuses, découlent de la nature de la politique étrangère américaine, qui n'est pas développée sur la base des principes démocratiques ou par une discussion ouverte et un débat public. Plutôt, elle est une façon de défendre des intérêts économiques que l'on cache au peuple américain.

Lorsque le gouvernement américain parle de guerre au terrorisme, il est parfaitement hypocrite, non seulement parce que les terroristes d'hier sont les alliés d'aujourd'hui, et vice versa, mais plus encore parce que la politique américaine a résulté en une catastrophe sociale qui est le terreau duquel recrutent les organisations terroristes. Il n'existe pas d'endroit où le rôle prédateur de l'impérialisme américain n'est plus évident que la pauvreté indescriptible et le retard qui afflige le peuple d'Afghanistan.

Que peut-on attendre de la dernière explosion de militarisme américain ? Même si les États-Unis réussissaient à atteindre leurs objectifs immédiats, il n'y a aucune raison de penser que la poudrière politique et sociale en Asie centrale ne devienne moins explosive.

Les États-Unis basent leurs discours de « construction d'une nation » en Afghanistan sur leur coopération avec l'Alliance du Nord, un mouvement anti-taliban, avec lequel le Pentagone coordonne ses attaques militaires. Tout comme Washington avait utilisé les terroristes albanais de l'Armée de libération du Kosovo comme délégué au Kosovo, aujourd'hui se sont une bande de seigneurs de la guerre basés dans le nord de l'Afghanistan qui deviennent leur bande armée en Asie centrale.

Puisque l'Alliance du Nord sera désormais décrite comme les défenseurs de la liberté et de l'humanisme, il est instructif de noter que récemment, des articles du New York Times et dans d'autres journaux déclaraient que la très grande majorité du commerce de l'opium afghan venait du petit territoire sous contrôle de l'Alliance. Les officiers militaires de l'Alliance du Nord sont de plus célèbres pour avoir assassiné des milliers de civils en bombardement Kaboul sans discrimination au début des 1990.

Combien sordides et illusoires sont les propositions de « reconstruction » de l'Afghanistan une fois que les États-Unis auront fini leur oeuvre d'anéantissement, c'est cela que laisse entrevoir un article du New York Times écrit juste avant que la guerre ne commence. « L'espoir du Pentagone, pouvait-on y lire, est que l'union du choc psychologique causé par les frappes aériennes, des pots-de-vin aux forces opposées aux talibans appuyées secrètement par Washington et l'opportunisme ouvert poussera plusieurs des combattants du côté des talibans à déposer leurs armes et à se rendre. »

Étant donné la nature de la région, avec ces énormes réserves de ressources clés, il est de plus évident qu'aucune des puissances de l'Asie centrale ne pourra accepter un arrangement où les États-Unis deviendront l'unique arbitre. La Russie, l'Iran, la Chine, le Pakistan et l'Inde y ont tous leurs intérêts propres, et ils chercheront à les défendre. De plus, la présence américaine va inévitablement entrer en conflit avec les intérêts des régimes bourgeois montants dans les États de la région qui viennent juste de se former avec l'effondrement de l'URSS.

À chaque nouveau développement du militarisme américain, l'ampleur des désastres qui en furent la conséquence s'est toujours accrue. Aujourd'hui, les États-Unis se sont embarqués dans une aventure dans une région qui est depuis longtemps l'objet d'intrigues de la part des grandes puissances, une région du monde, de plus, qui regorge d'armes nucléaires et est minée par les tensions sociales, politiques, ethniques et religieuses exacerbées par la pauvreté la plus abjecte.

Le New York Times, dans un rare moment de lucidité, a décrit les dangers que recèle l'opération militaire américaine dans un article qu'il publia le 2 octobre intitulé : « Le Pakistan : un allié peu fiable ». L'auteur écrivait : « En donnant à cette nation fragile et factieuse un rôle clé dans la "guerre au terrorisme", les États-Unis courent le danger de déclencher un cataclysme dans une région où la violence civile est une possibilité réelle et où l'on trouve des armes nucléaires. »

Ni dans les déclarations des États-Unis, ni dans les reportages peut-on trouver un examen sérieux des véritables buts économiques et géostratégiques qui expliquent les attaques militaires. On ne trouve pas non plus la moindre trace que l'élite politique américaine a considéré sérieusement les conséquences profondes et potentiellement catastrophiques du cours qu'elle a entrepris.

Malgré un battage médiatique continu pour fouetter le chauvinisme et le militarisme, le sentiment du peuple américain n'est pas à l'appui enthousiaste à la guerre. Tout au plus accepte-t-il passivement la guerre comme le seul moyen de lutter contre le terrorisme, un sentiment qui doit beaucoup aux efforts des médias entièrement malhonnêtes qui font comme s'ils étaient une section de l'État. Derrière l'endossement à contrecur de l'action militaire, on trouve un sentiment profond d'inconfort et de scepticisme. Des dizaines de millions de personnes considèrent que rien de bon ne pourra sortir de cette nouvelle explosion de militarisme américain.

Les États-Unis sont à un point tournant. Le gouvernement admet qu'il s'est embarqué dans une guerre dont il ne connaît ni l'ampleur ni la durée. Ce qui prend place, c'est une militarisation de la société américaine alors que s'approfondit la crise sociale.

La guerre va profondément affecter la classe ouvrière américaine et internationale. L'impérialisme menace l'humanité au début du XXIe siècle d'une façon qui dépasse en horreur les tragédies du XXe. Plus que jamais, l'impérialisme et ses déprédations soulèvent la nécessité de l'unité internationale de la classe ouvrière et de la lutte pour le socialisme.

Voir aussi :

Sources WSWS

 

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 12:38

 

Où l'administration Bush conduit-elle le peuple américain?

 

Par le comité de rédaction du WSWS


22 septembre 2001

 

Un message clair émane du discours prononcé par le président George W. Bush à une session commune du Congrès jeudi soir dernier : les États-Unis se sont lancés sur une voie de violence globale et de répression interne sans précédent dans l'histoire de la nation.

Au nom d'une « guerre contre le terrorrisme », l'administration Bush demande, et obtient, un pouvoir illimité et non spécifié d'utiliser la force militaire partout dans le monde.

Le cadre aux allures de siège où Bush a prononcé son discours, ­ le Capitole encerclé par l'armée et le son des hélicoptèrs militaires filtrant jusqu'à l'intérieur de la chambre ­ allait bien avec la pose que prend l'administration depuis les attaques terrorristes contre New-York et Washington. Le gouvernement a travaillé d'arrache-pied, non pas pour rassurer le peuple américain, mais pour créer une atmosphère de panique. Il encourage un sentiment d'hystérie combinée à un chauvinisme de drapeaux afin d'amener le public, au milieu de la ruée générale, à accepter l'utilisation effrénée de la puissance militaire américaine, ainsi qu'un assaut tous azimuts sur les droits démocratiques de base au sein des États-Unis.

D'où l'absence du vice-président Cheney et l'annonce qu'on l'avait conduit dans un endroit sûr et secret. L'administration veut faire croire au peuple américain que l'immense puissance de l'armée américaine n'était pas suffisante pour garantir la sécurité de chefs du gouvernement à l'intérieur du Capitole. Si Bush et compagnie croient vraiment à cette idée saugrenue, il faut dire qu'ils ont complètement perdu la tête. L'explication la plus vraisemblable est qu'ils veulent faire rentrer dans la tête des gens l'idée que l'Amérique est en guerre, et habituer la population à des mesures de guerre et à un gouvernement qui remplit ses plus importantes fonctions dans le dos du public.

Dans son discours, Bush a employé des termes apocalyptiques pour convaincre le peuple américain qu'il fallait approuver le lancement d'une guerre globale d'une durée indéfinie, contre une série d'ennemis non encore identifiés, sans limite aucune sur la destruction et la mort devant s'abattre sur des gens hors des États-Unis ou le nombre de sacs-cercueils devant ramener les restes de soldats américains.

« Notre réponse », a-t-il déclaré, « implique bien plus que des représailles immédiates et des raids isolés. Les Américains ne devraient pas s'attendre à une bataille, mais à une campagne prolongée très différente de celles que nous avons vues. » Ce ne serait pas une guerre courte et décisive contre un seul pays, comme l'Iraq, a-t-il poursuivi, ni une guerre aérienne sans pertes américaines, comme en Yougoslavie. Il a qualifié sa guerre pour la « défaite du réseau terrorriste global » de « tâche qui ne finit jamais ». Refusant expressément d'écarter l'utilisation d'armes nucléaires, il a ajouté : « Nous mettrons en oeuvre toutes les ressources qui sont à notre disposition et toutes les armes de guerre nécessaires ».

Avançant des arguments pour justifier une attaque contre toute nation jugée, aujourd'hui ou demain, être un obstacle aux ambitions globales des États-Unis, Bush a déclaré : « Toutes les nations dans tous les régions ont maintenant une décision à prendre : soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terrorristes ». Toute nation qui refuse d'obéir aux diktats de Washington « sera considérée par les États-Unis comme un régime hostile ».

Au coeur du scénario présenté par Bush se trouvait une anomalie qu'il n'a même pas cherché à expliquer. D'un côté, il a décrit l'ennemi comme étant des éléments fondamentalistes islamiques « marginaux », quelques « milliers » de terrorristes éparpillés dans 60 pays. Mais cette relative poignée de groupes terrorristes faiblement connectés est censée poser une menace grave et directe à l'Amérique et à tout le « monde civilisé », menace dont la portée est telle que seule l'utilisation la plus massive et la plus concentrée de la force militaire peut y venir à bout.

 

Des ultimatums, mais pas de preuves

 

Le but immédiat du discours de Bush était de mettre le pays en guerre contre l'Afghanistan. Bush a dressé une liste de demandes qu'il sait être irrecevables par le régime des talibans, demandes qui seraient un suicide politique pour eux, qu'ils ne pourraient accepter même s'ils le voulaient. Il a exigé du régime taliban qu'il livre aux Américains « tous les dirigeants » du réseau Al-Kaïda de Ben Laden, qu'il ferme immédiatement toutes les installations de Al-Kaïda, et qu'il donne aux États-Unis le « plein accès aux camps d'entraînement terrorristes ».

Au fond, l'administration Bush demande au régime taliban d'accepter de faire de l'Afghanistan un protectorat militaire des États-Unis. Cet ultimatum, a déclaré Bush, n'est « pas ouvert à la négotiation ou à la discussion ». Si les dirigeants du régime ne se plient pas aux demandes américaines, a averti Bush, ils partageront le sort des terrorristes, c'est-à-dire qu'ils seront tués.

Aucune demande formelle d'extradition n'a été faite en ce qui concerne Osama Ben Laden. En fait, il n'existe aucune convention en matière de loi internationale pour ce que Bush a exigé. Les demandes de Washington ont été formulées de façon à fournir un prétexte pour une guerre qui a déjà été décidée.

Bush a accusé Ben Laden et ses protecteurs talibans d'être directement responsables des atrocités du 11 septembre. Il s'agit sans doute de forces réactionnaires qui peuvent bien avoir joué un rôle, mais Bush n'a fourni aucune preuve pour appuyer ses accusations. Même le Wall Street Journal, dont les pages éditoriales sont pleines d'appels à la guerre non seulement contre l'Afghanistan mais aussi contre l'Iraq, a dû reconnaître dans un article de nouvelles paru le 19 septembre que les dirigeants américains ont été incapables de réunir des preuves suffisantes pour étayer leur cause contre Ben Laden.

« Mais selon les standards occidentaux du 21ème siècle en matière de loi et de relations internationales », a écrit le Journal, « quelles preuves concrètes les enquêteurs détiennent-ils pour incriminer Ben Laden? Pas assez, si l'on s'en tient à ce qui peut être déduit de déclarations publiques et de renseignements fournis par des représentants du gouvernement prêts à discuter la question. »

Bush a également cherché à justifer une guerre contre l'Afghanistan en pointant du doigt le caractère répressif et totalitaire du régime taliban. Mais le régime taliban est le produit direct de la politique américaine antérieure, et ses méthodes dictatoriales de pouvoir, son intolérance religieuse, ne sont pas du tout différentes de celles des plus proches alliés des États-Unis dans le Moyen-Orient, tels que les monarchies du pétrôle de l'Arabie saoudite, du Koweit et d'autres états du Golfe persique.

Alors que l'administration Bush s'embarque sur la voie de la guerre, elle pense à peine aux conséquences énormes et incalculables de ses actes. Intervenant dans la région la plus instable du monde, où une série de grandes puissances sont en rivalité pour le contrôle de ressources stratégiques et l'accroissement de leur influence géo-politique, au milieu de la pauvreté épouvantable de centaines de millions de gens, les États-Unis sont en train de poser des gestes dont les conséquences peuvent s'avérer catastrophiques pour toute la planète.

Ça vaut la peine de comparer les méthodes de l'administration Bush à celles employées par Kennedy durant la crise des missiles cubains. C'était certainement une des plus grandes confrontations de la guerre froide, où le gouvernement américain faisait face, de son point de vue, à une menace militaire claire. À ce moment, le gouvernement américain est allé aux Nations-Unies et a présenté des preuves détaillées, documents et photos à l'appui, pour plaider sa cause. Il a en outre fait preuve d'un sens de la mesure et de la précaution qui forme un contraste frappant avec la conduite de l'administration Bush.

Aujourd'hui, le gouvernement américain lance les accusations les plus extrêmes, mais ne présente aucunes preuves devant l'opinion publique mondiale ou américaine pour soutenir ces accusations. La comparaison historique démontre que les actes du gouvernement américain sont déterminés aujourd'hui, moins par l'ampleur réelle de la menace, que par ce qu'il perçoit comme étant une occasion de transformer un désastre en prétexte pour la mise en oeuvre d'un projet militaire, politique et économique de grande envergure, mais non déclaré.

C'est ce qui est confirmé par un reportage du New York Times faisant état d'une scission au sein de l'administration Bush entre ceux, dirigés par le secrétaire d'État Colin Powell, qui veulent agir avec un minimum de précautions par crainte de déstabiliser le Moyen-Orient et d'autres grandes régions du monde, et ceux, dirigés par le sous-secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz, qui voient la tragédie du 11 septembre comme l'occasion rêvée pour renverser le régime de l'Iraq et établir toute une série de gouvernements fantoches. L'objectif de cette faction c'est la mise en application, le plus rapidement possible, de plans longtemps dressés pour un resserrement de l'emprise américaine sur la région riche en pétrole du Golfe persique et du bassin caspien, et une expansion de la présence militaire américaine sur tout le continent eurasien.

 

Comment les États-Unis ont nourri les talibans

 

Dans son discours, Bush n'a fourni aucune explication sur la toile de fond politique et historique du désastre du 11 septembre. Avec la complicité des médias, l'administration cherche à enterrer le fait suivant : ceux qu'elle accuse nommément d'avoir perpétré l'atrocité terrorriste ont été entraînés et financés par les États-Unis. Les fondamentalistes islamiques stigmatisés par Bush, y compris Ben Laden, ont fait leurs débuts en tant que « ressources » de la CIA dans la campagne secrète menée par Washington dans les années 80 pour expulser les régimes soutenus par les soviétiques en Afghanistan. Cette opération a été réalisée alors que Bush père, ancien chef de la CIA, détenait le poste de vice-président sous Ronald Reagan.

Il y a quelques années à peine, les États-Unis ont tacitement endossé l'ascension au pouvoir de leurs vieux alliés talibans. Les talibans deviennent ainsi les derniers dans la longue lignée d'ex-alliés américains qui sont tombés en disgrâce auprès des États-Unis, pour être ensuite dénoncés comme étant des seigneurs de la guerre et de nouveux Hitler, et placés sur la liste noire américaine. On peut citer en l'occurence Manuel Noriega du Panama, Farrah Aidid de la Somalie, Saddam Hussein de l'Iraq et Slovoban Milosevic de la Serbie.

L'establishment des médias connaît bien cette histoire. En fait, il y a environ vingt ans, le présentateur de nouvelles vedette de la CBS, Dan Rather, s'est rendu en Afghanistan et a posé pour les caméras de télévision habillé en robe moudjahiddine afin de rallier un appui pour les forces fondamentalistes islamiques.

Cette histoire est passée sous silence car elle démontre que les éléments qui mènent aujourd'hui le peuple américain en guerre, avec toutes les conséquences désastreuses qui en découleront, sont politiquement impliqués dans la tragédie qui a coûté la vie à des milliers d'Américains à New-York et à Washington.

Les dangereuses implications que la campagne de guerre comporte pour les droits démocratiques ont été soulignées par l'annonce faite par Bush d'un nouveau poste de Cabinet, le bureau de la sécurité nationale, qui sera chargé de coordonner toutes les opérations de renseignement et de sécurité à l'intérieur du pays.

Les opérations de la CIA, jusqu'ici limités par la loi à des cibles externes, seront maintenant coordonnées, au sein d'une agence fédérale de haut niveau, avec celles de la FBI et d'autres forces policières, afin de mettre sous écoute et d'espionner les gens partout aux États-Unis. Cette mesure constitue à elle seule une énorme violation des droits et libertés.

Mais ce n'est qu'une partie d'un assaut plus large sur les droits démocratiques, qui comprend la détention à durée indéfinie d'étrangers légalement établis, la déportation sans recours judiciaires et une vaste expansion du pouvoir gouvernemental de mettre les téléphones sous écoute et d'intercepter les communications électroniques.

 

Un État à parti unique

 

Pas une seule section de l'establishment politique n'a remis en cause la demande de Bush qu'un chèque en blanc lui soit accordé pour mener la guerre à l'étranger et fouler aux pieds les droits et libertés au pays. Dès la mise en branle de la croisade militaire, les deux partis ont mis au rancart toute forme de dissenssion.

Le parti démocrate a démontré son abandon de toute prétention à l'opposition en laissant tomber la réponse traditionnelle du parti minoritaire à un discours présidentiel au Congrès. Le leader démocrate de la majorité au sénat, Thomas Daschle, a plutôt choisi de faire une apparition conjointe avec le chef de la minorité, Trent Lott, au cours de laquelle ce dernier a résumé ainsi l'état de la politique américaince: « Il n'y a pas de parti d'opposition ».

Les médias, qui ont tous applaudi le discours de Bush, demeurent silencieux sur la contradiction entre la rhétorique démocratique qui régnait au Capitole et l'établissement de facto d'un état à parti unique. Les « experts » n'ont pas non plus pris la peine de noter que l'explication de Bush sur l'hostilité des terrorristes à l'endroit des États-Unis ­ « Ils haïssent ce qu'ils voient juste ici dans cette chambre : un gouvernement démocratiquement élu » ­ venait d'un homme qui a été installé à la Maison blanche par des moyens anti-démocratiques et illégitimes.

C'est un fait à la fois ironique et menaçant que le lancement d'une guerre au nom de la liberté soit accompagnée de la désintégration des principes les plus élémentaires de démocratie et le démantèlement de protections constitutionnelles de base. L'injonction de Bush, « Soit avec nous, soit avec les terrorristes », est non seulement une formule pour mener la guerre et renverser des gouvernements outre-mer, mais aussi un cri de ralliement pour une chasse-aux-sorcières à la McCarthy contre toute expression de dissenssions politiques au sein des États-Unis.

L'effondrement à toutes fins pratiques de la moindre opposition remplit une fonction politique additionnelle : il ne pourra y avoir aucun examen sérieux des extraordinaires failles en matière de sécurité qui ont rendu possibles les attaques sur le World Trade Center et le Pentagone.

L'atmosphère de peur et de panique permet au gouvernement d'échapper à la nécessité de rendre compte de ce qui était, à tout le moins, un cas de négligence criminelle, puis de se retourner pour insister que le peuple doit accepter, pour sa propre sécurité et son propre bien-être, la mise au rancart de ses droits démocratiques.

Le discours de Bush était également significatif pour ce qu'il ne disait pas. Reflétant les intérêts de classe extrêmement privilégiés et mesquins qu'il représente, Bush a annoncé un renflouement des compagnies aériennes à mêmes les taxes payées par la population, mais n'a eu rien à dire au sujet des millions de travailleurs, petits commerçants et retraités dont le gagne-pain est menacé par l'effondrement du marché boursier, la chute de la consommation et les licenciements massifs qui ont suivi le désastre du 11 septembre. Ni Bush ni les démocrates ne proposent des mesures sérieuses pour venir en aide aux familles des employés de l'industrie aérienne qui sont jetés à la rue en grand nombre. Ni ne proposent-il d'établir un filet de sécurité pour les propriétaires de commerces à New-York qui ont été dévastés par la destruction de toute une section de la ville. Quant aux petits investisseurs et aux retraités dont les économies de toute une vie et les pensions fondent d'un coup, ils ne peuvent s'attendre à aucune aide de la part de Washington.

La terrible perte de vies humaines survenue le 11 septembre était, en dernière analyse, le produit de la politique internationale impitoyable, irresponsable et réactionnaire appliquée depuis des décennies par des gouvernements américains qui représentent, non pas le peuple américain, mais l'élite financière et industrielle. Cette même élite s'empare maintenant des événements tragiques survenus à New-York et Washington pour entraîner la population, sans débats ni discussions démocratiques et au milieu de l'hystérie et de l'intimidation politique, dans une « guerre sans pareille » qui ne peut produire que de nouveaux désastres et de nouvelles tragédies, tant à l'étranger qu'à l'intérieur.

Voir aussi :

Sources WSWS

 

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 12:04

 

Pourquoi l'administration Bush veut la guerre

 

Déclaration du comité de rédaction du WSWS


14 septembre 2001

 

Devant la campagne hystérique va-t-en-guerre du gouvernement américain et des médias sans-gêne et sans scrupules contrôlés par l'État, il est plus que jamais nécessaire pour tout un chacun de garder non seulement son calme, mais aussi sa capacité de penser, d'analyser et de raisonner. On ne peut qu'être affligé par la perte terrible de vies humaines survenue ce 11 septembre. Mais la sympathie pour les victimes, leurs familles et leurs amis, ne devrait aveugler personne quant au fait que de puissantes sections de l'élite dirigeante américaine voient cette tragédie comme une bonne occasion pour implanter une politique militariste qui est en préparation depuis plus d'une décennie.

La guerre moderne requiert un prétexte, un casus belli qui puisse être présenté au public comme une raison suffisante pour recourir aux armes. Toutes les guerres importantes où les États-Unis ont été impliqués depuis son émergence en tant que puissance impérialiste mondiale, de la guerre hispano-américaine de 1898 à la guerre des Balkans de 1999, ont eu besoin d'un événement cataclysmique pour enflammer l'opinion publique.

Mais quelle que soit la nature de tels événements détonateurs, ils ne se sont jamais avérés être, à la lumière d'une rigoureuse analyse historique, la véritable cause des guerres qui ont suivi. En fait, dans chacun des cas, la décision d'aller en guerre, quoique facilitée par le changement produit dans l'opinion publique par le casus belli, a découlé de considérations plus essentielles basées sur les intérêts politiques et économiques stratégiques de l'élite dirigeante.

« La guerre », a dit von Clausewitz dans un aphorisme souvent cité, « est la poursuite de la politique par d'autres moyens ». Cela signifie au fond que la guerre est un moyen par lequel un gouvernement cherche à atteindre un objectif politique qu'il n'a pu réaliser de façon pacifique. Rien ne porte à croire que cette profonde vérité ne s'applique pas aux événements qui se déroulent maintenant suite aux détournements et bombardements de mardi.

Les attaques lancées sur le World Trade Center et le Pentagone ont fourni l'occasion de mettre en application le projet politique d'une grande portée que réclament depuis des années les éléments les plus à droite de l'élite dirigeante. Un jour à peine après l'attaque, avant que la moindre lumière ne soit faite sur la source de l'attentat ou les dimensions du complot, le gouvernement et les médias lançaient une campagne coordonnée affirmant que l'Amérique était en guerre et que le peuple américain devait accepter toutes les conséquences d'un état de guerre.

La politique qui est maintenant mise de l'avant, à savoir l'expansion de l'action militaire américaine à l'étranger et le bâillonnement des dissensions au pays, est préparée depuis longtemps. L'élite dirigeante américaine a été gênée dans la mise en application de cette politique par le manque de soutien significatif au sein de la population américaine et la résistance de ses rivales impérialistes en Europe et en Asie.

L'administration Bush a maintenant décidé d'exploiter le sentiment populaire de choc et d'horreur face aux événements du 11 septembre pour faire avancer les objectifs économiques et stratégiques globaux de l'impérialisme américain. Il a le plein appui d'une presse corrompue et d'un Parti démocrate qui ne demande pas mieux que de mettre au rancart sa prétention d'être opposé à la droite républicaine.

Jeudi, Bush est passé proche d'un tel aveu quand il a déclaré que l'atrocité commise deux jours auparavant avait fourni « une occasion de faire la guerre au terrorisme ». Il a continué en disant que la conduite de cette guerre serait la raison d'être de son gouvernement. Une telle déclaration de militarisme sans bornes aurait été impensable avant le 11 septembre. Mais l'assaut sur le World Trade Center a créé de nouveaux faits, dans le jargon du real politik impérialiste.

Sans avoir commencé à enquêter sérieusement, ni offert la moindre explication, sur les circonstances très étranges entourant les attaques terroristes sur New-York et Washington, l'administration Bush et les médias ont déclaré que la guerre totale est la seule réponse possible à ces événements. Ils l'ont fait avant que le gouvernement ait même établi l'identité politique des terroristes ou répondu à la question troublante de savoir comment un complot aussi élaboré (impliquant apparemment des dizaines de conspirateurs en opération à l'intérieur des États-Unis) a pu passer complètement inaperçu aux yeux du FBI, de la CIA et d'autres agences de renseignement.

Ni l'Administration fédérale de l'aviation, l'Armée de l'air ou le FBI n'ont expliqué pourquoi ils n'ont pas donné l'alerte ou tenté d'intercepter les avions détournés, alors que ces derniers changeaient de direction et s'acheminaient vers les centres nerveux de l'establishment financier et militaire américain.

Malgré toutes ses effusions de chagrin et de sympathie, l'administration Bush n'aurait pu espérer un événement aussi opportun ou chanceux que l'attaque sur le World Trade Center et le Pentagone. Quand George W. Bush s'est réveillé le 11 septembre, il présidait un régime en pleine crise. Ayant pris le pouvoir par la fraude et en supprimant des voix, son gouvernement était vu par des millions de gens aux États-Unis et à travers le monde comme étant illégitime.

La très mince base sociale de soutien dont jouissait son administration à ses débuts s'érodait rapidement sous l'impact de la récession économique montante aux États-Unis et dans le monde. Incapable d'offrir la moindre solution à la montée du chômage et aux pertes catastrophiques en bourse, sévèrement critiquée pour l'évaporation des surplus budgétaires et la répudiation de son engagement à ne pas dépenser les fonds de la sécurité sociale, l'administration Bush montrait des signes de dissension et de désarroi internes.

Quelque trois semaines auparavant, le 20 août, le New York Times a publié un article en première page qui exprimait les craintes des cercles dirigeants que le capitalisme mondial ne plonge dans une profonde récession globale. « L'économie mondiale, a écrit le Times, dont le taux de croissance était phénoménal l'an dernier seulement, est entrée dans une profonde léthargie alors que les États-Unis, l'Europe, le Japon et d'importants pays en développement font face à un rare ralentissement simultané ».

« Les plus récentes statistiques économiques de partout dans le monde, a continué le Times, montrent que plusieurs puissances économiques régionales (l'Italie et l'Allemagne, le Mexique et le Brésil, le Japon et Singapour), font maintenant face à la stagnation économique, ce qui annule l'espoir que la croissance dans d'autres pays aiderait à compenser le ralentissement aux États-Unis. [D]e nombreux experts disent que le monde reçoit une raclée économique, le recul des taux de croissance étant plus rapide et présent dans plus de gros pays qu'à n'importe quel moment depuis le choc pétrolier de 1973. Et cette fois il n'y a pas de facteur principal qu'on pourrait tenir responsable de la faiblesse généralisée, ce qui porte certains économistes à croire que la relance peut tarder à venir.

« " Nous sommes passés du boum à la débâcle plus rapidement qu'à n'importe quel moment depuis le choc pétrolier ", a déclaré Stephen S. Roach, économiste en chef à Morgan Stanley, firme d'investissements de New York. " Quand vous tombez en panne sèche comme cela, c'est comme si on vous lançait à travers le pare-brise ". »

Le Times a décrit sur un ton dérisoire la réponse de l'administration Bush à la crise en cours. « L'administration Bush continue de peindre la situation sous des couleurs relativement vives. » Il a ensuite rapporté sans cacher son scepticisme les projections de la Maison blanche quant à une forte remontée de l'économie américaine à la fin de cette année ou au début de 2002.

Le même jour le Times a rapporté que Ford Motor Co. s'apprêtait à annoncer de nouvelles mises à pied et a cité son PDG Jacques Nasser selon qui « Nous ne voyons aucun facteur qui va restaurer la santé de l'économie » dans les 12 ou 18 prochains mois.

Le Wall Street Journal a fait des prédictions tout aussi pessimistes, écrivant : « Près d'un an après que le recul ait commencé dans la haute technologie et l'industrie manufacturière, plusieurs des autres piliers qui soutenaient l'économie commencent à faiblir. Les compagnies qui ont commencé à réduire leurs dépenses en équipements et logiciels à la fin de l'année dernière font maintenant de même dans leur immobilier, espaces de bureau et parcs industriels.

« Les ventes d'automobiles, qui pour la plupart de cette année ont atteint un niveau élevé que l'on attendait pas grâce à de généreux incitatifs et de bas taux d'intérêt, ont commencé à ralentir. Depuis avril, la plupart des groupes industriels suivis par le Département du travail sont en train de réduire leurs listes de paye. Le secteur de la construction a éliminé 61.000 emplois entre mars et juillet, l'exemple le plus clair d'un débordement de la haute technologie vers l'industrie manufacturière. »

La grisaille des milieux d'affaires s'est transformée en mini-panique vendredi dernier lorsque le rapport du Département du travail sur le chômage pour le mois d'août a révélé une forte hausse du taux de chômage, de 4,5 pour cent à 4,9 pour cent en l'espace d'un seul mois. Près d'un million d'emplois ont été sabrés en août, les coupures de postes touchant tous les secteurs de l'économie. Devant la perspective d'un effondrement de la consommation, les investisseurs se sont empressés d'écouler leurs avoirs en actions. L'index industriel du Dow Jones a perdu 230 points, clôturant la journée loin sous la marque des 10 000 points.

La crise économique a accentué une série de dilemmes auxquels est confrontée l'administration Bush en ce qui a trait à sa politique étrangère. La politique de Washington en Iraq tombait en lambeaux, les sanctions étant de moins en moins appliquées et les États-Unis essuyant les critiques ouvertes de la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine pour ses plans de maintenir les sanctions et d'intensifier sa vendetta contre Saddam Hussein. Sur l'Iraq et d'autres grandes questions, les États-Unis se voyaient incapables de faire passer ses résolutions au Conseil de sécurité de l'ONU et d'autres organismes internationaux. Sur toute une série de questions (la défense anti-missiles, le réchauffement global, un tribunal pénal international), l'Amérique se retrouvait en conflit ouvert avec la plupart de ses alliés nominaux.

La montée des protestations sociales et des sentiments anti-capitalistes s'est exprimée dans une vague de manifestations « anti-mondialisation ». Celles-­ci ont mis à nu l'extrême isolement des gouvernements de toutes les grandes puissances, ainsi que le mécontentement populaire grandissant envers leur politique de droite. Et l'administration Bush était perçue comme l'incarnation même d'une telle politique.

Mais au lendemain de l'attaque terroriste du 11 septembre, l'administration Bush, aidée par une campagne médiatique sophistiquée et cynique, travaille d'arrache-pied pour faire monter une fièvre guerrière et patriotique qui lui permettrait de surmonter, temporairement du moins, ses problèmes immédiats, tout en créant les conditions nécessaires pour des changements profonds et durables tant sur le front extérieur qu'intérieur.

Au nom de l'unité nationale, le Parti démocrate a donné un chèque en blanc à Bush pour qu'il fasse la guerre, augmente les dépenses militaires et limite les droits civiques. Comme l'a bien résumé un commentateur, « Nous allons opérer comme si nous avions un parti national d'unité. Cela veut dire que les voix dissidentes seront étouffées. »

Le Washington Post a parlé pour tout l'establishment libéral dans un éditorial du 14 septembre réclamant une sérieuse limitation des droits démocratiques et civiques. Intitulé « De nouvelles règles », l'éditorial affirme : « [S]i la réplique à cette attaque va vraiment devenir un principe directeur de la politique américaine, comme nous pensons que ce devrait être, si les États-Unis vont entreprendre une campagne difficile et soutenue contre ceux qui nous menacent, alors ni la politique ni la diplomatie ne peuvent revenir à l'état antérieur. C'est encore plus vrai alors que le Congrès et d'autres discutent de la possible nécessité de sacrifier le droit à la vie privée, la liberté de mouvement et d'autres droits aux exigences de la sécurité intérieure. »

Des dizaines de milliards de dollars seront pompés dans l'économie en dépenses militaires et policières, et pour la reconstruction des sections dévastées de New York. La viabilité de ce qui reste du filet de sécurité sociale ne sera pas une considération devant la poursuite de la lutte confuse du bien contre le mal proclamée par la Maison blanche et le Congrès.

Toute restriction à l'usage de la force militaire américaine, ou aux activités contre-révolutionnaires de la CIA, sera levée. Pendant des années, les sections les plus réactionnaires de l'élite dirigeante réclament à grands cris, dans les pages éditoriales du Wall Street Journal et les publications des « centres de recherche » de la droite, la fin du « syndrome du Vietnam » et l'utilisation effrénée de la force militaire pour garantir les intérêts de l'impérialisme américain. Elles voient maintenant l'occasion de réaliser leur objectif.

Des porte-parole en vue des deux partis réclament déjà l'annulation de l'ordre présidentiel bannissant le recours aux assassinats en tant qu'outils de la politique étrangère. Les démocrates ont accepté de voter en faveur d'une résolution donnant à la Maison blanche l'autorité quasi-illimitée d'aller en guerre contre toute nation qu'elle accuse d'aider ou encourager les terroristes. Il ne fait aucun doute qu'une des premières cibles d'une campagne massive de bombardements, combinés à une invasion terrestre, sera l'Iraq. Mais d'autres pays sont certainement sur la liste.

Comme l'a dit un officier militaire mercredi, « Les contraintes ont été levées. » Le Secrétaire à la défense Donald Rumsfeld a déclaré que l'action militaire envisagée « ne sera pas limitée à une seule entité, étatique ou non ». Le démocrate de la Géorgie Zell Miller a exprimé sous une forme encore plus crue l'envie de répandre du sang qui s'est emparée des cercles gouvernementaux : « Qu'on les bombarde, que ce soit l'enfer pour eux. S'il y a des dommages collatéraux, tant pis. »

Le sénateur John McCain a déclaré que les États-Unis ne devraient pas « écarter l'usage de toute force, sauf l'arme nucléaire. Dans un texte intitulé « La troisième guerre mondiale », le chroniqueur du New York Times Thomas Friedman, a refusé de placer une telle limite, écrivant que si l'attaque du 11 septembre « peut bien avoir été la première grande bataille de la troisième guerre mondiale, elle peut être la dernière qui mette en jeu des armes conventionnelles, non-nucléaires ».

Le peuple américain, en ce moment de grand chagrin et de grande anxiété, s'entend dire qu'il doit accepter la perspective de voir ses fils et ses filles envoyer au loin pour tuer et être tués, dans la lutte contre un ennemi ou des ennemis non encore identifiés, et se taire alors que ses droits démocratiques sont foulés aux pieds.

Ce qu'on ne lui dit pas c'est que l'élite financière et industrielle américaine, au nom d'une guerre sainte contre le terrorisme, s'apprête à déverser la mort et la destruction sur des milliers de gens afin de réaliser des objectifs globaux qu'elle rumine depuis longtemps. Peut-il y avoir le moindre doute que cette croisade pour la « paix » et la « stabilité » fourniront l'occasion aux États-Unis de renforcer son emprise sur les ressources en pétrole et gaz naturel du Moyen-Orient, du Golfe persique et de la mer Caspienne ? Sous les pieuses et patriotiques déclarations des politiciens et commentateurs des médias se cachent les rêves longtemps nourris de l'impérialisme américain de dominer de nouvelles parties du monde et d'établir leur hégémonie globale.

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Sources WSWS

 

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 11:02

 

Les origines politiques des attaques terroristes

contre New York et Washington

 

par le comité éditorial


12 septembre 2001

 

Le World Socialist Web Site condamne sans équivoque les attaques terroristes contre le World Trade Center et contre le Pentagone. Les responsables du détournement de quatre avions commerciaux transportant des passagers pour en faire des bombes volantes sont coupables d'assassinats de masse. Aucun progrès ne sortira jamais de la destruction aveugle et brutale de vies humaines.

Ces actes de terrorisme meurtriers sont la manifestation d'une combinaison toxique de pessimisme démoralisé, d'obscurantisme religieux et ultra-nationaliste et, il faut ajouter, d'opportunisme politique du plus vil caractère. Les organisations terroristes, en dépit de leur rhétorique anti-américaine, fondent leurs tactiques sur l'illusion que des actes de violence horribles exécutés au hasard forceront la classe dirigeante américaine de changer de politique. Finalement, ils espèrent arriver à réaliser une entente avec Washington.

Peu importe la façon dont on tente de la justifier, la méthode terroriste est fondamentalement réactionnaire. Loin de porter un coup dur au militarisme impérialiste, le terrorisme fait le jeu des éléments de l'establishment américain qui utilisent précisément de tels événements pour justifier et légitimer leur recours à la guerre pour défendre des intérêts géopolitiques et économiques de l'élite dirigeante. L'assassinat de civils innocents enrage, désoriente et sème la confusion dans le public. Il mine la lutte pour l'unité internationale de la classe ouvrière, et nuit aux efforts d'éduquer le peuple américain sur les questions historiques et politiques qui forment la toile de fond des événements contemporains au Moyen-Orient.

Néanmoins, notre condamnation des actes terroristes de mardi n'implique en aucun cas que nous diminuions notre opposition irréconciliable, sur une base de principes, aux politiques du gouvernement américain. Pour comprendre les tenants et les aboutissements des événements d'hier, il est nécessaire de réviser les gestes et les politiques des États-Unis au Moyen-Orient, surtout des trente dernières années. Les efforts incessants de l'impérialisme américain pour renforcer sa mainmise sur les ressources pétrolières de la région, qui se sont traduits, entre autres choses, en appui indéfectible pour l'oppression du peuple palestinien par l'État israélien, ont placé les États-Unis en opposition violente avec les aspirations démocratiques, nationales et sociales, légitimes et incontournables, des masses arabes.

La réaction des politiciens, des éditorialistes et des barons de la presse aux événements de mardi fut de déclarer encore et encore qu'il fallait que les Américains reconnaissent que la destruction du World Trade Center signifiait que les États-Unis étaient maintenant en guerre et devaient agir en conséquence. Mais la réalité est que le gouvernement américain a directement mené une guerre, sous une forme ou l'autre, pour la plupart des vingt dernières années au Moyen-Orient.

Sans même considérer l'important soutien qu'ils accordent aux opérations militaires de l'Israël, les États-Unis ont presque sans interruption bombardé un pays du Moyen-Orient ou l'autre depuis 1983. Les bombardiers ou les navires américains, parfois les deux, ont attaqué le Liban, la Libye, l'Iraq, l'Iran, le Soudan et l'Afghanistan. Sans déclaration officielle de guerre, les États-Unis mènent des opérations militaires contre l'Irak depuis maintenant près de douze années. Le bombardement quotidien de l'Irak, qui continue à ce jour, est à peine mentionné dans les médias américains, qui n'ont jamais tenté de définir le nombre total des morts qu'ont causés les bombardements américains depuis 1991.

Si l'on prend ces faits en considération, peut-on être surpris que ceux qui sont la cible des États-Unis aient cherché à contre-attaquer ?

Les mêmes médias qui exigent aujourd'hui du sang ont maintes fois applaudi l'utilisation de violence contre tout pays ou toute population qui a voulu faire obstacle aux intérêts américains. Nous ne rappellerons que les mots qu'a eus le chroniqueur du New York Times,  Thomas Friedman, pour le peuple serbe lors de la campagne de bombardements de 1999 : « Il ne devrait plus avoir de lumières à Belgrade : chaque réseau électrique, aqueduc, route et usine reliée à la production de guerre doit être bombardé ... [N]ous allons ramener votre pays dans le passé en vous pulvérisant. Vous voulez 1950 ? Nous pouvons vous donner 1950. Vous voulez 1389 ? Nous pouvons vous donner 1389. »

La politique étrangère des États-Unis est un mélange de cynisme, de brutalité et d'irresponsabilité. Washington a entrepris des actions qui ont enflammé la haine de larges sections de la population mondiale, créant le milieu duquel recruter pour des opérations terroristes sanglantes. Dans de rares moments de franchise, les spécialistes de la politique étrangère ont reconnu que les actions des Américains provoquent la haine et le désir de vengeance. Durant la guerre des Balkans, l'ancien secrétaire d'État, Lawrence Eagleburger a déclaré : « Nous avons offert au reste du monde l'image de la brute du village qui appuie sur un bouton, des personnes en quelque part meurent, nous n'avons rien d'autre à payer que le coût d'un missile... cela viendra nous hanter lorsque nous aurons à faire avec le reste du monde au cours des prochaines années. »

Cette compréhension n'a pas empêché ce même Eagleburger de déclarer mardi soir que les États-Unis devraient répondre à la destruction du Trade World Center en bombardant immédiatement tout pays qui aurait pu être impliqué.

L'adresse à la nation de George W. Bush de mardi soir est une incarnation de l'arrogance et l'immense myopie de la classe dirigeante américaine. Les États-Unis, loin d'être « le phare le plus brillant de la liberté et de la possibilité d'avenir au monde », sont vus par des dizaines de millions de personnes comme le principal ennemi des droits humains et des droits démocratiques, et qu'ils sont à l'origine de leur oppression. L'élite dirigeante américaine, dans son insolence et son cynisme, fait comme si elle pouvait mener ses opérations violentes à travers le monde sans créer en contrepartie les conditions politiques pour des actes violents de vengeance.

Tout de suite après les attaques de mardi, les autorités américaines et les médias accusent encore une fois bin Laden. Bien qu'il soit possible qu'il soit coupable, comme toujours, ils ne présentent aucune preuve pour appuyer leurs dires.

Mais l'accusation que bin Laden est le coupable soulève toute une série de questions troublantes. Étant donné que les États-Unis l'ont personnellement désigné comme le terroriste le plus dangereux au monde, que le moindre de ces mouvements est suivi à l'aide d'un important équipement d'espionnage des plus sophistiqués, comment bin Laden a-t-il pu organisé une telle attaque sans qu'elle ne puisse être détectée ? Une attaque, de plus, contre le même gratte-ciel qui fut frappé en 1993.

Le succès dévastateur de cet assaut tend à indiquer que, pour le gouvernement américain, la croisade contre le terrorisme a plutôt été une campagne de propagande pour justifier la violence militaire américaine à travers le monde qu'une véritable campagne pour protéger le peuple américain.

De plus, à la fois bin Laden et les mullahs talibans, qui sont accusés par les États-Unis de lui donner abri, ont été financés et armés par les administrations de Reagan et de Bush père pour lutter contre les régimes pro-soviétiques en Afghanistan dans les années 1980. S'ils étaient effectivement impliqués dans les opérations de mardi, alors la CIA et l'élite politique sont coupables d'avoir nourri les forces mêmes qui ont mené l'attaque la plus sanglante contre des civils américains de l'histoire des États-Unis.

L'escalade du militarisme américain à l'étranger sera inévitablement accompagnée d'une augmentation des attaques contre les droits démocratiques au pays même. Les premières victimes de la fièvre guerrière sont les Arabes américains, déjà l'objet de menaces de mort et d'autres formes de harcèlement en conséquence de l'hystérie des médias.

Les appels des politiciens, des républicains aussi bien que des démocrates, pour une déclaration de guerre laissent entrevoir un branle-bas de combat encore plus généralisé contre ceux qui s'opposent à la politique étrangère américaine. Le général Norman Schwarzkopf, qui commandait les troupes américaines lors de l'invasion de l'Iraq de 1991, parlait au nom de la plus grande partie de l'élite militaire et politique lorsqu'il a déclaré à la télévision que la guerre contre ceux qui sont suspectés d'être des partisans des terroristes devait être menée aussi bien à l'intérieur que l'extérieur des frontières américaines.

Ce sont les politiques américaines, imposées au nom des intérêts stratégiques et financiers de l'élite dirigeante, qui ont jeté les fondations pour le cauchemar de mardi. Les actions que Bush considèrent maintenant, tel qu'il l'a laissé entendre lorsqu'il a déclaré qu'il n'y aurait « pas de distinction entre les terroristes qui ont commis ces gestes et ceux qui les abritent », vont seulement mettre la table pour de nouvelles catastrophes.

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 20:54

 

 

Le premier ministre ontarien, Mike Harris, regimbe

à l'enquête sur la tragédie de Walkerton

 

par Keith Jones et Lee Parsons


20 juillet 2001

 

Le premier ministre ontarien, Mike Harris, a été interrogé le 29 juin dernier sur le rôle qu'avait joué le programme de coupes budgétaires et de déréglementation de son gouvernement dans la contamination de l'eau potable de Walkerton par le E. coli, une tragédie qui a causé sept morts et envoyé plus de deux mille personnes à l'hôpital.

Treize mois après le désastre, une masse imposante de preuves a été présenté qui démontraient le lien indubitable entre le démantèlement du système d'examen de l'eau et les événements de Walkerton. Même dans les médias favorables aux conservateurs, il a été concédé que «l'arme du crime encore fumante» qui liait le gouvernement Harris à la tragédie de Walkerton avait été trouvée.

Mais lors de son témoignage devant la commission d'enquête, Harris a rejeté toute suggestion que son gouvernement avait la moindre responsabilité dans les événements de Walkerton. Lorsqu'on lui présentait une preuve qu'il avait ignoré des avertissements répétés que ses politiques de gestion de l'eau potable mettaient en danger la sécurité publique, Harris a plaidé qu'il n'avait jamais été averti ou que les avertissements avaient des causes idéologiques. Indifférent au sort des centaines de familles qui ont été dévastés par la contamination de leur eau potable, il a philosophé à un moment donné que le « risque » faisait partie de la vie, et plus tard, qu'il était facile de voir les erreurs en rétrospective.

Lorsque le conseiller de la commission, Paul Cavalluzzo, lui a demandé si la privatisation des laboratoires d'analyse de l'eau en Ontario n'avait pas été effectué trop rapidement (elle fut mis en oeuvre en deux mois plutôt que les trois ans que le ministère de l'Environnement avait proposé), Harris a répondu : « Je n'en ai aucune preuve. Ceux qui m'en ont le plus parlé étaient surtout ceux ... qui s'opposaient à ce que le secteur privé fasse ce genre de chose. »

Lorsqu'il lui fut demandé comment son gouvernement avait réagi au rapport annuel du commissaire à l'environnement de l'Ontario de 1996, rapport qui critiquait les conservateurs pour ne pas avoir demander une enquête indépendante sur le coût de la privatisation ou sur son impact sur la qualité de l'eau potable, se fiant «simplement aux promesses des laboratoires du secteur privé», Harris a feint l'ignorance. «Il faut que je suppose, a-t-il dit, que ... [le ministre de l'Environnement] ne croyait pas qu'il pouvait y avoir un problème parce que ... ils sont allés de l'avant avec les laboratoires privés. »

Incapable de répondre aux éléments de preuve qu'on lui présentait, Harris essaie de sauver sa carrière et l'avenir incertain de son gouvernement en cherchant à gagner l'appui de la classe dirigeante, en faisant valoir les nombreuses attaques qu'ont menées les conservateurs contre la classe ouvrière. Dans les semaines qui ont précédé la parution du premier ministre devant la commission d'enquête sur Walkerton, les conservateurs ont annoncé qu'ils envisageaient favoriser l'école privée, augmenter l'implication du secteur privé dans le système de santé, assouplir la réglementation sur la santé et la sécurité au travail et continuer à dénigrer ceux qui reçoivent de l'aide sociale.

Lors de son témoignage, Harris a rappelé plusieurs fois que son gouvernement avaient coupé le budget de plusieurs ministères et considérablement diminuer les impôts pour les mieux nantis. Il s'est vanté que les conservateurs ont pu introduire une «nouvelle philosophie» du secteur privé au sein du gouvernement, et déclaré que les coupes budgétaires et les diminutions d'impôts «avaient entraîné la création d'emplois et une immense augmentation des revenus pour le gouvernement».

Alors qu'Harris n'a pas osé le déclarer ouvertement, il était sous-entendu de son témoignage que les sept morts à Walkerton était un prix raisonnable pour la croissance économique de l'Ontario de la deuxième moitié des années 1990 - les «dommages collatéraux» de la campagne des conservateurs pour que l'Ontario soit «compétitive au niveau international».

En vérité, la tragédie de Walkerton était prévisible et aurait pu être prévenue. Elle fait partie d'une crise sociale de grande ampleur. La poussée de la grande entreprise et de ses représentants politiques pour enlever à la classe ouvrière, toutes ses conquêtes sociales et pour lever toutes les contraintes sur la recherche du profit par le capital a entraîné une augmentation considérable de la pauvreté, de l'inégalité sociale et de l'insécurité économique. Les services publics essentiels, y compris la santé et l'éducation, ont été amener au bord de l'effondrement, et les libertés démocratiques sont soumises à une attaque croissante.

Ce n'est que la deuxième fois dans l'histoire de l'Ontario qu'un premier est appelé à comparaître devant un organisme judiciaire pour rendre compte des gestes de son gouvernement. Et pourtant, la presse traditionnelle a traité son passage devant la commission d'enquête sur Walkerton comme la nouvelle d'un jour, vite consommée, vite oubliée. Il est encore plus remarquable que la presse n'est pas fait mention des nombreuses contradictions du témoignage de Harris.

Toutefois, ni les mensonges, ou les réponses évasives des conservateurs, ni l'auto censure des médias ne feront disparaître Walkerton de la mémoire populaire. La tragédie de Walkerton a profondément ébranlé la confiance des travailleurs dans le programme de démantèlement des services publics et la domination sans borne des marchés que les grandes entreprises et tous les partis politiques traditionnels, à un degré ou l'autre, défendent.

Loin de démontrer la force intrinsèque de son gouvernement, le fait que Harris n'ait pu faire acte de contrition est une mesure du gouffre qui sépare l'élite dirigeante des masses populaires de la classe ouvrière et des classes moyennes.

 

Mensonges, hypocrisie et obscurcissements

 

La journée avant sa comparution devant la commission d'enquête, Harris a offert un petit théâtre aux médias. Il affirmait, volontaire, qu'en tant que tête du gouvernement conservateur d'Ontario, il est imputable pour toutes ses décisions. Mais aussitôt qu'il a été sous serment, ce ne fut qu'obscurcissements et purs mensonges.

Il a déclaré qu'avant de couper de moitié le budget du ministère de l'Environnement et de privatiser l'analyse de l'eau potable, il n'avait eu aucune raison de croire que cela pourrait compromettre la sécurité publique. « Je peux vous dire, a déclaré Harris, qu'en aucun temps, il n'a été porté à l'attention du cabinet ministériel ou à mon attention, que l'implantation de ces ... plans pourrait résulter en une augmentation du risque pour la santé ou la sécurité d'un citoyen où que ce soit dans la province.»

Le procureur de la commission, Paul Cavalluzzo, n'a eu aucune difficulté à prouver qu'Harris mentait. Il a d'abord cité une note de service qui avait pour titre «Avis confidentiel au cabinet» dans laquelle on pouvait lire : «Le risque pour la santé humaine et l'environnement pourra augmenter.» Il a ensuite fait référence au plan d'affaires du ministère de l'Énergie et de l'Environnement présenté au caucus conservateur. Ce dernier avertissait «d'un risque accru pour la santé humaine et l'environnement en conséquence d'une diminution des obligations et de l'inspection», et «d'une réduction du niveau de service de première ligne, un temps de réponse plus long aux plaintes, une réduction de l'aide technique.»

Oubliant ce qu'il avait dit dans son témoignage seulement quelques minutes auparavant, Harris a reconnu que les conservateurs étaient au courant qu'il y avait des risques à réduire la taille du ministère de l'Environnement. Mais Harris a déclaré que ses ministres et lui-même ont pensé que les risques pourraient être «gérés».

Cavalluzzo a continué en demandant où était les documents qui indiquaient comment le gouvernement entendait gérer les risques ? «Pouvez-vous m'indiquer aujourd'hui un seul document qui vous aurait persuadé en ce temps-là que l'accroissement du risque à la santé publique pouvait être géré ?» En réponse, Harris se contredit encore une fois. «Non ... je ne pourrais pas. Mais, au même moment, je ne peux me rappeler m'être jamais fait dire par le ministère de l'Environnement ou par des hauts fonctionnaires qu'il y aurait un accroissement du risque.»

Après que Cavalluzzo eut démontré que le gouvernement a essayé de «gérer» l'opposition à ses compressions en retirant toute mention de risque accru dans le plan d'affaire du ministère de l'Environnement qui fut rendu public, Harris a déclaré «il y a du risque en tout, il y a un risque à traverser la rue ...»

Alors qu'il interrogeait Harris, Cavalluzzo a indiqué que l'enquête avait identifié quatre liens causals possibles entre les actions du gouvernement provincial des conservateurs et le fait que les autorités publiques n'aient pas averti à temps la population de Walkerton que l'eau potable était contaminé : il n'a jamais été clairement établi par écrit que les laboratoires privés d'analyse de l'eau devait avertir le responsable de la santé publique dans le cas où il trouverait que l'eau potable est contaminée; jamais un tel protocole n'avait été inscrit dans une loi; il n'était pas obligatoire que les laboratoires privés d'analyse de l'eau soient accrédités; la hâte avec laquelle le gouvernement a privatisé l'analyse de l'eau.

À chaque fois qu'il a été sur un des quatre points précédents, Harris a déclaré n'avoir connaissance de rien qui pourrait les lier à la tragédie de Walkerton. Pourtant, il est de notoriété publique que le laboratoire privé non accrédité qui a détecté la présence de E. coli dans les échantillons provenant du Service public de Walkerton n'en avait jamais informé le responsable de la santé public. En conséquence, ce n'est que plusieurs jours plus tard que les résidents de la petite ville ont été averti de la contamination et ont reçu l'indication de faire bouillir leur eau.

Quant aux avertissements répétés sur les politiques de gestion de l'eau qu'ont ignorés les conservateurs dans les années qui ont précédés la tragédie de Walkerton («un document après l'autre» et «quatre drapeaux rouges» dans les mots de Cavalluzzo), Harris en fait porter la responsabilité sur ses subalternes, en même temps qu'il laisse entendre que les conservateurs n'avaient aucune raison de croire en leur sérieux puisqu'ils étaient le fait de bureaucrates intéressés à conserver leurs emplois ou leurs budgets, ou par des individus idéologiquement opposés à la privatisation.

Harris est devenu plus irritable lorsque Cavalluzzo, citant des précédents témoins, a suggéré que c'était plutôt les conservateurs qui avaient fait passer leur programme idéologique avant le bien-être public.

Le procureur de la commission a accusé le gouvernement Harris de n'avoir ni obligé l'accréditation des laboratoires de l'analyse de l'eau ni obligé ces derniers à informer les autorités concernées s'ils détectaient une contamination de l'eau, parce que les conservateurs «détestaient les règlements».

En particulier, Cavalluzzo a mis en lumière le rôle joué par la Commission de réduction des formalités administratives (mieux connu sous le nom de « Red Tape Commission ») pour implanter une «nouvelle culture quant aux règlements». Une équipe de choc des conservateurs avec beaucoup de pouvoirs, la Commission de la réduction des formalités administratives a été établie peu de temps après qu'Harris ait pris le pouvoir en 1995 avec le mandat clair de coopérer avec la grande entreprise pour diminuer le nombre et l'étendue de la réglementation gouvernementale dans les secteurs économiques et environnementaux.

«Ne croyez-vous pas, a demandé le procureur de la commission d'enquête, que les fonctionnaires du ministère de l'Environnement auraient été empêchés de proposer de nouveaux règlements à cause de tous les problèmes que leur aurait causé la Commission de réduction des formalités administratives ? »

Ce à quoi Harris a répondu : «Ils n'auraient absolument pas dû l'être.» Il a ensuite déclaré que le but de la commission était de s'assurer que les règlements gouvernements étaient formulé de façon à rencontrer leurs objectifs, ce qui est une façon bien élégante de décrire un organisme dont le but est de réduire la réglementation qui contraint le monde des affaires.

 

«Signal d'alarme» ou négligence criminelle ?

 

Lors de son témoignage, Harris a décrit Walkerton comme un «signal d'alarme», ce qui est à la fois une insulte, à cause de la banalisation de la mort de sept personnes, en même temps qu'une remarque intéressé, en ce que cela laisse dans l'ombre le refus des conservateurs de considérer les nombreux avertissements qu'il a eu avant le désastre. Harris a plus tard refusé de concéder que la nouvelle réglementation sur l'analyse de l'eau que son gouvernement avait introduite en août 2000 avait été implanter en réponse aux événements de Walkerton. «Je ne dirais pas, a-t-il déclaré, qu'aucune des actions ... ont été prises parce que nous croyions que si elles avaient été prises avant, Walkerton n'aurait pas eu lieu.»

Pour dire le moins, Harris et le cabinet conservateur sont coupables de négligence criminelle. En voulant mettre en place des mesures de droite qui visent à lever tout frein à l'exploitation par le capital de la classe ouvrière et de l'environnement, ils ont sciemment ignoré des avertissements répétés des responsables gouvernementaux et sont allé de l'avant avec la réduction des effectifs au ministère de l'Environnement et le démantèlement du système d'analyse de l'eau potable.

Toutefois, les travailleurs seraient dans l'erreur s'ils croyaient que l'enquête officielle tiendra Harris et son gouvernement coupable. La commission n'a pas d'autres pouvoirs que celui d'émettre ses recommandations et son mandat a été défini par le gouvernement conservateur lui-même.

Déjà, la commission d'enquête a fait savoir qu'il n'était pas question de mettre en jeu le programme de privatisations des services publics des conservateurs, mais qu'elle n'étudierait que la façon dont la privatisation des laboratoires d'analyse de l'eau ont été mises en oeuvre.

Les syndicats n'ont pratiquement rien dit sur Walkerton. Ils ont depuis longtemps abandonné toute lutte, même sous la forme limitée des manifestations publiques, contre le gouvernement Harris.

Le Nouveau parti démocrate (NPD), le parti social-démocrate, ne s'est préoccupé du dossier de Walkerton que dans la mesure où il lui était nécessaire de cacher sa propre complicité dans cette affaire. Comme Harris n'a pas manqué de le rappeler, le gouvernement néo démocrate de Bob Rae, au pouvoir de 1990 à 1995, a déblayé le terrain pour la privatisation des laboratoires d'analyse de l'eau par les conservateurs en permettant aux municipalités de faire appel à des laboratoires privés et en enlevant à la responsabilité de l'Agence ontarienne des eaux au ministère de l'Environnement.

Plus fondamentalement, ce fut le NPD qui a ouvert la voie à l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Harris en initiant des coupes profondes dans les services sociaux et en imposant des lois anti-syndicales. Rae, en larguant le programme réformiste traditionnel du NPD, a ouvertement porté allégeance au marché capitaliste.

Rendre Harris et les conservateurs responsables pour les politiques socialement criminelles est inséparablement lié à l'établissement d'un véritable parti politique indépendant de la classe ouvrière. Un tel parti ne se construit que sur la base d'un programme socialiste qui prend comme point de départ les besoins des travailleurs et non le profit privé.

Voir aussi:

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 19:46

 

 

Le président de la New School University de New York accusé de crimes de guerre

Quel est l'enjeu de la lutte pour le renvoi de Robert Kerrey ?

 

Par le comité de rédaction


Le 1er juin 2001

 

Le World Socialist Web Site et le Parti de l'égalité socialiste appellent à l'organisation de la plus vaste campagne possible pour exiger le renvoi de l'ancien sénateur démocrate Robert Kerrey, de son poste de président de la New School University situé dans la ville de New York. Kerrey ayant admis avoir commis des atrocités pendant la guerre du Vietnam, nous appelons tous les étudiants, membres de la faculté et travailleurs de New York et de l'ensemble du pays à mettre fin à l'obscénité politique que représente l'occupation de la présidence d'une université américaine par un criminel de guerre.

La décision prise par le conseil d'administration de garder Kerrey à la tête de la New School, une institution jouissant d'une grande renommée intellectuelle, constitue une provocation politique et morale. La présence de Kerrey à ce poste constitue une insulte à la mémoire des millions de morts et d'éclopés de cette guerre impérialiste : le peuple vietnamien qui fut la victime de l'agression des États-Unis pendant une décennie, ainsi que les dizaines de milliers de jeunes de la classe ouvrière américaine envoyés pour combattre et mourir dans les jungles du sud-est asiatique.

D'importantes questions sont liées à cette controverse qui va au-delà du simple sort de Kerrey. D'abord, nous assistons à une tentative de l'establishment politique et universitaire ainsi que des médias d'aseptiser et de déclarer « honorable » une guerre qui représente l'un des chapitres les plus honteux et réactionnaires de l'histoire des États-Unis. Les leviers de l'opinion publique sont actuellement manipulés dans ce qui est une campagne de falsification historique d'un type qui n'était associé jusqu'à présent qu'aux régimes totalitaires.

La guerre contre le Vietnam n'a jamais été déclarée. Elle a été organisée derrière le dos du peuple américain et justifiée par une provocation orchestrée dans le Golfe du Tonkin par les forces navales américaines en 1964. Une génération entière est parvenue à la maturité politique avec comme toile de fond ce conflit illégitime et immoral. La guerre du Vietnam a en effet radicalisé des millions de personnes en dévoilant la fraude de la « démocratie américaine ». Elle a discrédité le Parti démocrate et démenti les prétentions libérales de la Guerre froide.

L'opposition de masse pouvait bien ébranler les administrations Johnson et Nixon car, hormis les armes nucléaires, les militaires américains ont utilisé tout leur arsenal de destruction en s'apitoyant sur un petit pays sous-développé. Trois millions de Vietnamiens ont été tués par les forces américaines. En 1985, un tiers du pays était toujours considéré inculte du fait de l'utilisation de défoliants chimiques. Les États-Unis ont largué plus de bombes seulement au Vietnam que tous les belligérants de la Seconde Guerre mondiale n'en n'ont lancé sur l'Europe, l'Asie et l'Afrique.

Les noms et les expressions associées à cette guerre, tels que napalm, My Lai, « chercher et détruire », agent orange, décompte des morts, « détruire le village pour le sauver », ainsi que de nombreux autres, sont entrés dans la conscience collective de la même façon que le terme « blitzkrieg » est entré dans celle des générations précédentes.

La défense de Kerrey et la tentative de légitimer la guerre du Vietnam menacent non seulement le passé et le présent, mais également l'avenir. Elle s'inscrit dans la préparation de nouveaux crimes du capitalisme américain qui sont déjà à l'étape préparatoire. Au cours des dix dernières années, les États-Unis sont intervenus en Iraq, en Somalie, dans les Balkans et dans nombre d'autres endroits dans le monde. À chaque aventure militaire, les médias se sont employés à faire oublier le « syndrome du Vietnam ». Les politiciens bourgeois ont passé sous silence leurs craintes des conséquences qu'entraîneraient le spectacle de cadavres de soldats américains revenant au pays dans des sacs à dépouille. C'est également pourquoi la population américaine est gavée de scènes de violence et de brutalité se déroulant tant à l'étranger qu'au pays.

Dans son attitude envers le passé, l'establishment politique dévoile sa vision de l'avenir. Où va l'Amérique ? Une élite capable de tolérer qu'un criminel de guerre soit à la tête de l'une de ses institutions universitaires les plus prestigieuses est prête à tout laisser passer, y compris l'utilisation des armes nucléaires.

 

Les faits et la position officielle

 

Quels faits ont été révélés à propos des actes de Kerrey au Vietnam ? Kerrey a reconnu son rôle lors de la perpétration d'atrocités lorsque, le 25 février 1969, un groupe de six hommes sous ses ordres a tué 21 villageois, femmes, enfants et vieillards, à Thanh Phong. Ce raid était effectué dans le cadre de l'opération Phoenix, un programme conçu par la CIA, principalement basé sur la torture de centaines de milliers de personnes et au cours duquel 20 000 personnes ont été assassinées entre 1967 et 1969.

Gerhard Klann, l'un des membres de l'escouade de Kerrey, a affirmé que les villageois ont été rassemblés pour être massacrés à bout portant après que le village ait été placé sous le contrôle de l'unité. Dans un article bien documenté sur le site Web Counterpunch, Douglas Valentine déclare : « Kerrey était en mission pour le compte de la CIA, et son objectif spécifique était de tuer ces femmes et ces enfants », une action qui s'inscrivait dans le cadre d'une vaste stratégie conçue pour terroriser et intimider les partisans du Front national de libération, le « Viêt-cong ».

 

Quelle est la position de l'establishment ?

 

Les médias, tant de droite que libéraux, se sont portés à la défense de Kerrey en excusant ses actes et en tentant d'étouffer la controverse. Les éditorialistes du Wall Street Journal et leur semblables cherchent à légitimer et à justifier les actes meurtriers de Kerrey. Ils veulent mettre fin à la « délicatesse exagérée » des leaders politiques américains. Les libéraux et les ex-libéraux blasés dont les prises de positions sont reprises dans les pages du New York Times et du Washington Post, ne font que hausser les épaules en marmonnant « et alors ? », ou bien ils interprètent les actes de Kerrey comme une preuve supplémentaire que l'humanité est infâme en général. De telles personnes sont déjà prêtes à s'accommoder à de nouveaux crimes.

Le conseil d'administration de la New School University n'a même pas ressenti le besoin d'enquêter sur les accusations et a déclaré son plein soutien à Kerrey. Cet empressement à se solidariser avec Kerrey démontre le niveau de dégénérescence politique et éthique de tels milieux.

 

L'outrage ne peut perdurer !

 

Hannah Arendt, qui à l'époque de sa mort était professeur de philosophie politique à la New School, a consacré l'expression « la banalité du mal » dans son fameux essai Eichmann à Jérusalem. Eichmann, le responsable de la déportation et de la liquidation des Juifs européens, n'était pas un monstre écrit Arendt, mais bien un homme « terriblement et horriblement normal ». Mais, fait remarquer Arendt, son crime est d'une importance telle qu' « aucun être humain ne voudrait partager la Terre avec lui ».

Kerrey a perpétré un crime certes beaucoup moindre mais tout aussi haineux. Et il est un homme tout aussi banal. La question qui se pose aux étudiants et aux membres de la faculté de la New School n'est certes pas de lui imposer une peine criminelle car cette responsabilité n'est pas de leur ressort. Mais ceux qui s'identifient à la New School ont l'obligation politique et éthique de déclarer : « Nous n'avons pas choisi de partager cette institution avec Kerrey ».

La défense de Kerrey par l'establishment politique n'est pas une expression de la puissance de la classe dominante américaine, mais bien de sa dégénérescence. Il a été maintes fois démontré -lors du scandale de la campagne de destitution contre Clinton et des récentes élections américaines notamment- que les médias, loin de rapporter la vérité ou de refléter les sentiments de la population, manipulent et dirigent l'opinion publique en agissant comme un instrument direct de la bourgeoisie. Les médias contrôlés par les entreprises et l'establishment qu'ils défendent sont discrédités et isolés. Ils tentent de se convaincre que le public est indifférent aux crimes perpétrés pendant la guerre du Vietnam et que « tout le monde s'en fout », comme si un événement aussi dévastateur et traumatisant pouvait être éclipsé par la simple propagande.

Nous nous opposons aux défenseurs de Kerrey et nous dénonçons les atrocités commises par l'impérialisme américain au Vietnam. Ceux qui nient ces crimes révèlent non seulement leur lâcheté et leur insensibilité, mais s'aliènent également de l'ensemble de la population. La défense officielle de Kerrey est une expression du conflit irréconciliable entre les intérêts de l'élite politique issue du monde des entreprises d'un côté, et les besoins et les aspirations du peuple travailleur de l'autre.

La campagne pour le renvoi de Kerrey doit avoir pour base un appel direct à la population travailleuse de New York et du pays. Les semaines et les mois à venir doivent être consacrés a former une opposition à sa présidence de la New School University. Au centre de la campagne doit être présente l'éducation du public sur l'histoire et les leçons de la tragédie que fut le Vietnam.

La question de la vérité historique est au coeur de cette lutte. Les étudiants, les membres de la faculté et le grand public issu de la classe ouvrière ne doivent pas laisser ce terrible épisode de l'histoire des États-Unis être balayé sous le tapis. L'évaluation exhaustive et honnête du rôle des États-Unis au Vietnam -et de l'histoire américaine et mondiale dans son ensemble- constitue un fondement indispensable au développement de la lutte politique contre le militarisme, les inégalités et le système d'exploitation qui nourrit ces maux. Le point central de cet effort ne doit pas porter que sur le responsable isolé Kerrey, mais bien contre le capitalisme et l'élite dirigeante des États-Unis qui ont engendré la guerre du Vietnam et qui s'apprêtent à préparer de nouvelles tragédies.

L'état véritable de l'opinion publique n'est jamais révélé tant qu'on n'a pas tenté de la mobiliser. Le World Socialist Web Site et le Parti de l'égalité socialiste feront tout ce qui est en leur pouvoir pour faire avancer cette lutte et aider à cette tâche.

Sources WSWS

 

Posté par Adriana Evangelizt

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